VI PRÉFACE
préjugés que l'on a très habilement élevée entre l'Eglise et les masses populaires, il faut que notre dévouement soit exempt de toute arrière-pensée électorale et politique. Montrons que, sans rancune pour les défiances ou les hostilités dont ils sont parfois les victimes, les catholiques collaborent sincèrement à l'œuvre collective de progrès social*. Sachons nous rendre, d'une âme joyeuse, les plus utiles et les mieux faisants d'entre les citoyens. Souvenons-nous et inspirons-nous de ce titre de Servus servorum — Serviteur des serviteurs — que les Papes ont pris jadis : faisons-nous tout à tous. Je serais fort étonné si, tôt ou tard, on ne finissait point par rendre hommage à notre loyauté «t à notre activité.
Cette conquête des cœurs et des esprits par la charité nous semble d'ailleurs bien mieux convenir à des disciples du Christ que l'attitude boudeuse, voire même belliqueuse et parfois violente dont rêvent quelques politiciens, séduits plutôt par les coups à frapper que par la fraternelle abnégation à pratiquer.
1. Dans son puissant discours sur V Action sociale du Christianisme, M. F. Brunetière observait que « Tidée de progrès n'était entrée dans le monde qu'avec et par le christianisme ». « Les Anciens, ajoutait-il, ne Tout jamais eue, les Orientaux ne Tout pas encore. On ne parle autour de nous que du « droit de l'enfant » : qui donc l'a proclamé, si ce n'est le christianisme ; et quelqu'un veut-il me dire en quoi ce droit consiste, en Chine, par exemple, ou en pays musulman? La question du féminisme est un aspect de la question sociale : qui donc a reconnu, proclamé, fondé le droit de la femme, si ce n'est le christianisme? et quelle est aujourd'hui la condition de la femme, je ne dis pas en pays barbare, au Dahomey ou au Congo, mais en Perse, ou dans l'Inde, contrée d'antique civilisation?... (Discours prononcé à Besançon, Je 28 novembre 1903.)