‹ Adolphe (volume 2)Chapitre 39 sur 75 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

yeux étaient encore humides, et ses cheveux étaient épars ; elle me vit entrer avec surprise. Viens, lui dis-je, partons. Elle voulut répondre; partons, repris-je. As-tu sur la terre un autre protecteur, un autre ami que moi? mes bras ne sont-ils pas ton unique asile. Elle résistait. J'ai des raisons importantes, ajoutais-je, et qui me sont personnelles. Au nom du ciel, suis-moi ; je l'entraînai. Pendant la route je l'accablais de caresses, je la pressais sur mon cœur, je ne répondais à ses questions que par mes embrassements. Je lui dis, enfin, qu'ayant aperçu dans mon père l'intention de nous séparer, j'avais senti que je ne pouvais être heureux sans elle ; que je voulais lui consacrer toute ma vie et nous unir par tous les genres de lien. Sa reconnaissance fut d'abord extrême ; mais elle démêla bientôt des contradictions dans mon récit. A force d'instances, elle m'arracha la vérité; sa joie disparut, sa figure se couvrit d'un sombre nuage. Adolphe, me dit-elle, vous vous trompez sur vous-même; vous êtes généreux, vous vous dévouez à moi parce que je suis persécutée; vous croyez avoir de l'amour, et vous n'avez que de la pitié. Pourquoi prononça-t-elle ces mots funestes } pourquoi me révéla-t-elle un secret que je voulais ignorer? Je m'efforçai de la rassurer, j'y parvins peut-être; mais la vérité avait traversé

mon âme : le mouvement était détruit; j'étais déterminé dans mon sacrifice, mais je n'en étais pas plus heureux; et déjà il y avait en moi une pensée que de nouveau j'étais réduit à cacher. .

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