Adresse [microforme]
Peuple Canadien! paisibles et vertueux habitans d'un vaste et fertile pays, que Dieu a enrichi de tout ce qui peut suffire à l’homme pour ses besoins et ses plaisirs, et qui ne demande que la main de l'industrie pour les cueillir, maîtres absolus de tout ce que l’industrie vous procure, étrangers également à l'oppression et aux taxes, libres comme les oiseaux qui voltigent autour de vos hameaux, ou regnent l’innocence, l'hospitalité et la piété, vrais dons du Ciel, embellissant les plaisirs et adoucissant les peines de la vie; écoutez attentivement un ami sincère, natif du pays, attaché aux intérêts communs par les plus doux liens de Ia nature, et puisant dans 2 mêmes sources les moyens de les soutenir ; écoutez attentivement ; refléchissez sur ses propos, et répondez sincèrement aux questions qu’il vous adresse. L'homme qui cherche à se rendre maître de votre sort et qui cache son ambition sous le brilliant voile du patriotisme, M. Lovis Joszrn PAPINFAU, a fait dans une adresse qu’il a publiée dernièrement l’avancé suivante: que vous avez gémi sous quarante années d’abus et de souffrances sous un gouvernement tyrannique et dont il vous encou-
de secouer le joug et de vous en délivrer.
Répondez, peuple Canadien! qu’avez-vous à reprocher à ce gouvernement, quels sont les abus, quel les sont les souffrances sous lesquels vous avez . souffert tant d' années? Qu’avez-vous senti? Qu’avez-vous à vous plaindre? Le collecteur de taxes a t'il entré dans vos maisons pour en enlever le fruit de vos travaux? La conscription (fléau du gouvernement français durant tant d'années, plus terrible encore que le colera qui vient de la main de Dieu. Vus a t'il enlevée votre jeunesse pour remplir les rangs de l’armée on pour fournir l’équi des vaisseaux de guerre? L'intolérauce a-t-elle osé se présenter pour vous contraindre dans l’exercise de votre religion, ou le fanaticisme pour chercher à vous en dt urner? Ne vous sentez-vous pas maftres de faire ce que vous jugez à propos? De vendre le produit de vos champs et de tout ce que vous appartient, au prix que vous voulez bien le vendre ? et de faire usage de l'argent comme bon vous semble, sans que personne s’en mêle ou vous en demande un seul denier ? N’êtes vous pas maîtres d’aller et de venir, de voyager de changer vos habitations sans en demander permission ou en rendre compte à personne? En quoi le gouvernement se mêle t'il de vos affaires que pour vous protéger selon la loi contre les attaques des méchans, pou punir les malfaiteurs et soustraire les gens honnêtes aux attentats du scélerat; vous soutenir dans vos Lie droits et conserver à vous et à vos enfans le onheur dont vous jouissez ? Sous quelle forme le gouvernement vous a t'il tyrannisé, opprimé ? Quelles sont les chaines que vous avez été forcé de orter? Répondez peuple Canadien: et répondez | paroi aites vous entendre et que vos réponses, fidèles à la vérité confondent ce calomniateur d’un gouvernement doux et bienfaisant, oe traitre qui Abuse de la confiance de ses compatriotes, pour
servir ses vues personnelles et ambitieuses, ainsi que — 8 — — pe et qui pour * à son utn te pas, par les menson es plus siers, d’exciter à la trahison, er ue 15 E.
d'un peuple entier en soit le sacrifice, et que son chemin à la domination soit marqué par leur sang. Peuple Canadien : arrêtez avant qu'il soit trop tard, ne vous laissez pas gagner par les mensonges des ambitieux qui ne cherchent que leur propre avancement à vos dépens. Pensez aux suites, au résultat de leurs efforts? Si nous nous révoltons, si nous nous mettons en prise avec le gouvernement où en serions-nous, si nous ne réussisons pas? Jusqu'à présent nous avons toujours vécu en paix et en bonne intelligence avec ceux qu’ils dénomment étrangers au pays, quoique sujets du même roi, Ils ne nous ont pas fait de mal ; n’ont-ils pas le droit de venir dans un pays qui appartient à notre roi commun? Pourraient-ilsnousempêcher d'aller dans leur pays si on le trouvait à propos d'y aller? Ils ne cherchent pas à rien nous Ôter. Notre vaste pays inculte demande des cultivateurs, qu' ils se portent à le défricher, il y en à assez pour tout. Et supposons toutefois quo nous réussissions, en quoi serious nous mieux? Est ce que le président Papineau nous rendra plus heureux que le Roi notre maître? A Boston, dans ce pays tant vanté par nos patriotes, le penple n’a t'il pas rasé un couvent? Mis toute la maisonnée de des saintes filles sur la rue au milieu de la nuit, presque nues et en danger de perdre la vie. Et le gouvernement américain n'a pas osé punir les monstres! Ici ceux qui se sont dévoués à leur religion sont aimés, respectés, chéris, par les étrangers mémes, ct malhour-à Sm qui osoront les insulter ! Notre gouvernement saurait les punir et leurs vies en seraient le forfait, Pensez à tout ce là, peuple Canadien! et chérissez le bonheur actuel dout vous jouissez; ne risquez pas de le perdre en suivant les chimères que ces prétendus patriotes enfantent pour vous trahir et vous perdre. Souvenez-vous de la fable du chien et de l’ombre; il tenait un morceau de bœuf dans ses dents et se voyant dans le mirage d’une rivière, il crut que le chien qu’il voyait portait un morceau plus beau que le sien, et le laissant tomber dans l’eau afin de combattre avec son adversaire, il se trouve dépourvu du tout. Restez tranquilles chez vous, n’écoutez pas ces beaux parleurs qui vous obsèdent, ne soyez pas comme ce malheureux qui jouissant d’une santé parfaite s’est | laissé gagné par un jeune médecin affamé, à prendre de ses remèdes précaution, et par la suite a perdu sa santé, et la vie. Conservez avec reconnaissance le bonheur que le Ciel vous accorde, et que le gouvernement loin de vouloir vous oter, ne cherche qu’à augmenter. Continuez d’être ce que vous avez toujours été, loyaux à votre Pi, fidèles à votre reliion. Voilà l’avis d'un natif du pays, indépendant u gouvernement, mais fidèle à son Roi, qui en est le chef, et vraiment ami de son pays. 7.
Lavaltrie, 8 janvier 1835.