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Hommes ef femmes consacrés dans l’ouesl de l’Afrique

Plus instructives encore pour notre sujet sont des coutumes de l’Ouest de l’Afri<|ue. Chez les peuples de la Côte des Esclaves, parlant l’éwé, « il y a deux façons de recruter des prêtres ; on enrôle les jeunes gens en les affiliant, et les adultes en les consacrant. Les adolescents des deux sexes consacrés ou affiliés à un

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dieu s’appellent Kosio, de Konod, « stérile », parce qu’un enfant voué à un dieu est pratiquement perdu pour ses parents, et on emploie en parlant de lui le verbe si « s’enfuir ».

Comme les femmes deviennent les épouses du dieu auquel elles sont consacrées, la terminaison si, — dans vôdu-si, (autre appellation des femmes consacrées) a été traduite par « épouse » par certains Européens; mais ce terme n’est jamais employé dans le langage usuel, étant exclusivement réservé aux personnes sacrées. La tâche principale des femmes Kosi est la prostitution, et, dans chaque ville, il y a au moins une institution où les jeunes filles les plus belles sont reçues entre dix et douze ans. Elles y restent pendant trois ans, y apprennent les cantiques, et les danses et se prostituent aux prêtres et aux séminaristes; et, à la fin de leur noviciat, elles deviennent des courtisanes publiques. Ce métier n’est d’ailleurs pas regardé comme infamant, car ces femmes sont considérées comme les épouses du dieu, et leur excès sont attribués à la direction divine. A parler strictement, leurs dérèglements devraient se limiter aux adorateurs de l’enceinte sacrée ; mais en pratique, la distinction n’est pas observée. Les enfants issus de telles unions appartiennent au dieu*®’. Ces femmes n’ont pas le droit de se marier, puisqu’elles sont censées être les épouses du dieu*®^.

En outre, dans cette partie de l’Afrique, les « Kosio, de Danhghi, en Danh-sio, c’est-à-dire les femmes, les épouses, et les courtisanes sacrées de Danh-Gbi, le dieu-Python, ont leur organisation particulière. En général, elles vivent collectivement dans un pâté de maisons ou de cabanes entourées d’une clôture, et c’est dans cette enceinte que les novices passent leurs trois années d’initiation. Leur nombre s’augmente surtout par l’affiliation de jeunes filles; mais toute femme, mariée ou célibataire, esclave ou libre, peut faire partie de la société, et être admise à vivre dans les habitations régulières. 11 lui sutlira pour cela de feindred’être possédée, de pousser les cris classiques qui indicjuent la possession divine. Cette femme devient ainsi inviolable dans sa personne, et défense lui est faite, pendant son noviciat, d’entrer dans la demeure de ses parents, si elle est fille, ou de son mari, si elle est mariée. Cette inviolabilité, tout en otl’rant aux femmes le moyen de se permettre des passions illicites, sert

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aussi parfois à sauver l’esclave persécutée, ou épargne à l’épouse délaissée les mauvais traitements de son seigneur et maître. Car elle n’a qu’à feindre la forme ordinaire de possession, pour que le droit d’asile lui soit assuré » Le dieu-python épouse secrètement ces femmes dans son temple, et elles attribuent au dieu la paternité de leur progéniture ; mais ce sont les prêtres qui consomment ruuion-“®.

Pour notre enquête, il est important de remarquer quel lien est censé exister entre la fertilité du sol et le mariage de ces femmes avec le serpent, car l’époque où l’on va quérir de nouvelles épouses pour le dieu reptile est aussi le moment où la graine du mil commence à germer. C’est alors que les anciennes prêtresses, armées de massues, courent avec frénésie par les rues, en criant comme des folles, et enlèvent toutes les petites filles de huit à douze ans qu’elles peuvent trouver hors de leurs demeures, afin d’en faire les épouses du serpent. Les gens dévots, en de telles occasions, s’ai-rangent quelquefois exprès pour laisser leurs filles sur le pas de leur porte, afin qu’elles aient ainsi l’honneur d’être vouées au dieu-". Ces mariages successifs du dieu paraissent nécessaires pour qu’il puisse s’acquitter de la grave fonction de faire croître les récoltes et de multiplier le bétail. Car nous lisons que ces peuples « invoquent le serpent dans les saisons d’humidité, de sécheresse, ou de stérilité excessives — dans toutes les affaires relatives à leur gouvernement, et à la conservation de leur bétail; ou, en un mot, dans tous les cas urgents ou difficiles où ils n’ont pas recours à leur nouveau groupe de dieux-“® ». Une fois, au cours d’une mauvaise saison, l’intendant hollandais Bosman trouva le roi de Whydah en grand courroux. Sa Majesté expliqua la raison de sa colère, en disant que, « cette année-là, il avait envoyé dos offrandes plus généreuses que de coutume à la maison du serpent, afin d’obtenir une bonne récolte, et que l’un de ses vice-rois (qu’il me montra du doigt), lui réclamait encore davantage de la part des prêtres qui le menaçaient d’une année stérile. Mais il ne céda pas : si le seiqDent refusait d’accorder une moisson abondante, on n’avait qu’à le laisser tranquille : « car, dit-il, cela ne peut pas me faire davantage de tort, puisque la plus grande partie de mon blé pourrit déjà dans les champs -“h).

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Dans l’Est africain, les Akikuyus « observent un usage qui fait songer au clieu-Python de l’Ouest africain et à ses épouses. A des intervalles de plusieurs années, je crois, les hommes-médecine donnent l’ordre de construire des cabanes dans le but d’adorer un serpent de rivière. Le dieu-serpent réclame des épouses; alors des femmes, surtout des vierges, se rendent dans ses cabanes, où les hommes -médecine consomment l’union. Si le nombre des femmes qui s’y rendent volontairement ne suffît pas, on enlève des viei’ges et on les y traîne de force. Je crois que la paternité des fruits d’une telle union est attribuée au dieu (Ngai) ; en tous cas, il y a, à Kikuyu, des enfants qu’on regarde comme des enfants du dieu-^“. »

Chez les nègres de la Côte des Esclaves, on trouve, nous l’avons vu des kosios mâles aussi bien que femelles, c’est-à-dire des hommes consacrés aussi bien cpie des femmes sacrées, des prêtres aussi bien que des prêtresses; idées et coutumes sont analogues à leur sujet. Comme les femmes, les hommes subissent un noviciat de trois ans, à l’expiration duquel chaque candidat doit prouver que le dieu l’accepte et le juge digne d'être inspiré. 11 se rend au sanctuaire, escorté par un groupe de prêtres, et s'assied sur un trépied appartenant à la divinité. Alors les prêtres lui versent sur la tête une décoction mystique, et invoquent le dieu dans un long chœur, accompagné de gestes échevelés. Pendant les chants, le jeune homme, s’il paraît accepté par la divinité, tremble avec violence, feint des convulsions, ses lèvres se couvrent d’écume ; il danse avec frénésie, parfois durant plus d’une heure ; c’est là une preuve que le dieu le possède. Après cela, il doit resterau temple, sans parler, pendant sept jours et sept nuits. Ce temps écoulé, on l’emmène au dehors, un prêtre lui ouvre la bouche pour montrer cpi’il peut maintenant faire usage de sa langue; un nouveau nom lui est donné et il est définitivement ordonné®'*. Dès lors, on le considère comme le prêtre et l’interprète de la divinité qu’il sert ; et les paroles qu’il prononce dans cet état morbide d’excitation sont acceptées par les auditeurs comme les paroles mêmes du dieu, transmises par la bouche de l’homme*'®. N’importe quel crime commis par le prêtre dans cet état de frénésie restait impuni, sans doute parce qu’un tel acte était regardé comme accompli

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par le dieu. Mais on faisait de cette faveur accordée au clergé un tel abus que, sous le roi Gézo, il fallut modifier la loi : tant qu’il reste inspiré par le dieu, le criminel est en sûreté; mais aussitôt que l’esprit divin l’abandonne, il est passible d’un châtiment. Dans l’ensemble, néanmoins, chez ces peuples, « la personne d’un prêtre ou d’une prêtresse est sacrée; non seulement un laïque ne doit pas porter les mains sur l’un deux ou l’insulter; mais il doit aussi prendre garde de ne pas le frapper par hasard, ou de le heurter dans la rue. L’abbé Bouche rapporte®** qu’une fois, comme il rendait visite au chef d’Agwets, l'une des femmes du chef fut apportée dans la maison par quatre prêtresses, le visag'e en sang, et le corps marqué de coups. Elle avait été cruellement fouettée pour avoir, par hasard, marché sur le pied de l’une d’elles ; et le chef non seulement n’osa point donner libre cours à sa colère, mais dut même faire présent aux pythonisses d’une bouteille de rhum en guise de branche d’olivier®'* ».

Chez les peuples de la Côte d’Or parlant le tshi, voisins vers l’ouest de peuples de la Côte des Esclaves, qui, eux, parlent l’éwé, les coutumes et les croyances concernant les hommes et les femmes consacrés, les prêtres et les prêtresses, présentent avec les précédentes une grande analogie. On croit que ces personnes sont de temps en temps possédées ou inspirées par la divinité qu’elles servent ; et on les consulte alors comme des oracles. Elles s’élèvent au degré nécessaire d’excitation en dansant au son du tambour; chaque dieu a son hymne personnel, chanté avec un battement de tambour particulier, et accompagné d’une danse propre. C’est au cours de ces danses au son du tambour que le prêtre, ou la prêtresse, laisse tomber les paroles prophétiques, d’une voix croassante et gutturale que les auditeurs prennent pour la voix même du dieu. Aussi la danse tient-elle une place importante dans l’éducation des prêtres et des prêtresses ; on les y exerce pendant des mois, avant qu’ils puissent se produire en public. On consulte les interprètes de la divinité dans presque toutes les occasions de la vie, et on les paie généreusement pour leurs services®’*. « Les prêtres se marient comme les autres membres de la communauté, et achètent leurs épouses, mais les prêtresses ne se marient jamais, et on ne peut pa3^er aucune

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capitation pour une prêtresse. On comprendra fort bien qu'une prêtresse appartient au dieu qu’elle sert, et ne peut devenir la propriété d'un homme, ce qui serait le cas si elle se mariait. Cette prohibition ne s’étend d'ailleurs qu’au mariage seulement et les relations sexuelles ne sont pas interdites à la prêtresse. Les enfants d’un prêtre ou d’une prêtresse ne sont pas, en général, élevés pour la profession sacerdotale; une génération sur deux seulement est choisie. Les prêtresses ont d’ordinaire des mœurs très déréglées, et l'usage leur permet de satisfaire leurs passions avec n’importe quel homme qui leur plait -'®. » Les prêtrises héréditaires se recrutent d'une façon constante par des personnes qui se consacrent elles-mêmes, ou sont consacrées par leurs parents ou leurs maîtres, à cette profession. Tous, hommes, femmes, et enfants peuvent ainsi entrer dans la prêtrise. Si une mère a perdu plusieurs de ses enfants, il n’est pas rare qu’elle fasse le vœu de consacrer son dernier-né au service des dieux ; car elle espère ainsi sauver la vie de cet enfant. Ainsi, quand l’enfant est réservé pour le sacerdoce et arrive à l’àge adulte, il remplit en général les vœux prononcés par sa mère, et devient un prêtre ou une prêtresse. A la cérémonie de l'ordination, l’initié doit prouver sa vocation pour la profession sacrée de la manière ordinaire, en tombant, ou en feignant de tomber en convulsions, en dansant avec frénésie au son des tambours, et en prononçant d’une voix rauque des paroles qu’on croit venir de la divinité, qui prend un domicile provisoire dans le corps de l’homme ou de la femme

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