‹ Action de quelques Flavones sur l’intestin de LapinChapitre 22 sur 23 · RANTE · texte numérisé non relu

RANTE

La méthyltricine semble posséder un certain antagonisme a l'égard de son analogue structural, la tricine. Toutefois celui-ci ne se manifeste que si ГасНоп de la méthyltricine précéde celle de la tricine.

L'action des trois autres flavones que nous avons étudiées, la dihydroxy 5-7 diméthoxy 3'4' flavone, l'hydroxy 7 diméthoxy 3'4. flavone et la méthyl 5 hydroxy 7 diméthoxy 3'4' flavone n'est ni très nette, ni très importante.

Ainsi, il est donc certain que plusieurs dérivés flavoniques sont capables d'inhiber fortement et à de faibles concentrations in vitro la fibre lisse intestinale de lapin. Aussi semble-t-il permis sans audace de penser qu'une action similaire s'exerce sur la fibre des réservoirs digestifs des ruminants. || est évidemment regrettable que les moyens expérimentaux dont nous disposions ne nous eussent pas permis de confirmer ou d'infirmer cette hypothése sur la paroi gastrique de bovin. Vérifiée, cette conception pourrait éclairer d'un jour nouveau la pathogénie de la météorisation.

Pour expliquer ce processus morbide, on a longtemps invoqué les seuls phénomènes de fermentation des aliments ingérés. Comment alors expliquer l'absence quasi-totale d'évacuation des gaz accumulés si la paroi gastrique conserve toute sa motilité. On se plaisait à reconnaître que les légumineuses favorisaient l'apparition du météorisme, alors que relativement pauvres en glucides ces plantes n'ont pas de possibilités plus grandes de fermentation que les autres, les graminées par exemple, souvent plus riches en composés ternaires.

|| est de connaissance courante que le fait de laisser en tas le tréfle et la luzerne avant la distribution aux animaux entamerait la fermentation qui se poursuivrait au sein des réservoirs digestifs. Or, au cours de ces modifications chimiques, sous diverses actions fermentaires, ne se produirait-il pas une lyse de la cellule végétale avec libération partielle de corps flavoniques; libération parachevée ultérieurement par le jeu des sucs digestifs ?

Vraisemblablement, comme dans tout phénomène biologique, l'origine de !a tympanite n'est pas une et tout simple mais, au contraire, multiple et complexe et il est trés probable que plusieurs facteurs entrent en jeu. Ne serait-il pas, par exemple, possible d'envisager le mécanisme suivant ?

Les corps flavoniques libérés provoquent une atonie de la panse ; sous des actions fermentaires complexes (sucs digestifs, micro-organismes, variations du рН), le contenu gastrique libère des даг qui, поп évacués par les mouvements gastriques, 5 ассиmulent dans le rumen et les cellules végétales detruites par ces fermentations libérent des composés flavoniques qui, augmentant la paralysie de la fibre lisse, accroissent la gravité du processus.

Notons que ce sont justement les flavones existant à l'état naturel dans les légumineuses couramment. absorbées par le bétail, pratol dans le trifolium pratense, variété incarnata, tricine dans différentes plantes qui sont les plus actives et provoquent la plus forte inhibition du péristaltisme intestinal.

Dans un chapitre antérieur, nous avons vu l'action réciproque qui existe entre flavones et adrénaline ; l'éclaircissement définitif de ce phénomène permettra sans doute de donner une explication rationnelle de l'action des composés flavoniques sur la fibre lisse.

|| est toutefois intéressant de noter avec W.S. Ferguson que l'adjonction de petites quantités d'adrénaline au muscle préalablement soumis à l'extrait de tréfle pouvait amener une résolution rapide. Ceci expliquerait le mode d'action de l'adrénaline qu'à l'heure actuelle de nombreux praticiens tendent à utiliser de plus еп plus dans les cas de météorisation aiguë.

Si un certain nombre d'auteurs ont cru pouvoir attribuer aux flavones un róle actif dans la pathogénie des indigestions des polygastriques, il nous paraîtrait personnellement utile d'étudier l'action de ces mémes corps sur l'intestin de cheval. On sait, en effet, combien l'organisme des Equidés, dominé par un système neuro-végétatif bien particulier, répond de facon originale aux perturbations d'origine extérieure.

Н. Simonnet, H. Le Bars, ММ. Stassive et Fr. Chapeville ont montré combien les agents actifs sur la motricité de l'intestin pouvaient avoir une action variable suivant l'espèce à laquelle on s'adresse et les conditions d'expérimentation (in vivo ou in vitro].

D'autre part, ces mémes auteurs ont bien démontré que certains extraits de plantes fourragéres (tréfle, luzerne), qui étaient sans action sur le duodénum de bovin et qui inhibaient la motricité de l'intestin de lapin et de porc, exaltaient au contraire celle de l'intestin des Equidés.

Ainsi, si la fibre musculaire du cheval répond de façon opposée à celle du lapin à un apport d'adrénaline ou d'autres substances, on peut penser qu'il en serait de méme vis-à-vis des flavones.

Par là, nous avons voulu évoquer simplement l'action possible des pigments flavoniques dans une exacerbation du péristaltisme et suggéré l'idée d'une intervention possible de ces corps dans l'étiologie des coliques.

Une certitude nous est d'ailleurs apportée par ces auteurs qui démontrent qu'in vitro les extraits de luzerne et de tréfle sont contracturants. || reste à démontrer que le responsable de cette action est bien une flavone.

Un autre point qu'il nous semblerait intéressant d'éclaircir est l'activité possible des flavones sur la fibre lisse de l'utérus, activité à laquelle certains avortements aprés des cas de météorisation des vaches font penser. `

Enfin, tous les essais ou presque ont été exécutés in vitro, mais on peut penser que les différents principes actifs, après avoir agi localement sur la musculature intestinale après ingestion, agissent après absorption et passage dans la circulation générale.

L'action légèrement antagoniste de la méthyltricine semble trop imparfaite et s'exerce dans des conditions trop particulières bour imaginer une application thérapeutique de cette propriété.

En définitive, si l'on évoque les autres propriétés pharmacodynamiques des flavones, on constate que ces corps qui, il y a quel- ` ques années encore, n'intéressaient que quelques spécialistes de la physiologie végétale, gagnent à l'heure actuelle un terrain de plus en plus vaste et que dans l'avenir on leur découvrira peut- -être des rôles extrêmement importants dans la physiologie et la pathologie animale.

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