‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 73 sur 106 · ACTE IV, SCENfc II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENfc II

Depuis plus de deux heures je vous attends, et je craignais qu'il ne fût survenu quelque accident, quelque obstacle...

MICHONNET.

Aucun! tout s'est passé comme tu le désirais. A ton nom seul toutes les portes se sont ouvertes ! car il faut rendre justice à ces grands seigneurs, ils aiment les artistes, ils nousaiment !... Mon prince, lui ai-je dit, vous avez souvent daigné répéter à M,,e Lecouvreur, que vous lui donneriez, quand elle le voudrait, soixante mille livres, des diamans qu'elle lient de la libéralité de la reine... — C'est vrai, je ne m'en dédis pas. — Eh bien ! elle m'envoie vers vous, en secret, comptant sur votre bienveillance, pour lui rendre ce service, et sur votre discrétion pour n'en parler à personne... Tu vois... c'était assez bien tourné.

àdrienne, avec impatience.

Très-bien... et après?

MICHONNET.

Après?... Il a paru étonné... et m'a demandé pourquoi se défaire de ces diamans... dans quelle idée?... dans quel but?... Question à laquelle il m*a été impossible de répondre, attendu que tu ne m'as pas fait part de tes intentions... Tl s'est mis alors à écrire un bon sur la caisse des fermiers-généraux... en prononçant cette phrase, qui était convenable : Dites à M11* Lecouvreur que je ne regarde cet écrin que comme un dépôt. Puis il a ajouté, avec un sourire qui m'a paru moins bien: Dépôt qu'elle pourra, quand elle le voudra, venir me redemander elle-même!...

àdrienne, avec impatience.

Enfin, ces soixante mille livres...

100 ADRIENNE LECOUVRfcUR.

MICHONNET.

Je les ai là.

Ah! je respire... Nais si vous saviez tout ce que ces deux heures d'attente m'ont fait souffrir! Vous n'auriez pas été aussi longtemps... car la journée avance, et il me reste encore d'autres démaiches à faire...

MICHONNET.

Oui, dix mille livres de plus, qu'il te faut... Tu me l'avais dit, et les voici!

0 ciel !

MICHONNET.

J'ai commencé par aller te les chercher... Voilà ce qui m'a retenu... Je t'en demande pardon...

Vous... me les chercher !... et où donc?

MICHONNET.

Chez le notaire de la succession de mon oncle, l'épicier de la rue Férou.

Cet héritage ! votre seul bien... tout ce que vous possédez !... Je ne puis accepter un tel sacrifice.

MICHONNET.

Et pourquoi donc?

Je puis exposer ma fortune, mais non celle d'un ami !

MICHONNET.

L'exposer?... en quoi?... Explique-moi d'abord...

Je ne le puis !... Je ne puis vous rien dire!

MICHONNET.

Rien?... Je ne t'en demande pas davantage!... Prends... je le veux... Tout cela t'appartient !

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