‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 88 sur 162 · II. — La date du bordereau · texte numérisé non relu

II. — La date du bordereau

En 1894, la date du bordereau était fixée au mois <ravril. M. d'Onnescheville, dans son rapport, en tirait argument. A propos de la note sur les troupes de couverture, il disait : « Il est impossible que Dreyfus n'ait pas eu connaissance des modifications ai^ortées au fonctionnement du commandement des troupes de cou- A'erture au mois d'avril deiviier, le fait ayant eu un caractère confidentiel, mais non absolument secret, les officiers employés à FEtat-Major de Tarmée ayant, par suite, pu s'en entretenir entre eux et en sa présence. » Pour la note sur les modifications de Tartillerie, un officier d'artillerie, ayant été employé au premit^r bureau de i'Etat-Major, « n'a pu l'ignorer avant qu'elle ne devînt officielle. » La note sur Madagascar ? Dreyfus a pu lire un rapport que le caporal Bemolin a mis cinq jours à copier dans l'antichambre. « Le projet du manuel de tir est du 14 mars 1894 : et Dreyfus a reconnu, au cours de son premier interrogatoire, s'en être entretenu à plusieurs reprises. »

Donc, un officier d'artillerie, stagiaire à l'Etat-Major, était seul capable d'avoir rédigé le bordereau.

LE BORDEREAU loi

D'après un document que possède la Cour de cassation, l'accusation de 1894 avait placé la date de la fabrication du bordereau fin avril au commencement de mai. Dreyfus discutait la teneur de cette pièce, s'attachant éprouver qu'il ne pouvait en être l'auteur. Il donna entre autres raisons que « les formations nouvelles d'artillerie, décidées seulement en juillet », ne pouvaient être connues de lui au mois d'avril ou de mai.

C'est alors que, pour la première fois, le commandant du Paty de Clam, dont les interventions sans cesse répétées dans les débats ont fait dire à l'accusé que ^ le commandant du Paty de Clam paraissait les diriger » émit l'opinion « que le bordereau était du mois d'août et que le : Je para en manœuvres visait les grandes manœuvres. »

Dreyfus invoqua alors la circulaire du général de Boisdeffre du 17 mai (V. infra, eh, V).

Alors on revint à la date d'avril et on la conserva pour le procès d'Esterliazy.

Puis au procès Zola, le 17 février 1898, les généraux (jonse et de Pellicux donnent la date de septembre, ne se rappelant pas qu'Esterhazy avait déclaré être allé aux manœuvres du mois d'août ; et Zurlinden dit dans sa lettre au garde des sceaux :

— Le bordereau est arrivé au ministère de la guerre du 20 au 25 septembre ; il était accompagné de documents datés du commencement d'août et du 2 seplem])re.

Esterhazy avait adressé à ses correspondants, huissiers et commerçants, auxquels il écrivait, au mois d'août 1894, du camp de Châlons, des lettres mentionnées à cette date sur leurs registres ; et ces lettres sont écrites sur le papier pelure de la même cuvée que le papier dn bordereau.

Il nous semble que voilî\ un fait nouveau à ajouter

à tant d'autres : Roget, Mercier, tous déclarent que d'Ormescheville s'est trompé sur la date. Or, d^Ormescheville induisait de sa date l'impossibilité, pour un autre qu'un officier d'Etat-Major du deuxième bureau, d'ôtre l'auteur du bordereau. La date est reculée de quatre ou cinq mois. Donc toute cette partie de Targumentation d'Ormescheville disparaît. Sur les formations d'artillerie, s'il s'agit des pontonniers, la loi a été promulguée le 29 juin 1894.

D'après le général Mercier, il s'agit d'une note du 20 août. Les preuves apportées à l'appui de l'accusation formulée contre Dreyfus d'être l'auteur du bordereau sont donc contradictoires.

Le général Roget a affirmé qu'Es terliazy n'aA^ait pas assisté aux manœuvres du mois d'août. Le général Mercier est bien oblige de reconnaître qu'il y a assisté ; mais il ajoute, avec son flair d'artilleur, qu' « il n'y a pas eu de manœuvres du canon de 120 * » ; et il y en a eu, comme Ta prouvé le commandant Hartmann.

En 1899, le général Gonse déclare que le bordereau ne peut être que de Dreyfus parce qu'il a été écrit au mois d'août. On lui demande pourquoi cette transposition de dates ; le général Gonse répond qu'il n'en sait rien,

La question de la date du bordereau joue un grand rôle dans la déposition de Cavaignac.

M. Cavaignac affirme qu'il est du mois d'août 1894 et il paraît surtout tenir à cette date parce que Picquart n'y tient pas.

Vous remarquerez d'ailleurs que, dans son. mémoire, le lieutenant-colonel Picquart glisse assez légèrement sur cette question de la date ; il dit : « Je ne sais pas si le bordereau

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