ACTE II, SCENE IV
que côte et d'un seul coup, deux de ses ennemis, puis m'enlevant dans ses bras et me portant jusqu'à ma voiture, il me dépose sur les coussins, au moment où nos jeunes officiers qui s'étaient relevés, accouraient l'épée à la main: Monsieur, vous me rendrez raison? — Trèsvolontiers.' — Vous commencerez par moi — par moi — par moi. — Lequel choisissez-vous ? — Tous, répondit-il en les chargeant à la fois... et au cri que je poussai : ne craignez rien, restez, mademoiselle, me dit-il, vous serez aux premières loges ; et nous, messieurs, allons en scène! — Que vous dirai-je? quoique saisie de frayeur, je ne pouvais détacher mes yeux de ce spectacle... et si vous l'aviez vu, braver en se jouant la pointe de ces quatre épées dirigées contre sa poitrine, c'était le bras et le regard d'un héros. Loin de reculer, il le» défiait ! il les appelait! semblait entendre :
Paraissez Navarrois, Maures et Castillans,
Et tout ce que l'Espagne a produit de vaillants !
Mais aux cris de la foule, le guet arrivait de tous côtés... Nos adversaires, honteux de l»;ur nombre et redoutant les flambeaux, disparaissaient l'un après l'autre du champ de bataille...
Et le combat finit faute de combattants ! michonnkt, vivement.
Et tu l'as revu ?
ADMENNE.
Dès le lendemain!... Pouvais-je l'empêcher de se présenter chez moi, de venir s'informer de mes nouvelles, surtout quant il m'eut avoué que lui, étranger, simple officier, n'avait de fortune, de titres, de nom même à attendre que de son courage... Voilà ce qui le rendait si redoutable pour moi!. ..Riche et puissant, peu m'im-
portait; mais pauvre, mais malheureux, mais ne rêvant, comme moi, que l'amour et la gloire, comment lui résister ?
MICHONNET.
Ociel!
Parti, depuis trois mois, pour chercher fortune avec le jeune comte de Saxe, fils du roi de Pologne, son compatriote, il est revenu ce matin, et sa première visite n été pour moi; mais son général, mais le ministre, qui l'attendaient à Versailles, ont abrégé encore le peu d'instans qu'il me donnait ; aussi, ce soir, il me l'a promis, il viendra ici au théâtre!...
MICHONNET.
Il viendra !
Me voir jouer Roxane!
michonnet, vivement.
Ah ! mon Dieu1 et dans quel état te voilà! Ce trouble... cette émotion... tu ne pourras rien détailler... rien calculer !
Qu'importe !
MICHONNET.
Ce qu'il importe?... c'est qu'aujourd'hui, pour la première fois, tu joues ce rôle avec la Duclos ! adrienne, sans l'écouter.
Soyez tranquille !...
MICHONNET.
Je ne le suis pas ! Il faut du calme et du sang-froid, même dans l'inspiration. La Duclos se possédera... elle profitera de ses avantages... taudis que toi... tu ne Terras que lui...