SOUS-FAMILLE DES AESCHNINÆ
Les Aeschnidae, comprenant, avec la sous-famille des Aeschninae, celles des Gomphinae et des Cordulegastrinae, forment un groupe distinct du groupe des Zzhel/lulidae, parce que, chez les Zibellulidae, le triangle discoïdal de l’aile supérieure a une forme et une direction différentes de la forme et de la direction du triangle discoïdal de l'aile inférieure, tandis que, chez les Aeschnidae, les triangles des quatre ailes ont absolument où à peu près la même forme et la même direction.
Parmi les Aeschnidae, les Aeschninae se séparent des Gomphinae aux veux bien séparés et des Cordulegastrinae aux yeux se joignant seulement sur un point, par leurs yeux notablement contigus, ou excessivement contigus.
Les caractères de la sous-famille se résument ainsi : Les veux gros, toujours notablement contigus, la tête globuleuse; les triangles discoïdaux des ailes allongés dans la longueur de l'aile, avec leur côté interne court et leurs deux autres côtés plus longs, presque égaux. Chez les mâles, des oreillettes, souvent énormes; le bord anal des ailes inférieures toujours angulaire, excavé ou droit, sauf chez les seuls genres Anax et Æemianax où ce bord anal est arrondi, et la réticulation qui le borde offrant un grand triangle adossé à la membranule.
DE SELYS divisait les Aeschninae en cinq grands genres :
1° Le genre Anax, chez lequel le bord et l'angle anal des ailes inférieures sont arrondis et semblables dans les deux sexes, le secteur sous-nodal non bifurqué, le nodal faisant une petite courbe vers le niveau du bout du stigma; la nervure sous-costale non prolongée au delà du nodus ;
2° Le genre Aeschna, chez lequel l'angle anal des ailes inférieures du mâle est excavé, la nervure sous-costale non prolongée au delà du nodus, le 10° segment de la femelle à bord subarrondi en dessous;
3° Le genre 7 elephlebia, ayant les mêmes caractères que le genre Aeschna, mais avec la nervure sous-costale prolongée au delà du nodus;
4° Le genre Gynacantha, chez lequel l'angle anal des ailes inférieures du mâle est excavé, la nervure sous-costale non prolongée au delà du nodus, le 10° segment de la femelle prolongé en dessous en plaque procombante à branches fines, aiguës et écartées;
5° Le genre Sfaurophlebia, ayant les mêmes caractères que le genre Gyracantha, mais avec la nervure sous-costale prolongée au delà du nodus.
4 COZLECTIONSESELYS
Cette division en grands genres ne nous semble pas très utile à maintenir, ou plutôt elle résultera, dans la classification, de l'agencement même des simples genres qui ne sont pas très nombreux, puisque nous connaissons seulement une trentaine de genres d’'Aeschines vivantes, et que les afhnités de chacun de ces genres par rapport aux autres les placeront naturellement à peu près dans l’ordre adopté par DE SELYS.
Tout le groupe des Aeschnines ne comprend que des insectes de moyenne et de grande taille, tous façonnés sur le même modèle, sans formes extraordinaires, et la grande difficulté de leur classement provient de ce que tel genre voisin de tels et tels autres se trouve avoir souvent des caractères qui le rapprocheraient en même temps de plusieurs autres très différents entre eux, si bien que le classificateur a sous les veux une série de formes enchevêtrées dans un réseau embrouillé d’afhnités.
On n'a pas de preuves, dans ce groupe, de l'accouplement d’une espèce avec une autre espèce, et par conséquent de l'existence de métis ou d'hvbrides. Le fait ne serait pourtant pas impossible.
D'autre part, le dimorphisme ne paraît pas exister chez les Aeschnines, sauf le cas de Poyeria irene. Chez cette espèce, le mâle est invariable, tandis qu'on rencontre ensemble deux formes de femelles, l’une avant les appendices anals en longues feuilles, l'autre les ayant très courts et d'une forme différente. Le même cas qui pourrait se présenter chez les Boyerta voisines du Japon et de l'Amérique, n'a pas encore été constaté pour elles, à notre connaissance.
Beaucoup d'espèces ne varient jamais, sauf pour la taille, légèrement augmentée ou diminuée suivant que les larves ont vécu dans l'abondance ou dans la disette. Chez certaines autres, On constate assez souvent de très légères différences dans la coloration de la tête, du thorax, de l'abdomen, des pieds, dans la réticulation des ailes. Il est démontré aussi que, chez quelques espèces, la taille est un peu plus grande ou un peu plus petite, d'une façon générale, suivant les pays.
Nous ne parlons pas, bien entendu, de la coloration du jeune âge qui est souvent différente de celle de l’âge adulte, l'insecte ayant parfois, au moment de la sortie de l'enveloppe larvaire, des couleurs ternes ou violacées qui deviendront bleues ou vertes, jaunâtres qui deviendront rouges, grises qui deviendront noires ou jaunes, ou ayant les ailes grises ou safranées qui plus tard seront limpides.
On compte, dans notre groupe, quelques races locales ou sous-espèces, plus ou moins voisines d'une espèce-type, mais avec quelques caractères fixes qui les en différencient. Tel est le cas de Anax Julius Brauer, qui représente évidemment au Japon, en Chine et dans l'Inde l'Anax parthenope de la région européenne.
Les Aeschnines se rencontrent à peu près sur toute la surface du globe. Les genres Anax, Aeschna, Gynacantha sont cosmopolites, bien que le dernier n’habite que les pays tropicaux; mais en général, et notamment dans le genre Gynacantha, les espèces sont confinées dans des régions bien distinctes. Sur plus de 40 Gynacantha connues, 14 sont spéciales à l'Amérique du Sud, 10 à l'Afrique tropicale, 4 à la région australienne dont probablement une spéciale à son continent, le reste à la région orientale et austro-malaise.
La région orientale compte beaucoup de genres spéciaux, /agoria, Linaeschna, Amphiaeschna, Aeschnophlebia, Periaeschna, Tetracanthagyna, Toaeschna, tandis que la région éthiopienne n'en compte pas, mais les genres Anactaeschna et Heliaeschna sont communs à ces deux régions, de même que les //emranax, Austroaeschna et Caliaeschna vivent dans les régions orientale et australienne. Deux régions ont, comme il fallait s'y attendre, des genres très spéciaux, l'Australie avec Austroaeschna, Telephlebia, Amérique du Sud avec A/lopetakia,
Hoplonaeschna, Triacanthagyna, Subaeschna, Neuraeschna, Staurophlebia. Dans l'Amérique du Nord sont cantonnés les genres Epzaeschna, Bastiaeschna, Gomphaeschna; en Europe, il n y a guère que le genre Brachytron. Le seul genre commun à l'Amérique du Nord, à l'Asie et à l'Europe est le genre Boyerta, sans parler naturellement des genres cosmopolites Anax et Aeschna.
Parmi les espèces, 25 ou 26 sont propres à l'Afrique tropicale, 19 ou 20 à l'Australie, 68 ou 69 à l'Amérique, 1 aux îles Hawaï, cinquante et quelques aux régions orientale et de la Nouvelle-Guinée, une vingtaine à la région européenne. Une espèce, Aeschna juncea, se rencontre en Europe, en Asie et dans l'Amérique du Nord.
On a trouvé à l'état fossile, en Europe et en Amérique, un assez grand nombre d'Aeschnines. Quelques-uns des échantillons sont très bien conservés et présentent des formes assez analogues aux espèces vivantes. Ce qui prouve que le tvpe « Aeschnine » a une haute antiquité.