DÉDUCTIONS PRATIQUES
La dépression barométrique en caisson, ainsi que nous l’avons rappelé au début de cette étude, agit sur les organismes vivants par action mécanique et par anoxémie. Il n’est pas contestable qu’à l’origine des troubles respiratoires et cardiovasculaires provoqués par la dépression atmosphérique, quand celle-ci atteint un degré suffisamment élevé (7000, 8000 m.}, l’anoxémie ne soit le facteur primordial. Dans ces conditions, on concoit que l’oxygénothérapie en soit le traitement en quelque sorte spécifique. Sur le terrain expérimental la démonstration de son efficacité n'est plus à faire. Précisons que les mhalations d'oxygène font, notamment, disparaître les accidents cardiovasculaires tensionnels et élec trocardiostaphiques de même qu’elles empéchent l’apparition de la syncope respiratoire chez le chien chloralosé soumis aux très basses pressions en caisson (J. Beyne; Piery, Milhaud et Deniau; J. Cluzet, Piery, Ponthus et Milhaud). Chez l’homme l'oxygène rend possible sans trop de malaises, les ascensions en haute montagne ou en ballon. Le vol en avion aux grandes altitudes a pu être
réalisé grâce à l'emploi d'un masque spécial relié à un inbalateur à fonctionnement automatique. Aux basses pres- Sons le besoin d’oxgène est tel que l'organisme humain peut être maintenu longtemps dans une atmosphère d'oxygène pur, sans incidents appréciables. Le carbogène, mélange d'oxygène (95) % et d’acide carbonique (5 %), s'est révélé également très actif dans les expériences en caisson (Piery, Milhaud et Deniau). Son emploi semble particulièrement logique pour lutter contre les effets des très basses pressions atmosphériques. Car, dans ce cas, à l’anoxémie s'ajoute une hypocapnie importante. Le carbogène peut alors fournir à l'organisme l'acide carbonique qui lui fait défaut et qui est nécessaire à l'entretien de l’automatisme du centre respiratoire. Chez l’aviateur, les douleurs ressenties si fréquemment aux très hautes altitudes et que l’on rattache volontiers à l’hypocapnie risquent davantage d’être amendés par la carbogènothérapie. L'équivalent de cette dernière pourrait être facilement réalisé en avion, d’après Bergeret, en utilisant un masque à espace nuisible important.
En dehors de cette thérapeutique en quelque sorte, répétons-le, spécifique, des essais de traitement du besoin d’oxygène poursuivis à l’aide de divers agents pharmacodynamiques à action cardiovasculaire ou regardés comme capables d'élever le tonus du centre respiratoire, ont donné des résultats variables et inégaux, quelques-uns cependant fort intéressants.
Dès 1923 Gottlieb, Schuleman, Leschke avaient attiré l'attention sur l’héxétone. Mais surtout Helaers (1926 et 1927) montre que héxétone, coramine, cardiazol, lobéline sont des excitants du centre respiratoire, la coramine se
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révélant la plus active. De plus, ces divers médicaments améliorent et régularisent la circulation. Dans les cas où le besoin d'oxygène créé par la dépression est modéré, il y aurait avantage à donner des excitants du centre respiratoire: coramine, lobéline, héxétone. Mais si le besoin d’oxygène est très prononcé les deux dernières substances auraient l'inconvénient de hâter la décompensation du centre. Par contre, pour certains, la coramine serait le médicament de choix du besoin d'oxygène modéré ou grave.
Signalons encore les travaux de Zunz et Tremonti (1931) sur la spartéine, la coramine et le cardiazol ; ceux de Heymans, Bouckaert et Dautrebande (1931) sur la nicotine, la lobéline, le sulfure de sodium.
Dans le traitement de l’anoxémie pure, L. Binet et ses élèves ont, sans plus de succès, employé la caféine, la lobéline et la camphramine.
Au cours de leurs recherches Cluzet, Piery, Ponthus et Milhaud (1938) se basant sur la survie des animaux et sur les données fournies par l'étude de l’électrocardiogramme et de la tension artérielle ont expérimenté avec divers médicaments. Les toni-cardiaques tels que digitaline, ouabaïne, caféine se sont montrés sans effet notable, de même que des substances cardiotoniques et respiratoires telles que solucamphre, coramine. Pas d’action favorable . non plus, avec des agents modificateurs de l'équilibre vaguo-sympathique : atropine, adrénaline, histamine. Par contre, le sulfate de strychine, l’acétylcholre, et le cardiaol entraînent des modifications que l’on peut interpréter comme témoignant d’une activité renforçatrice de la défense de l'organisme contre la dépression atmosphérique. En effet, en ce qui concerne le tracé électrocardiographique
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ces auteurs ont constaté que la prédominance du lévogramme sur le dextrogramme enregistrée chez les animaux non traités n'existe pas ou est très atténuée chez les chiens soumis à l’action de ces substances. Dans les cas favorables le tracé électrique du cœur ne présente plus aucune modification pendant plus d’une heure de dépression à 10000 mètres. Lorsque les résultats sont moins complets les signes de surcharge du ventricule droit sont néanmoins retardés et presque toujours demeurent très modérés pendant toute la durée de l'expérience. L'action la meilleure a été obtenue par l'association strychnine-acétylcholine.
En 1933, Decharneux envisageant la possibilité de traitement médicamenteux du besoin d'oxygène, après avoir étudié les agents pharmacodynamiques précédents, démontre que chez le rat soumis à la dépression barométrique, l'éphèdrine à doses modérées accroît la résistance et retarde la décompensation, alors que les doses moyennes et fortes semblent plutôt préjudiciables. A leur tour, L. Binet et ses collaborateurs précisent la grande efficacité de l’éphèdrine contre les accidents respiratoires provoqués par l’anoxémie pure. Le bilan de notre expérimentation personnelle conduit également à une conclusion générale confirmative en ce qui a trait aux mêmes troubles déclenchés par le séjour en caisson à des dépressions correspondant à des altitudes de 11000 m. ou 12000 m. En somme, qu'il s’agisse d’anoxémie pure ou d’anoxémie liée à la dépression atmosphérique, l’éphèdrine à doses convenables s’avère présentement comme le médicament le plus capable de retarder l’apparition des troubles respiratoires et cardiovasculaires.
À un autre point de vue il convient de retenir les intéressants résultats des travaux de Polonovski qui démontrent
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que le glucose est capable d’élever l’altitude seuil à partir de laquelle apparaissent, en caisson ou en avion, les perturbations biochimiques par lesquelles se manifeste le déséquilibre physiologique de l'organisme sous l'influence de la dépression atmosphérique. Cette altitude-seuil oscille chez l’homme normal entre 3800 et 4800 m. Dans nos conditions d'expérience, chez le chien anesthésié après Injection intraveineuse de glucose et amené à une altitude élevée (11000 m.), nous n'avons observé que des effets assez irréguliers et très souvent trop modérés pour qu'il soit possible d’en tenir compte, surtout étant donné le petit nombre de ces expériences.
De l’ensemble de ces faits on peut, semble-t-il, déduire un certain nombre de données pratiques concernant les indications et la conduite du traitement actuel des accidents dûs à la dépression barométrique et à l’anoxémie.
À côté de l’oxygènothérapie et de la carbogènothérapie dont l'efficacité est souveraine et irremplaçable, il y a place pour certaines médications adjuvantes. Sans doute, peut-on retenir l'utilité éventuelle de l’action tonicardiaque puissante du sulfate de strychnine et des effets vasodilatateurs généraux de l’acétylcholine, mais, au regard des données expérimentales actuellement acquises, le chlorhydrate d’éphèdrine apparaît bien comme le médicament complémentaire le plus efficace. Son administration est facile en injection sous-cutanée ou par voie buccale. Nous pensons qu’il pourrait rendre service dans la prévention et le traitement du mal des montagnes et du mal des transports aériens. Dans ce dernier cas, ne serait-il pas indiqué chez les sujets sensibles qui souffrent du mal d’avion même à des altitudes modérées ? Dans le transport des malades ou