‹ Adolphe et Clara, ou, Les deux prisonniersChapitre 3 sur 27 · M. DE LIMBOURG, GASPARD · texte numérisé non relu

M. DE LIMBOURG, GASPARD

M. DE LIMBOURG , en vedliigole d'uniforme. Voici donc mon vieux château, jusqu'à ce moment le séjour paisible de l'amitié, le remlez-vous de chrisse de mes voisins, l'asile de l'innocence et de la pauvreté, transformé, grâce à la fantaisie d'un ministre , en une forteresse , en une prison d'état^ mais les raisons qu^Il me donne , le motif honnêfe qui le fait ai^ir, mon coeur qu'il in'ércsse , me décident à remplir ses intentions j tu m\ni<I(Mas Hussi , laon cher Gaspard.

GASPARD. Moi, Monsieur et comment ça?

DE LIMBOURG. J'ai bcsoin de toi , mon vieux camarade ( car nous avons servi ensemble ) , je ne puis rien faire sans ton secours.». Ce matin encore tu étais mon garde-chasse ; eh bien! en ce moment, de ma pleine autorité, je t'érige , {'e te constitue , je te nomme... geôher de a prison dont je suis commandant.

GASPARD. Ce n'est pas pour de bon , au moins, car ni vous, ni moi ne sommes nés pour...

DE LIMBOURG. Non , non ; je t'ai dit aussi que c'était un badinage , et dont le but me plaît, parce qu'il est moral, parce qu'il tend à rapprocher deux jennes époux légers , inconsidérés , honnêtes pourtant, que les plaisirs de la capitale, de mauvais conseils, quelques faux amis ont déjà égarés, et qui auraient fini p^ir les perdre tout-k-fait.

GASPARD. Pour un pareil motif, je \x\e

chargerai de tous les personnages cjis'on

voudra ; le nom ^ l'habit... qu'importe ?

quand c'est pour faire une bonne action.

fiS MMBQyRQ. Je te reconaftis bien lu ;

mais prends garde , mon ami , tremble que, sous le maintien sévère que tu vas adopter , on ne devine le bon cœur , Pâme sensible de Gaspard.

GASPARD. Je me piéterai.

DE LIMBOURG. Et puis , CCttC figure

honnête... qu'il faudra rendre dure, farouche...

GASPARD. Ah! diantre!., c'est clifïicile, ça... Je leur parlerai sans les regarder... parce que si je les voyais tristes, effrayés, j'aurais eu beau vous le promettre d'abord, j'eaverrais le rôle à tous les diables , et je leur snulerais au cou... Eh ! qu'attend-on de nous pour contribuer à leur raccommodetneiit ?

DE LIMBOURG. Tii vas le savoir j écoute la lettre du ministre , je l'ai reçue il y a environ huit jours : depuis ce moment , je me suis occupé de chercher les moyens les plus propres à faire réussir ses projets 5 voici donc ce qu'il m'écrit :

Berlin, ce...

Mon ami ,

V Vous m'avez souvent entendu parler de Clara, ma nièce, charmante petite folle que j'ai mariée , à dix-Sept ans, au jeune Adolphe de Rumberg , qui à peine en avait vingt-deux ; tous deux s'aimaient , et je me félicitais fie mon choix. Une vie trop dissipée , des conseils pernicieux , quelques oppositions dans le caractère, de vrais enfantillages, ont produit entre eux mille petites querelies, qui enfin ont amené une rupture sérieuse , sans qu'aucun put reprocher à l'autre un tort réel... Ils sont venus séparément me porter leurs plaintes , et me prier de les délivrer de la cause de leurs peines ; le mari demandait que je fisse mçUre sa femme daus un CQuvettt \

ja femme voulait aussi s*éloigiier de son marî, qui la contrariait sans cesse... Aucun des deux ne dësirait peut-être au fond de son cœur , ce qu'il demandait avec tant d'instances; j'ai voulu leur donner une leçon. J'ai feint de les excuser j'nri et l'autre, espe'rant que, loin de la ville et des causes de leur désunion, sous les yenx d'un ami sage , éclaire', leur tête pourrait se calmer, et leur coeur se re'chaiiffer encore... Us partiront à une heure de distance , et arriveront le dix chez vous ( c'est aujourd'hui ). Je laisse à votre prudence le soin de les guider, de les rendre à la raison et au bonheur.

vous si je

Vous déciderez de leur sort , et m'écrirex , dans quelque temps ,

dois conserver de 1 espérance , ou s il faut les abandonner tout-à-fait à leur triste destinée. »

GASPARD. Ils vont être hien étonne's d'avoir fait tant de chemin pour se retrouver ensemhlc... Je voudrais qu'ils arrivassent...

DE LiMBOURG. lîs ne peuvent tarder.

J'ai ordonné à un piqueur de se tenir sur la vieille tour pour m'avertir , en donnant du cor, dès qu'il les apercevrait j mes autres domestiques, instruits de mes intentions, feront les sentinelles, les porte-clefs.

GASPARD. Ah!., nous en sommes tons.

DE LIMBOURG. ïl n'y a pas jusqu'à mes petits canons... q«i, Dieu merci , n'ont jamais servi , et qui pourront bien jouer leur rôle...

GASPARD. Oui, en avant... aux deux côtés du pont-levis... fort bien!.... Et

moi?..

DE LIMBOURG. Toi, tu es l'homme de confiance , le concierge... Tu seras chargé de veiller nos prisonniers , de les obfierver , de me rendre un compte fidèle tle tout ce qui pourra se passer enlre- €ux... Mais il faut aller te préparer, et moi-même , bientôt... Tu trouveras dans mon cabinet plusieurs habits , avec lesquels nous jouyons jadis la comédie...

GASPARD. Et nous allons la jouer encore... et de notre mieux. Ça serait drôle, pourtant, si j'allais bien m'en tirer...

( On entend une fanfare de cors. )

Page 1