‹ Adrienne Lecouvreur;Chapitre 36 sur 69 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

L'ABBÉ, LE PRINCE, entrant par le fond; MAU- RICE.

le prince, apercevant la porte à droite qui vient de se fermer.

Ah! l'on vous y prend, mon cher...

Maurice, avec trouble.

Vous ici, Messieurs?.,

le prince, riant.

J'ai vu la dame, je l'ai vue !

MAURICE

C'est une plaisanterie, sans doute!

LE PRINCE

Non, parbleu!., la robe blanche flottante... qui disparaissait... Voici donc la Saxe aux prises avec la France...

MAURICE

Qu'est-ce que cela signifie?

l'abdé.

Que nous sommes au fait, mon cher comte.

LE prince, gaiement.

Et que cela ne se passera pas à huis clos , il nous faut de l'éclat et du scandale. (Frappant sur l'épaule de l'abbé.) Nous ne sommes pas des abbés pour rien... n'est-il pas vrai?

* La princesse, Maurice.

ADMENiNE LECOUVREUR,

Maurice, au prince, avec impatience. f

Eh ! Monsieur, j'aurais cru, au contraire, que

c'était pour vous qu'il fallait éviter le bruit... Mais

puisque vous le voulez, puisque vous savez tout...

le prince, riant.

Tout... et de plus nous avons les preuves...

Maurice, froidement et mettant son chapeau.

Monsieur le prince, je suis à vos ordres... Monsieur l'abbé consentira, je l'espère ( le costume n'y fait rien), à nous servir de témoin, et comme il y a , je crois, un jardin , nous pouvons y descendre.

le prince, riant.

A cette heure ?..

MAURICE

Il est toujours l'heure de se battre... et pourvu que nous en finissions promptement... cela doit vous convenir...

l'abbé *, qui a remonté le théâtre, redescend près

de Maurice.

Voilà où est voire erreur. Nous ne tenons pas à

en finir, au contraire, nous voulons que cela

dure :

Am.our fidèle, Flamme éternelle !

Comme dit l'air de Rameau ! Et par un héroïsme .qui surpasse loules les magnanimités d'opéra, M. le prince vous abandonne votre conquête !

MAURICE

Qu'est-ce à dire ?

l'abbé.

. A la condition que le traité de paix sera signé ici, à souper, à l'éclat des flambeaux!

Au bruit dés verres et du Champagne.

MAURICE

Est-ce de moi, Messieurs, que l'on veut rire?

l'abbé.

Vous l'avez dit !

le prince.

Mon seul but étant de prouver à la Duclos...

MAURICE

La Duclos...

le prince, montrant la porte à droite.

Que je ne^tiens plus à ses charmes.

l'abbé.

Et que si la France et la Saxe se battaient pour elle...

LE PRINCE

Et pour sa vertu...

l'abbé.

Ce serait là une querelle d'Allemand que M. le prince ne se pardonnerait jamais... Ah ! ah ! ah ! le prince, riant aussi.

Ah ! ah ! ah ! c'est drôle, n'est-il pas vrai ?.. Et loin de rire.... comme nous.... vous avez un air étonné...

MAURICE

Oui, d'abord.., Mais, maintenant, cela me parait en effet si oriainal...

pi mec

le pbince.

N'est-ce pas?.. Ah ! ah ! m'enlever la Duclos... de mon consentement... un service d'ami !.. l'abbé.

Et vous ne refuserez pas, en nouveaux alliés, de vous donner la main...

MAURICE

Non, parbleu ! voici la mienne...

le prince, déclamant.

Soyons amis, China, c'est moi qui t'en convie. l'abbé, riant.

Et si, pour ratifier le traité, il vous faut un notaire, je vais chercher celui de la Comédie-Française ! et d'autres témoins encore! (Il sort par le fond.

maubice*, étonné.

Que dit-il ?

le prince, riant.

Vous ne vous douiez pas de la brillante compagnie qui vous attend dans ma petite maison... ou plutôt dans la vôtre.... car, ce soir, vous êtes le maître, le héros de la fête; à vous les honneurs ! Maurice, avec embarras.

C'en est trop, prince !

le prince.

Sans compter une nouvelle surprise que nous vous préparons, une jeune dame, charmante, qui désirerait ardemment vous connaître, et l'abbé, qui est maître des cérémonies, est allé lui donner la main pour vous la présenter avant le souper ! Maurice, avec embarras.

C'est moi qui vous prierai de me conduire vers elle... (A part, regardant à droite.) Pourvu que d'ici là je puisse délivrer ma captive et la soustraire à tous les regards. (Il s'approche de la croisée à droite, qui est restée ouverte, et regarde dans le jardin.)

SCÈNE IV. ' L'ABBÉ , donnant la main à ADRIENNE , et entrant par le fond; LE PRINCE, allant au-devant d'elle ; MAURICE, regardant par la croisée, qui est au second plan à droite.

le prince, à Advienne.

Arrivez donc! M. le comte de Saxe est là qui vous attend avec impatience...

l'abbé.

Eh! mais, ma toute belle, vous tremblez?

Cela est vrai... la présence d'un homme illustre m'émeut toujours malgré moi.

le prince, s'approche de Maurice qui est toujours près du balcon et lui dit.

Mademoiselle Lecouvreur.

Maurice, à ce nom se retourne virement. Oh! ciel!

adrienne, levant les yeux el i ùjardant Maurice, ■poussant un 1 1 /.

Ah! (Le prince a passé 'près de ta'fenélreà

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