‹ Adrienne Lecouvreur;Chapitre 50 sur 69 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

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Je lo sais:

Et lu oses me l'avouer... et tu n'en rougis pas.

Ah ! vous ne pouvez pas comprendre, vous ; qu'on aime sans le vouloir et malgré soi. michonnet, vivement.

Si!

Cherchante le cacher à tous et à soi-même... en rougissant de honte, de cette honte qui est encore de l'amour !

MICHONNET, avec passion.

Si! si! je le comprends!., pardon, Adrienne, c'est moi qui suis un insensé de t'avoir parlé ainsi. Mais qu'espères-tu?

Rien !.. (Avec amour.) Que de le sauver!.. Et puis, nenousa-t-on pas parlé tout-à-1'heure d'une rivale, d'une grande dame ?

MICHONNET.

Celle au bracelet sans doute, celle qu'il te préfère et pour laquelle il t'a trahie.

adrienne, portant la main à son cœur.

C'est vrai! mais ne me le dites pas, c'est comme si vous me frappiez là d'un fer froid et aigu, et ce n'est pas votre intention.

michonnet, vivement et avec bonté.

Oh! non, non! tu ne peux le croire.

Cette rivale, je veux la connaître. (Avec énergie.) Je la connaîtrai ! pour lui dire : C'est par vous qu'il fut prisonnier, c'est par moi qu'il a recouvré la liberté, même celle de vous voir, de vous aimer, de me trahir encore... Jugez vous-même, Madame, qui de nous aimait le mieux.

MICHONNET.

Et lui?

adrienne, avec mépris Lui!., il m'a trompée, j'y renonce à jamais !

michonnet, avec joie.

Bien cela!.. Mais alors, réponds-moi, pourquoi tout sacrifier à un ingrat?

Pourquoi ? vous me le demandez ! La vengeance m'est-elle donc interdite et ne m'est-il pas permis de la choisir? N'avez-vous pas entendu tout-à-l'heure qu'il s'agissait pour lui en ce moment de combattre, de vaincre, de gagner un duché... peut-être une couronne.,. Et songez donc, ami, songez s'il me la devait!., s'il la tenait de ma main ! Roi, par la tendresse de celle qu'il a abandonnée et trahie !.. Roi, par le dévouement de la pauvre comédienne!.. Ah! il aura beau faire, il ne pourra m'oublier ! A défaut de son amour, sa gloire même et sa puissance lui parleront de moi ! comprenez vous à présent ma vengeance?

Comblé de uieç bienfaits, je veux l'en accabler !

0 mon vieux Corneille ! viens à mon aide ! viens soutenir mon courage, viens remplir mon cœur de ces élans généreux, de ces sublimes sentiments que tu as tant de fois placés dans ma bouche. Prouve-leur à tous, que nous, les interprètes de ton génie, nous pouvons gagner au contact de tes nobles pensées... autre chose que de les bien traduire ! Ce que tu as dit, je le ferai ! (A Michonnet.) Allez! Courez le délivrer ! Jevous attendrai chez moi. (Elle sort par le fond.)

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