PAROLE
prolan B, sans que celui-ci soit trouvé en excès dans les urines, et avons-nous même le droit de parler d’hypersécrétion alors que nous ne savons pas si des doses inférieures à celles que nous avons employées n'auraient pas été aussi actives ?
La remarque de Cesare de Fermo ne s’oppose pas ‘d’une façon absolue à notre thèse.
D'autre part, L. Karp. a montré en 1933, que l'extrait d'urine de femme enceinte administrée à des lapines provoquait une augmentation du volume ‘et du nombre des cellules éosinophiles du lobe antérieur de l’hypophyse (14).
Que ces effets soient dus au prolan B, à la folliculine ou à l’action combinée de ces deux hormones, ils sont du plus haut intérêt. On sait en effet que certains auteurs ont noté à l’autopsie de sujets morts de cancers variés, une hyperplasie de cette portion acidophile de l’hypophyse antérieure.
Citons Susman, qui, examinant 180 hypophyses dont 30 provenant de sujets cancéreux, a remarqué que les cellules acidophiles étaient en nombre élevé et en pleine activité (15).
Citons aussi Georges A. Wyeth, qui fit la même constatation au cours des 80 autopsies de cancéreux qu'il fit à l’hôpital Virchow de Berlin. Il s'agissait aussi de sujets des deux sexes, présentant des âges
différents, et étant morts de tumeurs malignes variées
AO
©‘ L'auteur nous dit n'avoir constaté chez ces cancé- | reux, aucune malformation acromégalique.
Ce fait semble bien prouver que l’adénome acidophile du lobe antérieur, n’est pas le seul facteur de l’acromégalie; mais nous signalerons toutefois que M. Mac-Auliffe nous a souvent fait remarquer la fréquence des caractères « acromégaloïdes » chez les sujets porteurs de cancer.
De semblables observations sont particulièrement intéressantes, maintenant qu’il est admis que l'hogmone de croissance s’élabore au niveau des cellules acidophiles.
De nombreux auteurs ont d’ailleurs été frappés par les similitudes qui existaient entre le prolan B ou l’hormone lutéinisante, et l'hormone de croissance.
Il est certain qu’il existe à ce propos des observations assez curieuses.
Trancu, Rainer et Vladutin nous signalent qu’ils ont décelé dans l’urine et la salive d’un géant des proportions importantes d’hormone lutéinisante active (17).
À. Lipschutz nous fait remarquer que le coefficient de lutéinisation de la pré-hypophyse de la rate infantile se révèle 40 fois plus grand que celui de la rate adulte (18), et l’auteur, précisant ce fait avec G. Reyes, nous apprend que l’action lutéinisante de 1 mmgr.
de pré-hypophyse de rate infantile est beaucoup plus
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grande que telle:d’une quantité égale de. pré-hypophyse de rate adulte, et qu'il faut 6 mmgr. de celle-ci pour obtenir des effets comparables à ceux qui pro- . duisent 1 mmgr. 5 d’hypophyse infantile (19),
D'autre part, on sait que les extraits alcalins riches en hormone somatotrope, possèdent une action lutéinisante assez forte (20).
Mais on sait aussi, depuis les travaux de Bugbee, Simond et Grimes, que letricrésol à la concentration de 0,4%, détruit l'hormone somatotrope, alors que l’hormone lutéinisante reste inaltérée (21).
Nous ne voulons pas nous livrer à une discussion qui a déjà suscité bien des avis; mais puisque la question n’est pas encore tranchée, il nous est tout au moins permis de rapprocher, sinon de confondre, le facteur lutéinisant, et le facteur de croissance.
Mne N. Dobrovolskaia-Zavadskaia et M. Zéphiroff, nous ont révélé en 1934, un fait très intéressant à cet égard. D’après les auteurs, on pourrait isoler des tumeurs spontanées de la souris, une substance capable d’accélérer la croissance des organismes jeunes. Cette substance serait hydrosoluble et la résistance qu’elle présente à l’alcalinité permettrait de la rapprocher de l'hormone de croissance isolée du lobe antérieur de l’hypophyse, par Long et Evans (22).
Cette observation évoque les travaux de P. Carnot
sur l’action que les tissus embryonnaires exercent sur
la croissance ; mais n'est-il pas permis dese demander -si le facteur favorisant ‘ainsi la multiplication des cellules-n’est pas le même dans les deux cas.
Nous en arriverions ainsi à assimiler le prolan B à l'hormone de croissance, et à incriminer le facteur «lutéino-somatotrope » en ce qui concerne le développement du cancer. Mais ce sont là des hypothèses, et le seul fait que nous avons le droit de soutenir, est que l’extrait gonadotrope d’urine de femme enceinte a favorisé chez nos animaux privés de leurs vésicules séminales, la prise et le développement des Breftes.,
L’action que les vésicules séminales ont paru exercer sur la croissance de nos sarcomes, est d’autant plus difficile à interpréter que ces organes n’ont pas été encore très étudiés.
Un des derniers travaux qui ont été faits sur la question est celui de E. Chauvin : Maladies des vésicules séminales (23), où nous avons trouvé cependant des faits intéressants.
L'auteur insiste entre autre sur l’extrême rareté des: lésions néoplasiques au niveau de ces organes.
Les tumeurs secondaires s’observent quelquefois, mais comme le fait remarquer Chauvin, ce sont là des organes qui ne se laissent pas cancériser facilement.
« Quel que soit le mode d’extension de la tumeur, écrit-il p. 143, qu’elle suive les voies lymphatiques ou
qu’elle gagne directement de proche en proche,
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il est certain que l’envahissement se fait dans le celluleux autour de l’organe, et demeure longtemps périvésiculaire, faisant comme une coulée cancéreuse, autour des vésicules et des déférents qui demeurent intacts un temps plus ou moins long »,
€ Tôt ou tard cependant, la paroi vésiculaire est atteinte; mais même lorsqu'il a mordu sur elle, le cancer paraît se limiter à ses plans extérieurs, et progresser fort lentement vers sa cavité; très longtemps la muqueuse demeure saine, contrairement à ce quise passe pour les tumeurs primitives de l’organe ».
On sait d’autre part, que Marion a montré en 1920, qu'un cancer de la prostate pouvait provoquer une hypertrophie des vésicules séminales; mais qu'il ne s'agissait souvent que d’une simple rétention provoquée par l’étranglement néoplasique des canaux éjaculateurs alors que les organes eux-mêmes étaient absolument inderincs (24).
Tous ces faits semblent bien prouver qu'il existe in loco, une substance anti-cancérigène.
Et pourtant, on a publié quelques observations de tumeurs primitives des vésicules séminales. Les cas sont si rares que certains auteurs mettent en doute leur existence; mais puisque Chauvin les considère comme indiscutables, nous les relaterons brièvement.
Ils sont d’ailleurs d’autant, plus intéressants pour nous qu’il s’agit précisément de sarcomes.
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Le premier cas signalé a été celui de Zahn :
sarcome primitif des vésicules, chez un homme de 76 ans (25),
Young a décrit aussi un sarcome rétro-vésical dont l'origine se trouvait au niveau de ces organes (26).
Le troisième cas, est celui de Wassiljeff. Il s’agit d'un homme de 60 ans, qui présenta un sarcome à cellules rondes, et fit des métastases rénales (27).
Chauvin cite aussi quelques cas de cancers épithéliaux, mais ils sont à peine moins exceptionnels
On peut donc affirmer que les vésicules séminales sont des organes qui ne se laissent envahir que très difficilement par le cancer, alors que le bacille de Koch et le gonocoque les touchent au contraire très facilement.
On peut mème se demander, si l’action de ce dernier ne prépare pas le lit au cancer, en détruisant par inflammation chronique les Lissus nobles de ces organes.
Nous comptions beaucoup sur l'histologie pour éclaircir le problème du facteur anti cancérigène qui semble exister au niveau des vésicules séminales. Malheureusement, M. Moulonguet, qui a eu l'extrême amabilité d'examiner les coupes des testicules et des vésicules séminales de nos animaux, n’a pu déceler aucun caractère morphologique particulier, tant chez les cancéreux que chez les réfractaires. Il est
vIai que nous nous sommes contentés de simples colo
rations à l’hemalun et à l’éosine, et que des préparations plus électives nous auraient peut-être perms de faire quelques constatations intéressantes.
Pour ce qui est des cellules imterstitielles, on sait que chez le rat, elles ne sont jamais très développées j il nous a donc été difficile de mettre en évidence l’atro: phie particulière de celles-ci chez les animaux traités par la folliculine.
Nous n'avons d’ailleurs pas cherché à creuser spécialement la question, puisque les auteurs admettent maintenant ce fait.
Nous ne citerons parmi eux, que Serban Bratiano et Eugène Bano, qui ont montré que l'hormone de l’oestrus déterminait bien chez le male, une atrophie de la glande interstitielle (28).
Serait-ce donc que cette glande puisse exercer une action empêchante sur le développement du cancer, puisque nous avons obtenu 80% de greffes positives chez nos rats traités par la folliculine ?
Nous serions tenté de l’admettre, puisque l’activité de ces cellules interstitielles entraîne le dévelop pement des vésicules séminales, et que celles-ci s’opposent à la croissance du cancer ; mais une objection importante se présente à l'esprit.
On sait en effet que la ligature bilatérale des cordons entraine un développement marqué des cellules inters-
titielles ; et Egon Pribran nous a montré que cette in-
tervention provoquait une accélération nette de la croissance des tumeurs. Pour l’auteur, l'opération de Steinach pourrait même être dangereuse chez les personnes âgées à cancer latent incoupçonné (29).
I] y a là un problème que nous ne sommes pas en mesure de résoudre.
Constatons seulement que la folliculine entraîne une atrophie marquée des vésicules séminales ; et que c'est là peut-être une raison suffisante pourèxpliquer l’action que cette hormone exerce sur le développement des tumeurs chez le mâle,
Comment interpréter l’action anti-cancérigène du produit élaboré par les vésicules séminales ? Peut-on admettre qu’il exerce une action directe sur la cellule
cancéreuse ou doit-on penser au contraire, qu’il n’agit sur celle-ci qu’en s’opposant à l’action de l’hormone
lutéino-somatotrope ? Il nous est encore difficile de nous prononcer ; mais comme l’a dit Thales Martin dès 1930, « il existe une hormone fort probablement élaborée par l’épithélium séminal qui règle le foncbonnement du lobe antérieur de lhypophyse » (30)... et nous ne serions pas loin de croire que cette hormone agit sur le cancer par la simple action freinatrice qu'elle exerce vis-à-vis de la substance qui s’élabore au niveau des cellules acidophiles de l’anté-hypophyse, et qui provoque elle-même le développement des
vésicules séminales.