‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 14 sur 106 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Maurice, riant.

De qui?... eh! mais, d'une petite bouquetière... fort jolie, ma foi... que j'ai rencontrée presque aux portes de votre hôtel et qui m'a supplié si vivement de le lui acheter...

LA PRINCESSE

Que vous avez pensé à moi...

maurice, vivement.

Oui, princesse!

Quel aimable souvenir!. ..j'accepte, M. le comte, j'accepte...

maurice, avec embarras, le lui présentant.

Vous êtes trop bonne !...

la princesse, à voix hante et feignant de l'admirer.

Il est charmant!... L'essentiel, en ce moment, quoique peut-être vous méritiez peu qu'on s'occupede vous... est de songer à vos intérêts... vous dites que le cardinalministre... vous a mal accueilli...

MAURICE

Fort mal.

LA PRINCESSE

Je verrai à faire changer ses dispositions... on vous accordera vos deux régimens.

MAURICE

S'il était vrai!...

LA PRINCBSSE.

J'irai à Versailles... et pour vous tenir au Courantde ce que j'aurai fait, de ce que j'aurai appris...

MAURICE

Je viendrai ici...

LA PRINCESSE

Ici... non ! la foule des curieux et des importuns,

sans compter mon mari, ne me laisse pas un instant de liberté... Mais écoutez-moi : M. le prince de Bouillon a acheté pour la Duclos une petite maison charmante, délicieuse, près de la Grange-Batelière... à deux pas de l'enceinte de Paris... j'en puis disposer., c'est là seulement que je vous recevrai.

MAURICE

Dans cette maison qui appartient...

LA PRINCESSE

A mon mari... raison de plus! chez lui, c'est chez moi...

Maurice, gaiement.

En vérité, princesse, il n'y a que vous pour de telles combinaisons !

LA PRINCESSE

Oui, c'est assez ingénieux... Quand ce sera possible et nécessaire, c'est Mlle Duclos elle-même qui vous en préviendra en vous écrivant, jamais moi ! maurice, de même.

Mais ne craignez-vous pas?...

LA PRINCESSE

Rien !... la Duclos m'est dévouée... son sort est dans mes mains...

MAURICR.

Je comprends... mais moi... [A part.) Accepter quand j'en aime une autre... non, mieux vaut tout lui dire... (Haut.) Je ne sais, princesse, comment vous remercier de votre générosité, de votre dévoûment...

LA PRINCESSE

En acceptant!... Silence ! on vient!... qu'est-ce?... (Se retournant avec impatience.) Rien... c'est l'abbé...

* Maurice, la Princesse, l'Abbé, qui vient d'entrer par la porte à droite.

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