UX DISCOURS DE SI. DE BISMARCK
droit est reconnu par l'Allemagne ; il a été proclamé, une fois de plus, par M. de Bismarck; l'Autriche ne fait des réserves que sur l'occupation militaire de la Bulgarie. 11 semble dès lors très naturel qu'une solution pacifique intervienne.
Je sais bien que l'on dit : « Mais si une grande guerre ne couve pas quelque part, à quoi bon de tout côté ces armements formidables ? » Les peuples devront se précipiter les uns sur les autres, quand ce ne serait que pour déposer, un instant après la bataille, la cuirasse de fer qui les opprime : soit, mais ils ne pourraient pas la déposer après. On ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre. Les nations ne lieurteront pas leurs armures sous prétexte qu'elles sont trop lourdes. M. John Lemoinne écrivait encore ce matin : « Le inonde crie, étouffe sous cette panoplie. » C'est vraiment excessif. Au point de vue moral, toutes les classes de la société dans tous les pays s'accommodent du service militaire, à condition qu'il soit sensiblement égal pour tous. L'esprit de sacrifice est très grand dans l'Europe actuelle. Au point de vue matériel, ce n'est pas précisément des dépenses militaires que nous soufïrons : nous souffrons d'une crise qui ne tient pas surtout à ces dépenses, puisqu'elle a désolé aussi les États-Unis et l'Angleterre, qui n'ont presque point d'armée. La vérité est qu'au milieu même de la crise, le rendement des impôts n'a fléchi dans aucun
a La Dépêche.» du dimanche 12 féon'er 1888
pays, et qu'il a suffi aux peuples de l'Europe, pour développer leurs armées, d'élever légèrement les droits sur les spiritueux. Si l'activité industrielle et commerciale se ranimait, les nations porteraient leur armée comme un soldat gaillard porte son sac au commencement de retape.
Les armements prodigieux de l'Europe n'ont rien au fond que de naturel. La puissance du nomb t s'est révélée en toute chose : en politique, avec la ù'mocratie ; en finances, avec les emprunts publics ; en sti \tégie, sur les champs de bataille de 1870. Lorsque, au lendemain de la guerre, pour l'en ;?""nt de M. Thie.s, quarante-cinq milliards furent souscrits, le monde fut stupéfait. Une puissance, cachée jusque-là, d'épargne, de capital et de crédit éclatait ; et cette énorme puissance d'argent devait permettre aux Etats une énorme puissance d'hommes. C'est cette puissance qu'ils réalisent aujourd'hui. Aux armées intermittentes de la. féodalité, l'histoire a substitué les armées permanentes et restreintes de la royauté ; à celles-ci, elle substitue maintenant les armées permanentes et nationales. Il n'y a pas là une raison de croire que la paix sera nécessairement troublée. D'autant plus qu'avec la force des Etats s'accroît le sentiment de leur responsabilité. Je ne sais si je me trompe, mais je crois bien que les guerres frivoles sont finies, ce qui augmente de beaucoup les chances de paix.