‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 58 sur 103 · on a faict CD — 330. recognoissant C, reconnoissant D · texte numérisé non relu

on a faict CD — 330. recognoissant C, reconnoissant D

non un simple refus, mais un refus plein d'indignation,

53) qui remit tellement au cœur des hommes la révérence du nom François, qu'après que la harangue de Dom Inigo eust esté ouye, elle fut par un commun vœu rejettée avec sifflement et dérision. De sorte que les plus corrompus estoient contraints, en baissant la teste, de dire

340 qu'à la vérité en France on n'approuveroit jamais la domination d'une femme.

Les Espagnols soudain, de peur de laisser refroidir le ter, pour parer à cet inconvénient, vindrent faire une autre ouverture d'eslire Ernest d'Austriche avec la fille

34) d'Espagne Roy et Royne de France solidairement ; mais le grand degoust que |lon avoit desja pris de la première demande, le nom d'estranger, et l'espérance que plusieurs grands se figuroient follement du mariage de l'Infante fit que cette seconde proposition ne fut pas mieux receuë

350 que la première. Cependant advis viennent de tous costez que le Roy de Navarre est sur le poinct de se faire catholique, et d'envoyer à Rome. Les Espagnols voyent par là mourir toutes leurs espérances et pource tentent-ils de nouveaux moyens pour nouer tellement la querelle

355 qu'elle puisse estre irréconciliable à jamais. Leur but est qu'à quelque pris que ce soit, il se face eslection. Pour y encourager tous les Princes, ils promettent à tous l'Infante. Chacun pensant estre l'esleu s'échauffe à cette proposition. A tous les autres on promet des montagnes d'or

360 et de petits Royaumes ; les esprits se laissent fort empoisonner de la douceur de ces promesses et de la vanité de ces espérances.

Je vous confesse. Messieurs, que je fris extrêmement estonné quand Dimanche, vingtiesme de ce mois, j'ouys

365 en l'assemblée des Estats faire le récit de ce qui s'estoit passé en la conférence, et entendis les offres que faisoient

ceux du party contraire de la conversion du Roy de Navarre ; et que, lors que chacun, au moins ceux qui ont rien de François, commençoient de respirer comme à la

570 poincte du jour de nostre repos, j'entendis aumesme instant proposer aux Estats de supplier le Roy d'Espagne de donner sa fille à un Prince François que Ion esliroit pour Roy; et encor plus quand je vis que Ion vouloit résoudre cette proposition sur les entre cinq et six heures

375 du soir, et depescher cela comme l'entrée de table du souper ; j'en dis librement ce que j'en pensois. Et pource que je ne pouvois autrement arrester le cours de la délibération, je protestay que nous n'avions aucune puissance pour délibérer de ce fait, qui estoit disposer de la

380 couronne, et sommay le Prévost des Marchans d'assembler la ville, afin d'avoir pouvoir particulier pour résoudre un tel fait, comme nommément, lors de nostre deputation, il avoit esté ordonné qu'avant que les députez dissent leur advis de ce qui regarderoit le fait de la cou-

385 ronne, ils en prendroient l'advis de la ville. Je feis enregistrer ma protestation, interrompis pour ce jour le cours de cette délibération, et croyois à la vérité que, la conséquence en ayant esté congnuë et les personnes ayans eu loisir d'y penser, on n'oseroit plus la remettre sur le

390 bureau. Toutesfois, comme ceux qui font ces poursuittes sont gens qui ne manquent point de resolution ny d'audace, toute cette sepmaine ce mesme traicté s'est continué en privé entre peu de personnes, et a passé si avant qu'hier, en pleins Estats, les trois chambres assemblées, il fut

395 proposé qu'il avoit esté advisé entre les Princes d'offrir aux Ambassadeurs d'Espagne que les Estats passeroient

368-9. ont quelque reste de François D — 370. repos. fentendisB — 388.congneuë C, conneuëD.

procuration à monsieur du Mayne pour envoyer vers le Roy d'Espagne des Ambassadeurs qui luy nommeroient pour Roy de France un Prince auquel il donneroit l'In-

400 faute en mariage.

Voilà, Messieurs, Testât où sont les affaires. Je voy voz visages pallir, et un murmure plein d'estonnement se lever parmy vous, et non sans cause, car jamais peut-estre il ne s'ou}t dire que si licentieusement, si effrontément

405 on se joûast de la tortune d'un si grand et puissant Royaume, si publiquement on trafficquast d'une telle couronne, si impudemment on mist voz vies, vos biens, vostre honneur, vostre liberté à l'enchère, comme Ion fait aujourd'hui ; et en quel lieu ? au cœur de la France,

410 au conspect des loix, à la veuë de ce Sénat : afin que vous ne soyez pas seulement participans, maiscoulpables de toutes les calamitez que* Ion ourdit à la France. Resveillez-vous donc. Messieurs, et desployez aujourd'huy l'authorité des loix desquelles vous estes gardiens ; car, si

415 ce mal peut recevoir quelque remède, vous seuls l'y pouvez apporter ; c'est vostre patience, c'est vostre dissimulation qui donnent à ceux qui entreprennent telles choses le moyen et le courage de les exécuter ; c'est elle-mesme qui ferme la bouche aux Princes, aux Seigneurs et à tous

420 les gens de bien et au commun peuple de ce Royaume, et les empesche de s'y pouvoir aussi vertueusement opposer qu'indignement ils supportent ce qu'ils voyent et ce qu'ils entendent, et que toutesfois ils endurent, pource que Ion leur dict que c'est avec vostre autho-

425 rite et vostre consentement que toutes ces choses sont proposées. Quelle pitié, que nous ayons veu ces jours passez seize coquins de la ville de Paris faire vente au Roy d'Espagne de la couronne de France, luy en donner l'investiture sous leurs seings et luy en prester le pre-

430 mier hommage! et que nous voyons maintenant une autre espèce de gens, stipendiez publiquement par les Espagnols, conjurer et travailler jour et nuict pour renverser les fondemens de l'Estat, transférer la couronne en une race estrangere, et y allumer pour jamais un feu de

45) guerres civiles !

Ce n'est pas, Messieurs, qu'entre les députez il n'y ait beaucoup de gens d'honneur, qui souspirent avec vous, et déplorent la misérable et calamiteuse fortune du Royaume : mais vous sçavez qu'en telles assemblées les

440 choses passent par le plus grand nombre, et que ceux qui ont plus d'audace et de témérité l'emportent, mesmes quand ils ont comme ceux-cy la force qui les appuyé. Nous voyons bien que les chefs et ceux qui ont le gouvernement en main congnoissent assez qu'on les

445 veut perdre, et qu'ils ne le peuvent éviter, si ce que Ion a entrepris s'exécute ; mais on les a insensiblement conduits à un tel précipice, qu'ils ne sçavent comment s'en pouvoir tirer ; on leur a fait remettre toutes choses à cette assemblée. On a trouvé moyen que nostre sainct Père,

450 qui ne voit noz affaires que de loing et y est trompé, y apporte son authorité par des Ministres que les Espagnols luy ont suggéré. Ils voyent que les armées et les garnisons qui sont en ce party sont toutes soudoyées par le Roy d'Espagne : on les menace que, s'ils ne font ce qu'on

455 demande d'eux, non seulement on les abandonnera nuds et destituez de moyens à leurs ennemis, mais encor on convertira contre eux toutes les forces qui sont sur pied, et commencera-on la ruine du Royaume par la leur. De pouvoir parvenir à une reconciliation generalle des Fran-

460 çois, ils voyent que c'est chose longue et difficile, on les

Page 1