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Depuis la fin de la aernierp session du Parlemenl Provincial, plusieurs ties élec^leurs iniluens de Montréal, plusieurs amis politiques ou ])rivés, m'ont C'cril, quelques uns m'ont visité, pour me solliciter d'accepter la belle e* grande candidature de cette Métropole du Canada. A tous j'ai uniformément répoiuUi, en toute sincérité et conscience, que la fatigue des anxiétés et de la haute responsabilité morale qui s'attachent à la, vie publique, me faisait désirer d'en sortir. Je leur ai dit que j'avais faim et soif de la retraite et du repos. Qu'après quarante années de luttes incessantes, je croyais bien avoir droit à mon congé. Après avoir vécu justpi'àJ'àgc de soixante-cinq ans, au milieu d'agitations aussi graves et douloureuses que celles qui se sont rapidement succédées en Canada depuis 1 809, je cherchais au sein de ma famille, et dans la solitude des bords de l'Outaouais, la paix ; et la tranquillité pour les quelques années qui me restent j encore peut-être du pèlerinage de la vie. i

Dans la situation que je m'étais ainsi faite, j'ai donc ! ■été surpris de recevoir une invitation de la part de j plus de cinq cents électeurs, me ))riant d'accepter la candidature de la Cité de Montréal pour les représenter en Parlement. Les liens qui m'enchainent par 1 devoir, par amour, et par reconnaissance, aux libres et j indépendans Electeurs de la plus belle, de la plus éclairée, de la plus importante des villes du Canada, sont forts et nombreux, datent de mon début dans l'a- ! rêne parlementaire. A l'appel que mes amis font à mon patriotisme éprouvé, ils ajoutent que je ne puis, dans les circonstances difficiles et particulières du moment, où un si grand nombre de ceux qui ont autrefois .servi la i cause du Peuple, l'ont déserté depuis, alléchés par l'am- | bition du pouvoir, des honneurs, du patronage olliciel, | enivrés par l'encens des basses adulations prodiguées à j ceux qui l'exercent, et maitrisés par les émolumcns excessifs attachés à presque toutes les fonctions publiques, que je ne puis par un refus intempestif préjudicier an grand paril Démocrailque, que j'ai tne dans tous les lems si actif à former, à rallier, à encourai^er dans les bons et dans les mauvais joius. Que ce relus serait interprété comme un blâme, un désaveu des nobles efforts qu'il fait dans Montréal et dans toute la Province, pour la rénovation la plus large possible de la Représentation, dont la majorité dans le dernier Parlement a forfait à ses devoirs et à ses engagemens pris aux hustings. Le Manifeste du Comité de la Réforme et du Progrès, à Québec, avait été le symbole politique professé, le drapeau sagement et modérément libéral élevé partout candidat qui a été élu dans les localités où l'Influence populaire démocratique prévalait. Pas un de vos candidats, il y a quatre ans, n'aurait osé refuser son approbation aux doctrines énoncées dans ce beau travail: mais les candidats devenus Ministres par l'importance que vous leur avez prêtée, l'ont bien vite jeté aux quatre vents, et la tourbe de parasites qui fourmillaient à leurs pieds, n'y ont pas trouvé un iota qu'ils pussent voter en chambre après l'avoir proclamé et juré aux huslings comme le programme de ce que seraient leurs travaux législatifs.

Sous ces circonstances, considérant la situation du Pays et du Parti, et de qui me vient l'appel, je ne puis donner un refus absolu. Je laisse aux Electeurs de Montréal à disposer de moi. S'ils jugent que je puisse encore être de quelque utilité dans leur service et celui de mon pays, je forai comme par le passé tous mes efforts pour le progrès et le développement moral et matériel d'une patrie si richement dotée par la Nature, si arriérée par le vice de beaucoup de ses institutions sociales et politiques ; mais telle quelle chère à tous ses citoyens, natifs ou d'adoption. Si au contraire, la majorité des Electeurs me refuse leurs suffrages, je resterai satisfait dans ma retraite : j'aurai quitté la vie publique sans honte et sans regrets, sans haine et sans rancunes, heureux du souvenir de mes travaux de quarante années dans la bonne cause ; la bonne cause de la Démocratie ; heureux de la certitude de son triomphe prochain et certain sur toute l'étendue de notre Monde Amérirain, Oui, la patrie consolée et prospère alors, sera républicaine un jour, et ce jour vous le verrez, vous, jeunesse earniadienne ! si moi-môme et les autres vieux athlètes descendons à la tombe avant l'aurore de ce grand el glorieux jour !

Les citoyens de Montréal comme ceux du Canada en général, sont d'origines diverses, Celtes, Francs, Anglo- Saxons, les uns y sont nés, beaucouj) sont venus de loin en faire leur patrie adoptive, tous veulent sincèrement sa prospérité, ses progrès ; Ils y ont leurs cœurs, leurs familles, leurs intérêts. Tous, un peu plus tôt un peu plus tard, sont venus de France ou des Iles Britanniques, chercher en Amérique pour eux et pour leurs enfans, la vie, la liberté, el le bonheur. Personne ne commet le contresens de quitter l'Europe, pour venir chercher ici des distincllons, des instilulions, des privilèges aristocratiques. Tous savent avant de ])artir, ou appveimcnt en arrivant, qu'il n'y a pas au monde une société mieux organisée pour la liberté el l'égalité que celle du Canada, où il n'y a ni oligarques à trop grande fortune et à prétentions et orgueil |>lns grands encore, ni prolétariat obligé de vivre en rampant et souvent décimé par la faim, la peste, ou le canon. Tout le monde, par un travail lionnôte et modéré, peut devenir propriétaire et indépendant. Voilà la Démocratie constituée socialement. Et ceux qui parcequ'ils admirent la stabilité remarquable du gouvernement anglais, veulent servilement copier ses lois ; admirer par exemple notre Conseil Législatif parcequ'ils admirent là bas la Chambre des Lords ; montrent tout simplement qu'ils ont des yeux pour lire des textes, mais qu'ils n'ont point (rintellii:;ence pour interpréter ces textes et les appliquer aux mœurs, aux désirs, aux nécessités de noire pays. Ils copient des précédens en législation, comme les Procureurs-Généraux copient des indictemens en Cour tlu Banc de la Relue, et en cela ils ne font que des sottises.

Ces hommes à précédens qui se croient des hommes d'état, ne compreruient point notre état social ; et y jettent la perturbation et le trouble, par leurs essais de constitutions et de lois en opposition directe et contradictoire avec les mœurs, les instincts et toutes les tendances de notre jeune et vigoureuse société, qui veut se développer et atteindre .«a virilité, nendant «ne ees charlatans politiques cherchent à l'emtnaiUoler dans les langes et les oripeaux du monarchisme décrépit de l'Europe. Les insensés! qui jettent leur sceptre à la marée el pensent qu'il arrêtera ses flots! — Pendant que tout autour de nons, des colonies fondées après la nôtre, et long tems inférieures à elle sous tous rapports, l'ont depuis long lems devancé, sont devenues des nations, et sont aujourd'hui au premier rang des Natioïïs, ces hommes aveugles, à petites tètes à petits cœurs, retiennent leur patrie stationnaire, dans la torpeur et l'inaction. Toutes ses forces vitales s'épuisenl à combattre, à neutraliser leur empirisme politique : pendant ce tems, tout y languit ou dépérit ; l'instruction élémentaire, et professionnelle ; l'éducation sociale et politique qu'un bon système de municipalités locales et de décentralisation administrative pourraient seules développer ; le défrichement et lu meilleure culture des terres ; l'industrie manufacturière ; le commerce ; l'accumulation des richesses, des capitaux. Il n'y a qu'une elas.se qui semble prospérer, celle des hauts fonctionnaires el des spéculateurs qui manipident lestravaux ou le trésor publics. Qui n'avance pas, recule, dans ce siècle où lout marche si vite, el sur ce continent surtout. Cet étal de choses peut-il, doit-il durer? C'est à vous, Electeurs, à donner la réponse. Vous avez un jour en quatre années, où votre voix souveraine peut parler. Ce jour, nous y voilà. Faites tonner la grande Voix du Peuple, et que devant son souille disparaissent tous ces hommes à vues étroites et rétrogrades : qui cherchent dans le passé de la vieille Europe l'avenir du jeune Canada, qui à une société toute démocratique cherchent à imposer les formes, les allures, les budgets, les taxes, le patronage et la corruption, la centralisalion et l'arbitraire, d'un gouvernement monarchique : mais ces hommes surtout (]ul longtemps vos ciiefs dans la voie du progrès et des réformes, ont renié leurs principes et les vôtres le jour où Lord Sydenham mettait en pratique cet axiome fondamental du Système Politique inventé et institué par son prédécesseur Lord Durhani : Achetez les chefs de LA Démocratie Canadienne par des honneurs et des

PLACES LUCRATIVES, ET CETTE DlCMOCRATIE n'eXISTE PLUS,

CE PEUPLE n'est PLUS RIEN. Nous fréuilssions tous d'indignation, lorsque Lord Durham nous jetait cette insulte à la figure. Hélas ! que nous avons à rougir, el à cour-

ber bas le frmit aujourd'hui, que cullc audacieuse jhophélie ail pu se tùaUsêr pour tant d'homme» vos anciens défenseurs!

Proclamez-la, Electeurs libres, éclairés, progressifs! la Maxime: NOUS VOULONS DESORMAIS ACCORO PARFAIT, HARMONIE EN'ITIE NOTRE ETAT SOCIAL ET NOS INSTITUTIONS POLITIQUES.

Pour jouir de cette harmonie, qui sans secousses, sans violence, ferait disparaître les anomalies de l'état actuel et les élé-mens de dissentions et perturbations qui retardent maintenant l'avancement du pays sous tous les rapports, il nous faut avant tout la Législation suivaiue : Exlention du Principe Electif au Conseil Législatif, et partout où il peut s'appliquer. Le peuple peut tout aussi bien juger directement du choix de ses serviteurs ; juges de paix, officiers de milice, etc. ; que de le faire par l'entremise du Conseil Exécutif, dont le patronage est une source de corruption Ircs-élendue et dangereuse, et un mal qui menace l'indépendance de l'opinion publique.

Etablissement sur des bases fermes et permanentes d'un Système Municipal parfaitement coordonné, qui ne soit pas sujet à des changemens continuels, et qui acceptable au peuple, compris par lui, lui deviendrait bientôt la plus précieuse de ses institutions, la sauvegarde de toutes ses libertés. C'est la Mnnicipalitéqui fait la force et la gloire de la Démocratie en AngleteiTe et aux Etats- Unis, et le Despotisme n'a triomphé sur le Continent européen qu'après avoir détruit la Commune. La Municipalité, c'est l'école politique du Peuple, c'est le temple de sa liberté, c'est la eiladclle de ses droits. Sans la Municipalité, la Démocratie ne pourra jamais se maintenir longtemps. Nous ne pouvons trop insister sur son établissement immédiat cl perpétuel.

La fondation des Municipalités comporte la Décentralisation du Pouvoir Administratif, Judiciaire, Législatif même. En donnant des privilèges au peuple, elle détruit donc en même temps le vice radical de notre système actuel, en enlevant au Conseil Exécutif son patronage et ses moyens de corruption et d'influence indue sur les employés et l'opinion publics. Les corporations municipales auraient aussi dans le domaine de leurs attributions, une foule d'actes administratifs et de législation locale qui embarassent à présent un Exécutif honnête, et qui autorisent un Exécutif malhonnête à s'immiscer de mille manières dans les affaires des localités, pour marchander de leurs intérêts.

Mettre la Chambre d'Assemblée à l'abri de la co^'ruption, et rendre au contraire les Mmrstres vraiment responsables à la Chambre, en défendant par une loi à tout Représentant du Peuple d'accepter aucune charge lucrative de la couronne pendant l'exercice de son mandat, cl un an après son expiration, à moins que cette nomination ne soit ratifiée par la réélection. Le scandaleux trafic des consciences parlementaires pendant ces dernières années, par la distribution des places publiques aux Représentans du peuple, plaide assez éloquemment en faveur de l'urgence d'une loi qui y mette un frein.

Extension du Suffrage. Le besoin s'en fait surtout sentir dans nos villes, où beaucoup d'honnêtes ouvriers, de bons pères de famille, tenant feu et lieu, respectables citoyens, sont privés de leur droit de voter aux élections, parcequ'ils paient quelques piastres de moins de loyer que leurs voisins. C'est un fait qu'une proportion très forte de nos citoyens sont ainsi défranchisés dans nos villes ; cela ne doit pas être.

Il anive souvent aussi que l'électeur paisible, qui désire remplir un des plus beaux comme des plus saints devoirs du citoyen, celui de s'approcher du Poil pour y déclarer le candidat de son ciioix, na peu! le faire sans

être intimidé ou même insulté et frappé par des vagabonds soldés et ixiyés pour violer la francliise électorale par des candidats de minorités (pii veulent s'imposer par la force brutale. 11 y a un rcniéde 5im|)Ie et efficace à cette plaie de nos élections. C'est le vote par ballot, ou au Scrutin secrcl. De six mois en six mois, sur toute la vaste étendue des Etats-Unis, des milliers de poils sont ouverts, des millions de citoyens y vont dépo.scr leurs bulletins cachetés contenant les noms de leurs candidats favoris, et jamais vous n'eniendez parler d'une émeute, d'une rixe, d'un seul citoyen maltraité, à quelque rare exception, de loin en loin, dans les quartiers qu'occupe la canaille de quelque grande ville maritime.

Voilà des réformes majeures, de la plus haute importance, et dont l'influence bienfaisante se ferait de suite sentir dans notre société. Il y en a d'autres encore, comme un bon système d'instruction élémentaire, d'instruction agricole, la codification des lois, la libre navigation du St. Laurent, et .surtout la plus stricte économie dans les dépenses publiques, qui demandent une action prompte et énergiijuc de la part de la Législature.

Il y a une question qui agile vivement l'opinion publique en ce moment. Il n'est pas étonnant que la population d'une province surchargée déjà d'une dette aussi considérable que la nôtre, témoigne de l'émotion et de l'inquiétude lorsqu'elle voit un parlement expirant, prêt à rendre son mandat à un peuple qui lui relire sa confiance, oser au nom de ce peuple qu'il ne représente déjà plus, contracter un nouvel engagement qui finirait par redoubler sa dette, et la léguerait comme un don fatal aux générations de ses enfans. Les amis <lu progrès, le veulent en matière d'industrie et de commerce aussi bien que d'institutions politiques, et en hommes vrai-me.-jt PR.\TiQUEs ils se réjouissent des entreprises nombreuses de chemins de fer qui sont commencés et qui vont bientôt sillonner notre beau pays dans toutes les directions ; lorsque ces routes relient ensemble les parties éloignées de notre territoire, et tendent à faire de cette province la grande route de communication et de transport entre les ports de mer sur l'Atlantique et nos vastes lacs de l'intérieur et les nouveaux états qui se forment rapidement dans la riche vallée du MLssissipi. Ils savent que les Chemins de Portland, de Québec et Riclimond, de Champlain, de Lachine et Plattsburg, de l'Oursl, do Huroii et Simcoe, de Prescott et Bytown, de Bytown et Montréal, seront profitables pour leurs actionnaires et d'un immense bénéfice au colon, à l'agriculteur, au commerçant. Us ont hâte de voir compléter cette chaîne entre Montréal et Toronto. Mais ils no veulent point, ils protestent, ils répudient la folie ou la trahison du Ministère qui voudrait faire construire aux dépens du Canada, pour les besoins militaires de l'Angleterre, un Chemin de fer d'Halifax, qui nous coûterait à plus basse estimation Seize Millions de piastres, et dont les recettes ne suffiraient pas à faire face aux dépenses d'entretien. C'est une monstruosité dont le dei'nier ministère s'est rendu coupable, et dont le ministère nouveau a l'air de vouloir prendre à son tour la responsabilité. A vous. Electeurs, ici encore, à décider si vous permettrez cet attentat contre vos intérêts.

Je termine. Concitoyens. Que les Electeurs du Canada fassent leur devoir, à cette époque criti<iue et décisive : et notre patrie rentrera dans sa carrière naturelle, dans sa condition normale, sa Démocratie prendra graduellement, paisiblement, son développement légitime ; et elle deviendra bientôt l'égale en bonheur, en prospérité, et en contentement, des heureuses républiques voisines.

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