A€TE V, SCÈNE 1T
Ta femme! moi!
MAURICE
Toi, reine par le cœur et digne de commander à tous! ^ui a grandi mon intelligence? toi. Qui a épuré mes enlimens? toi. Qui a soufflé dans mon sein le géniedes jrands hommes, dont tues l'interprète?... toi ! toujours oi !... Mais, ô ciel! tu pâlis !
Ne crains rien... tant de bonheur succédant à tanlde lésespoir aura épuise mes forces.
mauricb, l'aidant à s'asseoir sur le canapé. Tu chancelles!
ADfWENNE.
En effet, un trouble étrange, une douleur sourde et inconnue s'est emparée de moi... depuis quelques momens... depuis celui où j'ai porté à mes lèvres ce bouquet.
MAURICE
Lequel?
Ingrate! je le prenais pour un adieu de départ, etc'était un message de retour!
MAURICE
Que veux-tu dire ?
Ces fleurs... envoyées par toi dans ce coffret...
Maurice, passant près de la table. * Moi! je ne t'ai rien envoyé... ce bouquet, où est-il ?
Brûlé ! je croyais que tu nous avais tous deux repous- * Aérienne, Maurice.
138 ADRJENNE LECOUVRECR.
ses et dédaignés... il était comme moi, il ne pouvait plus vivre !
mauricb, avec tendresse.
Adriennc! mais ta main tremble... tu souffres beaucoup...
Non, non, plus maintenant... (Montrant son cqur.) La douleur n'est plus là... (Portant la main à sa tête.) Mais c'est singulier, c'est bizarre... mille objets divers et fantastiques passant devant moi... se succèdent confusément et sans ordre... (4 Maurice.) Où étions-nous ? qu'est-ce que je te disais ? je ne sais plus... II me semble que mon imagination s'égare... et que ma raison, que je cherche à rctenir,vam'abandonner.(F«vcmen<.) Je ne le veux pas... en la perdant, je perdrais mon bonheur... Oh ! non... non... je ne le veux pas! pour lui d'abord, pour Maurice, et puis pour ce soir... On vient d'ouvrir, et la salle est déjà pleine! Je conçois leur curiosité et leur impatience; on leur promet depuis s' longtemps la Psyché du grand Corneille!... Oh! oui, depuis longtemps... depuis les premiers jours où je vis Maurice... On ne voulait pas remonter l'ouvrage... C'est trop vieux, disait-on... mais, moi, j'y tenais... j'avais une idée... Maurice ne m'a pas encore dit : Je vous aime! ni moi non plus... je n'ose pas... et il y a là certains vers que je serais si heureux de lui adresser, à lui, devant tout le monde sans que personne s'en doute...
MAURICE
Mon amie, ma bien-aimée, reviens à toi.
Tais-toi donc... il faut que j'entre en scène. Oh ! quelle