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LE 2 OCTOBRE

En me levant, Messieurs, pour répondre au toast dont vous venez de m'honorer et avec moi la Section des architectes de Québec, je vous demanderai de me permettre de le faire dans la langue de celui dont le palais, où nous sommes en ce moment réunis, porte le nom: Frontenac, Messieurs — celui qui du haut de ce rocher envoyait pour réponse à l'amiral Phipps qui le sommait de se rendre, ces paroles mémorables : allez dire à votre maître que je lui répondrez par la bouche de mes canons. Mais du haut de ces rarriparts, du foyer de cette enceinte quasi-sacrée, c'est une voix plus osée que la mienne qu'il faudrait pour faire honneur à l'occasion. Il me faudrait être inspiré de l'éloquence d'un Chapleau, d'un Laurier pour m'acquitter dignement de la tâche.

El tout d'abord, je vous demande de me passer une digression à l'endroit de l'opportunité qu'il y a pour moi, sujet de Sa Magesté britannique, de vous répondre ainsi dans la langue que comporte l'origine

toute française de mes pères. Je veux par là accentuer la nécessité des deux langues. La fière Albion voyant aujourd'hui parler l'anglais par deux cent millions d'âmes, semble rêver le moment où la langue anglaise sera celle de toutes les nations — mais à Dieu ne plaise que cela n'arrive, pour la paix du monde et dans les meilleurs intérêts pécuniaires, humanitaires et autres de la Grande Bretagne et de ses colonies. — Que le Canada lui aussi y pense à deux fois avant de décréter la suppression du français ; car les nations tiennent à savoir, chacune dans la langue qui lui est propre, à se tenir au courant des événements, des progrès, des travaux littéraires et autres des autres nations de la terre.

L'anarchie s'accentue comme expression du communisme, du socialisme qui veut, dit Louise Michel, que les riches qui en ont trop, partagent avec les pauvres qui en ont trop peu. Mais l'armée des pauvres, des nécessiteux n'est déjà que trop grande — elle se compte par millions, et l'on ajouterait à ces millions les millions additionnels de ceux qui deviendraient ainsi désœuvrés par la suppression des traducteurs qu'un semblable décret mettrait eu disponibilité. Oui. Messieurs, que l'on envisage ce côté de la question ; que l'on se figure, comme je le fais, les millions de gens employés aujourd'hui de par le monde à traduire d'une langue dans une autre ce que dit l'homme, ce qu'il écrit; les millions de bras utilisés à imprimer, brocher, relier ces traductions, et ces autres millions employés à manufacturer le papier, l'encre, le caractère, à tirer de la forêt la pulpe destinée au papier, nouveau papyrus dû au génie de L'homme.

Que l'on se se figure, dis-je, cette immense armée additionnelle de désœuvrés jetés sur le pavé par cette seule suppression de l'une des deux langues civilisatrices du genre humain, et les fanatiques mêmes de l'Ouest, ne seront plus aussi âpres à crier à la mise à l'index du français : cet idiome le plus éloquent de ceux de toutes les nations. Non Messieurs, point de volapuk, point de langage unverversel ; et que l'on se garde aussi de donner trop de relief à la nécessité — nécessité qui d'après moi n'existe aucunement — d'un seul système de poids, de mesures et de monnaies : ce seraient encore d'autres millions de bras devenus oisifs, qui maintenant gagnent le pain de la famille à réduire ces chiffres, ces quantités en équivalents des autres peuples. Ce seraient encore autant d'anarchistes, de communistes de surcroit.

Et maintenant, Messieurs, que vous m'avez pardonné, j'en suis sûr, cette digression quelque peu motivée par les sourdes menées autour de nous, de ceux qui demandent de l'ouvrage, et à qui, si l'on ne peut en donner, il ne faut pas au moins en ôter ; laissez-moi vous dire combien j'apprécie cette politesse de votre part de boire à ma santé, et je suis certain de correctement interpréter les sentiments de la section de Québec, en vous disant combien elle est flattée aujourd'hui de vous recevoir et d'essayer de vous rendre la quasi princière hospitalité qu'elle a reçue chez vous.

Mais sous ce rapport la section de Québec a un assez sanglant reproche à faire à ses confrères de

Montréal : celui de ne pas lui avoir fourni l'occasion de lui rendre plus clignement toute sa galanterie. En effet Montréal nous a promenés voir ses nouveaux édifices, ses voies électriques, son Sohmer et autres attractions. Montréal nous a fêtés, choyés, traités. conduits à l'Opéra, et nous qui voulions la fêter en la conviant aune soirée au Frontenac — je l'avais dit l'an dernier lors de notre assemblée générale — je l'ai répété dans un compte rendu de la dernière assemblée générale dont j'ai fait tenir copie à tous les membres de l'Association — -Montréal qui nous avait conviés à une conversazione, délicieuse soirée dans les salons ornés de tableaux, de marbres, de bronzes et de fleurs de la Société des Arts, à laquelle prenaient part vos dames, vos demoiselles, et l'élite de la société de la ville, avec orchestre et rafïraichissements — comme l'avait fait dans une occasion précédente M. le Maire McShane et sa charmante épouse, lors du bal qu'ils donnèrent à l'Hôtel de Ville en notre honneur. Je dis Messieurs que nous voulions vous rendre tout cela sous forme d'une soir'e dansante, un bal, si vous voulez, au Frontenac et vous n'avez pas voulu qu'on le fit — car le secrétaire M. Venue a annoncé votre visite à Québec, comme ne devant durer qu'un seul jour, ce qui voulait dire : arriver le matin et repartir le soir ; nous forçant ainsi à ne vous offrir qu'un simple goûter du midi entre nos séances du matin et de la relevée.

Mais attendez, nous aurons notre tour, vous voulez dans votre orgueil nous méconnaître, nous reléguer au bout du inonde, nous oubblier, et c'est à peine si vos journaux consacrent quelquefois 'trois

lignes à notre acquit — notre tour viendra. Si Québec aujourd'hui n'est attrayant que pour les touristes par ses promenades, ses points de vue, son port superbe, ses carnavals de glace et de feu, — si le commerce depuis 50 ans a abandonné nos rives, et nous a rendus assez désintéressés pour nous suicider en contribuant au creusement du lac St. Pierre pour faire de Montréal un port de mer, la tête de la navigation océanique ; la nature va vous forcer à revenir à vos anciens amours En effet, à part le canal Chicago sur lequel je me flatte d'avoir été le premier à attirer l'attention de nos gouvernants, dès le mois de décembre dernier — à part, dis-je, ce canal qui va nous enlever 5 pour cent de nos eaux du St Laurent — à part des projets internationaux grandioses — la convention siégeant aujourd'hui à Gieveland en fait foi — d'un ou de plus d'un canal à eau profonde entre lesGranda Lacs et l'Atlantique par la voie de l'Hudson et du Mississippi, qui vont nous enlever encore de 10 à 20 pour cent de notre avoir fluvial, voilà que les effets de l'incurie de l'homme en dévastant nos forêts par le fer et le feu commencent à s'accentuer.

Le déboisement des terres, sous le système irrationnel des limites ou licences pour la coupe des bois ; au lieu de faire persister la forêt en épargnant tous les arbres, comme en France, de moins d'un pied de diamètre; la mise à nu du sol, fait que la fonte des neiges au printemps a lieu tout d'un coup, produisant partout des inondations en cette saison des hautes eaux où il n'en faut point ; et que, par contre, durant les chaleurs d'été ou les eaux basses auraient besoin d'être suppléinentées, les tributaires des lacs, du

fleuve sont à demi des-échés par le fait que le soleil évapore les eaux de pluie avant qu'elles ne puissent s'y ren ire pour y prendre leur cours.

Oui, Messieurs, le St-Laurent s'efface peu à peu. Que dis-je, le creusement même du lac St-Pierre estun péché pour nous tous, pour vous surtout dont ce creusement falicite l'élimination des eaux de votre port. Mais Dieu merci, l'Océan est encore là, et la lune assez éloignée de nous, malgré son rapprochement au télescope, pour que l'homme ne puisse porter atteinte à sa faculté de eiver, avec l'aide du soleil, les marées qui, si les vapeurs occéaniques, à fort tirant d'eau, ne peuvent par la suite se rendre à Montréal, leur fera dans tous les cas atteindre Québec. C'est alors. Messieurs, que vous nous viendrez avec les vôtres et nous vous recevrons à bras ouverts Dites à vos gros marchands, vos quasi millionnaires, qu'ici à Québec, est le siège de leurs futures opérations — ici le véritable port de mer que la diminution des eaux du Niagara ne saurait affecter. Venez, nous avons de la place pour vous tous, nous avons du nouveau à vous offrir : un nouveau parlement, une nouvelle cour de justice, de nouveaux hôpitaux, de nouveaux hôtels, celui où nous siégeons, le Victoria, le Clarendon, La Florence, pour vous recevoir à tous les goûts, à tous les rangs, à tous les prix, un nouvel hôtel de ville sur les plans et surveillance de nos amis MM. Tamniav et Vallée, un nouveau Maire plein de jeunesse et d'avenir ; grand, si non de stature, il l'eVt de talents et de capacité et surtout par son esprit d'entreprise et d'initiative.

Notre Maire a compris avec moi que l'avenir de Québec est du côté de Montmorency, et voilà pourquoi au lieu de favoriser St-Sauveur, St-Roch ou le Mont-Plaisant pour notre palais municipal, il en a fait décréter le site actuel, futur centre géographique de la cité qui s'étend tous les jours vers l'Est.

Venez-nous, Messieurs, avec vos millions, les battures historiques de Beauport sont là à vous attendre. Vous y érigerez des quais sur une étendue de deux lieues et les emplirez à peu de frais avec les déchets des carrières de l'endroit y accumulés depuis tantôt trois siècles, et dont les wagons chargés se mouvant par la simple gravitation remonteraient les wagons vides. Venez Messieurs, vous qui avez de l'argent à faire fructifier, nous ériger des élévateurs, des réfrigérateurs, nous créer des industries de toutes sortes. Déjà MM. Whitehead & Cie dé Montréal, ont construit à Montmorency, d'immenses filatures de lainages et de cotons, mues par les eaux de la chute. C'est là que la Cie. des moteurs électriques à jeté ses bases et d'où elle conduit à la ville par un réseau de fils le long du rivage, nos lumières et les forces motrices qui nous sont nécessaires — et juste au milieu de ce parcours de deux lieues, entre (Juébec et le Sault — MM. Parent et Bedard, deux ex-maires, de la grande et florissante paroisse de Beauport, viennent de réédifier pour la quatrième fois, mais sur un plan plus vaste, les anciennes brasseries y établies depuis plus de deux siècles ; et dont les produits, dû à la qualité de l'eau, que les analystes disent être la meilleure possible à l'effet voulu.

out toujours été recherchés et eu grande renommée, et vont servir maintenant, le lager surtout, à faire perdre à notre population pour beaucoup, le goût des boissons enivrantes, réhabiliter par la même la santé, la longévité publiques et vous fournir les bras, dont vous aurez besoin pour taire à Québec les docks, les bassins que le manque d'eau va vous empêcher de réaliser chez vous.

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