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DES EFFETS DE LA SUBMERSION TOTALE SUR LA PLANTE ADULTE

Les expériences variées, rapportées dans le chapitre précédent, montrent que la vie du blé submergé dans l’eau douce se termine à la fin de la période de germination. C’est là un résultat constarit qu'il faut maintenant essayer d'interpréter.

A priori et en considérant les signes extérieurs les plus apparents, comme la petitesse des feuilles, la faible coloration des tissus, elc., la mort semble surtout provoquée ici par un défaut d’alimentation. Voyons donc quel est le trouble que peut amener dans l'économie du sujet son séjour prolongé dans l’eau.

Les exigences de la nutrition augmentent nécessairement avec les progrès du développement. Or, pour accroître sans cesse la masse des matières alimentaires quidoivent pénétrer dans l’économie, pour être ensuite livrées au travail nutritif, on n’entrevoit tout d’abord que l’un des deux moyens suivants. Ou activer l’absorption en multipliant progressivement ses organes spéciaux, et en ne leur fournissant en outre qu’un liquide nourricier d’une faible densité. C’est le procédé mis en pratique dans la végétation de la plante adulte, dont la racine n’absorbe jamais qu’une dissolution aqueuse très-diluée, par des milliers de spongioles qui se renouvellent et se multiplient sans cesse. Ou enfin fournir à l'absorption, dont l'activité peut alors être beaucoup plus faible, un liquide dont le degré de concentration doit être toujours en raison directe de l’activité de la végétation. C’est là le mode d'alimentation de la plante pendant sa période de germination.

Cela posé, pourrait-on intervertir ces lois naturelles, et faire indifféremment accepter à la plante et quel que fût son âge, l’un quelconque de ces deux modes d'alimentation? C’est là une question très-délicate qu’il nous faut maintenant examiner.

Je prends comme point de départ ma dernière expérience.

J'ai dit que la mort des plantes était survenue pendant l’évolution de la quatrième feuille, au moment où l’albumen était épuisé ou bien près de l'être. Trois explications différentes de cette mort se présentent tout d’abord à l'esprit. On peut l’attribuer à l’asphyxie, ou bien à l'insuffisance de l’alimentalion, soit enfin à ces deux causes réunies.

La première explication parait la moins probable à priori. Car il semble difficile d'admettre que l’asphyxie ait été la cause unique de la mort des végétaux, quand on réfléchit que ces derniers, une fois parvenus à cette période de dépérissement, se recouvrent bientôt de plantes parasites qui doivent dégager des quan-

tités notables d'oxygène. D'ailleurs, certaines algues atteignent quelquefois des dimensions réellement colossales ; et cependant leur respiration n’est entretenue que par l'air dissous dans l’eau salée.

Toutefois, cette influence ne saurait être évidemment négligée dans ce genre d’études ; et nous allons chercher à en apprécier l’exacte valeur, en nous appuyant sur les données scientifiques les plus certaines et les plus récentes.

Les milieux différents dans lesquels vivent les divers organes végélaux sont au nombre de quatre : l'air atmosphérique, la terre, l’eau douce et l’eau salée. Comparons-les entre eux au point de vue des proportions variées d'oxygène et d'acide carbonique qu’ils renferment.

D'après les traités élémentaires de chimie les plus récents (1), l’air contiendrait normalement de 2 à 3 dix-millièmes de son volume d'acide carbonique, soit en moyenne 25 cent-millièmes. Enfin, débarrassé de ce gaz et de sa vapeur d’eau, l'air atmosphérique contient 0,208 de son volume d'oxygène et 0,792 d'azote. De ces données on déduit par le calcul, que l'air atmosphérique parfaitement sec contient par litre :

0cc,25 d’acide carbonique; 207cc,948 d'oxygène; 794,802 d'azote.

MM. Boussingault et Lévy (2) se sont livrés, d’autre part, à de très-nombreuses et très-intéressantes recherches snr la composition de l'air confiné dans le sol. Il résulte des travaux de ces deux savants, que cette atmosphère change tout à la fois et dans son poids et dans sa composition, selon la nature des sols. Dans cette discussion, pour fixer les idées, j'adopterai les résultats fournis par l’un de ces sols en particulier, au lieu de prendre une moyenne générale entre tous.

La terre végétale que je considérerai ici avait été prise dans la serre des palmiers du Jardin des plantes de Paris, et appartenait à un sol privé d'engrais depuis dix ans. Elle était formée par un

(1) H. Debray, Cours élémentaire de chimie, t. 1,1862. (2) Boussingault, Agronomie, chimie agricole et physiologie, t. I, 18614, p, 76.

mélange de terre ordinaire et de terre de bruyère, que lon n’arrosait d’ailleurs que fort rarement, afin de ne point trop activer la végétation. C’étaient là des particularités , comme le fait observer M. Boussingault, toutes défavorables à la production de l’acide carbonique.

Cette terre renfermait par litre : 361,8 d’un gaz dont la composition, établie d’après une moyenne de quatre déterminations, était, par litre du mélange:

A0cc,7 d'acide carbonique, 192,9 d'oxygène, et 796€°,4 d'azote. D'où l’on déduit qu’un litre de cette terre contenait en moyenne: 300,87 d'acide carbonique et 69cc,79 d'oxygène,

Enfin, M. A. Morren (1) a exécuté, sur l’eau douce et sur del’eau de mer prise à Saint-Malo, des recherches du même ordre qui nous fournissent les indications suivantes.

L'eau de mer dissout des proportions de gaz variables entre 1/45 et 1/30 de son volume, soit en moyenne 1/36 de son volume. Ce mélange se compose en volume de 33 pour 100 d'oxygène, de 9 à 10 pour 100 d'acide carbonique, et le restant d’azote. Par conséquent, un litre d’eau de mer contient :

9,16 d'oxygène et 2%,63 d'acide carbonique.

L'eau douce dissout des proportions de gaz variables entre le 1/30 et le 1/25 de son propre volume, soit en moyenne 11/150 de son volume, c’est-à-dire environ 0ft-,07 par litre d’eau. Ce gaz est formé de 32 pour 100 en volume d'oxygène, de 2 à 4 pour 100 d'acide carbonique ; le reste est de l’azote. D'où l’on déduit qu’un litre d’eau douce contient :

116,73 d'oxygène et 1,1 d’acide carbonique.

Ces résultats, sur lesquels vont maintenant porter notre discussion, je les résume dans le tableau qui suit :

(4) A. Morren, Kecherches sur les gaz que l’eau de mer peut dissoudre en différents moments de la journée et dans les saisons diverses de l'année (Comptes rendus, t. XIX, 1844, p. 86).

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