CHAPITRE II
Toxicité de certains lysats
Nos essais de purification et de concentration du phage en vue d’un essai thérapeutique nous ont amené à constater et à étudier la toxicité de certains lysats bactériophagiques. Les lysats contiennent en effet, outre les phages, la plupart des constituants du germe qui à servi à leur préparation. Parmi ces constituants, l’antigène O glucido-lipido-polypeptidique, que Borvix a extrait de Salmonella enteritidis, est une toxine très active pour la souris. Or, dans un lysat, le nombre de germes détruits étant considérable, il n’est pas étonnant que le taux de cette toxine soit assez élevé. En injectant à des souris du lysat concentré par l’alcool (selon la technique de R. WauL et P. BLUM-EMERIQUE), nous avons constaté les phénomènes toxiques entraînant la mort rapide.
Les conditions de préparation sont les suivantes : 100 cm* de Iysat sont centrifugés pendant dix minutes pour éliminer les germes non lysés et les débris les plus grossiers. Après alcalinisation par ŒO;Na, cristallisé jusqu’à pH 7,8, on forme un précipité de phosphates de calcium par addition de 10 cm° d’une solution stérile de CaCL, à 4 p. 100. On centrifuge cinq minutes après quinze minutes de repos à la glacière. Le titre initial étant de 3 X 10°, après cette opération le titre est toujours de 3 X 107, et le pH est à 6,9. Le liquide surnageant est mis à dialyser pendant dix-huit heures contre eau courante puis divisé en deux parts. L'une est précipitée par l’alcool à 95° à parties égales et centri-
fugée à — 15°; l’autre a subi la même opération avec une proportion de 100 em“ d’alcool pour 50. Les deux précipités sont lavés à l’éther à — 15° et repris par üne solution tamponnée à pH 6,8; la dissolution des précipités n’étant pas complète, on centrifuge à nouveau pendant cinq minutes. Ces lysats sont concentrés dix fois, car les précipités sont repris par 1/10° du volume initial. En fin d'opération, le titre n’est que dé 1,5 X 107. On fait alors trois lots de souris :
1° lot, À : reçoit 200 millions de germes + 1 cm* de lysat concentré.
B : recoit 200 millions de germes + 1/2 cm° de lysat concentré.
2° lot, À : reçoit 1 cm* de lysat concentré par l’alcool, à parties égales.
B : reçoit 1/2 cm* de lysat concentré par l’alcool, à parties égales.
3° lot, À : reçoit 1 cm° de lysat concentré par l’alcool, à 100 p. 50.
B : reçoit 1/2 cm* de Ivsat concentré par l’alcool, à 100 p. 50.
Toutes ces souris meurent en quinze minutes en présentant des signes d’agitation intense, des convulsions, des contractures, des paralysies. Deux souris, injectées avec 1 cm° du même phage, après dialyse, mais sans concentration, survivent.
Nous avons effectué une deuxième expérience avec un autre lysat purifié et concentré dans des conditions semblables en vue d’en étudier la dose mortelle. Nous avons pratiqué des dilutions de ce lysat en eau physiologique au 1/10°, au 2/10°, au 3/10°, au 4/10: et au 5/10°, et nous avons inoculé cinq lots de deux souris avec 1 cm* de chaque dilution intrapéritonéale. Les souris des trois lots qui ont reçu les dilutions au 3/10°, 4/10° et 5/10° meurent en quinze minutes avec les mêmes phénomènes toxiques que précédemment,
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Les deux souris qui ont reçu la dilution au 2/10° meurent après deux heures. Les souris du dernier lot, qui ont reçu la dilution au 1/10, survivent.
Il faut conclure de ces expériences qué la précipitation par l'alcool concentre la toxine contenue dans les lysats. L’emploi d’un bactériophage préparé dans ces conditions est donc très dangereux. De plus, on peut démontrer que c’est le phage qui, par la lyse, libère cette toxine. Pour en faire la preuve, nous avons pratiqué un essai de concentration par l’alcool dans les conditions identiques sur une culture du même germe après huit heures d’étuve. Le précipité, repris par la même solution tampon de pH 6,8, a été injecté à quatre souris. Deux reçoivent 1/2 cm, et deux 1 em, et nous n'avons rien constaté d’anormal.
ETUDE, AU POINT DE VUE TOXIQUE, DE LYSATS PRÉPARÉS AVEC D'AUTRES SOUCHES DE S. DANYSZ ET D’AUTRES ESPÈCES DE SALMONELLES.
Toutes les expériences de toxicité que nous venons d’étudier ont été faites avec des lysats du phage D 4 sur notre souche X de Bacille de Danysz. Nous avons pensé qu’en préparant des lysats avec des souches dépourvues de toxinc. nous pourrions nous dispenser des purifications. C’est à ce titre que nous avons essayé de faire lyser par notre phage D 4 différentes souches Rough de Salmonelles. Tous nos essais dans ce sens sont restés infructueux. Ce phage ne pouvant pas se multiplier sur ces souches, nous avons alors préparé des lysats sur variété Smooth de Bacille typhique, le pouvoir pathogène de ce dernier étant très faible pour la souris. Le phage préparé avec du bacille typhique est actif sur le Bacille de Danysz, au même titre. Nous avons fait subir à des lysats ainsi préparés la concentration par l’alcoo!, et nous avons injecté plusieurs souris avec ce phage concentré sans aucun préjudice pour celles-ci. Ayant voulu reprendre nos expériences sur la toxicité des lysats prépa-
HAUT. Men
rés avec une nouvelle souche de S. Danysz (notre souche 0), nous n’avons jamais pu les reproduire. Des souris ayant reçu jusqu’à 2 cm* d’un lysat préparé avec cette souche et concentré vingt fois ont survécu. Cette souche O étant pathogène et donnant des lysats non toxiques, c’est sur elle que nous avons poursuivi nos expériences. Nous devons penser de ce qui précède que la richesse des souches du Bacille de Danysz en endotoxine est très variable.