Address en reponse au discours du Trone
I/hon. CHARLES MURPHY: Monsieur l'Orateur, au cours de la dernière législature, j'ai eu l'avantage de vous féliciter, lorsque vous avez été choisi, la première ifois, pour remplir la fonction d'Orateur de cette Chambre. J'ai de nouveau, ce soir, l'heureuse occasion de vous offrir mes félicitations pour avoir été désigné, une seconde fois, pour présider les délibérarations de cette assemblée, et, en ce faisant, je sens que je puis saisir roccasion propice pour dire que vous pouvez, en tout temps, compter sur la cordiale coopération de mes collègues députés, qu'ils siègent à la droite ou qu'ils se trouvent à la gauche, pour vous aider à remplir les devoirs impK)rtants attachés à ce poste élevé que vous occupez.
En vue de hâter l'expédition de la besogne de la Chambre et afin de faciliter le travail du Gouvernement en poussant davantage la participation du Canada à la guerre, je veux exprimer une idée qui, si on l'adopte, permettra d'atteindre ces deux fins, si je ne me trompe pas. Je conseille — et c'est » 'p en ceci que mon avis consiste — que l'on **•''• change l'heure des séances du Parlement et
qu'au lieu de se réunir à trois heures de l'après-midi, la Chambre s'assemble à une heure et siège sans interruption jusqu'à six heures ou plus tard, s'il est nécessaire, et que les séances de nuit deviennent l'exception plutôt que la règle générale.
J'ai beaucoup réfléchi à cette idée, je l'ai discutée avec d'autres qui ont une expérience assez étendue des travaux du Parlement. I^eur sentiment oorrobore le mien, que si l'on opérait les changements conseillés, les memhres du Parlement apporteraient à l'étude des questions publiques une force d'endurance, mentale et physique, pour soutenir un labeur qui, avec la procédure présentement suivie, va toujours en augmentant au fur et à mesure que la session se prolonge et que les séances de nuit se multiplient. On réglerait les affaires publiques d'une façon plus expéditive et plus satisfaisante; les membres dd Gouvernement pourraient consacrer plus de temps au travail de leurs départements respectifs et ceux qui, soit à cause de leurs fonctions officielles, soit en leur qualité de membres de la presse, sont obligés de faire le rapport des délibérations quotidiennes du Parlement
et des comités de ce dernier, pourraient compter sur des heures raisonnables pour remplir leur tâche.
Un changement de la nature de celui dont je viens de parler correspondrait, dans son ensemble, au règlement adopté au Congrès des Etats-Unis. Si on l'adoptait, la matinée de 9 heures è à midi, pourrait, si cela était nécessaire, être réservée aux séances des comités, et les membres de la Chambre, quand ils ne seraient pas retenus dans les comités, auraient tout le temps voulu pour expédier leur correspondance et pour remplir d'autres devoirs. Quoi qu'il en soit, en thèse générale, ils seraient maîtres de leurs soirées, ce qui leur permettrait de faire le travail qu'ils ont dû laisser de côté. Le changement proposé mettrait, en réalité, fin à la nécessité des séances de nuit, tout en finissant par assurer au Parlement plus d'heures de travail, vu la prolongation des séances de l'après-midi, que le système présentement suivi n'en procure.
C'est là un avis que je formule, et si l'on tient à expédier les affaires publiques au cours de cette session, on pourrait effectuer la modification voulue et alors le Parlement, comme toute autre institution commerciale, pourrait expédier sa besogne au cours de ce qu'il est convenu d'appeler les heures d'affaires. A mon avis, toutes ces longues séances de nuit sont inutiles et ne sauraient aboutir ni à la délibération convenable des affaires législatives ni à l'économie des deniers publics.
A l'ouverture de la première session d'une nouvelle législature, on doit s'attendre à entendre se répercuter ici les échos de la grande consultation populaire d'où vient de sortir cette nouvelle législature. Même en temps de guerre, cela est inévitable. Au cours de ce débat, il nous est bien parvenu quelques échos de cette lutte électorale, mais il est singulier que, ni dans le discours du trône ni dans les harangues prononcées par les ministériels, on n'ait fait la moindre allusion aux questions de race et de culte sciemment soulevées par certains membres du Gouvernement et par leurs partisans tant à la tribune populaire que dans les chaires des églises et dans la presse, dans le but de soulever race contre race, croyance contre croyance, afin que, grâce à l'agitation et aux luttes fratricides qui en résulteraient, l'on pût remonter au pouvoir et satisfaire des ambitions qui visent plutôt à s'assurer quand même les bénéfices du pouvoir, qu'à réaliser l'unité nationale en face d'un ennemi que ces honorables messieurs prétendent combattre afin de sauvegarder les droits des petites nationalités et faire triompher le
principe tendant à leur laisser la décision de leurs propres destinées. Voilà quelques croissions que je vais m'efforcer de réparer, avant de reprendre mon siège.
L'an dernier, au cours du débat sur le service obligatoire, j'ai adressé un pressant appel au très honorable membre qui dirigeait alors le Gouvernement et le dirige encore, et j'ai demandé de modifier l'attitude qu'il voulait suivre et d'adopter quelques-unes dés propositions formulées à titre d'alternation par les députés de la gauche, afin d'assurer l'union du Canada, tant au pays qu'au dehors. Cet appel, on n'en a pas tenu compte. A d'autres appels semblables adressés au Gouvernement par quelques députés de la gauche on n'a pas fait meilleur accueil, et bien que le temps ait déjà justifié les auteurs de ces appels, il n'a pas fait disparaître les déplorables résultats de la dernière élection, et il s'écoulera encore bien des années avant qu'ils disparaissent. La doctrine prussienne appliquée au Canada, durant la dernière campagne, a porté une aussi forte atteinte à notre vie nationale qu'elle' le ferait, si l'Allemagne établissait ici cette doctrine et nous l'imposait par la force des armes.
Notez bien, monsieur l'Orateur, ce qui est arrivé et ce que l'avenir nous réserve. On a jeté dans noitre sol une semen.ce de discorde et de haine, et cette récolte ne germera, ni cette année ni au cours de la génération actuelle.
Longtemps après que ces semeurs de haîne seront disparus de la scène 'du monde, les fruits de leurs travaux continueront à croître et c'est aiiLs.i que se perpétueront la ddscorde et la division parmi les 'Ganadiiens qui aui^onit à traitex avec les survivants et les desciendants die ces trois millions d'hom^mes qui auront été soit privés de Leur droit de suffrage ou insultés dans Leur culte, et cela dans le but misérable d'obtenir la victoire aux bureauix d<e vote.
Des VOIX : Très bien !
L'hon. iM. MURPHY: Je tiieais à bien élucider mon attitude et à dire que je ne "veux oQiullement incriminer ceux qui, au COUTS de la dernière élection, ont prêté leur appui au Gouvernement, dams la sincère conviction que l'appel souis les drapeaux était le seul moyen d'obtenir les renforts voulus pour les troupes au front, et que cette loi du service obligatoire serait appliquée avec sincérité, uniformité et promptitude, si le Gouvernement revenait au pouvoir, et que Les 100,000 hommes destinés à remplacer ceux qui combattent dans les
tranchées seraient envoyées snr la ligne de feu, dès que le Gouvernement serait ins^ taUé au pouvoir. Afin de créer cette conviiotion dan.s les esprits, on a prodigué les promesses au. nom des candidats unionistes et, je le répèt-e, à ceux qui ont ajouté foi à ces promesses et appuyé le GouveTnement, je n'.ai aucun reproche à adresser . Mais le nomibre diei ces derniers est quiantiié négligeable, comparativement à la totalité de ceux qui ont prêté leur appui au Gouvexnemenit pour des raisons tout à fait opipo-
Je vais indiquer ici sommair/ement ces raisons. On disait que le; Gouvernemenit de l'Union nationale isolerait Québec et empêcherait les Français et les catholiques d'exercer leur domination sur l'Ontario et Le reste; du pays; que le pape et les catholiques en général n'étaient pas favorables aux Alliés dans la guerre actuelle. Enrfin, que c'étaiit une question de protestantisme contre catholicisme et que tous ceiUix qud ne se rialliaient p.as au Gouvernement, à titre de représentant du protestantisme, étaient des réfractaires, des traîtres et des germanophiles.
Et cette campagne aboutiissant à une attaque ouverte contre la province de Québec et la population franco-canadienne ainsi que contre le pape et les catholiques, avec lesiquels on accouplait constamment les noms de sir Wilfrid Laurier et du parti libéral, cette campagne, dis-je, s'est ramifiée d'un bout à l'autre du pays ; son organisation était parfaite et les organisiateurs ont prodigué l'argent.
Il est impossible, dans le cadre d'un discours, de parler de toutes les ramifications de la conspiration et je doirs me contenter de n'aborder que quelques-unes des nombreuses phrases prises parmi les plus saillantes.
Ceux qui faisaient partie du dernier parlement 'Savent à quel point le parti libéral a vu see rangs éclaircis à la suite d'appels 6ur les questions de race et de religion, ..t je n'ai pas besoin de m'arrêter à cet aspect de la conspiration menée contre le parti libéral et son chef. Alors 'que se tramait ce complot dans cette Chambre, on vit paraître à la tribune des journalistes un nouveau courriériste parlementaire, un étranger selon les apparences. 'Lorsque je pris des renseignements, on m'apprit que l'étranger était le représentant du "Christian Science Monitor", de Boston. Après avoir fait part de l'étonnement que j'éprouvais de voir qu'un journal religieux comme le "Chriistian Science Monitor" s'impose la
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peine et les fiais de déléguer un représentant à Ottawa pour rapporter les débats parlementaires, on m'apprit en outre que le but visé était d'entreprendre une campagne anticatholique qui se grefferait sur les préparatifs du Gouvernement en vue de l'élection générale sur le point d'avoir lieu. Je ne tardai pas à voir la preuve de cette déclaration dans la publication, par le "Christian Science Monitor", d'«article6 contre les catholiques, contre les Français, contre Laurier, articles que reproduisaient plus tard le "Citizen" d'Ottawa, les quotidiens de Toronto et d'autres journaux, tousfrappés en même temps d'une grave attaque d'une maladie que, faute d'un terme spécifique, et ^avec tout le respect dû à la nomenclature médicale, j'appellerai "phobie du pape" ("Papalphobia"). A la suite de cette explosion, certains messieurs en relations intimes avec le "Christian Science Morûtor" sont venus à Ottawa, et âpre =5 an conseil de guerre tenu avec les amis de la capitale, ont été présentés, à ce que j'apprends, au premier ministre. Ce qui s'est passé lors de l'entrevue importe peu, mais ce qui est survenu dans la suite est assurément d'une importance toute spéciale au point de vue public. Aux premiers jours d'octobre 1917, un écrit venant du cabinet du premier ministre était adressé à ses collègues et leur recommandait de s'abonner au "Christian iSoience Monitor" poux leurs ministères respectifs. La raison invoquée pour pratiquer cette économie de guerre nouveau genre. . . (Exclamations) était "que le "Christian Science Monitor" publiait fréquemment des articles très utiles et intéressants sur les affaires du Canada", et que l'on "y était abonné au conseil privé". Les seuls articles que le "Monitor" publiait à cette époque sur le Canada étaient des tirades anticatholiques, et pour me servir des paroles du mémoire émanant de son bureau, le premier ministre disait que "ces articles étaient très utiles et intéressants". Par conséquent, il n'y a pas lieu de douter de l'attitude du premier ministre dans cette affaire.
J'ai entendu parler de gens qui avaient été subornés avec leur propre argent, mais c'est la première et la seule fois que j'aie entendu parler de gens qui fournissent des fonds pour qu'on les attaque eux-mêmes, comme les catholiques du Canada ont assurément fait lorsque le premier ministre :i fait porter le "Christian Science Monitor" sur la liste des abonnements des divers min ^' 'itères, abonnements qui doivent être payes à mêrne les deniers publics, deniert? auxquels contribuent les catholiques sur le
même pied que ceux qui font partie de toutes les autres religions.
Mais il ne faut pas, pour un instant, croire que le "(Jliristian Science Monitor" a monopolisé à lui eeul le champ d'action qu'il avait choisi. La presse anglaise du Canada, sauf quelques louables exceptions, s'eist mise de la partie à cor et à cri, et le pape, Québec, les catholiques et Laurier isont devenus le thème de leurs attaques de tous les jours. La campagne ne e'est pas restreinte, non plus, aux journaux conservateurs, mais elle s'eet étendue à leurs confrères unionistes. Le "Globe" de Toronto a été aussi peu véridique que le "Mail and Empire". Le "Toronto Star" a été ausfii éhonté que le "Toronto News". Et îii ors que l'on avait atteint le dernier degré de la démence, on me dit que le gérant du "Globe" recevait, de temps à autre, la visite de gens que Ton considérait susceptibles de voir d'un bon œil cette propagande nouvelle, et que là, les portos bien fermées et un regard inquiet sur les fenêtres, M. J, F. Mackay, discourait longuement sur les menées sécrètes du pape et la néceseité de les déjouer en renversant Laurier. Lorsque le visiteur ne semblait pas suffisamment convaincu, on le renvoyait à M. J. E. Atkinson, du "Star", qui avait alors recours à ses artifices trompeurs pour parfiaire l'œuvre commencée par le moins habile, M. Mackay. Et c'est ainsi que, d'un bout à l'autre du pays, la partie s'est jouée.
Tout cela, monsieur, était assez vilain, mais en faisant des églises la scène de démêlés politiques on est arrivé lau plus infamant de toute la campagne. On a laissé libre l'accès des chaires aux laïques comme aux membres du clergé; dans certains cas même, on a vti ces chairee occupées par des lindividus plus aptes à prêcher les doctrines de sodomites que l'évangile du Prince de la paix. Et pourquoi tout cela? Tout simplement pour soulever le re-ste du pays contre Québec et les catholiques, dans le but de remporter l'élection.
Monsieur l'Orateur, avons-nous jamiais été témoinis d'une pareille souilluire de la maison de Dieu dans aucun autre pays sous le soleil? Je n'en ai jajnais entendu parler et pour l'oimour du christianisime lui-même, j'espère que pareil spectaole ne s'esft jamais vu.
De crainte que les électrices ihe fussent pas aussi enflammées que leurs parente du sexe masiculin, on fit particulièremeaiit appel à leurs crainites, à leurs passions et à leurs préjugés à la veille de l'élection.
Lt9 plus incendiaire peut-être» et certainement le plus grotesquement faux de tous
ces appels, fut publié par le "Can.adian Home Journal", dans ,son numéro du 17 décembre. Voici la teneur de cet article:
La diplomatie reptile de l'Allemagne se sert de nombreuses agences dans un bon nombre de pays ; or l'agence la plus importante qu'elle emploie à l'heure actuelle sur le sol du Canada, , c'est l'Eglise catholique romaine.
On n'offre pas la moindre preuve à l'appui de cette affirmation outrageante, mais cette assertion est suivie par les pierres précieuses qui suivent et qui sont tout austsi brillantes :
Quel que lamentable que soit ce fait, il faut se rendre à l'évidence. En conséquence, nous constatons que les églises catholiques au Canada sont les principaux centres d'activité travaillant à remettre au pouvoir ceux dont la politique vise à la retraite du Canada du conflit actuel, à la désertion de nos soldats sur la ligne de feu et à la trahison de la Grande-Bretagne,
Et écoutez ce passia@e, monsieur l'Orateur:
Il n'est pas très clair quels sont les promesses et stratagèmes que le Gouvernement du kaiser a mis en œuvre pour s'assurer l'appui de l'Eglise catholique.
La chose n'esit pas plus claire à l'heure actuelle qu'au temps des élections.
Il a promis de restaurer le domaine tempo- Tel du pape en Europe et, au cas où il serait victorieux, d'étejidre son influence jusque dans l'Amérique du Sud.
Il est également probable qu'il a promis d'étendre à tout le reste du Canada les pouvoirs dont jouit actuellement l'Eglise dans la province de Québec.
Les femmes canadiennes sont religieuses par nature. Eîlles sont le pilier de nos églises. Qu'elles se rappellent donc les principes qui sont en jeu à l'heure actuelle.
Sir Wilfrid Laurier et ses candidats exaltent le traître et condamnant le soldat. C'est aux parents du soldat qu'il appartient de leur répondre aux urnes électorales.
Le Canada est menacé par des ennemis qui le combattent ouvertement en Europe et par des ennemis perfides sur le sol natal. Le premier devoir de la femme canadienne est de voter pour le Gouvernement d'union nationale ; c'est le devoir de l'heure.
Monsieur l'Orateur, est-il possible de tr ouvrer quelque 'Chose de plus misérable ou de plus crimdnel que l'article dont je viens de citer quelques extraits. (Très bien; très bien.)
Et cependant, non iseulement l'auteur de cet article échappe au châtiment qu'il mérite, mais je suis certain qu'il rit sous cape de la contribution qu'il a apportée au breuvage diabolique avec lequel le Gouvernement d'union naitdonale a abreuvé^ affolé et fourvoyé un public trop crédule.
Af^.n que nul doute ne puisse subsister dans l'esprit de tous les citoyens honnêtes du pays, hommes ou femmes, quant à la principale question sur laquelle le Gouver-
nement unioniste s'est appuyé pour solliciter et obtenir le pouvoir, permettez-moi de citer des extraits d'un article qui couvrait toute la première page de l'^Orange Sentinel". numéro du 20 décembre 1917, sous le titre : "Battez la Grosse Caisse".
Le résultat du scrutin de lundi équivaut à une défaite écrasante pour la hiérarchie catholique romaine de Québec et ses alliés dans les autres provinces.
La campagne électorale tout entière a été menée selon les grandes lignes du programme de la société orangiste pour la première fois, depuis que le Dominion existe, le protestantisme uni a suivi la direction des orangistes du Canada, et a remporté une magnifique victoire contre les forces de la réaction dont le triomphe eût été un déshonneur pour le pays. La puissante association que représente la "Sentinel" a donc raison d'être satisfaite d'avoir enfin réussi à obtenir cette reconnaissance des loyalistes du pays qu'elle méritait depuis longtemps.
Vous avez là une déclaration après coup écrite par un monsieur dont la candidature fat acceptée par le premier ministre dans la division électorale de Toronto-Ouest et qui représente aujourd'hui cette circonscription dans cette Assemblée. Le premier ministre n'a d'aucune façon repoussé cette déclaration. De même qu'il a approuvé la candidature de l'auteur de l'article en iquestion, il est censé avoir donné son assentiment à la déclaration que j'ai citée, et le public le jug'era d'après ces faits. Après les faits que j'ai cités, que devons-nous penser du faux prétexte que le Gouvernement a fait les dernières élections unique- :nfnt dans le but d'obtenir des renforts pour nos soldats sur la ligne de feu et pour que le Canada continue à prendre sa part dans la guerre actuelle? L'article de V"0range Sentinel", avec l'approbation 'du premier ministre, nous fournit la réponse à cette question.
Je vous ai donné un exemple de l'attitude prise par le parti unioniste à l'égard des catholiques du Canada, parce qu'ils ont osé lui faire opposition. Si la Chambre veut bien me le permettre, je vais maintenant faire voir qu'un catholique, qui a appuyé le parti unioniste, n'a pas été mieux traité pour cela. Je citerai donc l'extrait suivant tiré du même article de l'^'Orange Sentinel " du 20 décembre 1917:
Il est déplorable que dans toutes les provinces anglaises le seul élément qui a servi d'appui solide au parti de Laurier se compose de citoyens appartenant à la religion catholique. Cet élément a été la cheville ouvrière de l'organisation de Laurier dans Ontario. A part l'évêque Fallon, pas un seul membre du haut clergé de cette province n'a manifesté le moindre indice de sympathie à l'égard du Gouvernement unioniste.
Il y a tout lieu de croire, toutefois, que le motif de l'évêque Fallon, en appuyant le Gouvernement unioniste, était surtout le désir de punir ceux qui le poursuivent de leur haîne depuis vingt-cinq ans.
En conséquence, sa conduite ne saurait être regardée comme un indice des sentiments' qui animaient ses collègues ou les fidèles composant leurs troupeaux.
Monsieur l'Orateur, il serait trop malheureux, en vérité, de déflorer, par des commentaires superflus, cette appréciation enthousiaste d'un chef de l'unionisme, au sujet de l'aide apportée au parti unioniste par l'évêque de London. Je me contenterai donc de répéter ce que je viens de dire, à savoir que l'article fui, écrit par l'homme dont la candidature avait reçu l'approbation du premier ministre li;i-même, et que le silence observé par le premier ministre depuis trois mois démontre qu'il approuve cet article tout corrime il a approuvé la candidature de son auteur.
Désireux de consigner aux débats, pour l'information des Canadiens non seulement d'aujourd'hui mais de l'avenir, toutes les données nécessaires à l'intelligence du Gouvernement unioniste et du caractère de sa campagne électorale, il me semble que, pour ce qui est de l'Ontario, ma tâche ne serait qu'à moitié remplie si je ne reconnaissais à l'honorable député de Durham (M, Rowell) la part qu'il a prise aux attaques dirigées contre le chef du parti libéral et les catholiques de ce paj'-s. Cependant, il m'est nécessaire, pour cela, de remonter à quelques années en arrière; à la lumière du passé, ses actes plus récents ne seront que mieux compris.
Je dirai tout d'abord qu'il fut un temps où, faute d'être assez bien renseigné sur \son compte, je considérais le député de Durham comme étranger à tout esprit d'égoïsme. Aujourd'hui, grâce à des renseignements puisés à une foule de sources, il me faut désabuser ceux que j'avais convertis à mon opinion erronée, en exposant aussi brièvement que possible les faits relatifs à la carrière publique de l'honorable membre, tels que je les connais. Désireux en même temps d'être juste envers lui, je ne saurais mieux faire que de baser mon jugement sur les raisons qu'il a lui-même fournies. Quelles sont ces raisons? Dans un discours qu'il prononçait à North-Bay, le 6 décembre dernier, il blâmait le chef du parti libéral et la population de la province de Québec de leur prétendue attitude dans cette guerre. Je me contenterai, pour le moment, de rappeler sur quoi il s'appuyait pour porter cette accusation, et je reviendrai, plus tard, à son discours.
Il alléguait que la populatioi;! de la province de Québec n'avait pas fait assez de sacrifices. Pour parler ainsi, il fallait être bien certain d'avoir fait soi-même assez de siaoïifices, sinon il valait mieux garder le
silence. Or, voyons quels sacrifices l'honorable ministre s'est imposés:
Pour tout dire en un mot, il a prêché aux autres l'évangile du sacrifice et il s'est constamment appliqué à pratiquer l'égoïsme et à en récolter les fruits. Monsieur l'Orateur, comme vous le savez sans doute, dans l'Ontario du moins, l'on a industralisé le christianisme jusqu'à en faire la base d'une science exacte. John Wesley Allison,Joseph Wesley Flavelle et Newton Wesley Rowell sont les trois grande apôtres de cette œuvre, et leur croyance se- résume au culte du moi. En fin de co^mpte, ce sont les trois grands Sinn Feiners canadiens. John Wesley Allison figurera déspnmais dans les annales politiques avec l'auréole d'unie immortalité infâme qu'il aura due au iministre actuel des Travaux publics (M. Carvell) par qui il a été mis en lumière au sujet de certains marchés relatifs aux fusées et aux obois. M. O'Connor, commissaire des vivres, et M. Oeorge W^. Kyte, ancien député de Richmond (N.-E.), auront rendus semblables serviioe à Joseph Wesley Flavelle au sujet du bacon et des œufs. Monsieur l'Orateur, je v«*ix vous convaincre et convaincre le pays que Nfewton Wesley Rowell esit également digne de la place q^iie le public lui a assignée comme troisième metmbre de cette si intéressante trinité.
Pour ne pas remonter plus loin qu'aux jours du gouvernement Ross dans l'Ontario, je me contenterai de rappeler que l'honorable ministre fut un des plus fervents amis de ce ministère, mais que son dévouiement fut loin de lui coûter cher; qu'il en profita même pour se faire nommer avocat du gouverneme^nt à l'époque où la somme de $2,000,000 fut prêtée aux industries réorganisées que M. F. H. Clergue avait établies au Sault-Sainte-Marie, et que, tout en représentant le gouvernement, il a trouvé moyen de se faire nommer avocat d'urne des compagnies concernées dans la réorganisation, «t d'occuper les deux emplois à la fois. Obligé d'en abandonner un, il fut remplacé par son associé, M. Thomas Gibson. On m'assure que l'appui qu'il donna au gouvernement de l'Ontario, à cette époque, et les positions qu'il a obtenues comime je vienis de le dire, lui ont permis d'augmenter le chiffre de ses épargnes de plus de $100,000 en quatre ou cinq ans. Mais peu importe la date exacte ou .la durée du tenvps qu'il lui fallut pour faire cette accumulation, il sufiit que l'on ne puisse prétendre que l'honorable député ait appuyé le ministère Ross en faisant des sacrifices.
Maintenant, monsieur l'Orateur, qu'estnil arrivé quand l'honorable ministre est entré dans l'arène de la politique provinciale?
Avec sa prévoyance habituelle il s'enten dit avec ses amis et constitua un fond=i pour se garantir contre toute perte possible pendant qu'il se livrait è ce travail en sa iqualité de chef provincial. M. A.E. Ames de Toronto fut nommé président du comité nommé à cette fin et, outre sir Joseph Flavelle, plusieurs citoyens de Toronto ont contribué à la création de ce fonds, iqu'on a appelé le "Secretarial Fund". Je suis informé qu'il rapporte entre $9,000 et $11,000 par année. La somme exacte prélevée chaque année n'a pas d'importance; le point essentiel c'est que, à titre de chef provincial, l'honorable député de Durham était protégé contre toute perte possible, tant qu'il occuperait cette position. Autrement dit, mon honorable ami a offert ses services politiques exactement aux mêmes conditions que sir Joseph Flavelle a offert les siens comme président de la Commission impériale des munitions, c'est-à-dire qu'avant de vendre du bacon au gouvernement anglais il avait pris ses dispositions pour garantir sa compagnie contre toutes pertes possibles. C'est merveilleux comme le "christianisme commerciahsé" aiguise le sens des affaires.
Il y a un peu plus d'un an, l'honorable député de Durham, accompagné de son agent de publicité, est allé visiter les champs de bataille. L'honorable ministre des Douanes (M. Sifton) se rappelle qu'on a fait la plus grande publicité possible à ce voyage. A plusieurs reprises, des câblogrammes nous ont signalé la présence de l'honorable député de Durham dans les tranchées, mais est-oe lui qui payait les dépenses de ce voyage? Pas du tout. On m'informe que les frais en étaient payés par des amis de Toronto qui ont versé une somme d'environ $3,750. Ici encore, nous ne voyons pas que l'honorable député de Durham se soit imposé des sacrifices.
Sans qu'il soit nécessaire de multiplier les exemples, on peut dire que les contributions de sir Joseph Flavelle et de quelques autres amis aux nombreux fonds de l'honorable ministre ont été faites dans le but de favoriser l'avancement politique de mon honorable ami par les mêmes moyens que sir Joseph Flavelle avaient adoptés pour mieux écouler son bacon et ses œufs. L'aventure n'impliquait aucun sacrifice; c'était une simple question d'affaires, froidement calculée. Je maintiens donc qu'il ne sied à l'honorable député de Durham de reprocher à la population de toute une province son manque, ou prétendu manque, de dévouement.
Permettez-moi de revenir au discours de mon honorable ami prononcé à North-Bay le 6 décembre dernier. Dans une partie de
ce discours la vérité est supprimée; dans d'autres parties on ne trouve (^ue des tissus de faussetés; ce discours est exactement celui qu'on peut attendre de l'honorable député de Durham quand il se montre tel qu'il est. Par exemple, il prétend qu'il a été un partisan fidèle de sir Wilfrid Laurier jusqu'au moment où le chef libéral a refusé d'appuyer la conscription. Rien n'est plus éloigné de la vérité. Depuis nombre d'années mon honorable ami conspirait pour supplanter sir Wilfrid Laurier comme chef du parti libéral. Dans ceti^ conspiration il avait comme complices M. J. F. Mackay du "Globe" de Toronto, M. J. E. Atkinson du "8tar" de Toronto, M. W. Rundle de la "National Trust Company", M. J. H.
Gundy de la maison de courtage Wood and Gundy, le colonel F. H. Deacon de la maison de courtage F, H. Deacon et compagnie, M. G. Frank Beerd et de quelques autres qu'il n'est pas nécessaire de mentionner dans le moment, mais dont je possède aussi les noms.
Les moyens à prendre étaient à ,peu près oeux-oi : le parti libéral provincial ne devait exister que de nom ; le parti réellement agissant serait le parti Rowell, subventionné par le "Seeretarial Fund" muni de ses organisateurs et de ses agents de publicité, avec le concours des associations de réforme sociale ou morale qui pourraient être enrôlées, pour coopérer avec l'honorable député de Durham afin de le substituer à sir "Wilfrid Laurier comme chef du parti libéral.
On orgajiisa à Toronto une série de dîîiexfi auxquels des libéraux respectables étaient quelquefois conviés, A ces réunions on faisait des allusions plus ou moins directes au complot, dans la mesure que les conspirateurs jugeaient prudents de laisser voir leur hostilité à sir Wilfrid Laurier.
A la suite d'une de ces réunions impérialistes, il fut proposé de demander à sir Wilfrid Laurier de désigner M. Rowell comme son successeur à la tête du parti libéral, mais ceux à qui cette proposition fut faite l'écartèrent avec dédain et mépris. A une autre phase de la conspiration, on projeta un changement dans la direction du "Globe" de Toronto, pour hâter le remplacement de sir Wilfrid Laurier par M. Rowell à Ottawa et l'installation de M. Atkinson à la place de M. Rowell, à Toronto. Oe complot échoua également, et pendant plusieurs jours la ligne téléphonique entre le cabinet de M. Mackay et celui de M. Atkinson fut chargée de transmettre de nombreux messages de regrets et de récriminations. Lorsque finalement on décida d'adopter la conscription, il fut sérieusement question d'un
Gouverniement unionistes et l'occasion si impatiemment attendue se présenta.
N'ayajit pu réussir à supplanter sir Wilfrid, le représentant de Durham (M. Rowell) et son entourage de saleuris, de monopoleurs, de courtiers et de joumaliste.s déçus ont tourné les yeux vers sir Robert Borden et le ministère unioniste auxquels ils emboîtent le pas par leur désintéressement, comme en témoignent assez les multiples nominations dans des commissions influentes, les plantureux contrats d'annonces et les grosses commissions sur les souscriptions à l'emprunt de la victoire.
En présence de ces agissements, ne isoyez pas surpris, monsieur l'Orateur, que je traite de fausse et hypocrite la déclaration du représentant de North^ay qui dit qu'il a suivi sir Wilfrid Laurier jusqu'à ce que la conscription fût débattue. C'est le contraire qui est vrai, et des centaines de gens dans toute l'étendue du pays en avaient la preuve.
Une autre entorse flagrante à la vérité de la part de^ l'honorable député, oonisiste dans ce qu'il disait à North-Bay de l'alliance oonclue en 1911 entre les nationalistes et les conservateurs. Voici ses propres paroles telles qu'elles sont rapportées dans l'édition du 7 décembre 1917 du "Globe" de Toronto :
A titre de libéraux, nous avons prétendu que la sujétion du parti conservateur dans la province de Québec, en l'année 1911, à l'influence nationaliste-cléricale, a été une grave faute nationale dont nous avons souffert pendant toute la durée de la guerre.
Remarquez, monsieur l'Orateui-, que l'honorable dépuité voulait faire croire à son auditoire et ^ani public que l'alliance avec les nationalistes n'avait été conclue que par le groupe québécois du parti conservateur. L'honorable député a prononcé oe discours dans le comté de Nipissing, et ce que iseis auditeurs ont dû rire ^en l'entendant et en se rappelant l'accueil fait par son collègue du ministère, l'hon. Frank Oochrane, par le iséna/teur iGordJon et d'autres oonsiervaiteurs de l'Ontario à M. Henri Bourassa, le chef nationalistte, lorsque celuici, sur ^invitation de M. Oochrane, s'est rendu danis Nipissing pour prêter maanforte aux conservateurs en 1911, et lorsque, pour emprunter le langage de M. Gordon, ils lui "offrirent le^s clefs de l'Ontario septentrional."
Mais cette alliance des conservaiteurs de l'Ontario avec les nationalistes n'ét.ait pas la seule chose embarrassanrte que les paroles (Je mon honorable ami tentaient de cacher. Elles étaient tout d'abord destinées à voiler le fait que sir Robert Borden., que
le représentant de Durham reconnaît comme son che'f, avait pactisé avec les nationalifiteis en 1911. S'il conmait quelque peu les événements politiques récents, Thoniorable député doit savoir que, pendant la lutte électorale de 1911, son chef actuel s'est rendu dans la province de Québec, et que, dans les comtés de Shefford et de Miasisquoi, il a demandé d'appuyer les candidats qui acceptaiietQi le programme nationaliste, un abanxion, de principes dont, au dire de mon honiora-bte ajni, "nous avons souffert pendant toute la. durée de la guerre."
Pourquoi donc n'est-il pas franc et ne rejette-t-il pas la responsabilité sur son chef actuel, plutôt que sur le parti conservateur québécois? La raison en saute aux yeux. Etre franc et faire porter la responsabilité à qui de droit, ce serait faire table rase des motifs qu'il a invoqués pour justifier son' entréte dans le ministère unioniste, ce qu'il ne isa,urait faire, il va sans dire. Pourtant, à une autre date et dans un autre lie.u, des documeints constatent qu'il a ainsi blâmé son chef actuel et quelques-uns de ses collègues du ministère unioniste au suj'et de cette alliance avec les nationalistes, ■et je me propose de consigner ces documenits dariiS le hansard.
En mçi reportant aux délibérations de la réumion annuelle die l'associatioai de réforme die l'Ontario, réuniion qui eut lieu à Toronto le 24 de novembre 1916, je constate que le député de Durham était présent et qu'il a pris la parole. On m'apprend aussi qu'il a co'rrigé, s'il n'a pas rédigé lui-même, un projet de résoluition qui blâmait l'alliance de son chef actuel avec les nationaliistes et que ce projet a été adopté à l'unianimiiité des voix. Le voici :
Considérant que le parti conservateur, sous la direction de sir Robert Borden, a pactisé à dessein avec le parti nationaliste du Québec, dirigé par Henri Bourassa, qui professe ouvertement la doctrine de l'abstention de toute participation aux guerres de l'empire, pour tenter d'assurer la chute du ministère libéral de sin Wilfrid Laurier ; et
Considérant qu'après la réussite de cette allialnce impie, sir Robert Borden a reconnu publiquement et fait entrer dans son ministère des gens désignés par Henri Bourassa, Armand Lavergne et leurs complices ; et
Considérant que cette alliance contribue à expliquer la politique faible et indécise du Gouvernement au sujet de la guerre ; et
Considérant que sir Robert Borden garde encore dans son ministère deux fieffés nationalistes, Blondin, le plus fougueux de tous, et Patenaude, ancien organisateur nationaliste ;
Nous, libéraux de l'Ontario, réunis en assemblée annuelle, déclarons que nous désirons blâmer énergiquement le maintien, en ces temps de guerre, de cette alliance impie des conservateurs et nationalistes, comme injuste pour le Canada et contraire au bien de l'empire.
Ainsi parlait le représentant de Durham au mois de novembre 1916. Moins d'un an plus tard, il était devenu partisan de sir Robert Borden, qu'il avait blâmé si violemment, et collègue de M. Blondin qu'il avait censuré avec tant d'âpreté.
Et après tout cela, adressiant la parole à Nortli-Bay, il avait le toupet de prétendre que les conservateurs de la province de Québec avaient été seuls à faire alliance avec les nationalistes. Exiaminée à la lumière des faits qui La pré;cédèrent, cette assertion fournit un nouvel et lumineux exemple des moeurs politiques du ministre.
Le représentant de Durham ayant ainsi créé ses faits de toute pièce, on ne doit pas s'étonner de relever dans le reste de son discours de North-Bay des assertions singulières au sujet du régime des faveurs ministérielles. A l'entendre, en effet, on venait précisément d'abolir ce système; or, au momient même où il parlait .ainsi, le colonel F.- H. Deaoon était rendu à London où, à titre de repirésentant du ministre, il offrait à un libéral imarquant de cette viUe, pour l'induire à trahir le candidat libénal, la présidence de la comimission du ravitaillement, charge précédemment exercée par sir Edward Kemp. iConume les ohoises pressaient, le colonel Deacon recourut à la voie télégraphique pour rendre conopte au ministre du résultat de sa démarche à London. La dépêche que Deacon expédia alors fut rédigée en présence de trois citoyens miarquantsde London, et je croiis ©avoir qu'on en la conservé l'original. L'offre corruptrice de Deacon fut repoussée, imais l'entremise de ce personnage est établie par la preuve qu'il a lui-même fournie par écrit.
Il suffit de tracer^ les grandes lignes de cette affiaire pour mettre en lumière la 'singulière opinion que le représentant de Durham se fait du régime des faveurs. Si brève que ^soit encore sa carrière dans la politique fédértale, il est loin de n'avoir que ce seul incident à son acquis. Sentant le terrain lui g'iisser sous les pieds, il chargea M. G.-G.-S. Lindsey, de Toronto, d'aller demander à diveirs libéraux si, à leur avis, le public souffrirait qu'un membre du cabinet actuel fût noimmé juge de la cour Su/prême d'Ontario. Aux yeux du ministre il ne s'agissait peut-être pas là d'une faveur ministérielle. Dans ce cas il ne s'agissait pas davantage de faveurs ministérielles quand il déléguait M. J.-F. Mackay auprès des candidats libéraux de l'Ontario oriental pour les ejngager à déserter leur chef en faisant miroiter à leurs yeux les avantages qu'ils recueilleraient comime prix de leur trahison. Mais, )quoi que le ministre puisse penser
des démarches qu'il a fait faire dans les deux derniers cas que je viens de mentionner, il est bien certain que c'est par la .promesse corruptrioe de quielque faveur 'mdnistérielle, pax la promiesse d'un fauteuil de sénateur, que l'on aipu lainener M. Robert-A. Mulhollaod à se désister de la <;andidature dans Ile icoanté de Durhaan pour laisser le ohajmp libre >au représentant actuel de cette cirooai'scription. Le prix de cet ajcite de corruption, on l'a payé la sem^aine dernière en faisianit un sénateur de M. Mulholland. Se rendant ooim^pte qu'une noimination pareille ferait disparaître jusqu'à tout semblant d'abolition du régime des faveurs ministérielles, le cabinet, eontriairement à tous les usaiges, faisait publier une déclaration officielle exposant les imo'tifs qu'il avait d'ap- X>e(ler -M. Mulholland au Sénat. 'Cette explication officielle était simplement un 'mensO'Djge non moins offitciel qui eut pour effet de rempuiir d'indignation l'honnête rédacteur du "Toronto Telegram"; et voiei en quels termes ee journal, dans spn édition du 14 'Coujanit, parlait de l'incident:
L'esprit de parti est plus profitable que le patriotisme.
Le patriote fait le sacrifice des plus belles années de sa vie pour le salut de la liberté universelle. Le partisan, lui, se désiste de la candidature parlementaire dans le comté de Durham pour que l'honorable Wesley Rowell puisse siéger à la Chambre des communes.
La récompense qui attend le patriote, c'est la probabilité de mort ou de blessures et la certitude du sacrifice, le tout moyennant $1.10 par jour.
La récompense du partisan, c'est un siège au Sénat du Canada représentant un capital de $50,0'00i et un revenu annuel de $2,500.
Dans cette iméme édition du "Toronto Telegraim", le rédacteur, après avoir rappelé qu'un mécanicien gagnant un assez fort salaire là l'emploi du Pacifique-iCanadien s'étcit enrôlé, avait été envoyé au front et, layant été blessé, avait dû subir l'amputa^tion des deux jambes, fait les observiâtions suivantes:
Les feuilles d'appel des troupes canadiennes sont couvertes de noms de braves. Ils ne sont pas rares les exemples de sacrifice tel que celui qu'offre le mécanicien du Pacifique-Canadien. Ce mécanicien au rire bruyant, dont le sourire fait rayonner le visage, représente une forme du service de la patrie.
Le candidat qui, dans une division électorale de l'Ontario, fait le sacrifice de ses ambitions pour que l'honorable Wesley Rowell aille siéger au Parlement représente une autre forme du service de la patrie ou de l'effort patriotique, pour nous servir du mot désormais inoubliable de sir Robert Boiden.
Le soldat ayant perdu les deux Jambes et le moyen de gagner $200 ou $250 par mois pour avoir volé à la défense de son pays aura pour récompense ure pension de $600 ou $700 par année.
Le candidat qui renonce à xa candidature parlementaire pour laisser le champ libre à l'honorable Wesley Rowell obtient comme récompense un siège de sénateur. Cette nomination à vie représente un capital de $50,000. Une déclaration oflicieUe publiée avec l'autorisation de sir Robert Borden annonce que l'élévation à la dignité de sénateur, représentant un revenu annuel de $2,- 500, est la modeste récompense accordée à r"effort patriotique" de M. Mulholland.
Si l'on doit élever à la dignité de sénateur tout Canadien capable d'égaler ou de surpasser l'effort patriotique de M. Mulholland, l'augiiste chambre des délibérations du Sénat ne tardera pas à être aussi encombrée que les tramways de Toronto vers six heures du soir. Si les $5-0,000 que représente un fauteuil de sénateur ne constituent, aux yeux de, sir Robert Borden, qu'une modique récompense de r"effort patriotique" de M. Mulholland, les "efforts patriotiques" du mécanicien du Pacifique-Canadien, des centaines et des milliers d'autres soldats canadiens sont comme des monuments qui témoignent du sacrifice véritable et sublime, monument dont le marbre se trouve souillé par la boue des explications de sir Robert Borden pour excuser le trafic, encore en honneur à Ottawa, des nominations de sénateurs.
Ainsi que vous l'observez, monsieur l'Orateur, le "Toronto Telegram" n'ajoute aucune foi à la prétention pharisaïque de l'honorable député de Durham que le favoritisme politique est disparu. Je ne le crois pas miOi-même, et sur ce point je tombe d'accord avec quiconque connaît les crimes imputables au favoritisme dans le cas de la fonction du directeur des renseignements publics ; dans celui de la création de la commission de l'alimentation, dont le personnel se compose d'environ cent fonctionnaires grass'Bment indemnisés, sans compter le poste du juge d'appel central, en conformité de la loi du service militaire, qui commande un personnel d'environ soixante-dix employés dont les appointements se chiffrent à un montant élevé. L'occasion se présentera plus tard de mettre leurs forfaits au jour; je ne m'y arrêterai donc pas pour le moment. Mais tout condamnables qu'étaient les affirmations que j'ai déjà relevées dans le discours de l'honorable représentant de North Bay, elles étaient, en vérité, inoffensives et anodines, si on les comparait à son attaque injustifiée et calomniatrice contre les membies des ordres religieux qui sont venus de France au Canada et qui se trouvaient ici au début de la guerre. Qu'on me permette de consacrer quelques minutes à une analyse des avancés qu'il a faits, dans ce même discours, à l'endroit de ces personnes. Après avoir dénoncé l'attitude des nationalistes de la province de Québec à l'égard de la guerre, l'honorable député de Durham a dit :
Il e^t certain qu'ils furent encouragés et soutenus, dans cette attitude, par les membres des ordres religieux de France qui trouvèrent un asile au Canada et qui se sont servis de ce re
fuge pour saper l'énergie canadienne dans ce conflit.
L'on a fait cet avancé atroce sans la moin- ^ re parcelle de vérité à son appui. Mis an défi de prouver son dire, l'honorable député, imitant en cela la façon d'agir de la tribu d'Ananias, a gardé le silence. Le 15 décembre 1917, le "Catholic Eecord", de London, a ïéfié publiquement l'honorable représentant de Durham de soumettre la moindre preuve à l'appui de son affirmation, mais l'honorablie député n'a pas répondu. Plus tard, le "Catholic Register", de Toronto, a répété le défi, mais, cette fois encore, l'honorable député s'est tenu coi. Si M. Stewart Lyon, du "Toronto Globe", a publié cette affirmation de l'honorable député, dans sa folie et sa fausseté, cela n'excuse en rien l'offense dont l'honorable député s'est rendu coupable en insultant et en vilipendant et les morts et les vivants. Ni l'honorable député de Durham ni iM. Lyon ne peut apporter la moindre preuve, puisque celle-ci. manque complètement.
Non content d'une calomnie, l'honorable député en a avancé une autre, en faisant allusion aux religieux français du Canada, dans ces termes:
Il est malheureux qu'ils n'aient pas suivi l'exemple des prêtres de l'Eglise catholique, en France, qui se sont jetés dans la lutte soutenue par leurs compatriotes pour défendre leur existetice nationale.
C'est dans ces termes que l'honorable député de Durham a peint les membres français des ordres religieux qu'il a représentés comme restant au Canada, dans le dessein de se soustraire à leur devoir envers la France. Monsieur l'Orateur, cet avancé est encore plus méchamment erronné que le premier. L'honorable député ne pouvait connaître les faits ainsi que pouvait le faire quiconque voulait les apprendre; mais les faits ne serviraient pas le but de l'honorable député, et voilà pourquoi il a froidement passé outre. Je me propose maintenant d'établir la vérité devant la Chambre et devant le pays, afin que l'on connaisse ce qui en est réellement au sujet d'un corps d'hommes que le courage, l'attachement au devoir et l'esprit de sacrifice, au cours 'de la présente guerre, rendent dignes de marcher sur les traces de cette petite troupe de missionnaires français qui, les premiers, ont fait connaître ce pays à l'Europe, et qui ont préparé les voies à la colonisation et à l'avancement du p'^ys.
A la suite des enquêtes poursuivies en Europe et au Canada, j'ai eu la bonne fortune de me procurer des déclarations authentiques fournissant tous les détails qui ont trait aux ordres religieux français que l'ho- .lorable député de Durham calomnie gratui-
tement. Ce serait charger à tort le compte rendu des débats et prendre trop le temps de la Chambre, si j 'insérais au hansard tous les détails, et c'est pour ces raisons que je lésumerai mes renseignements et que je ne mentionnerai que quelques noms parmi les centaines qui m'ont été communiqués. Mais je conserverai ces statistiques elles-mêmes, afin qu'on puisse les invoquer, lorsqu'on écrira l'histoire. On doit se rappeler que les chiffres que je vais soumettre ne se rapportent qu'aux sujets français qui faisaient jiartie d'ordres religieux au Canada. Je commencerai par les franciscains. Au début de la guerre le corps entier des franciscains, pour ainsi dire, quitta le Canada et retourna en France à l'appel du devoir. On m'informe qu'il ne reste plus maintenant que six prêtres franciscains et que ces derniers sont exemptés du service militaire à cause de leur âge avancé ou de la maladie. On a chargé de différents services de guerre ceux ([ui sont retournés en France et trente-deux 'l'entre eux se rendirent dans les tranchées. De c^s derniers trois ont été mentionnés aux ordres du jour de l'armée, deux ont été décorés de la médaille militaire, un a reçu la croix de la Légion d'honneur, un autre a été blessé et a reçu son congé, un autre a éité tué sur le champ de bataille, après avoir été mentionné deux fois aux ordres du jour et avoir reçu la médaille militaire.
Outre les jésuites canadiens qui sont aumôniers en France, quatres jésuites français ont quitté le Canada pour entrer dans l'armée française. Deux d'entre ^ux ont été tués sur la ligne de feu.
Tous les membres de la congrégation de Sainte-'Croix, qui étaient citoyens français ont répondu à l'appel sous les drapeaux. Un d'entre eux a été blessé deux fois et est retourné au front. L'un d'eux figure parmi les "disparus" depuis un an, et Ton suppose qu'il est mort ou prisonnier et trois autres combattent encore dans les tranchées. Les pères de la congrégation du Saint-Esprit ont envoyé trois de leurs membres à l'armée française, un quatrième est en route pour la France. Un de ceux qui sont retournés en France a été tué au front, et un autre qui est gravement blessé a reçu la croix militaire et son nom a figuré deux fois là l'ordre du jour.
Les trappistes n'avaient que deux membres français d'âge militaire et ils sont tous deux retournés en France en 1914. L'un d'eux, le père Thotaas, a reçu deux décorations, la croix militaire et la médaille militaire; il a été deux fois cité à l'ardre du jour et plus tard en se portant au secours
d'un compagnon il souffrit la perte des deux yeux. Aujourd'hui il enseigne dans une école d'aveugles en France. L'autre trappiste qui est retourné dans sa patrie est le père Hippolyte, qui combat aujourd'hui avec sept de ses frères dans l'armée française. Des neuf cents membres de l'ordre des maristes qui ont combattu dans les tranchées, quatorze sujets français se rendirent du Canada en France; deux ont été tués SUT le champ de bataille, six blessés, un a reçu la 'médaille militaire, et tous ont été cités à l'ordre du jour. Les pères de Montfort ont renvoyé en France quinze de leurs meimbres français. Trois de ces braves religieux exerçaient leur ministère dans le comté que j'ai l'honneur de représenter au Parlement. Sur les quinze qui sont retournés en France, cinq ont gaigné la croix militaire, cinq ont été mentionnés à Tordre du jour, l'un d'eux en trois circonstances, et un autre a été tué sur le champ de bataille.
De la congrégation des eudistes, dix-sept sont retournés du Canada en France. Sur ce nombre, trois ont été blessés, deux cités à l'ordre du jour, deux décorés de la croix militaire et quatre honorablement libérés du service.
Les frères de Saiint-Gabriel ont envoyé huit de leurs membres français d'âge militaire, servir dans les rangs de l'armée française. Quatre d'entre eux ont été blessés, qtiatre décorés de la médaille militaire, quatre mentionnés à Tordre du jour et l'un d'eux, le frère Garrigues-Antonin est l'inventeur du merveilleux canon de campagne qui a fait de si terribles ravages chez Tennemi.
Les douze sujets français, qui étaient membres de la congrégation de iSaint-Sulpice retournèrent en France, lorsque la guerre éclata et se présentèrent immédiatement aux autorités militaires. Sept allèrent en France et plus tard servirent en Lorraine, à Verdun, en Champagne et à Salonique. L'un d'eux a reçu la croix militaire à Verdun.
Chez les dominicains de Saint- Hyacinthe 11 n'y avait que deux membres français d'âge militaire, lors de la déclaration de guerre. Ces deux religieux retournèrent en France.
L'ordre du Saint-Sacrement a envoyé en France le seul de ses membres qui ne fût pas exempt à cause d'âge ou de mauvaise P'nnté. et il sert encore à titre d'aumônier au front.
Quatre membres français de l'ordre de Sainte-Croix au Canada se sont présentés aux autorités, au commencement de la
guerre, et l'un d'eux a été blessé en combattant dans l'armée française.
Les frères de Saint- Vincent-de-Paul n'avaient qu'un seul membre français susceptible d'être appelé sous les drapeaux. 11 est entré dans l'armée française en 1914 et a été deux fois cité à l'ordre du jour pour bravoure.
Le,s missionnaires du Sacré-Cœur ont été représentés au front par quatre sujets français qui ont quitté le Canada pour aller servir dans les tranchées. L'un d'eux, le père Cadoux, a été cité là Tordre du jour pour bravoure en se portant au secours d'un blessé sous le feu.
De Tordre des capucins, dix sujets français sont rentrés en France^ pour se ranger sous les drapeaux. Trois d'entre eux ont été tués sur le champ de bataille, le père Albert, le père Edouard et le père Justinien, qui tous, à une certaine époque, ont demeuré à Ottawa et deux desquels je connaissais parfaitement.
Les frères des écoles chrétiennes, de Montréal, sont représentés au front par deux de leurs meimbres français, dont l'un a été grièvement blessé.
Parmi les membres de Tordre des oblats, vingt-quatre Français sont retournée en France et ils ont servi dans les rangs avec grande distinction. Un a été tué sur le champ de bataille, deux sonts morte d-es suites^ de leurs blessures, quatre ont été décorés de la croix -militaire et plusieurs autres ont été mentionnés pour leur bravoure dans les ordres du jour.
Monsieur TOrateur, les chiffres que je viens de vous citer ne sont qu'une partie de ce qui est inscrit au crédit des religieux français qui sont retournés du Canada en France pour aider leur mère patrie dans cette guerre. M,ais je prétends que ces chiffres sont plus que sufïisants pour réfuter les affirmations sans fondement qu'a faites l'honorable député de Durham (,M. RoweD) a North Bay.
Si les déclarations de l'honorable député n'ont pas été faites dane une intention malicieuse et méchante, alors, au nom de l'honneur "public et privé, il est t-enu de rétracter ce qu'il a dit, de présenter des excuses aux vivants et d'offrir une réparation à la mémoire des niorts. S'il hésite ou s'il refuse de le faire, il s'avouera condamné devant ses concitoyens et privé du dernier vestige de toute prétention au rc;/ pect et à la confiance du public.
Vous vous rappellerez, monsieur TOu teur, qu'au commencement de mes observations, j'ai parlé du rôle joué par le "Christian Science Monitor" dans la campagne canadienne contre le pape et les catholi-
ques. Si vouis lisez les journaux de New- York, vous iserez au courant d'une autre phase de la même campagne qui a été dirigée dans la république voisine. Entre autre choees, le "Clmstian Science Monitor" et ses imitateurs aux Etats-Unis et au Canada, ont prétendu que le pape était responsable non seulement des désastres qu'a éprouvés Tarmée italienne, mais aussi de la propagande démoralisante qui a causé ce déeastre. Ce conte étonnant a été répété en apparence de bonne foi par F. C.
Walcott, 'assistant contrôleur des vivres aux Etats-Unis. Quand il fut convaincu de son erreur, M. Walcott eut le courage de signer et d'autoriser la publication de la rétractation suivante: