AUX HABITAKS DE MARSEILLE
100 bien et celuy de vos enfans et de vostre pays, au salut duquel vous devez référer toutes vos actions, fuyez de tout vostre pouvoir le pestilent venin de dissension, et ne croyez pas les dangereuses passions qui vous en donnent le goust et vous en veulent faire venir l'envie.
105 Je n'ignore pas que la condition du calamiteux estât où nous avons vescu n'ait entamé bien avant la fortune de plusieurs d'entre vous et ne leur ait laissé de douloureux ressentimens des injures et des pertes passées. Si les affaires du monde se gouvernoyent par souhaits, je sou-
iio haiterois, et vous tous, comme je croy, que cela ne fust jamais advenu. Mais, puis que cela ne se peut, il ne reste qu'un seul remède, qui est que l'oubliance en estoufFe la mémoire, ou pour le moins que le silence la couvre. C'est l'emplastre que les plus sages hommes du monde
II) ont appliqué à semblables playes en tous les Estats qui ont esté blecez de pareils.accidens. Je ne vous veux point ennuyer par le récit des exemples que l'histoire des siècles passez en a laissé à la postérité. Mais, pource que la fortune que vous avez couru en ces dures et dernières années
120 a esté fort conforme à celle des Athéniens, lors que les trente tyrans s'empareient de leur Estât, je désire fort que vous vous souveniez du mal qui leur arriva et de la façon dont ils s'en garentirent. Apres qu'ils eurent chassé et exterminé les trente tyrans par la sage conduite et
125 généreuse resolution de Thrasibule, l'un de leurs concitoyens, ils r'appellerent les meilleurs et plus notables
100. et ceux de A» — 102. ce pestilent B C D ; de division B G D — 105-4. vous en donnent le goust et oin. B C D — 106. cy devant vescu A»; les fortunes B C D — iio. de vous tous A»; fut A» — 113. le couvre A' A* — 115. appliquée A* — 119. courue A' — 123. en om. B C D ; garantirent, après A'-D — 124. ces trente B C D ; par sage A — 125-6. concitoyens : Ils A' A», citoyens. Ils B C D — 126. appellerent A».
Actions et Traicte^ Oratoires. ij
194 REMONSTRAKCE
bourgeois qui avoyent esté chassez, pillez et outragez par les tyrans et par le menu peuple, qui au commencement leur adheroit. Mais ceux de dedans et de dehors ne furent
130 pas si tost r'assemblez que voila la division et la dissension parmy eux, pires tyrans que ceux qu'ils avoyent chassez. Qui demandoit réparation de ses injures, qui raison de ses offenses. Cen'estoient que procès, plainctes, reproches : la ville estoit toute pleine de rumeur et de
135 tumulte, toute preste de retumber au calamiteux estât dont elle ne faisoit que sortir. En fin recognoissant leur mal et en prévoyant encor un plus grand qui les menaçoit, ils s'assemblèrent à la prière de Thrasibule, qui les avoit délivrez, et jurèrent sans aucune considération de
140 leur interest particulier de prendre l'advis qui se trouveroit le plus expédient pour le repos et salut commun de leur ville. Que firent-ils doncques ? Ils publièrent entre eux ceste célèbre loy d'Oubliance, par laquelle, après avoir condamné les trente tyrans, et seulement dix ou
145 douze des principaux ministres de leurs cruautez, ils firent jurer par tous les autres une oubliance perpétuelle de toutes les injures passées. Ceste loy fust si salutaire à la ville d'Athènes que jamais les histoires n'en ont faict mention que avec grands éloges d'honneurs : et jamais
150 les grands Estats ne se sont trouvez en semblables accidens qu'ils n'ayent recouru à cest exemple, comme au vray antidote de ceste poison mortelle des citez, le tumulte
128. par les trente Tyrans A' ; qui du A= — 150. assemblez A* ; et dissention A', la discorde et dissension B CD — 132. chassé A' B C D — 153. offenses, qui recompence (recompences A') de ses pertes A^ B C D ; offenses qui procès A A*, ce n'estoit A' — 134. toute ont. B CD — 13$. au déplorable B C D — 136. recognoissans A' A=, recongnoissant B, reconnoissans D — 137. prevoyans A' A* D — 142. la ville A» — 142-3. entr'eux B C D — 143. loy d'amnestie B C D — 147. fut A'-D — 148. les Historiens A' — 149. qu'avec A'-D ; d'honneur A'-D — 152. passion mortelle B C D.