L'ORGANISATION
LES RAPPORTS ET LES LIMITES DE CETTE FAMILLE. (Suite.)
Nous avons dit (4) que les Philadelphées ont, avec un ovaire infère, toute l’organisation florale des Eucryphiées, et que, par conséquent, elles sont À ces dernières ce que sont les Escalloniées aux Pittosporum, ce que sont les Saxifrages à ovaire infère aux Saxifragées superovariées. C’est ce qu'il s’agit maintenant de démontrer par l'analyse des principaux genres attribués au petit groupe des Philadelphées.
Il me paraît impossible de ne pas admettre complétement ce que M. Agardh (2), après tant d’autres, dit des affinités des Philadelphées avec les Hydrangées : « Philadelphaceæ sunt Hydrangeaceæ floribus in cyma dissitioribus, petalis magis evolutis in alabastro convolutis, carpellis plerumquepluribus, » et, plus loin : «Me judice Philadelpheæ Hydrangeis tta proæimæ sunt ut nescio sane quomodo distinguantur.» Qu'on compare les organes de végétation d’un Decumaria à ceux d'un Hydrangea, d'un Dichroa, d'un Brous-
() Adansonia, V, 504.
(2) Theoria Systematis plantarum, 149.
vi. Î
2 OBSER VATIONS
saisia et d’un Escallonia, on trouvera une identité complète. Il est vrai que les loges du Decumaria sont séparées les unes des ‘autres par des cloisons complètes; mais dans le Broussuisia elles sont tantôt complètes, comme dans le Decumaria, tantôt incomplètes, comme dans le Dichroa où l'Hydrangea. D'autre part, on peut dire que les Platycrater sont aux Hydrangea, par leurs étamines nombreuses, ce que les Philadelphus sont aux Deutzia; et que les Decumaria sont aux Philadelphus, par leurs loges ovariennes nombreuses, ce que sont les Æucryphia aux Escalloniées dont l'ovaire n’est partagé qu’en un petit nombre de loges. On peut même supprimer, quand on voit les petits pétales du Decumaria, ce que M. Agardh dit du plus grand développement de la corolle dans les Philadelphées que dansles Hydrangées. Si l’on doutait de l'impossibilité de séparer ces deux groupes, iln’y aurait qu'à étudier attentivement le Jamesia de MM. Torrey etGray, et le Fendlera de M. Engelmann, pour constater que toute délimitation exacte ne saurait s'établir entre les Philadelphées et les Saxifragées.
Prenons d'abord le Fendlera rupicola Excezx. (1). Son fruit capsulaire s'ouvre en quatre panneaux comme celui des Deuézta, et la cicatrice du périanthe est surmontée, comme dans les Pluladelphus, par la portion supérieure de la capsule, Les quatre sépales et les quatre pétales sont pareils à ceux des Philadelphus ; et les étamines sont, comme celles des Deutzia, superposées par moitié aux sépales et par moitié aux pétales, et composées chacune d’un filet dilaté en deux ailes latérales, et d’une anthère biloculaire et introrse. Les loges ovariennes sont d’ailleurs multiovulées et superposées aussi aux pétales; mais elles sont complètes en bas, comme dans les Philadelphées, et incomplètes en haut, comme dans un grand nombre de Saxifragées. Par sa placentation, lé Fendlera est donc intermédiaire aux deux familles.
Quant au Jamesia, Endlicher (2) le place à la suite des Saxifragées, et Walpers (3) parmi les Philadelphées. Or, si nous ana-
(4) A. Gray, ap. pl. Wright., U, 64.
(2) Genera plantarum, suppl. £, p. 1416, n, 46701, (3) Annal, bot, syst,, Il, 614.
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lysons les fléurs du J. americana Torr. et GR., nous verrons que son périanthe et son audrocée sont ceux d’un Deutzia, et que son ovaire, en partie supère, est parfaitement uniloculaire, avec trois placentas pariétaux pluriovulés. En même temps les styles sont libres et divergents, comme ceux des Bauera et d’un grand nombre de Cunoniacées. Par son gynécée le J'amesia appartient done plutôt à ces dernières qu'aux Philadelphées.
n’y a, ce nous semble, aucune difficulté à classer actuellement les Polyosmées dont Blume a fait, dans ses derniérs travaux, une famille particulière. Il y a dans leurs fleurs une grande resseinblance extérieure avec celle de quelques Olacinées et de quelques Alangiées ; et c’est là, sans doute, ce qui a causé l'erreur de M. Planchon (1), rapportant les Polyosma à la famille des Cornées. S'il eût examiné leur organisation intérieure, 1l eût été conduit à comparer leur ovaire, avec ses placentas pariétaux pluriovulés, à celui des Dulongia, qui présentent aussi une grande analogie extérieuré avec les Célastrinées et surtout les Cornées; mais que MM. Bentham et Hooker (2) ont rapporté, comme nous l'avons vu, aux Saxifragées, à cause de la structure de leur gynécée. E n’y a rien d’ailleurs de bien étonnant à ce que les Cornées rappellent par leur apparence extérieure des plantes dont l’organisation intime est celle des Saxifragées ; car la limite précise entre ces deux eroupes demeure très-difficile à établir : et l’on peut en dire autant des Araliacées comparées aux Cornées.
L'histoire des diverses opinions qui se succèdent depuis un demi-siècle, sur les rapports des Cephalotus, est intéressante à Ja fois, et par la difficulté même qu’on éprouve à les classer, et par les affinités multiples qu’elles révélent entre des familles souvent fort éloignées les unes des autres. M. J. G. Agardh, montrant (3) pour quels motifs il ne partage point l’opinion des auteurs qui ont successivement allié les Céphalotées aux Francoacées, aux Saxifragées, aux Crassulacées, aux Droséracées, aux Rosacées et aux
(1) In Bull. Soc. botan. de France, 11, 87.
(2) Genera plantarum, 360.
(3; Theoria Systematis plantarum, 88,
Renonculacées, les considère définitivement comme des Triuridées à fleurs hermaphrodites et à carpelles en nombre défini; opinion qui nous offre quelque chose d'inattendu et peut-être même d’inexplicable dans l’état actuel de nos connaissances. I est certain tout d’abord que la forme singulière des feuilles du Cephalotus follicularis LaBi. ne saurait être grandement prise en considération au point de vue taxonomique, attendu que l'existence d'ascidies ou d'organes analogues n'influe pas d’une manière manifeste sur l’organisation florale. Les rapports des parties n’ont pas d’ailleurs été constamment établis avec une entière exactitude dans ces petites fleurs du Cephalotus qu’on n’étudiait guère que sur des échantillons desséchés. Ainsi, dans les analyses qui accompagnent Ja très-belle figure que donne R. Brown dans Patlas da Voyage de F'linders (1. L), les carpelles sont indifféremment placés en face des sépales ou de leurs intervalles. Dans l’ouvrage de Labillardière (4), il paraît tout à fait impossible de constater nettenent leur véritable situation. Mais actuellement que le Cephalotus follicularis est assez souvent cultivé, on peut l'étudier sur le frais; et c’est ce qu'il nous a été donné de faire sur un individu qui fleurit dans les serres du Sénat. Le réceptacle en forme de coupe qui porte sur ses bords le périanthe, est doublé intérieurement d’une couche glanduleuse, hérissée de saillies papilleuses. Le périanthe est ordinairement à six parties, plus rarement à cinq. Sans avoir pu voir naître ce périanthe, nous l'avons aperçu trèsjeune, à une époque où le réceptacle floral est convexe et où aucun autre appendice ne se montre à sa surface. A cette époque ses six pièces sont toutes égales entre elles, comme les pièces d’une corolle. Plus tard elles ressemblent beaucoup à celles des Santalacées. Nous ne voulons pas affirmer, nous indiquons seulement avee doute celte supposition : que ces pièces pourraient bien être des pétales. Nous voyons d’ailleurs que, des douze élamines qui forment l’androcée, les plus grandessont alternes avec les pièces du périanthe, tandis que dans toutes les plantes desquelles on a rapproché les Cephalotus, les mêmes étamines sont superposées aux folioles
(4) Nov.-Holland. 11, 7, t 145.
SUR LES SAXIFRAGÉES, D
du calice, Les six autres étamines alternes avec les premières sont plus petites qu'elles et s'appliquent dans le bouton contre les folioles du périanthe, qui sont alors valvaires. L'insertion périgynique des filets staminaux, la direction des loges introrses, arrondies et didymes, et la dilatation du connectif en cellules blanches, charnues et mamelonnées, sont des faits parfaitement établis et sur lesquels 1l est inutile d’insister. Quant au gynécée, il est formé de six carpelles qui ne s’insèrent pas tout à fait au sommet du réceptacle, mais à une certaine distance, suivant un cercle au delà duquel le sommet de l’axe floral se prolonge en un petit dôme qui s’insinue entre les bases des carpelles; disposition qui s’observe d'autant plus nettement qu'on observe des fleurs plus jeunes. Nous avons pu voir ces carpelles à leur premier âge, égaux, équidistants, largement béants par leur angle interne, et sans trace d’ovules. Nous n'avons jamais pu observer qu’un ovule dans Ja fleur épanouie. Il était ascendant, supporté par un funicule dressé et légèrement arqué. Son micropyle regardait en bas et en dedans; direction qui, nous devons le faire remarquer, n’a jamais été observée dans les Renonculacées. Quant à l’inflorescence du Cephalotus, elle est en cymes, ordinairement bipares, réunies sur l’axe commun de ce qu’on appelle ordinairement l’épi.
C’est principalement la forme concave de son réceptacle floral, qui a, sans doute, fait placer le Cephalotus, tantôt parmi les Rosacées, tantôt parmi les Saxifragées. Mais par ses graines albuminées il est certain qu’il doit s’écarter des premières, puisqu'on n’y connait pas jusqu'ici d’embryon accompagné d’un périsperme; tandis que ce dernier peut s’observer souvent chez les Saxifragées. Or il est un autre groupe, non loin des Saxifragées, où la présence de l’albumen est, dit-on, également constante et où l'indépendance des carpelles est un fait plus constant que chez les Saxifragées ; groupe auquel jusqu’à présent il nous semble que le Cephalotus doit être rapporté de préférence. Nous voulons parler des Crassulacées. Il n’y a plus maintenant de doute sur ce point, que leur réceptacle n'est pas constamment convexe, et que l'insertion des étamines peut y devenir plus ou moins périgynique, ainsi qu’elle l’est dans
les Cephalotus; et il y a des types inférieurs, {els que celui des Penthorum, où le périanthe peut devenir simple. Ainsi, dans les fleurs du 2. sedoides L., qui sontdisposées en cymes, nous voyons, comme souvent dans celles du Cephalotus follicularis, six folioles au périanthe, six étamines alternes et six étamines opposées à ces folioles, avec des anthères introrses, et six carpelles alternes avec les pièces du périanthe, indépendants les uns des autres et séparés par un petit espace central qui appartient au sommet organique du réceptacle. À part donc la forme singulière des feuilles ou ascidies, qui ne se retrouve pas d’ailleurs davantage parmi les Saxifragées que parmi les Crassulacées, on pourrait considérer le Cephalotus comme un Penthorum à carpelles pauciovulés, eten faire par suite une Crassulacée à périanthe simple et à réceptacle concave. Il nous à paru qu’en même temps le Cephalotus rappelait, par son organisalion florale, les Résédacées éleuthérogynes, c’est-à-dire les Astrocarpées.
Quant aux affinités des Cephalotus avec les Saxifragées, elles sont tout aussi incontestables que leurs rapports étroits avec les Rosacées: et l’on comprend très-facilement que les Cephalatus aient pu être classés parmi ces derniers. Nous l'avons en effet déjà dit : en dehors de l'examen des graines, et tant que la présence ou l’absence d’un albumen n’a pas été constatée, une plante à carpelles indépendants peut être considérée aussi bien comme une Saxifragée que comme une Rosacée. Et cela est si vrai que, contrairement aux Astilbe (Hoteia), qui furent d'abord pris pour des Rosacées, puis transportés parmi les Saxifragées, il y a des genres, tels que le Lütkea, qui probablement devront être séparés des Saxifragées, auxquelles on les rapporte, pour être rangés parmi les Rosacées.
Le Lütkea sibbaldioides Bone. parait en efiet avoir tous les caractères floraux de certaines Spiréacées. Le réceptacle y est concave et doublé d’un disque glanduleux à bord cireulaire. Sur les bords de la coupe réceptaculaire s’insèrent cinq sépales et cinq pétales, tandis que près de son fond se trouvent cinq carpelles superposés aux pétales, complétement indépendants les uns des
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autres et formés chacun d’un ovaire uniloculaire, atténué en un style grêle dont le sommet stigmatifère est renflé en tête. Dans l'angle interne de chaque ovaire il v a deux séries d’ovules suspendus, au nombre de deux en général dans chaque série. Les étamines sont insérées en dedans du périanthe et comme lui périgyniquement. Elles sont disposées en verticilles, comme celles des Rosacées; et ces verticilles sont en nombre variable. Il y a toujours une étamine en face de la ligne médiane du pétale; et elle est accompagnée d’une ou de deux paires d’étamines plus petites qu’elles qui lui sont latérales. Toutes ont des filets libres, infléchis dans le bouton, et des anthères biloculaires et introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Il y a en outre une étamine en face de chaque sépale, et, plus rarement, deux étamines plus petites sur les côtés de celle-là. Il en résulte que l’on peut avoir dans les fleurs, ou vingt, ou vingt-cinq, ou même trente étamines. Or, cette variation s’observe également dans les Spirées dont le gynécée et le périanthe sont aussi ceux du Æ£tütkea. Et si la graine de ce dernier, qui ne nous est pas connue, n’était pas donnée comme pourvue d’un albumen, tandis que l’albumen manque dans toutes les Rosacées connues jusqu'ici, nous n’hésiterions pas à faire rentrer le Lütkea dans le genre Spiræa lui-même, car il est certain que les Ulmaires et les Filipendules, qu'on lui associe sans difficulté, sont plus différentes encore par leur organisation florale des autres Spirées que ne l’est le Lüthkea sibbaldioides.
MM. Bentham et J. Hooker (1) ont encore rapporté aux Saxifragées, à cause de leur périgynie, les Parnassia, que d’autres auteurs rapprochaient des Droséracées, des Violariées, des Tamariscinées, des Gentianées et des Hypéricinées, et dont M. Agardh (2) a fait des Podostémées plus élevées en organisation et servant de passage aux Lentibulariées. Ilest difficile de se prononcer sur la véritable place que doivent occuper les Parnassiées, non pas tant quand on les examine à l’état adulte que quand on suit
(4) Genera plantarum, 164.
(2) Theoria Systematis plantarum, 80,
avec M. Payer (1) la série de transformations si remarquables que présente leur fleur, pour passer de l’état d’irrégularité qu’elle offre au début, à la forme sensiblement régulière de l’état adulte. Les organes glanduleux que l’on observe en dedans de la corolle et qu'on a rapportés à des étamines transformées, paraissent être de même nature que les languettes frangées oppositipétales des Argophyllées et que les disques alternipétales des Breæia.
Le groupe des Saxifragées, tel que nous le concevons actuellement, se compose donc des groupes secondaires que nous allons maintenant énumérer. La plupart ont été élevés au rang de familles ou d'ordres; et il importe peu, à ce qu'il nous semble, qu'on leur conserve ce titre, ou qu’on les considère seulement comme les membres divers d’un grand ordre unique. Ce que nous voulons seulement montrer pour le moment, c’est comment ils se raltachent tous à un commun ensemble; et comment chacun d’eux ayant des rapports particuliers avec une ou plusieurs autres familles, crée pour le groupe total un nombre considérable d’affinités multiples et quelquefois inattendues.
Saxifragées proprement dites et Cunoniacées. Dans ces deux groupes, tels qu’ils sont reconnus par la plupart des auteurs, les deux grands caractères saillants sont éminemment variables. Ce sont :
La forme plus ou moins concave du réceptacle.
Le mode de placentation qui tient aux rapports qu’affectent entre elles les feuilles carpellaires. Ces rapports sont de trois espèces :
1° Les carpelles sont plus ou moins profondément indépendants les uns des autres, comme dans les Rosacées, qui alors ne diffèrent plus des Saxifragées que par l’absence complète du périsperme.
2: Les carpelles sont réunis en un ovaire uniloculaire à placentas plus ou moins saillants, mais pariétaux. L’ovaire estalors semblable à celui des Grossulariées, qui ne sont que des Saxifragées à fruit charnu et qui doivent leur être réunies; car la consistance seule de leur péricarpe ne saurait les en séparer, pas plus qu’elle ne doit séparer les Araliacées des Ombellifères, et leur fleur est exactement la même. Il suffit d'indiquer cette fusion des Saxifragées et
(4) Organogénie comparée de la fleur, 183, t, XXXIX,
SUR LES SAXIFRAGÉES, 9
des Ribesiacées, pour qu’on songe peut-être un jour à celle des Cactées qui ont été réunies par plusieurs auteurs aux Groseilliers, malgré la disposition de leurs appendices floraux et le port de leurs organes de végétation.
9’ Les placentas se rejoignent; l'ovaire est cloisonné.
C’est de la forme périgyne de ce groupe qu’on a rapproché les Francoacées, dont la périgynie est certaine et dont les placentas sont, ou pariétaux, ou réunis sur la ligne centrale de l'ovaire, dans une étendue variable. L’analogie de forme des Greyia avec les Francoa est frappante.
Les Crassulacées au contraire, tantôt hypogynes et tantôt périgynes, se rapprochent davantage par le gynécée des formes à carpelles indépendants. Quand le périanthe y devient simple, comme dans les Penthorum, le Cephalotus, on a des types correspondants à ceux des Chrysosplenium, qui sont des Saxifrages apétales, et à ceux des Cunoniacées dépourvues de corolle.
Bauérées. Intermédiaires au groupe précédent et aux Rosacées, dont elles diffèrent surtout par l'embryon sans albumen des dernières et par l'union de leurs carpelles dans la portion inférieure, elles ont l’androcée et les stipules des Spiræacées et le fruit des Saxifragées ordinaires. (Voy. Adansonia, V, 302.)
Escalloniées. Saxifragées à ovaire infère, tantôt uniloculaire et tantôt pluriloculaire, avec des placentas axiles, ainsi que nous l'avons déjà dit (V, 283). Reliant les Saxifragées proprement dites aux Argophyllées d’une part, et de l’autre aux Pittosporées, dont elles sont la forme inférovariée.
Argophyllées. Placés par M. Lindley (1) dans les Brexiacées, et par MM. Bentham et Mueller (2) parmi les Escalloniées, les Argophyllum tiennent en effet des unes et des autres, suivant que leur ovaire est en grande partie infère, comme dans l’A. nitidum Forsr., ou presque entièrement libre, comme dans l’A. ellipticum, Laæice., dont le réceptacle est à peine concave et dont l'insertion est presque hypogyne. La préfloraison de la corolle v est toujours
(4) Vegetable Kingdom, 573.
(2) Flor. austral., 1, 436.
10 OBSERYATIONS
valvaire. Les étamines, en même nombre que les pétales et alternes avee eux, sont épigynes dans |A. nitidum et à peine périgynes dans l’4, ellipticum. Le style unique est dilaté en tête stigmatifère entière ou peu profondément découpée, comme dans les Escallonia et les Breæia. Les lames découpées en languettes qui doublent intérieurement les pétales représentent un disque tout à fait comparable à celui des Escallonia ; car il est facile de constater, même sur des échantillons secs, que leur apparition est fort tardive. Le mode de placentation est fort curieux. Dans l’A. nitidum, le placenta est une masse fort rétrécie à son point d'attache et portant de nombreux ovules; ce qu’on observe aussi dans certaines Éricinées, Myrtacées, Mélastomées, etc., toutes familles dont les affinités plus ou moins éloignées avec les Saxifragées mériteraient d’être étudiées de près. Nous devons nous borner à ce propos aux indications sommaires qui suivent :
Comparer les Carpodetus de Forster avec les Argophyllum d’une part, et de l’autre avec les Myrtacées.
Se rappeler que les Anisophyllea ou Tetracrypta ont été atiribués, par les uns aux Cunoniacées, par les autres aux Rhizophorées
voy. Adansonia, UT, 22). Se reporter à ce que nous avons dit des affinités des Onagrariées et des Haloragées avec les Escalloniées, (Op. cit., NV, 286.)
Songer que les Éricinées à ovaire infère, c’est-à-dire les Vacciniées, ont tous les caractères essentiels de Myrtacées gamopétales; qu'il y a toutefois des Éricinées polypétales et en même temps des Myrtacées gamopétales, comme le Vapoleona et plusieurs autres.
Insister même sur ce fait que lPHenslowia Wazr. (nec BL.), attribué jadis aux Cunoniacées, est la même chose que le Crypteronia qui a été rapporté depuis aux Lythrariées, c’est-à-dire à des Onagrariées sans adhérence de l'ovaire.
Ce qui conduit encore à comparer aux Myrtacées et aux Argophyllées les Hypéricinées qui, par leur périanthe, leur androeée, leurs organes de végétation, peuvent être provisoirement considérées comme des Myrtacées à ovaire supère et à placentation souvent pariétale, comme celle d’un grand nombre de Saxifragées,
, SUR LES SAXIFRAGÉES. 11
Hydrangées. L'organisation placentaire signalée dans les Argophyllum se retrouve dans les Cornidia, notamment dans le €. ntegerrima Hoox., dont les placentas obovés, suspendus presque en haut de la loge, ressemblent à de gros ovules descendants et sont eux-mêmes chargés de nombreux petits ovules. Les Cornidia sont rapportés aux Hydrangées, qui sont, suivant M. Agardh (4), «Cuniaceæ estipulatæ, fohisque simplicibus instructæ, floribus in corymbum terminalem dispositis. » Malgré des différences trèsposilives (2), il n’y a personne à qui les Hydrangées ne rappellent les Sambucinées. En même temps les Hydrangées ont été souvent rapprochées des Cornées auxquelles on a rapporté l’Adoæa. Nous pensons (3) que l’Adoæa est une Sambucinée. En réunissant tous ces faits, nous reconnaissons une certaine relation entre les Hydrangées et le type gamopétale des Sambucinées, comme nous en avons aperçu une (4) entre les Cornées et le type gamopétale des Rubiacées, comme on peut en entrevoir une entre les Saxifragées proprement dites et le type gamopétale des Gentianées, surtout s’il y a, comme on le dit, des Saxifrages à corolle monopétale. Quelle serait, dans ce cas, la différence absolue qu'on pourrait signaler entre une Saxifrage et une Gentiane?
Philadelphées. Sont des Hydrangées à ovaire plus souvent, : mais non constamment, partagé en plusieurs loges, et relient aussi, comme les Escalloniées et les Argophyllées, les Saxifragées aux Myrtacées, aux Onagrariées et aux familles analogues.
Eucryphiées. Sont aux Philadelphées polyandres, par leur ovaire supère, ce que les Breæia sont aux Anopterus, les Pittosporum aux Escallonia, les Saxifrages superovariées aux Saxifrages inférovariées.
Codiées. Cunoniacées à ovaire partagé en loges complètes ou incomplètes, à ovules en nombre défini (solitaires ou géminés), à fleurs réunies en capitules; servant de passage entre les Cunoniacées multiovulées et les Bruniacées, (Voy. Adansonia, V, 296.)
(4) Theoria Systematis plantarum, 148.
(2) Voy. Adansonia, I, 373.
(3) Voy. les Leçons sur les familles naturelles de Payer, 344. (4) Voy. Adansonia, WY, 97.
Bruniacées. Codiées (c’est-à-dire Cunoniacées pauciovulées) éricoïdes, à feuilles simples, accompagnées de très-petites stipules. Loges complètes ou incomplètes. (Op. cit., 297.)
Hamamélidées. Byuniacées non éricoïdes, à stipules plus développées, à étamines souvent valvicides. (Op. cit., 298.)
Lonchostomées. Bruniacées à ovules plus nombreux, plus semblables, par conséquent, aux vraies Saxifragées. (Op. cit., 297.)
Rhodoleïées. Sont aux Hamamélidées, par le nombre des ovules, ce que les Lonchostoma sont aux Brunia. (Voy. Adansonia, WT, 170% 7299)
Bucklandiées. Styracifluées (A ltingiacées). Rhodoleïées incomplètes, diclines, avec les ovules nombreux des Saxifragées proprement dites. Type saæifragé réduit, arborescent, amentacé (menant aux Platanées).
Comme les Hydrangées (par les Adoæa et les Sambucinées) et comme les Bruniacées (par les Ombellifêres - Araliacées), les Hamamélidées proprement ditesrelient les Saxifragées aux Cornées, aux Helwingiées, aux Alangiées et aux Haloragées, c’est-à-dire encore aux Onagrariées. Il sera sans doute très-difficile de tracer une ligne nette de séparation entre les Cornées et les Hamamélidées ; et cette question mérite d’être étudiée avec grand soin. Nous renvoyons à ce sujet aux observations sommaires qui ont déjà été produites dans le volume V de ce Recueil (p. 298). En somme, les ovules des Hamamélidées sont, avant toute torsion, dirigés comme ceux des Cornées; et c’est uniquement par la position relative du raphé et du micropyle que les Cornées ellesmêmes se distinguent absolument des Araliacées.
Dulongiées. Saxifragées par la placentation pariétale, qui seule les sépare des Célastrinées à ovaire infère, plutôt que des Rhamnées, puisque les Dulongia ont les étamines alternipétales. Il y à longtemps encore qu'on a constaté la grande ressemblance que leur inflorescence épiphylle donne aux Dulongia avec les Polycardia, les Helwingia, etc. Or, il nous semble que l’'Æelwingia doit rentrer dans la famille des Cornées. Il en a les ovules suspendus, avec le raphé dorsal et le micropyle dirigé en haut et en dedans.
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Ilesttoutefois bien facile de voir que si les placentas du Dulongia se prolongeaient davantage, l'ovaire partagé en loges complètes contenant chacune de nombreux ovules, deviendrait par là semblable à celui des Célastrinées multiovulées, telles que les Puttertickia. Et comme les cloisons des Célastrinées se forment précisément de dehors en dedans, par évolution centripète, il n’est pas impossible d'admettre que les placentas pourraient bien, par une sorte d'arrêt de développement, ne pas atteindre tout à fait jusqu’au centre, demeurer en réalité pariétaux; et que cependant tout le reste de l’organisation étant semblable, il n’y aurait point là une raison suffisante pour écarter les unes des autres des plantes que tous leurs caractères, sauf un seul, relient et confondent entre elles. Il faut bien avouer qu'ici pourtant, c’est le caractère unique de la placentation pariétale qui nous fait ramener les Dulongiées vers les Saxifragées. L'habitude, l'éducation scientifique reçue à nos débuts, et je ne sais quel consensus universel dont l'influence est immense et se fait sentir longtemps, sinon toujours, nous montrent ce caractère de la placentation pariétale comme un trait frappant de l’organisation des Saxifragées ; il faut bien maintenant reconnaitre que ce caractère absolu nous échappe.
Aussi faudra-il peser soigneusement tous les autres caractères des groupes végétaux qu’on accumule depuis longtemps autour des Saxifragées, principalement pour cette raison que leur placentation est pariétale. Les Homalinées et les Samydées, par exemple, peuvent à peine, dans l’état actuel de nos connaissances, être sérieusement distinguées des Saxifragées. Pourquoi cependant s’en sépareraient-elles plus légitimement que les Parnassiées ou les Dulongiées ? Le nombre défini des étamines, l'insertion périgynique et tous lesautres caractères d'importance qu’on peut invoquer, ne se retrouvent-ils pas aussi bien dans un groupe que dans l'autre? Et cependant il faut songer que, sinon par la forme du réceptacle, les Homalinées ne sauraient beaucoup différer des Bixacées, des Garryacées, eic.
Le genre Abatia de Ruiz et Pavon, qui a été rapporté, entre autres familles, aux Lythrariées, fournit encore une preuve bien
embarrassante des difficultés sans nombre qui assiégent le classificateur. Pourquoi le rapporter plutôt aux Samydées qu'aux Homalinées, qu'aux Saxifragées ? Sur quel caractère distinctif se fonderat-on? Sera-ce l'opposition des feuilles, quand nous voyons deux Chrysosplenium ou deux Cornus voisins avoir, l’un, des feuilles opposées, et l’autre des feuilles alternes? Sera-ce la présence ou l'absence des stipules, quand nous voyons les Bruniacées distinguées par là des autres Hamamélidées, tandis qu’elles ont dés stipules les unes comme les autres ? Sera-ce enfin quelque caractère tiré de la fleur elle-même? Mais le réceptacle floral des Abatia est légèrement concave, comme dans beaucoup de Samydées et de Saxifragées. L'ovaire libre au fond de la coupe réceptaculaire est uniloculaire avec des placentas pariétaux mulliovulés, et les étamines sont en nombre indéfini, comme il arrive aussi dans les familles que nous venons de nommer. Que la plante appartienne aux Homalinées ou aux Samydées, il importe assez peu pour la classification, puisque M. Bentham a sagement, dans ses dernières publications (4), réuni en une seule ces deux familles. Mais s’il est vrai qu’elles ne peuvent se séparer l’une de l’autre par un seul caractère absolu, ne faudra-t-l pas aussi convenir qu’il en est de même dés Saxifragées comparées à ce nouveau groupe des Samydées, tel que Pentend M. Bentham, et qu'il n’y a à que des limites de convention, utiles sans doute pour l'étude, mais non pas naturelles, comme on le prétend d'ordinaire?
Pattosporées. Sont des Escalloniées par la fleur et surtout par l'organisation du gynécée. L'ovaire est tantôt uniloculaire, et tantôt pluriloculaire, les cloisons se rejoignant au centre et la placentation devenant axile. Mais, par suite de la forme convexe de son réceptacle floral, la fleur d’une Piitosporée a le gynécée supère et libre, tandis qu’il estinfère dans les Escalloniées. 11 y a peu de familles dans lesquelles cette variabilité de la situation de l'ovaire ne puisse s’observer; mais dans les Saxifragées elle ne peut avoir aucune importance, car elle y est très-fréquente.
(4) Flora Hongkong., 124. — Notes on Bixaceæ and Samydaceæ, in Journ. of the proceed, of the Linn. Soc., V, supp. 2, 75 et seq. (1864).
SUR LES SAXIFRAGÉES. 45
Brexiacées, Souvent rapprochées des Pittosporées, dont elles ont le gynécée supère, elles en diffèrent en général par le nombre de leurs loges ovariennes, qui correspond à celui des pétales, comme il arrive d’ailleurs dans les Eucryphiées, les Philadelphées et un grand nombre de Cunoniacées proprement dites. Ces loges sont d’ailleurs complètes à l’âge adulte, comme souvent aussi dans les groupes précédemment cités. Par le nombre des ovules contenus dans chaque loge, les Brexiacées se subdivisent en groupes secondaires : les Brexiacées vraies ou multiovulées, qui correspondent aux Pittosporées et au plus grand nombre des Saxifragées ancicennement connues, et les Ixerbées, à ovules peu nombreux et définis, répondant aux Codia, Braniacées proprement dites, Hamamélidées vraies, etc. Les Breæia sont en même temps des Anopterus à réceptacle floral moins concave et à placentas plus saillants dans l’intérieur de l'ovaire.
Par les Brexiacées et surtout par les Pitiosporées, les Saxifragées se rattachent encore aux groupes à placentation pariétale des Hypéricinées, des Violariées et des Bixacées ; relations qui expliquent comment les Banarées ont pu être rapportées à la fois aux Bixacées et aux Samydées, si voisines des Saxifragées; comment une autre Samydée, le Casearia, a, sous le nom de Piparea que lui à donné Aublet, quelquefois été rangé parmi les Violariées ; comment le Leonia et le Melicytus, dont M. J. Hooker a définitivement fait des Violariées, s’allient en même temps aux Bixacées, aux Homalinées et aux Saxifragées, et comment le Parnassia peut revendiquer à titre presque égal des affinités très-diverses avec les Violeites, les Sanvagesiées, les Hypéricinées et les Saxifragées elles-mêmes.
ADDITIONS À L'ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES D'EUPHORBIACÉES DU BRÉSIL: (Vol. V, p. 360.)
SAGOTIA RACEMOSA Æ. Bn, in Adansonia, Y, 54.
.. Exs. Spruce, n. 2h61, 3342, « prope Panurè, ad Rio Uaupès (oct. 1852-janv. 1853)».