‹ Action du cyanure de potassium sur le sulfate de cuivre ammoniacal et son application au dosage de l'acide cyanhydrique et du cuivreChapitre 5 sur 57 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il y a exactement cinq ans, nous quittions l’École supérieure de Pharmacie de Nancy, emportant notre diplôme de pharmacien de 1° classe qui semblait devoir fermer définitivement le cycle de nos études.

Depuis, — installé en mai 1913, — absorbé par le souci constant de satisfaire notre clientèle, « emporté par le tourbillon des affaires », il fallut nous plier aux exigences de notre profession, nous adapter à une vie toute nouvelle, quitter malgré nous les hauteurs de l’enseignement supérieur pour nous pencher sur les souffrances et les misères de notre pauvre humanité et les soulager.

Cette « crise d'adaptation » que tous nos confrères ont probablement connue au début de leur carrière, n’a pas duré moins de deux ans : période pénible et difficile entre toutes, où des rêves 1l faut passer à la réalité, de la théorie à la pratique, abandonner le microscope et les cornues pour des occupations et des travaux plus matériels et moins intéressants.

L’année suivante — en août 1914 — survint la « grande guerre », qui nous mit aux prises avec de nouvelles difficultés, des complications sans nombre, nous plaçant parfois dans de pénibles et délicates situations.

Malgré tout, nous avions la nostalgie du labora-

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toire et des travaux pratiques, véritables bases de notre enseignement, d’une importance toujours . croissante, où, pénétrant dans l'intimité des phénomènes physiques, chimiques, biologiques et naturels, nous étions plus à même de les mieux comprendre, de les mieux interpréter.

Aussi, doué d’un esprit critique et d’une curiosité d’esprit assez développés, nous tardait-il de mettre à profit les connaissances variées que nous avions acquises au cours de notre scolarité, d'augmenter encore notre « bagage scientifique », en travaillant un peu tous les soirs, après les occupations absorbantes de la journée.

En 1916, quand le calme fut un peu revenu, entièrement rompu aux fatiques et aux sujétions de notre profession, le moment nous parut favorable de consacrer nos rares instants de loisirs à quelque recherche scientifique, sans cependant avoir alors la prétention hardie de préparer une thèse de doctorat. ;

M. le D° Bruntz, directeur de l’École supérieure de Pharmacie de Nancy, à qui nous fimes part de nos intentions et de nos projets, nous y invita et nous mit de suite en relation avec M. Favrel, professeur de chimie à l'Ecole, que nous connaissions déjà pour avoir été son élève; c’est lui qui nous inspira le sujet de ce travail.

Cette étude a été faite, en majeure partie, au laboratoire d'analyses annexé à notre officine ; toutefois, quelques dosages qui nécessitaient un dispositif spécial ont été effectués au laboratoire de chimie de l'Ecole de Pharmacie, sur les indications de M. le professeur Favrel.

Nous prions M. Favrel de vouloir bien agréer ici l'hommage de notre profonde reconnaissance pour l’extrême bienveillance qu'il n’a cessé de nous

témoigner pendant toute la durée de ce travail, pour le haut enseignement et les conseils éclairés qu'il nous prodigua. Nous avons toujours trouvé en lui un accueil vraiment touchant et empressé, malgré ses multiples occupations. Qu'il soit aussi assuré de notre sincère gratitude pour le. grand honneur qu’il nous fait de vouloir bien présider aujourd’hui notre soutenance de thèse.

Nous n'oublions pas non plus — et n’oublierons jamais — ceux qui furent nos maîtres, qui ont dirigé nos études, qui ont contribué d’une façon si efficace à notre instruction professionnelle et à qui nous devons, somme toute, ce que nous sommes aujourd'hui. Nous croyons avoir retiré le plus grand profit de leur enseignement ; nousleur adressons ici, de tout cœur, le tribut de notre reconnaissance et de notre admiration.

Ils nous ont appris ce que devait être le pharmacien de nos jours : plus que jamais, nous nous rendons compte de l'exactitude de leur jugement, de leur clairvoyance et de leur perspicacité.

L’expérience de cinq années de pratique nous a permis de constater que, désormais, le pharmacien doit de plus en plus se livrer aux recherches de laboratoire et aux analyses médicales applicables à la clinique.

La pharmacie, comme toutes les autres sciences, n'échappe pas à la grande loi de l’évolution; elle doit profiter des enseignements et des découvertes faites en physique, en chimie, en biologie et en médecine pour enrichir sans cesse la thérapeutique, et marcher dans la voie du progrès, véritable triomphe de l’activité humaine... Elle doit se modifier tous les jours, se mettant constamment à Punisson des autres sciences. Le Codéx 1908, en supprimant les vieux remèdes tombés en désuétude et en

les remplaçant par les préparations sérothérapiques, opothérapiques, les toxines et les vaccins d’origine microbienne, nous en donne un exemple éclatant. Le rôle du pharmacien ne doit donc plus seulement se borner à la préparation des drogues magistrales ou officinales plus ou moins longues, plus ou moins difficiles à exécuter, mais encore à la pratique des examens cliniques, des recherches de laboratoire dont les applications sont devenues de nos jours — depuis ces dernières années surtout — si précieuses et si nécessaires.

Que le praticien se souvienne que l’apport d’une noüon de laboratoire aide puissamment le médecin à établir, à étayer, à confirmer ou à infirmer son diagnostic et lui permet à coup sûr — et bien avant les signes cliniques — de suivre l’évolution de la maladie (séro-diagnostic de Widal en particulier). De plus, il contribuerait ainsi efficacement à consolider et à resserrer les liens et les rapports si étroits qui devraient unir le médecin et le pharmacien en une symbiose vivante et féconde entre toutes et lutterait par là même contre le parasitisme et l’égoïsme méprisables et stériles, pour le plus grand bien de l'humanité souffrante.

Beaucoup de médicaments chimiques, produits de synthèse, préparés dans nos laboratoires, fruits de longues et patientes recherches, ont trompé nos illusions et nos espérances. La thérapeutique, depuis quelques années déjà, a déplacé son centre d'orientation; elle a de plus en plus recours, de nos jours, à la médication par les « simples », avec leurs « complexes colloïdaux », leurs propriétés merveilleuses « stabilisées et fixées » par les derniers procédés de perfectionnement. Elle a fait aussi de nouveau appel à quelques vieilles préparations galéniques que la sagacité de nos ancêtres avait intro-

duites dans les diverses pharmacopées et qui étaient tombées dans l’oubli dans la dernière partie du siècle dernier.

Elle a fait plus encore. Devenue plus rationnelle et moins empirique, elle compte aujourd’hui de plus en plus sur les remèdes et les moyens purement naturels. C’est alors que prirent naissance les médications les plus simples et les plus variées : opothérapie; sérothérapie; vaccinothérapie; bactériothérapie; antisepsie; asepsie; stérilisation ; désinfection; électrothérapie ; radiothérapie; radiumthérapie; photothérapie; héliothérapie; psychothérapie ; climatothérapie; massothérapie; mécanothérapie {qui a pris un développement et une extension considérables du fait de la guerre); kinésithérapie; aérothérapie; pneumothérapie; thermothérapie; crymothérapie; hydrothérapie; balnéothérapie; cures de repos et d'isolement; régimes alimentaires; hygiène, etc., d’où les médicaments — au sens propre du mot — sont presque totalement exclus.

Le pharmacien va-t-1l être alors tôt ou tard condamné à disparaître? Non; mais son rôle va fatalement changer, pour suivre l'impulsion donnée par la médecine et les sciences expérimentales : « De moins en moins d'ordonnances; de plus en plus d'analyses », voilà le dernier mot de la thérapeutique moderne. Qu'il ne s’étonne donc pas si le médecin lui demande une analyse bactériologique pour s’assurer de la présence ou de l’absence, chez son malade, de certains microbes pathogènes, de certains champignons ou protozoaires parasites, ou encore des analyses de sang, d’épanchements pathologiques des séreuses, de liquides kystiques, de liquide céphalo-rachidien, de pus, de crachats, de lait, de suc gastrique, de matières fécales, d’urines, de tumeurs, etc.

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