‹ Adrienne Lecouvreur;Chapitre 38 sur 69 · ADRIENNE, MAURICE · texte numérisé non relu

ADRIENNE, MAURICE

adrienne, les regardant sortir, puis portant la main à son front.

Ah! j'en doute encore!., vous le comte de Saxe! Parlez?., parlez?., que je sois bien sûre que c'est lui qui m'aime et que pourtant c'est toujours toi !

MAURICE

Mon Adrienne!

adrienne, avec explosion.

Maurice ! mon héros, mon Dieu, vous que j'avais deviné...

Maurice, lui faisant signe de se taire.

Silence!.. (A part, regardant à droite.) Ah! quel dommage que l'autre soit là. (A demi-voix.) Ce mystère qui cachait notre bonheur est plus que.jamais nécessaire.

adrienne, vivement.

Ne craignez rien! mon amour est si grand, que l'orgueil lui-même n'y peut rien ajouter. Ne parlait-on pas d'une entreprise nouvelle? de Moscovites que vous vouliez battre? d'un duché de Courlande que vous vouliez conquérir à vous tout

* L'abbé, le prince, Adrienne, Maurice.

seul? Bien, Maurice, bien! je comprends qu'au milieu des grands intérêts qui s'agiient, auprès des graves conseillers ou des vieux ministresqu'il vous faut gagner, l'amour d'une pauvre fille comme moi puisse vous faire du tort.

Maurice, vivement.

Non, non, jamais!

Je me tairai, je me tairai. (Montrant son cœur.) Je renfermerai là mon ivresse et ma fierté ; je ne me vanterai, pas de votre amour et de votre gloire; je ne vous admirerai que tout haut, comme tout le monde ! ils célébreront vos exploits, mais vous me les raconterez, à moi ! ils diront vos titres; vos grandeurs, et -vous me direz vos peines! Ces ennemis que font naître les succès, ces haines jalouses qui .s'attaquent aux héros; comme à nous autres artistes, vous me confierez tout; je vous consolerai, je vous dirai : Courage, marchez au butqui vous attend! Donnez à la France une gloire qu'elle vous rendra! donnez-leur à tous vos talents et votre génie, je ne. te demande, moi, que ton amour!

Maurice; la pressant contre son cœur.

0 ma protectrice ! ô mon bon ange. (Regardant autour de lui.) Défends-moi toujours! -

Oui, toujours, et aujourd'hui même, désolée de ne pouvoir passer cette soirée avec vous , c'est encore, à vous que je pensais. C'est en votre favëirr que je voulais solliciter ce comte dé Saxe que l'on disait si aimable. Oui, Monsieur, coquette par amour, je venais ici avec4e dessein de le charmer, de le séduire... c'était là, c'est encore mon projet! y réussirai-je?

MAURICE

Enchanteresse ! comment vous résister ! mais ce comte de Saxe, que, sans le connaître, vous vouliez séduire...

ADRIENNE, SOllriant.

C'est vrai! Et même dans les plus grands périls, voyez, Monsieur, combien vous êtes heureux! vous étiez le seul homme pour qui je vous aurais trahi.

MAURICE

Et vous la seule que je ne trahirai jamais!

J'y compte bien. Je crois à la foi des héros! Silence, on vient.

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