NATURE NATURE DU MILIEU
des LFRS TP ÉQUIVALENTS. Air atmosphér.|Terre végétale.| Eau douce. | Eau de mer.
Respiratoires. . . . . . 17,89 22,68
Alimentaires .
Deux remarques naissent à la vue de ce tableau.
En trouvant que 171t:,89 d’eau douce contiennent autant d’oxygène que 221t-,68 d’eau de mer, on est porté à croire que le premier milieu est plus favorable à la respiration que le second; mais les mouvements plus fréquents, plus réguliers et plus étendus de l’eau salée, doivent annuler cette différence, et même en faire naître peut-être une en sens opposé. Ces agitations de l’océan constituent sans doute une des circonstances les plus favorables à la végétation des plantes marines, et leur permettent ainsi d'atteindre des
proportions bien supérieures à celles des plantes d’eau douce. Une autre particularité vient en outre donner du poids à cette opinion. On est frappé, en consultant le tableau qui précède, de voir l’eau de mer se rapprocher beaucoup, par la proportion d'acide carbonique, de la terre végétale, pauvre il est vrai, des analyses précédentes ; pendant que l’eau douce, au contraire, s’en éloigne beaucoup. Ainsi À volume et demi d’eau de mer ou 3 volumes et demi environ d’eau douce, contiennent autant d'acide carbonique qu’un seul volume de terre végétale Par suite la plante marine trouvera dans l'eau ambiante presque autant d'acide carbonique que les racines de la plante terrestre en rencontrent dans le sol. Resterait à savoir, pour donner à ces déductions une force suffisante, si, dans les deux cas, la pénétration du gaz dans l'organisme est tout aussi facile.
Quel que soit le résultat que l’on obtienne, il n’en paraîtra pas moins évident à priori que l’eau de mer, considérée comme milieu nourricier, doit être inférieure au sol proprement dit, toujours fortement azoté, grace aux fumiers et aux engrais de diverses sortes. Il serait donc de la plus haute importance de déterminer les proportions relatives d’eau, de matières minérales et de matières organiques contenues dans les tissus des trois grandes catégories de plantes : terrestres, marines et d’eau douce. Sous ce rapport on trouverait sans doute entre elles de grandes differences. Car, non-seulement l’activité fonctionnelle, en raison de la rareté de l'oxygène, doit être moindre chez la plante submergée ; mais encore son accroissement est rendu plus diflicile par la pauvreté même du milieu en principes assimilables, Il semble donc au premier abord que la plante aquatique doive produire, par ce double motif, moins de matière organique que la plante terrestre. C'est là du reste une question fort importante sur laquelle je me propose de revenir dans la troisième partie de ces recherches.
Examinons maintenant le degré de probabilité de l'hypothèse qui altribuerait la mort du blé submergé, non plus uniquement à l'asphyxie, mais surtout à l'insuffisance des aliments.
Au point où en sont arrivées nos recherches, il paraît naturel de l’attribuer en grande partie à l'inanition et un peu à l’asphyxie. En effet, une fois la période de germination terminée, les matières
alimentaires doivent provenir dorénavant du milieu environnant, c’est-à-dire de Patmosphere et du sol dans les conditions normales de végétation des plantes terrestres. Maintenant si l’on veut leur substituer l’eau, il s’agit avant tout de savoir si ce liquide possède, sous le double rapport de l'alimentation et de la respiration, des ressources suffisantes. Le fait de la deuxième touffe de blé, qui vivait alors, et qui vit encore aujourd’hui dans la même cloche, ne prouve évidemment rien dans cette discussion ; puisque ce blé végète normalement, c’est-à-dire la racine dans l’eau et la tige dans Pair. Etlon comprend que la même eau qui concourt avec l’atmosphere à nourrir une plante dont elle baigne seulement le pied, peut fort bien devenir insuffisante lorsque seule il lui faut alimenter le végé tal, ainsi que cela se passe Gans la submersion totale. Dans le premier cas, no-seulement deux milieux differents contribuent simultanément à l'alimentation du sujet, mais encore l'atmosphère, par une action spéciale très -puissante exercée sur les feuilles, excite au plus haut point Pabsorption radiculaire. Dans le second cas, au contraire, les échanges entre l’eau environnante et les liquides de Porganisme semblent plus difficiles; et cependant cette eau est alors le seul fluide alimentaire. À ce double titre, et toutes choses égales d’ailleurs, eau qui nourrit la plante submergée doit renfermer plus de substances alibiles que celle qui baigne seulement la racine de la plante terrestre. Conclusion parfaitement d'accord du reste avec les résultats fournis par lanalyse directe; puisque nous venons de constater que l’eau de mer, dont la végetation est en général plus puissante que celle de l’eau douce, conlient aussi plus d'acide carbonique que cette dernière.
Voyons donc si les conditions que je viens d'indiquer sont remplies dans l'expérience précédente; ou si du moins elles pourraient être satisfaites par des modifications convenables apportées à l'appareil.
Toutes les fois que l'eau ou un corps solide inerte mais humide, est pourvu de matières organiques, des proitophytes de couleur verte se développent rapidement dans la région éclairée. Ceci est un fait constant et dont nous sommes journellement témoins. Les produclions confervoides qui naissent spontanément sur les pierres hu-
DANS LA NUTRITION DES PLANTES. 93 mides, dans les eaux stagnantes, et dont on peut à volonté provoquer l'apparition dans l’eau chargée de matières organiques, ou dans la terre humide que l’on expose à la lumière, n’ont pas d’autre origine. À priori, 1l est à redouter que cette végétalion spontanée ne nuise à celle de la plante terrestre appelée à vivre complétement immergée dans cette eau. Sans doute les conferves fourniront de l'oxygène au liquide et par suite à la plante; mais, à côté de cet effet salutaire, ne s’en produira-t-il point de contraire au végélal soumis à l’expérience. D'abord les microphytes détourneront à leur profit une portion des substances alimentaires répandues dans l’eau. On répondra peut-être que le tort fait ainsi à la plante supérieure n'estque temporaire; car après leur mort, les protophytes devront restituer, en se décomposant, ce qu'ils avaient enlevé au monde extérieur pendant leur mouvement vital de constitulion. Et même, en développant l'argument, on fera remarquer que, bien loin de nuire, les conferves favorisent au contraire la végétation de la plante superieure en lui donnant, leur existence terminée, de nouveaux aliments. Car la vie de ces petits êtres s’est passée à organiser de la matière, c’est-à-dire à élaborer des composés organiques, à l'aide des substances brutes du milieu environpant.
Cette doctrine, qui fait dépendre l'existence de l'être supérieur de l’activité vitale déployée par l'être inférieur, règne depuis longtemps dans la science. Envisagée dans son acception la plus large, elle est vraie; mais peut-elle encore se justifier dans ce cas particulier ? C’est à quoi des observations directes seules répondront; et c'est là un point que je réserve pour des observations ultérieures. Cependant, dès maintenant, il faut convenir que les présomptions tirées des faits connus ne sont pas en faveur de celte dernière opinion.
Ainsi, dans les conditions régulières, la racine est enterrée et par conséquent à l'obscurité ; elle se trouve donc, daus l'ordre naturel des choses, dans un milieu privé de toutes végétations confervoides. Cette circonstance nous porte déjà à penser que ces dernières entravent plutôt qu’elles ne favorisent les fonctions de la racine. Sans doute l'air atmosphérique pénètre et cireule dans la
terre arable, où il produit une combustion lente des matières OXYdables ; comme l'oxygène exhalé par les conferves brûle les substances organiques contenues dans l’eau qu’elles habitent. La pratique a même depuis longtemps appris que cette cireulation d’air était une des conditions essentielles de la fertilité d’un sol. Mais il y a une grande différence entre cette oxydation lente entretenue dans la terre par l'air atmosphérique, et la combustion nécessairement plus rapide provoquée dans l’eau par le gaz dégagé des conferves, gaz composé surtout d'oxygène à l’état naissant et par suite doué d’une activité chimique plus énergique que celle de l'air ordinaire. N’est-il pas à craindre que ce dernier ne suroxyde les matières organiques au point de les rendre tout à fait impropres à l'assimilation ?
Opposera-t-on à ces doutes l'exemple des plantes aquatiques ? alors il importe de bien préciser la nature de la question. Pour un grand nombre de ces dernières, le mode de végétation ne diffère de celui des plantes terrestres que par la substitution de l’eau à l'atmosphère ; leurs tiges et leurs rameaux, au lieu d’être entourés par l'air, sont baignés par l’eau; voilà tout le changement. Quant à la racine, elle conserve ses rapports ordinaires avec le sol ; mais un sol, il est vrai, un peu différent du sol habituel, puisqu'il est alors submergé, au lieu d’être directement enveloppé par l’atmosphère. Telle est la situation des plantes d’eau douce les plus élevées en organisation.
Chez les plantes marines, on s’accorde généralement à regarder leur fronde comme leur seul organe d'absorption ; les racines devenant chez elles de simples crampons destinés à les fixer au rocher.
« Plusieurs plantes, dit A. Thouin (1), végètent sous les eaux ; entièrement submergées, elles ne tiennent à la terre que par les racines, qui semblent leur être données plutôt pour les fixer à une place que pour les nourrir. »
Cette manière de voir n'est-elle pas trop absolue? Peut-on affirmer que l’algue n’emprunte absolument rien au sol, au fond ro-
(4) André Thouin, Cours de culture et de naturalisation des végétaux, 1. W, 1827, p. 288.
cheux sur lequel elle s'attache ? La roche, même la plus résistante, ne cède-t-elle pas à la longue à l’action lente mais continue des agents extérieurs? et dès lors pourquoi n’abandonnerait-elle pas à la plante marine une partie des produits de sa décomposition ?
Longtemps il fut admis sans conteste que les épiphytes fausses parasites, comme un grand nombre d’orchidées, ne vivaient qu'aux dépens de l’eau pure, de Pair et des gaz atmosphériques. Aujourd’hui on a bien changé de manière de voir à cet égard. Les travaux de M. Payen ont montré tout ce que cette opinion avait d’erroné; car ce savant chimiste, déterminant la composition de ces végétaux, a prouvé que (1) :
« Dans les orchidées aériennes contenant des proportions d’eau variables entre 85 et 94 centièmes, la matière sèche formant 5,6 a 16,3 pour 100, est composée de matières organiques et de subslances minérales; les premières peuvent avoir été formées en grande partie par les gaz atmosphériques, comme cela a lieu pour les plantes terrestres, mais les substances minérales ne peuvent avoir la même origine, elles se montrent d'ailleurs en quantités très-notables, formant pour 100 parties de la matière sèche de 5,8 à 10,7.
Les matières minérales, en de telles proportions, — remarque M. Payen dans une autre partie de son mémoire, — ne pourraient évidemment être fournies par l’eau pure, ni par l'air, les vapeurs ou les gaz atmosphériques ; elles se trouvent contenues dans les supports prétendus inertes ; ceux-ci se désagrégent et s’amoindrissent graduellement sous les étreintes de la végétation parasite. »
On manque, il est vrai, de documents semblables sur la végétation des plantes marines ; mais en leur absence, il est naturel de supposer que les mêmes phénomènes ou des phénomènes analogues doivent se produire dans leur végétation. Ainsi nous sommes conduits à conclure que les algues tirent simultanément leurs principes constituants de deux milieux à la fois : de l’eau et du sous-sol marin.
(1) Payen, Sur le mode de nutrition des Orchidées (Journal de la Société centrale d'horticulture, t. 11, 1856).
Il est encore une différence essentielle entre la végétation naturelle des algues, et la végétation artificielle que je cherchais à prolonger dans le blé submergé. D'ans l'eau de mer on trouve sans doute de l'oxygène à l'état naissant; mais 1l importe de remarquer que la fronde seule subit son contact immédiat ; et quant à la racine, soit en s’insinuant dans les fissures du roc, soit en pénétrant dans les débris meubles qui recouvrent le fond, elle se soustrait, au moins en partie, à son contact immédiat. Au contraire, pendant la végétation du blé dans les cloches, le végétal tout entier se trouve soumis à l'influence de l'oxygène naissant ; et, circonstance importante à noter car elle est en opposition avec les conditions naturelles, la racine elle-même, toute chargée de conferves, se trouve comme la tige exposée directement à l’action de ce gaz.
Si la mort des plantes terrestres submergées tient à ce que leurs racines sont plongées dans un milieu trop oxydant; ou si, tout au moins, celte circonstance exerce sur leur organisme une action funeste, il semble facile d’écarter celte cause pertubatrice en opérant à l'obscurité. Mais alors on complique les phénomènes de ceux amenés par le défaut de lumière ; et à l’inanition produite au jour, par le fait dela submersion, on ajoute encore linanition produite à l’obscurité par l'insuffisance de la transpiration, et l'impossibilité alors absolue pour les feuilles de réduire Pacide carbonique.
Pour séparer les uns des autres ces divers phénomènes, et rapporter chacun d'eux à sa véritable cause, il fallait plusieurs séries d'expériences, offrant chacune un mode de groupement particulier des influences extérieures.
J'ai commencé à ce sujet deux catégories d'expériences. Dans l’une la plante ne trempait que par son pied dans de l’eau privée de lumière; dans l’autre, plus éloignée encore des conditions ordinaires, c'était la plante tout entière que l’on immergeait dans le liquide.
J'ai, pour le premier cas, expérimenté sur des fèves, Leurs raeines plongeaient dans de l’eau plus ou moins chargée de matières outritives et toujours maintenue, non pas il est vrai à l’obscurité absolue, mais à une lumière diffuse si faible, que jamais, dans ces circonstances, les protophytes ne se sont montrés. Pour atteindre
facilement ce but, on versait l’eau dans des vases naturellement opaques, ou rendus tels, lorsqu'ils étaient de verre ordinaire, par des feuilles de papier noir collées sur leur face externe. En outre, la surface libre du liquide était recouverte, aussi exactement que possible, d’une plaque de liège percée de trous donnant passage aux tiges. La partie aérienne de la plante recevait ainsi librement la lumière, pendant que la racine restait dans l'obscurité. Cette disposition m'a paru favoriser la végétalion ; toutefois ces expériences ne sont pas encore assez nombreuses, pour que je puisse me prononcer sur la nature de l'influence que l'éclairage des racines peut exercer sur le développement du sujet tout entier.
J'ai fait également quelques essais de submersion totale à l'obscurité.
Certains organes, comme les racines, ou même des ensembles organiques tout entiers, comme les bourgeons, vivent d’une manière permanente où temporaire à l'obscurité ; mais à la condition toutefois de recevoir, pendant ce temps, une alimentation spéciale préparée ailleurs. Partant de là et pour avoir quelques chances de succès en me rapprochant le plus possible des conditionsnormales, j'ai choisi des jacinthes comme sujets d’expérimentation. Si lactivité vitale peut en effet résister à l'influence de l’obseurité, cela doit se présenter surtout chez la plante bulbeuse, dont l'oignon contient des substances alimentaires qui ne sont peut-être point entièrement préparées pour l'assimilation, comme le fluide nourricier qui parvient aux bourgeons ou aux racines, mais dont l’élaboration est certainement plus avancée que celle des matériaux qu’une plante quelconque puise directement dans le monde extérieur.
J'ai done submergé des oignons de jacinthe en voie de développement, dans de l’eau ordinaire contenue dans des vases ouverts, mais placés à l'obscurité. Au bout de peu de temps, les plantes tombaient en putréfaction et exhalaient alors une odeur insupportable ; tandis que dans l’eau éclairée contenant des conferves, jas mais les matières végétales en voie d’altération n’exhalent d’odeur aussi désagréable. Dans ces circonstances les Lissus vivants se re-
couvraient el paraissaient se transformer en une inasse incolore et glaireuse. Jamais d’ailleurs il n’y eut de microphytes verts dans cette eau ainsi maintenue à l'obscurité.
Ce pouvoir de la lumière solaire de modifier les effets de la putréfaction des matières végétales, et d’en rendre les conséquences toutes différentes de celles que l'on observe à l'obscurité, n'avait point échappé à J. Senebier, l’un des physiologistes qui se sont occupés avec le plus de succès de l'influence de la radiation so laire sur la végétation. Ce savant parait même avoir attaché beaucoup de prix à son observation. Non-seulement il indique avec soin la date de sa découverte : «J'avais prévu en 1782 l’antisepticité de la lumière » (1), remarque-t-il ; mais encore il énumère les différents passages de ses ouvrages où il a parlé de cette action. C'est ainsi qu'il rapporte ce fait précis, au milieu de théories et d’interprétations assez vagues :
« J'ai fait voir dans mes expériences sur l’influence de la lumiére solaire dans la végétation, p. 61, que la lumière retardait longtemps la pourriture des feuilles exposées dans l’eau à son action. »
Enfin Senebier termine en essayant d'indiquer la manière dont il conçoit l'influence solaire. Mais son explication est obscure et ambigué ; 1l est manifeste qu’il n’a pas complétement saisi la cause du phénomène, l'insuffisance des connaissances physico-chimiques de son époque s’y opposait. Voici en effet textuellement son explication, qui se termine en outre par une erreur grave au sujet de la germination.
« Quand on considère les affinités de la lumiere avec l'oxygène ; quand on sait que celui-ci enlève aux corps fermentescibles le carbone qui est éminemment antiseptique; on conçoit comment la lumière prévient la fermentation, comment elle arrête, et comment elle ralentit la germination. »
On le voit, Senebier était encore fortement imbu des vieilles idées qui faisaient regarder les actes de nutrition comme des fermentalions. C’est ainsi que la digestion était alors une sorte de
(1) Jean Senebier, Physiologie végétale, t. HI, p. 180.
putréfaction ; et Sénebier, d’après ce passage, semble attacher le même sens à la germination.
Ainsi la lumière exerce une influence antiseptique, les faits rapportés par Senebier suffiraient à eux seuls pour létablir; on en connaît d'ailleurs d’autres signalés par divers observateurs. Quant à la cause essentieHe de cette influence, elle réside dans Vapparition et le développement des plantes confervoïdes. Ces végélaux, par l'oxygène qu’ils dégagent à ia lumière, font subir aux matières végétales en voie de décomposition une combustion plus rapide et tout autre que celles qu’elles subiraient sous la seule influence de l'air, de l'humidité et de la chaleur atmosphériques. Cette combustion plus active rend très-difficile sinon impossible la formation des composés ammoniacaux volalils, ainsi que celle de lhydrogène sulfuré et autres gaz odorants, produits ordinaires de la décomposition putride. Enfin ces protophytes doivent en outre assimiler une partie notable des substances azotées, carburées, etc., contenues dans l’eau ; et par suite tendent à assainir le liquide, en diminuant lés causes d'infection qu’il renferme. À ce point de vue 1} serait curieux d'étudier la composition de ces microphytes ; de rechercher la nature et la proportion relative des matériaux constituants de leur organisme ; et surtout de les comparer, sous ce rapport, aux végétaux supérieurs.
La lumière est donc antiseptique parce qu’elle provoque un incessant dégagement d'oxygène; el, dans le cas précédent, la mort des jacinthes est causée par l’asphyxie, et non point par l'influence spéciale de l'obscurité ou l’action particulière exercée par l’eau sur les tissus.
J'ai contrôlé cette conclusion en vérifiant que des jacinthes végèétent dans l’eau, soit à la lumière, soit à l'obscurité, si on leur donne de l'air en quantité suffisante ; mais qu’elles périssent, même dans l’eau éclairée et en offrant les mêmes particularités qu’à l'obscurité, quand l'oxygène fait défaut dans le liquide. C’est ainsi que, dans la deuxième partie de ce travail, je rapporterai des expériences qui prouvent que les jacintheés peuvent végéter et fleurir dans l’eau, à la lumière ou à l’obscurité, pourvu que l'oignon reste
hors de l’eau, c’est-à-dire en contact direct avec l'air atmospherique.
Au contraire, j'ai vu la submersion totale, même à Ja lumière, devenir dans certaines circonstances rapidement mortelle pour ces plantes.
A cet effet jai placé des bulbes de jacinthes au fond de l'eau contenue dans un vase de verre bien éclairé. On renouvelait d'ailleurs le liquide assez souvent pour éviter la formation de la matière verte. En peu de temps les plantes périrent et leurs tissus présentérent les mêmes signes d’altération pulride que j'avais observés dans des bulbes submergés et maintenus à l'obscurité.
D'autres faits viennent corroborer cette opinion et montrer qu’une des grandes difficultés que l’on rencontrera, en voulant faire végéter sous l’eau des plantes terrestres, sera l'insuffisance de l'oxygène.
Iln’est pas rare en effet de voir des plantes terrestres, des plantes bulbeuses entre autres, accidentellement enterrées, vivre ainsi quelque temps. Sans doute elles sont étiolées, mais elles vivent, à la condition cependant de n'être point enterrées trop profondément. C’est que, dans ces circonstances, le sol leur fournit assez d'oxygène pour entretenir leur respiration durant les premières phases de la végétation. Et quand elles meurent, ou bien plus généralement quand on enfouit des matières végétales quelconques, jamais les produits de leur décomposition ne sont identiques avec ceux que ces mêmes corps fournissent par leur altération dans l'eau, Qui n’a élé frappé, par exemple, de la mauvaise odeur et des caractères tout particuliers que présente un bouquet qu'on à laissé pourrir dans l’eau ?
Ainsi tout nous indique qu'il se produit dans l’eau un genre spécial de décomposition des substances végétales, genre caractérisé par ces produits particuliers qui ne se forment que dans un milieu pauvre en oxygène.
Ces prévisions sont confirmées par les analyses que j'ai rapportées plus haut; puisque nous savons maintenant qu'un litre de terre végétale, malgré la combustion lente qui a lieu dans son sein,
renferme encore 69,79 d'oxygène, tandis qu’un litre d’eau douce n’en contient plus que 41%,73 environ. A ce titre un litre de terre équivaut donc en moyenne à cinq litres d’eau douce. D'où l'on est conduit à penser que l’un des moyens les plus simples d'entretenir la respiration de la plante serait de la plonger dans de l’eau constamment el rapidement renouvelée, Nous allons voir que ce serait en même temps un des moyens les plus efficaces pour la nourrir.
La deuxième grande difficulté que l’on doit rencontrer en effet dans l'éducation des plantes terrestres submergées est relative à Palimentation. Sous ce rapport, les exigences de la plante croissent avec les progrès du développement; et, avons-nous déjà fait remarquer, on n'entrevoit que deux moyens de les satisfaire : soit en donnant des dissolutions alimentaires très-concentrées, soit enfin en introduisant sans cesse dans son organisme de grandes quantités d’un fluide nutritif très-dilué.
Le premier moyen, qui est le moyen régulier pour la plante en germination, semble offrir peu de chances de succes chez la plante adulte dont les épidermes, s'épaisissant chaque jour davantage, ne laissent de voie complétement libre à l'absorption que par un nombre restreint de surfaces d’ailleurs très-circonscrites elles-mêmes, par la surface des spongioles.
J'ai essayé de concilier les exigences provenant de cette particularité d'évolution avec celles qui naissent de la combustion respiraloire, en submergeant de jeunes plantes de blé ou de fèves dans des dissolutions concentrées faites avec l’albumen ou les eotylédons de graines de même espèce en voie de germination. Ces liquides, renouvelés de temps à autre, étaient placés dans des vases de verre à large surface, fermés hermétiquement par de la baudruche constamment mouillée par le liquide, ce qui la rendait beaucoup plus perméable aux gaz. Par ces dispositions j'espérais atteindre un double but : offrir à la plante et sous un petit volume une quantité suffisante de matières nutrilives déjà élaborées dans une autre graine; ct, en second lieu, permettre néanmoins à la plante de respirer tout en lisolant suffisamment de l'atmosphère pour prévenir les causes les plus apparentes d’aliération, c'est-à-
dire en mettant obstacle au développement des proto-organismes, microphytes et microzoaires.
Je n’ai point encore obtenu de résultats satisfaisants dans ces tentatives d'allaitement artificiel.
J'ai pensé que peut-être l’insuccès lenait au défaut d’une alimentation convenable ; ces dissolutions d’albumen ou de cotylédons, nécessaires pour la jeune plante, devenant sans doute insuffisantes pour la plante plus âgée.
Voici l'expérience que je tentai pour m'éclairer à ce sujet.
Le 26 août 4864, on fit choix de trois pieds de fèves qui avaient été élevées dans le même pot et à la lumière. Ces plantes étaient toutes les trois au même degré de développement ; chaque tige portait cinq feuilles, et la sixième, déjà formée, entourait encore et protégeait le bourgeon lerminal. On sépara, par des lavages ménagés, la terre des racines, et l’on submergea les plantes dans une cloche contenant une eau de terreau dont j'indiquerai plus loin le mode de préparation. On leur avait en outre attaché des contre-poids convenablement distribués de manière à les maintenir dans leur situation normale, c’est-à-dire verticalement, tout en restant entièrement submergées. L'appareil fut placé derrière une des fenêtres du laboratoire, où les plantes pouvaient recevoir directement les rayons solaires pendant la première partie de la journée. Malgré les précautions prises, les portions terminales des tiges étaient dans le principe un peu affaissées ; mais le lendemain 27, à midi et demi, elles s'étaient parfaitement dressées et leur extrémité sortait alors du liquide. On ajouta de l’eau de terreau de manière à submerger le pied dit n° 4, pendant que le bourgeon terminal et la dernière feuille des deux autres pieds, numérotés À et 2, émergeaient seuls.
Le mercredi 7 septembre, à huit heures du matin, la tige n° 1 ne s'était pas montrée à la surface du liquide, (tandis que la tige n° 2 avait développé trois feuilles hors de l’eau, et celle n° 3 deux seulement. Comme depuis la veille les parties aériennes se desséchaient et les organes submergés pourrissaient, on suspendit ce jour-là cette expérience.
Cette observation montre bien nettement toute l'influence exer-
cée dans cet ordre de phénomènes, par le libre accès de l'air atmosphérique. Quant à l’insuccès de cette premiére tentative, on n’en peut évidemment rien conclure; et je me propose de la répéter en variant les conditions relatives à la densité de la dissolution et à ses divers modes de renouvellement, d'aération, etc.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
De cette discussion et de ces diverses tentatives il faut conclure que, dans l’ordre naturel, le plus grand nombre des plantes adultes vivent plongées dans deux milieux à la fois : la terre et l'air pour les plantes terrestres, la terre et l’eau pour les plantes aquatiques. Les végétaux pouvant vivre dans un seul milieu, la terre ou l'eau, sont en bien petit nombre et appartiennent (ous aux types organiques les plus dégradés; ce sont, par exemple, les truffes dans le premier cas, les plantes confervoides dans le second.
Si l’on veut modifier cet ordre naturel et forcer la plante adulte à vivre dans un seul milieu, l’eau, il faut tout à la fois oxygéner cette dernière et augmenter sa puissance nutritive.
Je viens d'indiquer trois moyens de satisfaire à la première condition. De ces trois procédés, deux seulement : plonger la plante dans l’eau courante, ou l’immerger dans de l’eau stagnante chargée de protophytes verts, ont été appliqués dans mes recherches. Dans Vun et l’autre cas, je n'ai pas réussi à faire vivre une plante adulte maintenue sous l’eau. Mais je ferai observer que jusqu'ici je n’a pu encore disposer des appareils nécessaires pour appliquer d'une manière profitable le premier procédé. Quant au second, comme chaque jour je m’exerce et me perfectionne dans l’art de faire naître et vivre les végétaux confervoides, peut-être arriverai-je enfin par ce moyen à donner à l'eau la quantité d'oxygène nécessaire à la respiration d’un végétal adulte d'organisation plus élevée. Je ne saurais done aujourd’hui conclure avec certitude dans un sens où dans l’autre. à
Enfin on devra essayer encore la méthode d’aération du liquide : soit par l'introduction directe de bulles d'oxygène, soit par la décomposition de l’eau à l’aide d’un faible courant électrique. Je
6 ÉTUDES SUR LE RÔLE PHYSIQUE DE L'EAU n'ai jusqu'ici aucune donnée sur les résultats que peuvent fournir ces procédés, que je me propose d’expérimenter dès que je serai en mesure d'installer les appareils qu’exige leur emploi.
Si l’on parvient à faire respirer la plante submergée, il faudra ensuite la nourrir. Jusqu'ici le moyen qui me paraît offrir le plus de chance de succès, et qui serait d’ailleurs conforme à ce qui s’observe dans la végétation des plantes naturellement aquatiques, serait de les placer dans de l’eau courante peu chargée de matières nutritives. C'est là du moins l'indication que fournit l’étude des végétalions confervoïdes. L'eau est-elle pure? ce n’est qu’à la longue et grâce aux poussières apportées par l'atmosphère, qu'elle se peuple de quelques rares microphytes: Mais si lon jette dans cette eau des fragments d’albumen ou de cotylédons, les protophytes prennent un rapide développement, Le stroma proligère se conslitue à la surface du liquide et de nombreuses bulles de gaz prennent naissance dans toutes les parties de la masse. Puis cette activité se ralentit et plus tard s'éteint : le stroma disparaît, l’eau s’éclaircit, l'exhalation du gaz cesse, et les conferves flottent inertes suspendues aux parois latérales ou enlacées au fond du vase. Alors si l’on verse dans ce milieu devenu stérile un peu d’eau ayant filtré sur du terreau, la vie et le mouvement renaissent aussitôt. Mais si, croyant activer les phénomènes et accroître leur intensité, on remplissait une cloche exposée à la lumière d’une eau fortement chargée de substances organiques, telle qu'une dissolution concentrée des matières solubles contenues dans le terreau, on arriverait à des résultats tout autres que ceux que l'on attendait. Dans ce dernier cas, en effet, on n’obtiendrait que peu ou point de protophytes verts, mais une décomposilion offrant à des degrés divers les traits caractéristiques de la fermentation putride.