Reverdin, loco cit
melon surnuméraire avec une aréole brune bien marquée, de dimension moindre que le mamelon normal, situé à trois travers de doigt au-dessous et un peu en dedans de celui-ci. Cet homme a cinq enfants, trois filles et deux garçons : sur ce nombre, le premier, le troisième (deux filles) et le cinquième (un garçon) sont atteints de fibro-chondromes congénitaux. Nous avons déjà mentionné le cas de Duret dans lequel quatre membres de la même famille, un homme, sa mère, son oncle maternel, sa sœur, portaient sur chaque sterno-mastoïdien des noyaux fibro-cartilagineux congénitaux. Ces deux séries de cas sont intéressantes.
Les fibro-chondromes branchiaux semblent, comme les fistules congénitales, affecter une certaine prédilection pour le sexe féminin. Sur 23 cas, nous en trouvons 17 pour le sexe féminin, 8 pour le sexe masculin. Mais ces chiffres ne sont pas assez élevés pour avoir une valeur absolue.
Le traitement des fibro-chondromes ne présente aucun caractère d'urgence. Leur ablation est seulement indiquée en vue de l'esthétique ; il importe, en effet, de corriger une difformité toujours désagréable, sinon gênante. Mais il n'y a aucune raison de se presser. On ne doit donc pas pratiquer l'opération sur le nouveau-né, pour peu qu'elle ait la moindre gravité, surtout s'il est chétif, comme c'est assez fréquent. Seules les tumeurs attachées par un très petit pédicule peuvent être enlevées par un simple coup de ciseaux suivi au besoin d'une légère cautérisation. Pour toutes les tumeurs dont le pédicule est plus large et dont l'ablation exige plus de précautions et une incision plus large, on doit attendre quelques semaines ou quelques mois.
L'opération est le plus souvent simple. Lorsque le noyau cartilagineux ne se prolonge pas dans le pédicule, une section au ras de la surface avec les ciseaux ou avec le bistouri est le procédé le plus expéditif ; il n'expose à aucun accident. Les tumeurs à pédicule large et les tumeurs à pédicule cartilagi-
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neux nécessitent une véritable dissection. Encore n'est-il pas facile d'extirper la totalité du fragment cartilagineux lorsqu'il pénètre profondément dans les tissus. Cela est même impossible au moyen de l'incision étroite à laquelle on s'astreint pour éviter une cicatrice trop étendue. Il reste donc dans la plaie la racine cartilagineuse de la tumeur. Reverdin l'a vue faire ultérieurement saillie au niveau de la petite cicatrice. En tout cas, la difformité consécutive est minime.
Le pédicule contient souvent une ou deux petites artérioles qui donnent lieu à un écoulement sanguin. La compression digitale et un pansement légèrement compressif suffisent pour reînédier à ce petit accident.
Obs. LXXIV. — Fibro-chondrome^ congénitaux sxjmétrique& de la région sous-hyoïdienne. — Femme de cinquante-deux ans, blanchisseuse, venue le 31 mai 1888 à l'hôpital Bichat, salle Louis, n° 11, dans le service de M. Huchard.
La malade est entrée pour des accidents de broncho-pneumonie.
Elle porte, depuis sa naissance, deux petites tumeurs à la région sous-hj^oïdienne. Toutes deux sont situées sur le relief que forme le chef sternal du sterno-mastoïdien à droite et à gauche. Elles sont à peu près symétriques; cependant celle de droite est sur un niveau un peu inférieur par rapport à celle de gauche : elle est à trois centimètres environ au-dessus de l'extrémité interne de la clavicule. La tumeur de droite a la forme et les dimensions d'un pois; celle de gauche est un peu plus volumineuse et allongée comme un petit haricot. Leur consistance est ferme, fibro-cartilagineuse. Elles sont élastiques et reviennent à leur position quand on les en écarte; à leur base on sent une petite masse résistante qui semble prolonger les tumeurs sous la peau, et elles paraissent adhérer aux parties profondes par un pédicule.
On ne trouve aucun autre vice de conformation. Pas de fibrochondromes préauriculaires. Oreilles normales. Le cou est assez court. Pas de fistules branchiales.
Tache pigmentaire sur la sclérotique de l'œil droit, près du limbe cornéal, au côté externe. Taches de vitiligo multiples. Chéloïde sur
BRANCHIAUX JJbîJ
la cicatrice d'une éruption ancienne à la partie postérieure de l'épaule droite. Cicatrices de brûlure datant du jeune âge.
Obs. LXXV. — Fihro-chondrome congénital de la face interne de la lèvre inférieure. — Adrienne Leroy, âgée de trois mois, présentée à l'hôpital Trousseau le 7 mai 1890.
Cette enfant porte sur la face interne de la lèvre inférieure, du côté droit, à environ un centimètre et demi de la ligne médiane, à égale distance du bord libre et du bord adhérent, un appendice saillant rigide d'environ un centimètre de hauteur et terminé par une extrémité conoïde.
Cet appendice, d'après le dire de la mère, remonte à la naissance. On l'enlève le 7 mai 1890. Il est conservé au musée de l'hôpital Trousseau.
Obs. LXXVI. — Fibro-lipome congénital intra-buccal. — Jeanne Hallay, âgée de cinq mois, demeurant passage du Chemin-Vert, 1 bi$.
Cette enfant porte à la face interne de la lèvre inférieure, à égale distance du bord libre et du cul-de-sac gengivo-labial, presque sur la limite de la joue, une tumeur élastique exactement identique aux lîbro-chondromes branchiaux. Elle promine d'un centimètre environ et a la forme d'une poire à large pédicule. Elle est verticale et vient s'engager sous le bord libre de la mâchoire.
Son origine remonte à la naissance.
Elle est enlevée le 23 avril 1890. On constate qu'elle est formée par un épaississement de la muqueuse doublé de graisse.
536 ANOMALIES OGULO-PALPÉBRALES