INTRODUCTION
Ces recherches ont été entreprises à la suite d'observations accidentelles faites sur des suspensions de mastic et de gomme gutte placées dans le voisinage d’une source lumineuse. Ces suspensions où les grains avaient des diamètres variant de 2 à 19 y floculaient en vingt-quatre heures environ. La sédimentation se produisait toujours sur le côté le plus éclairé ; une observation plus attentive montra que la température n'intervenait pas où du moins qu'indépendamment la lumière agissait sur la précipitation : la vitesse de sédimentation étant différente à la lumière ou à l’obscurité.
Quincxe (!) avait déjà remarqué que certains colloïdes se comportent différemment quand on expose à la [lumière les vases qui les contiennent : les uns ont tendance à se précipiter sur la paroi exposée à la lumière, les autres au contraire sur la paroi qui est la moins éclairée. Il semble donc qu'il y ait une phototropie positive et une phototropie négative.
Eurennarr (?) a vérifié ce fait à l’ultramicroscope pour un certain nombre de colloïdes (Au, Se, Ag).
J'ai cru intéressant d'étudier systématiquement ces phénomènes. Intuitivement, il m'a paru que la lumière pouvait
) Quixcke. Chem. News, t. LXXXTIV, 1gor.
(2) Enrennarr. Phy. Zeits., t. XV, pp. 608-611.
2) R. AUDUBERT
agir directement sur la cohésion et en modifier la valeur. Il est vraisemblable, en effet, que ce sont les électrons périphériques des atomes qui déterminent la cohésion (ou l’affinité qui n’en est peut-être pas essentiellement différente) ; or, ce sont aussi ces électrons qui produisent les phénomènes d’absorption ou d'émission. Il n’y a donc rien d’illogique à supposer qu’un rayonnement d’une fréquence voisine des radiations visibles modifie le régime stationnaire d’un ou plusieurs des électrons qui déterminent la cohésion (ou l’affinité). Dans le cas de l’affinité, les réactions photochimiques constitueraient un argument en faveur de cette hypothèse. Si la lumière peut agir sur les phénomènes chimiques, elle peut probablement aussi intervenir sur un phénomène physique comme la cohésion et modifier l’intensité des forces misesen jeu. Du reste, il est vraisemblable qu'à l'échelle atomique, les phénomènes physiques et les phénomènes chimiques sont difficilement différenciables : ils constituent simplement deux apparences d'une même réalité. Dans une synthèse très générale, M. J. Perrin (‘) a montré que peut-être c'est la lumière, dans son acception la plus générale, qui produit les réactions chimiques; en étendant son postulat, il a montré que l’on pouvait y rattacher aussi des phénomènes « physiques » tels que les changements d'état (vaporisation, cristallisation, fusion...), il est enfin arrivé en étudiant la phosphorescence à supposer que la lumière intervenait dans les réactions intérieures à l'atome, où plusieurs états stationnaires stables seraient possibles, en provoquant le passage d’un de ces états à un autre.
Ces considérations m'ont encouragé à supposer que la lumière pouvait modifier l'énergie superficielle ; j'ai alors, avant d'entreprendre l'étude systématique de la précipitation des suspensions sous l'action de la lumivre, essayé de mettre
en évidence directement une action de la lumière sur la ten-
() Jean Penn: Ann. de Phys ; t. XI, 1919.