Adresse aux députés de la seconde législature /
I*ue à la Société des Amis de la Constitution , séante aux Jacobins de Paris , et imprimée par son ordre , pour être distribuée aux nouveaux Députés , et envoyée aux Sociétés ajjilièes .
De tous les points de l’empire, le vœu de vos concitoyens vous députe au congrès national , et la nation vous y appelle ; il est temps que les fondateurs de la constitution , les créateurs de la France nouvelle , remettent en vos mains les rênes du pouvoir qui commençoient à flotter dans les nôtres. Quelques-uns d’entre nous couroient encore dans la carrière ; mais un grand nombre s’y trainoient, et des chûtes fréquentes ont an-
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noncé leur épuisement, constaté leur impéritie , ou signalé leur corruption. La liberté inquiète et meurtrie vous tend les bras ; vingt- cinq millions d’hommes ont les yeux fixéssur vous ; ils espèrent que vous consoliderez notre ouvrage. Salut à nos successeurs.
Si à l’éclat des talens vous joignez celui des vertus , si vous apportez en tribut à la patrie la fierté des Spartiates et le courage des Romains ; si , également inaccessibles aux terreurs et adx caresses , vous marchez invariablement sur la ligne du bien , vous trouverez quelques modèles parmi vos devanciers.
Puissiez - vous , les uns justifier, les autres démentir les récits de la renommée qui vous a précédés dans la capitale ! A coté d’une imposante majorité , qui consolera la patrie , on montre déjà ceux qui , admis par la loi dans son sanctuaire , en sont repoussés par la confiance publique , parce qu’ils ont souiilé la pureté des élections , fait mouvoir les ressorts de la cabale , et soudoyé la bassesse.
Déjà l’on désigne ceux qui sont susceptibles d’ètre achetés ou séduits parle ministère ; caries cours seront à jamais les ennemies irréconciliables de la liberté ; et presque toujours ceux qui les habitent ne se croiront heureux que par l’oppression et le malheur des peuples. Hommes vertueux, vous êtes dignes d’étre calomniés ; vous le serez ; mais la justice arrachera vos noms à l’imposture^ pour les présenter à notre estime. Hommes pervers ,.vous serez jugés, et chacun aura droit d’imprimer sur voire front le sceau de l’ignominie , le fer rouge de la vérité.
J’arrive à la fin de ma carrière politique. Tout citoyen a mission pour interroger ma conduite.
Je désiré cette épreuve ; j’use de la même faculté envers ceux qui figuroient à côté de moi sur la scène. Décidé intrépidement à publier toutes les vérités que je croirai utiles au bonheur des hommes , résolu à démarquer tous les traîtres , je vais tracer quelques tableaux hideux. Est -ce ma faute s’ils sont d’après nature ? Ceux qui oseroient s’en plaindre , avoueroient par là meme leur turpitude , et cet aveu seroit inutile , car je vais buriner leurs physionomies.
On demande s’il est utile de montrer ainsi les âmes à nud. Je réponds que tout homme public doit compte au public ; et celui qui refuserait de mettre ses œuvres en évidence , par là même seroit jugé. La corruption étant une maladie du gouvernement représentatif , il faut prémunir le peuple contre le danger, en lui faisant connoitre ses mandataires ; il faut qu’il sache appliquer son estime ou son mépris.
Dans le cours d’une session de vingt-neuf mois , nous avons reconnu les écueils ; indiquon s-les à ceux qui doivent faire route après nous. La censure des législate: rs n’atténue point le respect du à la loi ; le système contraire n'a pour partisans que ceux qui, incapables d’exister par eux-mêmes, veulent s’identifier avec la constitution et cacher leur nullité ou leur noirceur sous son ombre tutélaire.
Une nation flère et libre doit conspuer quiconque prétend devenir son maître ou son idole ; le peuple n’est pas fait pour adorer l’ouvrage de ses mains. Il est seul l’appui de sa liberté; ses vertus sont à lui , ses erreurs appartiennent à ceux qui abusent de sa confiance pour le tromper ou pour l’opprimer.
f Lien de si commun que d’entendre vanter le
patriotisme , rien de si rare que la chose ; mais c’est parmi le peuple encore qu’il faut en admirer les élans. Vous l’avez vu voler au champ de la Fédération pour y ériger l’autel de la patrie , et creuser le tombeau du despotisme : voyez sur nos frontières ce peuple , ces soldats , si souvent outragés , faire des sacrifices sur leur modique salaire , dévorer tous les dégoûts , et se dévouer à toutes les fatigues pour relever nos remparts et défier les tyrans , tandis que des ministres indolens ou perfides, tandis que des traîtres, épars dans l’empire, conspirent avec les transfuges, qui invoquent les despotes de l’Europe contre la liberté de leur pays.
Les François arrivent des premiers à la puberté politique , et cependant la plupart sont encore dans les brassières. Leur première législature présente un petit nombre d’individus qui sont au niveau du siècle ; un plus petit nombre encore sont en avant; les autres en arrière n’ont guères que des idées et des sentimens d’emprunt; leur esprit date du moyen âge.
L’assemblée nationale renferme plus d’esprit que de science , plus de science que de philosophie , plus de philosophie que de mœurs et de probité. J’y vois une foule d’hommes pusillanimes qui, tout étourdis d’une révolution dontl’hz'stoire n’offre pas d’exemples , craignent que chaque secousse n’entraîne la dissolution de l’état. L’agitation d’un peuple qui s’essaie à la liberté leur semble présager une subversion totale ; comme si des mou* vemens, également éloignés de la convulsion et de la léthargie, n’étoient pas nécessaires dans un état libre. Iis ne savent que chercher un abri à l’approche du danger ; ce sont des esclaves que la peur enchaîne toujours au parti , non le plus
sage , mais le plus sûr , et qu’il ne faut pas compter dans F histoire. Cependant , comme la lâcheté a pour compagne inséparable la vanité, tous prétendent à la gloire d’avoir préparé , prédit et fait une révolution qui seroit avortée , si elle n’avoit eu que leur frêle appui.
A côté d'eux , on peut placer ces fourbes qui , fréquentant secrettement les hommes les plus distans d’opinions , sont toujours de l’avis de leur interlocuteur. Inutilement on les cherchoit dans nos séances au moment où devoit être décrétée une motion courageuse , et qui établissoit une démarcation de parti fortement prononcée ; mais en s'esquivant à l’appel nominal , ils n’échappoient point à l’œil vigilant du patriotisme. En tout temps , et sur-tout dans les crises d’une révolution , les hommes faux sont les plus dangereux ; et mieux vaut cent fois un Cazalès , dont la loyauté aristocratique se montre à découvert , que ces êtres à double visage , qui , voulant ménager tous les partis , finissent par obtenir ce qu’ils méritent , le mépris de tous les partis. Même justice est due à ceux qui , d’après les combinaisons de leurs intérêts , ont toujours courtisé le parti régnant : en vain ils essaient de nous faire oublier qu’ils sont patriotes de nouvelle date ; la liste des charlatans nous rappelle qu’ils ne sont venus à la révolution que quand ils ont cru que toutes les probabilités en assuroient le succès.
Dans cette majorité , qui paroit en arrière de la révolution , on peut placer beaucoup de mb nistres des autels pour qui les décisions de quelques êtres avilis sur le trône, ou sur les degrés du trône , sont toujours sacrées , et aux yeux desquels l’idée de la majesté nationale, supérieure
à tonte autre , porte le caractère d’une nouveauté
voisine de l’hérésie.
Trop souvent; la complaisance des prêtres a servi l'ambition des tyrans , et leur confédération a rivé les fers des peuples ; mais la religion Réclame contre ceux qui voudroient l’associer à leurs complots. Fille du ciel, la religion nous en apporta la fraternité , l’égalité, la liberté. Longtemps avant la déclaration des droits , F évangile en avoit proclamé les principes ; les livres que nous révérons attestent que le Dieu quia créé des tygres n’a pas créé des despotes ; telle est l’admirable constitution du christianisme , quelle s’adapte à toutes les institutions politiques ; elle prescrit d’obéir aux pouvoirs établis , quelle qu’en soit la forme , parce qu’alors on est toujours censé obéir au souverain , qui est la nation ; mais c’est en altérant la morale du christianisme , en outrageant son auteur , qu’on a tenté d’en faire le levier de la puissance arbitraire; la religion, la première amie des mœurs, est encore la première amie de la liberté.
J'arrive à ces hommes si scandalisés qu’on ait osé mettre la vertu en parallèle avec leurs parchemins , si stupéfaits d’apprendre qu’un roi ne soit qu’un délégué révocable , que le peuple soit le créateur , et le roi la créature. La servitude et l’idolâtrie seroient-elles donc le premier besoin de ceux qui disoient avec tant d'orgueil , le roi mon maître.
îl est, à la vérité, des ci devant nobles qui , reconnoissant de bonne foi les roturiers pour les àinés de la grande famille , ont déposé loyalement leurs privilèges sur l’autel de la raison ; mais la presque totalité de cette caste regrette des hochets inventés pour amuser de graifas enfans.
Cette horde féodale , qui disoit également , mes vassaux et mes chiens , ces hommes qui articuloient avec tant de grâce la menace de donner des coups de hâtons aux gens de rien , de les jeter par les fenêtres , ne se consoleront jamais de netre que les égaux de ceux auxquels ils accordoient une protection flétrissante : le nivellement de la société leur paroit un abyme. Quelques-uns d’eux a voient montre des lueurs de patriotisme ; c’est un phosphore qui s’est évanoui quand ils ont vu la révolution franchir les limites cle leur étroite conception , et déchirer leurs titres. Plusieurs alors ont affiché un civisme exagéré , espérant nous pousser à l’extrême , et , par ce moyen indirect, opérer la contre-revolution.
Jadis , bas courtisans, iis rampoient dans les anti-chambres lorsqu’ils visoient a une ambassade , un gouvernement , une pension. Vils satrapes du despotisme , ils se clisputoient avec lui le droit de nous avilir ; avec lui ils s’engraissoient de notre substance ; avec lui ils pressuroient la sueur , les larmes et le sang des malheureux. Leurs forfaits sont consignés dans ce monument infâme des déprédations de la cour , le livre rouge. Par un changement subit , vous les avez vu faire parade de je ne sais quel jargon patriotique , auquel les affidés de la gallerie applaudissoient , et que les journaux stipendiés répétoient.
Alternativement vous les avez vus sonder l’opinion dominante pour s’en emparer, s’en faire un mérite quand elle comcidoit avec leurs vues, ou lui donner le change lorsqu’elle froissoit leurs intérêts. Alternativement vous les avez vus justifier ou flétrir nos soldats , déclamer contre les
ministres ou les défendre , tonner contre la cour ou lui sourire ; quiconque se permettoit d’élever des doutes stir leur bonne-foi , étoit ennemi de la chose publique : ils n’ont lancé quelques traits au despote que pour conquérir le despotisme. Ces ambitieux , bouffis de présentions, et la plupart vides de talens , voudroient le roi Soliveau , pour être sous lui maires du palais ; alors ils recons truir oient volontiers la bastille , pourvu qu’ils en eussent les clefs. Leur popularité est un calcul d’argent , une spéculation mercantille ; suivant l’impulsion de la cupidité , ils traf queroient la chûte de la tyrannie ou l’asservissement des peuples.
Coalisés en directoire secret , ils ont dit : dressons nos batteries , et perfectionnons la tactique des assemblées ; nous séduirons les foibles , nous tâcherons d’abattre les forts ; nous aurons ,
contre ceux-ci , des libelles anonymes et des calomnies; nous accaparerons les comités; par une savante distribution des rôles , à notre vojx ils seront actifs ou paralysés ; nous tiendrons en main les fils moteurs de ces automates : ce moyen est infaillible pour dominer une assemblée qui ne voit que par les yeux de ses comités ; des émissaires soudoyés nous rendront tout ce que Fondit , et diront ce qu’il nous plaira ; ils seront chargés de déchirer ceux dont la surveillance et la véracité nous incommodent ; de supposer adroitement des émeutes pour en faire naître des réelles : des folliculaires gagés mentiront pour nous complaire , et, s’il le faut , nous ferons mentir les murs et les carrefours. Ce pian d’attaque est infaillible ; le peuple est crédule , il sera notre dupe : alors , moulant à notre gré l’opinion publique , nous dirigerons les mouvemens de la
multitude ; et lorsque nous aurons voué à la vengeance populaire ceux dont le mérite nous fait ombrage , avec des doléances adroites sur des crimes que nous aurons provoqués , nous serons absous, et même on préconisera notre humanité.
Les observateurs ont vu sans surprise ceux qui naguêres s'entrédéchiroient brusquement , rapprochés et votant à l’unisson. Quand des hommes de cette trempe, qui ne s’aiment pas , ne s’estiment pas , se concédèrent ; quand , pour mieux couvrir leur marche , ils s’associent des âmes honnêtes , mais trompées , soyez sûrs que cette coalition cl intrigans , c’est-à-dire , de brigands , est un complot contre le bonheur public; et si l’application de ce principe pouvoit être un problème dans le cas présent , que de données nous aurions pour le résoudre 1
Je commencepar les discussions concernant les colonies ; l’acharnement des planteurs et des commerçans prouve qu’il seroit plus aisé de blanchir les nègres , que de convertir l’orgueil et la cupidité clés blancs ; car c’est ici la lutte de ces passions contre les principes immuables de la justice. Sont ils hommes ceux qui s’étonnent de ce que nous aimons , nous détendons nos frères persécutés à deux mille lieues de distance , et qui nous disent avec le flegme de la cruauté , de quoi vous mêlez-vous ? Ils voudroient bien pouvoir persuader que nos cœurs sont fermés à la pitié envers les malheureux qui sont autour de nous , tandis que nous cherchons des objets de compassion par-delà les mers ; et s’ils n’ont point encore forgé cette calomnie, c’est sans doute par l’impossibilité de la colorer de vraisemblance.
L’assemblée nationale , après une discussion
la plus solennelle , avoit, le i5 mai , rendu les droits politiques aux hommes de couleur et nègres libres ; cet acte de justice avoit toujours été combattu par le comité colonial , qui , en nous prédisant l’inexécution du décret , prenoit sans doute des précautions pour ne pas prophétiser à faux ; et d’ailleurs , la retraite des députés colons , qui ont eu tort de quitter rassemblée ou d'y rentrer , donnoit, en quelque sorte, le signal de la désobéissance dans les colonies ; en conséquence , point de mesures pour assurer l’exécution du décret , qui n’a jamais été envoyé officiellement , et qui n’est arrivé dans nos lies qu’escorté du mensonge et travesti par d’absurdes commentaires.
Pour faire échouer nos efforts en faveur des mulâtres , que n’a-t-on pas mis en usage ? Calculs exagérés sur la balance du commerce, terreurs semées avec art , menace de faire scissiou avec la métropole , libelles lâchement anonymes , plaisanteries lâchement féroces ; que de fois même on a souillé la tribune et profané la dignité de législateur , par des injures dont la halle eût rougi , et dont l’adresse des marins du Havre offre la répétion (1) !
Dans l’impossibilité d’ébranler nos principes , ceux qui , dans d’autres circonstances auroient invoqué la raison pour foudroyer les préjugés , ont osé blasphémer contr’elle en ridiculisant ses
(i) Je rappelle avec une certaine fierté , que pour avoir ici défendu l’humanité et la justice , mon effigie a été brûléé à Saint-Domingue par ceux-là même qui, la veille, avoient foulé aux pieds la cocarde nationale et arboré la noire. Leurs outrages m’honorent ; leur estime seroit pour moi une tache ineffaçable.
maximes lumineuses comme les spéculations fnèsaphysicjues d'une philantropie absurde , comme les prestiges d'une fausse philosophie ; ce sont leurs termes. Hélas ! sans la philosophie, nous rongerions encore nos fers > et la constitution seroit encore à naître.
Mais d’orgueilleux colons menaçoient leurs créanciers commerçans d’Europe de ne pas les payer , s’ils ne faisoient avec eux cause commune pour forcer la révocation du décret. Ils ont donc voulu effrayer par un mot qui représente un intérêt national , le commerce , et iis nont pàs craint de révolter, en proposant d’avilir leurs enfans , les sang-mèlés ; c’est nous , étrangers , qui avons défendu les enfans contre la barbarie des pères ! Et qu’importe à ces hommes de fer , qu’on flétrisse , qu’on écrase des milliers de leurs semblables , pourvu qu’ils obtiennent l’objet de leur culte , l’argent ?
Quand d’un décret on peut dire qu’il est juste , ces mots sont un coup de foudre qui écrase toute réclamation. Mais même en refusant tout à la justice pour accorder tout à 1 intérêt , n’est-ce pas une détestable politique, d’avilir une partie du peuple , au lieu de l’intéresser au maintien de l’ordre ; d’imprimer le sceau de la réprobation à ceux qui sont le boulevard de la colonie? N’es -il pas évident que si les sangs-mêiés , n’étant
Îdus soumis à l’anathème politique , étoient à ’égal des blancs , la masse de leurs forces combinées rendroit celle des esclaves moins formidable , et assureroit plus efficacement la tranquillité des colonies ? Qui sait si quarante mille mulâtres , aigris par les injustices et les cruautés dont ils sont l’objet , ne chercheront pas dans leur force ce qu’ils n’ont point trouvé dans la
C la ;
justice de 1 assemblée ; de l’assemblée qui
a consacré le droit de résister à l’oppression ? Fasse le ciel que le commerce lui- même n’ait jamais à pleurer sur un décret déjà arrosé des larmes de la justice !
N oublions pas que , pour enlever ce décret , rendu presque sans discussion , les colons et leurs défenseurs étoient réunis à ceux qui, tous les jours, lèvent 1 etendart de la rébellion en protestant rentre les opérations de l’assemblée.
Ici je citerai de nouveau, avec éloge , le peuple qui occupoit les galleries ; le sentiment de la justice la fait frémir d’une sainte horreur , et ses huees ont versé un juste mépris sur ceux qui ont arraché le décret.
Ainsi Rassemblée, qui ne doit jamais fléchir quand elle rencontre le principe , fléchit ignominieusement devant la vanité et la cupidité de quelques colons ; elle décrété constitutionnellement des principes qui , étant hors de la constitution , anterieurs a la constitution , sont h objet d’une déclaration de droits , mais non d’un décret ; car l’état des personnes , leur égalité, leur liberté, sont dans I ordre essentiel des lois de la nature , et dérivent immédiatement de la Divinité. L’assemblée , déviant de ses principes , fait un pas rétrogradé, et dit à 4o mille hommes de couleur, qui sont les véritables indigènes de nos lies : Je vous avois soustrait à la tyrannie , au mépris ; je vous replonge clans le néant.
Ainsi dans sa caducité , l’assemblée nationale laisse échapper la balance delà justice, pour n’en conserver que le bandeau; elle survit à son honneur, et le terme de sa gloire devance encore celui de sa carrière.
Ainsi les hommes les plus infâmes peut être ,
après les parricides , les marchands de chair humaine ont leur décret , leur affreux décret; mais nous , nous avons notre honneur.
La disparité de principes et de motifs , nonseulement dans l’affaire des colonies , mais sur une foule d’autres objets constitutionnels et législatifs , avoit tracé une ligne de division dans rassemblée ; on cherchoit un prétexte pour se venger des patriotes et les attèrer. On le trouva dans les événemens qni suivirent l arrestation de Louis XVI. Une question neuve fut alors soumise à la discussion, celle de l’inviolabilité absolue ou relative. Quelques membres combattirent la première ; certes , il falloit du courage et l ordre de notre conscience pour soutenir une opinion que Ton avoit réussi à frapper de la plus grande défaveur dans l’assemblée, malgré la liberté de penser si solennellement reconnue. On nous fit un crime de la nôtre; nous fûmes lâchement outragés jusques dans la tribune ; l’opinion publique fit alors un mouvement rétrograde, et ce changement de direction fut si rapide , qu’il seroit encore à nos yeux un phénomène inexplicable , si nous ne connoissions l’ascendant de la calomnie et des baïonnettes.
La scélératesse broya ses couleurs et nous peignit sous les traits les plus odieux ; elle dit que nous étions des républicains , et les sots répétèrent que nous étions des l'èpublicains , quoiqu’il ne fut aucunement question de république , mais seulement de savoir si le roi seroit mis en jugemeut.
En partant toujours de cette supposition , on dit que l’état républicain ne pouvoit convenir qu’à des associations d’hommes vertueux ; et cependant en qualité de républicains , on dit
que nous étions des pervers. Inquisiteurs féroces ? si c’est un crime d’imaginer qu’une autre forme de gouvernement soit préférable k la monarchie, si c’est un crime de répéter , avec tant d autres , que •communément la conduite des rois est la satyre la plus sanglante de la royauté , tandis que cetre vérité est attestée par tous les monumens de l’histoire , déchirez donc la déclaration des droits? C’est une dérision insultante, que de proclamer la liberté des opinions , tandis que vous prétendez dominer la mienne. Malgré vous et tous les tyrans , je jouirai de cette faculté. Quel droit et quelle force auriez-vous pour me réconcilier avec la royauté , si elle répugnoit à ma manière de voir ? Ce seroit une entreprise qui excéderoit les forces humaines.
Cet aveu servira de prétexte à vos calomnies; mais en le répétant, cet aveu, vous oublierez sans doute d'ajouter qu'il est d’autant plus loyal de jurer soumission à la constitution établie dans mon pays. Tout homme convaincu que le bonheur ne peut fleurir qu’à l’ombre des lois , doit incliner devant elles un front respectueux. Pour tout citoyen, obéir est un devoir , je le remplirai toujours ; discuter est un droit, j’en userai toujours. Celui qui est fort de sa soumission aux lois , est d’autant plus fier à énoncer son avis ; et si cette franchise , si cette crudité de caractère déplaît à quelque tyran , je lui dirai : quon me mène auao carrières.
La calomnie est l’arme des médians. Nos ennemis répandirent qu’une pétition inconstitutionnelle avoit été présentée par quarante mille citoyens à l’assemblée nationale; on joignit à cette pièce supposée la réponse prétendue du président. A peine l’impression eût-elle propagé
cette chimère clans les clépartemens , que de tous les côtés arrivèrent des adresses aux législateurs pour 1 anathématiser.
Quand le décret sur rinviolabilité fut rendu , nos ennemis répandirent faussement qu il avoit passé à la majorité de 1029 voix contre 8; et les corps administratifs trouvant la un texte iavoroble pour flagorner , s’empressèrent d’envoyer le tribut de leurs fades adulations , et de censurer avec véhémence ces horribles républicains, admirateurs des exécrables Brutus , Caton , Guillaume Tell, Francklin et ¥/asingto n.
Le peuple pouvoit cependant se douter que l’acception du mot républicain étojt dénaturée, et n ofîroit rien de criminel. On se h ata dy associer celui de factieux . En le publiant sur les toits , en l’inscrivant dans tous les libelles, nos ennemis avoient un double mctiF, 1 . cemi de faire tomber la qualification d aristocrate, tout le monde ne savoit pas encore qu’ils avoient quelques raisôn s pour ne pas 1 aimer \ 2°.^ leuis vues , sans doute, sont si coupables , quils ne pouvoient nous rendre plus odieux quen nous les prêtant ; et le terme de factieux , en remplissant cet objet, avoit encore l’avantage de faire diversion en ieur faveur.
Pour mieux ourdir cette trame infernale, on essaya de lier notre opinion aux évènemens funestes du Champ de Mars. Espérons qu’il sera levé le voile qui couvre cet affreux mystère ! Périsse le jour où des citoyens trompés-, égorgèrent des citoyens innocens , dans le même lieu, où 9 trois jours auparavant, ils avoient, par un serment solemnel , resserré les liens de leur confraternité! D’autres victimes étoient désignées pour le jour des vengeances qui comment
coit.
Alors des hommes vils s’étant faits les suppôts d’hômmes plus vils encore, une horde, de mouchards infesta la capitale, et ht revivre les infamies de Tancienne police ; alors on persécuta des écrivains patriotes , et cependant on assuroit l’impunité des libellâtes gagés par l’aristocratie , qui depuis deux ans continuoient et continuent de prêcher effrontément la rébellion ; alors , au lieu de réprimer les abus résultant de la liberté de la presse , on voulut de nouveau soumettre les productions de l’esprit et de la raison au compas de la censure; parce que la licence s’étoit affichée quelquefois sous le nom à* ami du peuple , la sottise en écharpe défendit dimprimer avec ce titre; ensorte qu’un chapitre de l’évangile , publié sous cet intitulé, eût été un délit; et cependant ceux qui vouloient museler la nation, permettoient que tous les murs , tapissés de placards, outrageassent d’incorruptibles citoyens. L’impression de ces libelles entraîne des dépenses si exhorbi t antes , qu’elles excèdent les facultés d’un individu. J’ignore si elles sont ou ne sont pas soldées par la liste civile; mais en supposant la négative , ce ne peut être que par une confédération d’hommes également corrompus et pervers. Il falloit bien décrier et provoquer des décrets de prise de corps contre ceux qu’on vouloit éloigner de la législature. Quelle proie pour eux, s’ils avoient pu écraser ce Fauchet , ce Brissot , ce Condorcet , et d’autres contre lesquels ils rugissent , et dont le patriotisme inébranlable et lier les glace d’effroi !
Cependant les complices de 1 évasion concertée de Louis XVI dormoient en paix , tandis qu’on persécutoità outrance ceux qui avoient proclamé
avec
avec plus de force les droits sacrés de la nation. Les prisons regorgeoient d’individus qui, au lieu d’être interrogés dans les vingt -quatre heures , ont vainement réclamé cette justice pendant des mois entiers ; et tel d’entr’eux , après quarantehuit jours de cachot , en est sorti sans interrogatoire. Citoyens opprimés , pardonnez généreusement à vos persécuteurs ; mais , prouvez qu’une amnistie , qui lavera un Bouillè , est un outrage à la vertu ; que , peut-être , ceux fcjui ont provoqué cette amnistie plaidoient secrètement leur propre cause ; et comme un attentat sur la liberté d’un individu est le germe de mille autres attentats , la phalange des bons citoyens doit se concerter pour remonter à la source du complot , et se cramponner sur ceux qui en sont auteurs , jusqu’à ce qu’ils soyent traînés sous la hache de la loi.
Les perfides 1 ils n’ont pas su profiter de leurs avantages; car, encore quelques crimes de plus, la liberté étoit étouffée, et nous aurions envié la domination deMarius $tde Sylla : mais cependant , depuis cette époque , tout nous présente des symptômes funestes d’abattement. Ces patriotes , rassasiés d’outrages , quelquefois désespérant du succès de la révolution , tournent leurs regards vers les contrées hospitalières de l’Amérique, où , loin des tyrans farouches , ils pourroient , au sein de la paix , fouler un sol libre , sous lequel un jour reposeroient leurs cendres.
Un ouvrage où l’on relateroit toutes les manœuvres ténébreuses , où l’on calculeroit toutes les nuances de la méchanceté de nos ennemis , seroit peut-être le rituel et l’encyclopédie des frippons. Obligé de peindre à grands traits , je néglige les détails ; mais pourrois-ie passer sous
silence les tentatives faites pour dissoudre les sociétés d’amis de la constitution? Celle des Jacobins , jadis influencée par des intrigans, avoit ; bien vite expié son erreur ; et l’instant où leur masque étoit tombé , avoit été celui où elle leur avoit arraché sa confiance et son estime. Machiavel leur avc.’t appris qu’il faut diviser pour régner. En se retirant aux Feuillans, ils espéi oient opérer une division dont le contre-coup frapperoit de mort ou de l éthargie toutes les sociétés de l’empire. L’acte calomnieux de scission fut semé dans toute la France par les couriers ministériels. On ne peut trop publier cette circonstance, que 1 histoire doit soigneusement recueillir , parce quelles je tie la lumière sur les évènemens contemporains ; mais cette maladresse servit le patriotisme , qui apperçut le piège , et la conjuration fut encore déjouée , quoique fortement soutenue par les corps administratifs , si mal composés pour la plupart , et dont l’insouciance ou F incivisme n causé une partie des maux qui affligent le royaume. Ils , détestent les clubs , comme les filoux les réverbères.
Il restoit une ressource : c’étoit de déclarer une guerre indirecte à toutes ces sociétés , en faisant rejaillir sur elles les torts réels ou fantastiques . de quelques-unes ; et cela , par l’organe des ministres , trompés peut-être. En conséquence , grande dénonciation de celle de Caen, d’Orléans, dont l’innocence a été reconnue , et de celle de Dijon , qui méritoit des éloges.
Elles existeront, ces sociétés conservatrices du feu sacré de la liberté, dont elles ont propagé les étincelles ; elles existeront sous une forme plus utile encore, lorsqu’après les orages delà ré-
volulion , elles consacreront leurs économies et leurs soins à disséminer les lumières dans les campagnes, à faire filtrer l'esprit public dans tous les rameaux de l'arbre social ; toujours réunies par les mêmes sentimens eticle même zèle, elles existeront en dépit des mini très , qu’elles ne redoutent pas ; en dépit des inîrigans , qu’elles méprisent et dont elles seront la terreur. In variablement soumis aux lois , nous en surveilleront constamment les dépositaires. Pour chaque citoyen , c’est un d; voir , car la défiance est une vertu des peuples libres ; et l’on dit , avec raison , que quand ils s’endorment sur leur liberté , ils sè réveillent esclaves. Ennemis du peuple , vous espérez qu’en le harcelant sans cesse il se dégoûtera de la révolution ; mais nous ne cesserons d’alimenter son courage , d éclairer Vos complots ? de vous traduire au tribunal de l’opinion , et de vous dévouer à l’exécration de l'univers. La lutte, nous le savons, est inégale. Outre les ressources intarissables .du mensonge , vous avez la liste civile et la loi martiale ; nous n’avons que la massue de la vérité ; mais tôt ou tard elle écrase les médians. Nous jurons de n abandonner la cause de la liberté qu’avec la vie ; ce serment retentit dans tous les cœurs patriotes ; il est répété par tous nos frères épars sur la surface de la France ; les tyrans ne peuvent rien sur nos aines : de nos corps , ils ne peuvent tirer que de 3a douleur, et jamais ils n’auront d’empire que sur nos cadavres.
Le peuple doit enfin, dans cette première législature^ décerner ses vrais et ses faux amis; ceux-ci n’ont pas sur le front le signe qui distinguoit le meurtrier d Abel : mais s’y trompet-on, lorsque leur conduite a donné la clef de
leur cœur P Les connoissez- vous enfin ces pâ* triotes qui opinent à l’unisson avec ceux que l’aristocratie revendique comme ses coryphées i ces hommes dont l’éloge est crayonné journellement dans les feuilles qui distilent le venin contre la révolution^ ces hommes si alarmés par la crainte que le prince royal ne manqué de gouverneur , la nation de législateurs , et le roi de ministres? Les places qui appellent l’ambition leur paroissoientuiie proie; celles de législateurs* qu’ils vont cesser de remplir , leur sernbloient une propriété ; rien ne les consterne comme de voir la puissance échapper de leurs mains?
Si la constitution est quelquefois contradictoire à la déclaration des droits , si tous les citoyens sont par celle-ci , et ne sont pas par * celle-là admissibles à toutes les places ; si en restreignant aux riches la faculté d’être électeurs, les caprices de la fortune deviennent le régulateur de la liberté ; si les ministres , siégeant dans rassemblée , parviennent un jour à la gangrener, eu si jamais ils trouvent le secret d’éluder une responsabilité qui ne sera plus qu’un mot vide de sens; si tant de places, créées pour des individus , et non pour le bonheur national , ne servent qu’à surcharger le peuple , en compliquant l’administration ; si la nomination à ces places est attribuée au roi, c’est-à-dire, à ceux qui méditent de régner sous son nom ; si , sous prétexte d’unité dans le gouvernement , on a tout ramené sous la main du pouvoir exécutiî, qui peut à volonté suspendre les mouvemens de la machine, peut-être même en détraquer les rouages; enfin si la constitution , livrée à la merci des pouvoirs constitués , porte en soi un principe corrosif et destructeur, François, nous interpël-
Ions hardiment votre témoignage ; n’avons-non* pas repoussé de toutes nos forces ces altérations funestes? Sans c.essenous nous sommes élancés sur la brèche. Que de fois la crainte ou la certitude d’un mauvais décret a troublé notre sommeil! Depuis que l’assemblée est tombée dans la décrépitude , on a miné F édifice de la liberté ; et quand , chaque jour , on arrachoit une pierre des fondemens , chaque jour on nous arrachoit le cœur. -
Est-il donc yrai qu’il soit passé, ou que du moins il passe , le règne de ces hommes de boue , que leur piédestal menace ruine , et que bientôt l’indignation publique , soufflant sur ces colosses d’argile , va les précipiter dans la poussière ? Est-il vrai que , descendus du siège législatif, placés entre le mépris du peuple , qu’ils ont trompé , et la haine de la cour, qui ne pardonne jamais , quoiqu’ils aient fait la paix avec elle, aux dépens de la patrie et des patriotes, ils seront condamnés à la nullité la plus absolue? Hélas ! s’il est doux d’espérer , il est prudent de craindre : la vertu n’a qu’une route , le crime eiï a mille.
Profondément corrompus , ils furent les corrupteurs d’hommes que la probité inscrivoit jadis dans ses fastes , et qui , peut être, sortiront de la scène chargés d’or et chargés de crimes. Parmi vous , ô nos successeurs ! ils jetteront encore la tison delà discorde et les amorces de la cupidité. Ils ont rafiné l’art des intrigues. et de l’hypocrisie , dans lequel vous êtes novices. Sans doute leurs créatures occuperont toutes les avenues ou mé ni stère , et leur faciliteront les moyens de mettre sans cesse leur intérêt privé au-dessus du tiea public ; sans dou&e encore ils feront parvenir à,
ces postes une succession d’être nuis ou pervers, aiin que le pouvoir exécutif, obligé de les balayer sans cesse, se persuadant qu’il a vainement épuisé toutes les chances pour se procurer de bons ministres , demande la révocation du décret qui les exclut du ministère, et force la nation de regarder cette révocation comme un moyen de prospérité. Si jamais ils atteignent le pinacle , nous aurons des visirs, et toutes les calamités morales pèseront sur la France; car c’est pour eux , et non pour le peuple , qu’ils veulent une révolution : et que leur importe le bonnet de la liberté ou le glaive du despotisme? Que leur importe la république ou la monarchie ? Ge sont les calculs de l'ambition qui, à leurs yeux , décident la préférence. Alors ils transformeront en janissaires les soldats de la révolution , et les détruiront ensuite en les divisant comme les strélits ; car observez que leurs vues sur la composition militaire sont l’inverse des nôtres. JNous désirons beaucoup de gardes nationales et peu de troupes de ligne ; ils voudroient beaucoup de troupes de ligne et peu de gardes nationales. Alors ils parleront plus que jamais de liberté pour l’envahir plus facilement; Üs opprimeront les citoyens par les citoyens, et vendront au despotisme une nation qui , po r surcroît de malheur , sera réduite à payer ses bourreaux; et comme rien n’offusque plus les médians ; que la probité courageuse , ne comotez pas sur 1 Impunité de la vertu ; peut-être Socrate boira la ciguë , Kampden sera égorgé , et Morus portera sa tète sur l’échafaud.
L histoire secrette de la révolution est un cloaque. Si la constitution étoit parfaite, ce selon le diamant sorti de la fange: et cependant /
chez un peuple vieilli dans les abus, et qui, depuis tant de siècles , croupissoit dans la servitude, l’explosion desprit public, qui a soulevé la France , rfest-elle pas un prodige ? Ici , recevez mes hommages, 6 vous qui, n’écoulant que ht voix de la patrie , avez lutté sans cesse contre la séduction , l'improbité et les orages ! De ce petit nombre sont des hommes dont le nom est à peine connu , mais que la reconnois.sance publique doit sauver de l’oubli , pour ne le proiwneer qu’avec attendrissement. La timidité ou la faiblesse d’organes les ont empêché d’aborder la tribune; plusieurs même furent constamment éloignés des comités par l’intrigue qui présidoit aux élections ; mais dans leurs cabinets , ils. méditaient en silence les principes régénérateurs de l’état : tantôt leur correspondance étendue provignoit le patriotisme , et portoit le calme dans les départemens , tantôt ils assembloient d’utiles matériaux, rédigeoient de savan s mémoires . , et souvent des hommes, avides de paroitre , s’empressoient de- devenir les pères adoptifs d’ouvrages enfantés . par des hommes avides de bien faire*
Que d’autres se disputent la prééminence des talens ; mais qu’à moi il soit permis de m associer à ces hommes purs qui, toujours stimulés par une tendre sollicitude pour la chose publique , n’ont vu qu’elle , et qui , si j’ose le dire, endurcis au bien , acharnés à le faire au prix de leur repos , au risque même de leurs, têtes , ont constamment poursuivis les abus et ceux qui en vi~ voient. Après deux ans et demi de combats , sortant sans regrets , comme sans remords , du champ de bataille, nous retournerons avec joie vers nos foyers ; de-la nous surveillerons tous
ceux qui attenteroient à la liberté , et leurs yeux craindront de rencontrer les nôtres ; là , de concert avec les bons citoyens , nous développe- 10ns les lumières et le civisme; là, nous montrerons F exemple de la soumission aux lois qu^ nous avons faites et à celles que feront nos successeurs. Le tableau des intrigues et des horreurs dont nous fûmes témoins , dont nous faillîmes être victimes , retracera quelquefois à notre mémoire des scènes affligeantes ; cependant , eq rentrant en nous-mêmes , nous y trouverons des souvenirs consolateurs. Epars sur la surface de rem pire ? mais toujours unis , il nous sera doux de penser que jamais nous n’avons été flétris par Lamifié des médians , que les vrais amis de la constitution sont les nôtres , et que , comme nous , ils hâtent parmi leurs concitoyens le retour des mœurs et des principes. Quand la terre se dérobera sous nos pas , en payant le tribut à pâture , nous répéterons avec ef fusion cesmots : Dieu et la patrie . Si la postérité nous cite à son tribunal , la fille du temps, la vérité viendra nous y défendre; et peut-être qu’un jour , passant près de nos monumens , on dira avec une émotion religieuse , là repose %ux homme de bien.
Au moment où nous allons vous céder la place ,
] ai cru qu’il pouvoir être utile de vous peindre le caractère politique et moral de vos devanciers ; la vérité , et souvent la douleur , ont tenu le pinceau , en dessinant ces hompies dont les uns ont trop peu , et les autres trop figuré dans la révolution; dont les uns ne se sont occupés qu’à opérer le bien , et les autres qu’à empêcher qu’il ne s opérât. Au milieu des contradictions et des obstacles, nous avons enfin construit , gréé e% hncé le yaissean.de l’état ; piais il fait , l’a^
provisionnement est incomplet , le port est encore loin ; sans être absurde, on peut encore craindre le naufrage ; et quant a moi , je fais des efforts pour croire à la liberté.
Les François seroient-ils plus capables de lu Conquérir que de la conserver ? Cent fois j’ai douté s’ils étoient mûrs pour la révolution. L 'ennemi le plus dangereux du peuple, c’est le peuple lui-même ; c est la facilité de son caractère , la, mobilité de ses idées , de ses affections \ c est cette propension à l’engouement qui fait qu’à ses yeux une faute efface cinquante ans de yertus , et que les torts d’un siècle disparoissent devant la seule promesse de les réparer. De quel oeil peut - on considérer des hommes persuadés qu’un roi leur fait grâce en acceptant trente millions annuels et les avantage^ excessifs qui accompagnent la place de premier fonctionnaire public ? Et pourquoi ne pas dire à ce peuple que depuis long temps la révolution seroit consommée, si Louis XVÏ avoit déployé une mâle énergie pour en seconder les mouvemens et eu assurer le succès ? Attendons pour louer , que l’avenir ait réparé les torts du passé. Ceux qui n ont pas cette franchise austère à l’égard d’hommes entourés de tous les pièges fde la séduction , sont les ennemis des rois. Laissez de vils courtisans disputer d’adulation et de bassesses avec de vils li is trions, que vos décrets ont tiré de la fange , et que le mépris public doit y replonger ; ayec des histrions qui ont représenté Brutus sous un roi humilié , et qui , dans les jours de son triomphe , osent , dit-on , reproduire sur la scène des jn^cçc pu 1| despotisme triomphe, ec qui sont
trop fameuses par le sang quelles ont fait couler à Versailles. Quoi ! l’on ose prêcher l’idolâtrie , tandis qu un si grand nombre de nos concitoyens ne sentent pas encore la dignité de l’homme l oyez ces hordes d esclaves, toujours prêts à s atteler aucnar du despoti me ; vqyez ce troupeau de stupides idolâtres, journellement prosternes devant les murs des palais. Un peuple admira teur ne sera jamais un peuple libre.
Ainsi que nous , messieurs , vous trouverez des ennemis dans le sein même de votre assemblée ; le parti populaire est condamné à lutter é-tern élément contre la corruption et le machiavélisme , conti e des êtres toujours disposés à recevoir ou a donner des chaînes.
La cabale a fait jouer tous. les ressorts dans les jetions, et spécialement à Paris, où lassent fciee électorale a éprouvé les malignes influences qui ont imesté 1 assemblée nationale. La perfidie a épuisé toutes ses manœuvres , pour écarter les patriotes que l’on a désigné sous le nom de rêpubliçams, de têtes exaltées , de factieux. L’emphase avec laquelle les jokeis ministériels débitem ces mots , est le talisman qui éblouit les irn leu. les. Ceux-ci croient alors ne pouvoir mieux mre que ue choisir ce cm on nomme des modères , terme synoninre d’impartiaux , düaristor crates , en un mot d 'ennemis Je la patrie. De lit sont résultées des nominations d'hommes que on croit nmoens, et qui ne sont que nuis on tourbes. Déjà ils s agitent peur capter les suf- ■ 'iges , et s msta.ier au fauteuil qu’ils convoitent. Ljri.is coûte dans cette seconde législature , comme «.ans la première , souvent le mérite le plus émi-
nent sera exclu de la présidence , et souvent la cabale y placera des chefs de bande , dont l’astuce saura suspendre ou précipiter les délibérations, c’est-à-dire faire languir la justice ou l’étrangler. Déjà ils méditent de composer à leur gré les comités , et ceux-ci étant dominés par des intrigans qui sauront se placer en meme temps dans plusieurs , et s’y perpétuer , deviendront des arsenaux d’iniquités , où l’on étouffera les soupirs des malheureux , où les dénonciations contre les concussionnaires iront s’ensevelir, où l’on blanchira les crimes des brigands en crédi^, où l’on complotera des projets de décrets dignes du D van, et qui seront provoqués et payés par le ministère.
Evidemment vous serez partagés en côté gauche et côté droit , en Wighs et en Tory s. Si ceux-ci parviennent à vous maîtriser , la Fiance est perdue. FToubliez pas que la foi punique est la foi de presque tontes les cours , que jamais les chefs héréditaires des gouvernemens ne se croi* ront de simples commis établis par les peuples ; jamais ils ne croiront que ceux-ci ont droit de circonscrire ou d’anéantir leur existence politique. Donnez-moi un Alfred , un Charlemagne , et le peuple aura des omis : ces deux astres ont brillé dans la nuit des siècles ; ils furent les plus grands des rois: plusieurs les ont suivis à quelque dis tance ; mais leurs places s#it encore vacantes.
Sovez sûrs que ]es agens du pouvoir exécutif auront toujours la soif d’agrandir leur domination, et les moyens d’y parvenir. Toujours ils auront des livres rouges, qui ne feront que changer de forme. Frémissez à la vue de ce gouffre.
nommé la liste cùnle , où s’engloutissent les sueurs de tant de familles , sans vètemens et sans pam, et qui se privent du nécessaire pour donner à d’autres le superflu. Elle subsiste , cette liste, contre laquelle la France entière réclame.
Avec de 1 or on achètera des décrets , avec d$ 1 or on accaparera les subsistances , et le peuple, semblable a Tantale au milieu des eaux , manquera de pain au sein de l’abondance; alors 04 dirigera habilement sa haine contre les législateurs , et les sangsues publiques se montrant comme des libérateurs à ce peuple affamé et trompé , lui donneront des comestibles et lui imposeront des fers. Ainsi l’impunité lui amènera des Galonné pour le voler, des Lambesc pour 1 égorger , des Bouillé pour le trahir. Osera-t-on nous répéter encore qu’il suffit aux hommes publics d avoir les talens politiques , et que peu importent leurs mœurs? Avec des législateurs immoraux , le roi s^roit tout et le souverain se*, r-oit nul.
Nos espérances se reposent affectueusement sur ceux d’entre vous que la voix publique proclame comme des modèles d'une incorruptible probité ; nous savons cjue l’univers n’est pas assez, riche pour acheter un homme de bien.
Elevez-vous à la hauteur de la mission dont le peuple vous investit ; révélez toutes les vérités , frondez tous les abus , poursuivez tous les tral * très , faites pâlir tous les tyrans ; vainement la calomnie frémira autour de vous ; retranchés dans votre conscience . vous serez dans une forteresse inattaquable : il vient d’ailleurs un temps OÙ la vérité surnage , et devant vous est la postérité. Que toujours cuirassés de vertus , et jamaija.
froissés par les événemens , rien ne fléchisse des caractères indomptables qui s'irritent par les obstacles; soyez semblables à ces rochers immobiles aux pieds desquels viennent mugir et se briser les flots de la mer. L’assemblée constituante a commencé, existé et fl i comme Salomon : je franchis cette dernière époque pour vous reporter aux jours de sa gloire. Lorsque les satellites du despotisme se pressoient autour de nous à Versailles ; lorsque des bouches d’airain menaçoient de vomir sur nous le carnage et la mort , comme l'assemblée étoit grande et majestueuse ! Voilà votre modèle. R appeliez- vous que celui qui craint de perdre la vie pour la cause du peuple, n est pas digne de le défendre. Plantez par-tout les palmes de la liberté , et s il raut vous ensevelir^ avec elle , vos enfans , se précipitant sur vos tombeaux , y jureront encore de la ressusciter et de la venger.
La constitution est terminée , nous ayons pose la clef de la voûte ; ralliez-vous dans l’enceinte de cet édifice , et , malgré les vices de sa cons* traction, gardez-vous bien de tenter actuellement le remède ; une révolution nouvelle ferait süccomber le peuple encore haletant de la première , et qui demande du repos.
Resserrez nos liaisons avec ces respectables insulaires qui ont illustré les deux mondes, qui ont des droits à notre estime et même à notre reconnoissance , puisqu’ils nous ont appris a les surpasser ; que l’accent de l'amitié retentisse des bords de la Seine a ceux de la Tamise , et confonde dans de douces étreintes les ûnglois et les François.
Cent mille esclaves doivent , dit-on , descendre
du nord , pour sonner parmi nous le tocsin delà mort et du pillage ; ils imprirneroient peut è re à la machine politique un mouvement irrégulier ou rétrogradé , si le courage national ne veilloit a sa stabilité. C’est ici la guerre des rois contre îes nations , des oppresseurs contre les opprimés : les despotes savent qu’up. peuple occupé au dehors ne peut faire de révolutions au dedans.* et que si la nôtre n’est pas étouffée , elle va rapidement parcourir la terre. Sans cloute ils dirigeront contre nous tous leurs efforts ; mais les tyrans ont plus à craindre de la déclaration des droits y que nous de leurs boulets. Dites à l’univers qu'ayant renoncé au brigandage cîes conquêtes , vous ferez cause commune avec tous les peuples résolus à secouer le joug pour ne dépendre que d’eux-mêmes. Puisque la justice est pour nous , sans doute il nous secondera celui qui balance les destins des empires , et qui tient en sa main le salut des nations. L’impulsion est donnée à l’Europe attentive , son horoscope annonce quelle s’ébranle pour nous suivre : il semble que les temps sont accomplis , cpie le volcan de la liberté va faire explosion , réveiller les peuples , et opérer la résurrection politique clu globe.
Vous travaillez donc pour la famille du genrehumain; à mesure que vous déblayerez ce "fatras de lois antiques , dont la barbarie est inalliable avec nos mœurs ; à mesure que l’art social perfectionnera nos institutions politiques , elles de* viendront la propriété du monde entier. Puisse le génie de la liberté embrasser bientôt l’universalité des régions , y faire asseoir la paix à côté des vertus , y fixer le règne du bonheur , et-par les liens d’une sainte fraternité , unissant tous
les hommes , hâter le moment où il n y aura plus de peuples étrangers I
la Société des Amis de la Constitution , séante aux Jacobins Saint- If on ore a Pans , a vote l m. pression de cuie Adresse , dans sa séance du 2 6 Septembre iy£)i»
Signés , RŒDERER , président ; ROYER , évêque du département de C Ain ; SERGENT ; MeNDOUZE ; L0UÏS7
Fa ilippE' Joseph ; F. Lanthenas ; Collot-d Her- BOIS , secrétaires .
D@ l’Imprimerie du Patriote François , place du Théâtre Italien.