RÉSUMÉ - CONCLUSIONS
Il ressort des travaux antérieurs que la valeur thérapeutique des bactériophages est très discutable. L’expérimentation n’a enregistré que de rares succès, d’ailleurs très limités et concernant des infections de la souris par des bactéries peu pathogènes pour cet animal. C’est pourquoi nous avons choisi pour nos recherches l'infection expérimentale de la souris par un germe très pathogène Salmonella enteritidis, var. DANYSsz.
I — Nous avons employé plusieurs souches de cette bactérie et plusieurs phages.
1° Les souches diffèrent entre elles par leurs réactions aux phages (nombre et caractères des plages, conditions de multiplication) et par leur pouvoir pathogène.
Elles présentent, à ce double point de vue, une grande variabilité due à la fréquence des mutations au cours des repiquages. AE
2° Les phages, de leur côté, acquièrent des propriétés
différentes suivant les souches sur lesquelles ils ont été multipliés.
3° Nos expériences ayant montré qu’il importait de travailler avec des lysats de titre élevé et, autant que possible, purifiés, nous nous sommes efforcé de réaliser ces conditions.
En particulier, nous avons établi la formule dun milieu semi-synthétique (contenant de l’hydrolysat de caséine et
du tryptophane) qui nous a donné de bons rendements en phages.
4° Nos essais de purification et de concentration des phages, en adaptant la méthode de R. WauHL et ses collaborateurs, ont donné des résultats encourageants, mais n’ont pas pu être poussés assez loin pour être appliqués à la préparation des lysats utilisés dans le présent travail.
II. —— L’expérimentation sur la souris a donné les résullats suivants :
1° Les phages peuvent se multiplier dans le sang des souris infectées, mais seulement dans certaines conditions, portant en particulier sur les proportions respectives de phages et de germes. Dans les autres cas, le nombre de phages du sang diminue souvent plus vite que chez les témoins qui n’ont pas reçu de germes.
2° Les lysats bactériophagiques de Salmonella enteritidis, var. DANYSz, peuvent être toxiques, probablement parce que la lyse met en liberté l’endotoxine de Borvix. De tels Iysats, après concentration par l’alcool, tuaient les souris en quinze minutes, avec des symptômes nerveux. Mais la toxicité dépend de la souche qui a servi à préparer le lysat. Nous, avons toujours utilisé une souche (souche IT) dont les lysats ne sont pas toxiques. On pourrait aussi préparer les lysats sur une espèce bactérienne peu pathogène pour la souris, par exemple S. fyphi. |
3° Après avoir établi la dose mortelle des différentes souches et la symptomatologie de lPinfection chez la souris, nous avons pratiqué des essais thérapeutiques en injectant, par voie .intrapéritonéale, les bactéries ‘et, aussitôt après, des quantités élevées de différents phages,, par la même voie. Dans certains cas, les injections de phages étaient renouvelées. Nous n’avons enregistré que des échecs.
Nous en avons cherché l'explication dans l'étude de
l'évolution des germes en présence de phages in vivo et in vitro.
4° Chez les souris ayant reçu une dose faible ou moyenne de bactéries et de phages, Les bactéries apparaissent dans le sang, soit plus tôt, soit en même temps (au bout de quarante-huit heures) que chez celles qui n’ont reçu que des germes. Si la souris résiste à cette première poussée, l’évolution est identique chez les souris traitées et chez les témoins : évolution continue de la septicémie ou disparition momentanée des germes du sang, suivie de poussée terminale mortelle. Chez les souris traitées, les germes sont alors généralement résistants, mais on peut voir réapparaître, à la fin, des germes sensibles.
Le fait important est qu’une partie des germes sensibles échappe à l’action du phage.
II. — 1° Nous retrouverons souvent in vitro cette survie de germes sensibles en présence du phage, mais ici on peut observer parfois la stérilisation d'une culture. Celle-ci est rare, cependant, et possible seulement sous certaines conditions.
a) Elle n’a été observée qu'avec des lysats préparés avec certaines races de phages et certaines souches (phages D 4/2 et T 5/0).
b) Le Iysat ne doit pas être trop dilué dans le milieu (pas plus de 1/10®).
c) Le nombre de germes doit être peu élevé (moins de 200.000).
: Remarquons que la concentration du Iysat doit être d’autant plus grande qu'il y a plus de germes à stériliser.
Avec des mélanges de phages, on obtient, suivant leur composition, une amélioration, une diminution du pouvoir stérilisant, où aucun changement.
Sur gélose, leffet stérilisant des phages paraît généralement plus intense, tant avec un seul phage qu'avec des mélanges de phages.
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2 L'évolution des cultures, en présence de phages, peut se\faire suivant deux types différents :
Dans le premier type, il n'y a jamais de stérilisation.
On observé généralement quatre stades (pour une quantité moyenne de bactéries avec un lysat concentré) : Iyse partielle initiale; bactériostase des germes sensibles survivants; multiplication tardive de ceux-ci et seconde lyse partielle; apparition et multiplication des résistants.
Quand le nombre de bactéries est très grand ou très petit, le premier stade manque. Il en est de même quand le lysat est assez dilué.
Dans le deuxième type, il. y a toujours stérilisation, elle est très rapide et totale d’emblée.
Quelques particularités distinguent lune de l’autre l’action des phages D #/2 et T 5/0.
Avec D 4/2, on observe presque toujours le premier type dont les quatre stades sont parcourus assez rapidement (en vingt-quatre heures). Le deuxième type est exceptionnel avec ce phage.
Avec T 5/0, l'évolution du premier type est sensiblement plus lente. Le deuxième type est plus fréquent qu'avec D 4/2.
Trois faits remarquables sont à souligner dans l’évolution du premier type. Nous allons les indiquer avec, pour chacun, l’explication qui nous paraît actuellement la plus vraisemblable.
a) Le premier fait est la survie de bactéries sensibles en présence de phages. Elle n’est pas due à des substances antiphages. L'hypothèse que nous retenons est que les bactéries bactériostasées sont du type «semi-résistant » décrit par R. WanL et L. BLUM-EMERIQUE, et qu’un facteur adjuvant est nécessaire pour réaliser l’action du phage sur ces bactéries. Ce facteur se trouverait en quantité insuffisante dans le système. Il serait un produit du métabolisme bactérien normal ou modifié par les phages. Ceci expliquerait que,
dans le premier type d'évolution. ‘bien que la lyse n’y soit Jamais totale, le nombre des bactéries lysées augmente avec l'importance de l'ensemencement.
b) Le second fait est la bactériostase des bactéries sensibles (ou semi-résistantes) non lysées. Elle paraît due aux phages eux-mêmes et non à d’autres facteurs du lysat.
c) Le troisième fait est l'apparition rapide des résistants à la fin de l’évolution. Elle paraît en rapport avec la multiplication tardive des bactéries semi-résistantes survivantes.
Au total, il est presque aussi aléatoire de stériliser une culture par les phages que de guérir par ceux-ci une infection, et, pour les mêmes raisons, un certain nombre.de bactéries sensibles ou semi-résistantes échappe à l’action du phage, probablement parce que certains facteurs adjuvants du phage sont en quantité insuffisante dans les systèmes considérés.
Les expériences faites in vitro montrent, de plus, que les chances de réussite sont cependant plus grandes avec certaines races de phages utilisées à forte concentration.
Il n’est peut-être pas défendu d’espérer qu’en partant des quelques résultats que nous avons obtenus, des recherches ultérieures pourraient amener quelques progrès nouveaux dans la solution de ces problèmes extrêmement complexes.
Vus: Vu, bon à imprimer :
Le Doyen, Le Président, G. PORTMANN. R. SIGALAS.
Vu et permis d'imprimer :
Bordeaux, le 2 Juin 1950.