‹ Affections congénitalesChapitre 2 sur 226 · KYSTES DERMOÏDES ET MUCOÏDES DE LA TÈTE ET DU COU · texte numérisé non relu

KYSTES DERMOÏDES ET MUCOÏDES DE LA TÈTE ET DU COU

Il semble, au premier abord, logique et très naturel de faire reposer une description didactique des kystes dermoïdes de la tête et du cou sur le siège occupé par ces tumeurs dans les principales sections de cette partie du corps, c'est-à-dire au crâne, à la face et dans les diverses régions du cou; et pourtant ce serait en réalité mal connaître son sujet, et surtout le présenter faussement, que d'adopter une division partant de cette donnée. En effet, les tumeurs dermoïdes étant des affections congénitales, leur noyau primitif se détache du tégument externe à une époque fort ancienne de la vie fœtale ou même durant la période embryonnaire. A cette phase lointaine, le foyer originel de la tumeur, le futur kyste, possède un siège précis et assez facile à déterminer sur l'embryon. Mais avec le développement les choses peuvent changer considérablement; l'interposition de nouveaux tissus , des plans musculaires et fibreux, du crâne osseux lui-même, pourra déplacer les connexions premières à ce point que les attaches à la peau disparaîtront, par exemple, sans qu'il en reste aucun vestige. C'est ainsi qu'un noyau primitivement ectodermique, c'està-dire très superficiel, pourra devenir, d'après un mécanisme incontesté qu'on a pu surprendre en cours d'évolution dans quelques cas particuliers, extrêmement profond, intra-crânien, intra-buccal, etc.

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Mais il y a plus encore, et un bourgeon embryonnaire, naissant dans le lieu même où se trouve l'îlot ectodermique appelé à devenir un kyste dermoïde plus tard, peut entraîner cet îlot et le transporter dans une autre région, voisine ou non, et par conséquent plus ou moins éloignée de celle qu'il occupait à l'origine. Le parasite cellulaire, déplacé de la sorte, se greffera dans les tissus de la nouvelle région ; et lorsqu'il y évoluera pour constituer un kyste, on ne saura découvrir sur le sujet vivant, ni même à l'inspection cadavérique, aucun 'rapport avec le point d'où il est parti. Nous démontrerons d'une manière irréfutable que les kystes médians du dos du nez, dont il est rapporté trois exemples qui sont figurés, ont pour origine l'extrémité du sillon médian postérieur de l'embryon; de là, ils sont déplacés et portés en bas et en avant par l'évolution du bourgeon frontal. Ils deviennent ainsi semblables , au point de vue pathogénique , aux kystes glabellaires , bregmatiques, etc. Les kystes médians du nez ont donc une origine crânienne, et c'est vainement qu'on a cherché jusqu'ici à les expliquer par un trouble survenu dans l'évolution de la face elle-même. On voit par là les avantages que présentent à l'étude les considérations qui précèdent : non seulement elles permettent d'utiles rapprochements, mais elles montrent ayec une clarté nouvelle la genèse des kystes dermoïdes d'après un mode uniforme et sans cesse répété dans les diverses régions du corps, c'est-à-dire possédant un caractère d'universalité.

Ces prémisses posées, nous diviserons les kystes de la tête et du cou, selon leur origine embryonnaire, en deux grandes classes : r kystes développés dans le territoire de l'arc postérieur des vertèbres crâniennes ; 2° kystes développés dans les arcs viscéraux des mêmes vertèbres, c'est-à-dire dans les fissures embryonnaires de la face ou dans les fentes branchiales du cou. Les kystes de la première classe, moins nombreux que ceux de la seconde, sont répartis surtout sur la ligne médiane du

crâne et de la moitié supérieure de la face. Ils y forment divers groupes, qui sont, en procédant de bas en haut : les kystes médians du nez, les kystes glahellaires, les kystes du bregma, enfin le groupe important des kystes de Vmion; ce dernier groupe renferme, à l'exception d'un seul cas, tous les faits de kystes intra-crâniejis.

Les kystes de la seconde classe appartiennent aux arcs viscéraux des vertèbres crâniennes, ou, plus exactement, aux fentes qui limitent ces arcs soit à la face, soit au cou. Chaque fente peut en présenter des exemples; à la face, les fissures fronto-maxillaires et intermaxillaires y sont particulièrement exposées. Les kystes du sourcil, de l'angle interne de l'orbite, de la cavité orbitaire, appartiennent spécialement à la fente fronto-maxillaire. Les fentes branchiales du cou en offrent de nombreux exemples. Les kystes sont placés tantôt latéralement, tantôt dans le plan médian, et dans l'un et l'autre cas ils procèdent d'un même mécanisme. Parmi les kystes latéraux , on doit mentionner ceux des régions auriculaires , sus-hyoïdiennes et sterno-mastoïdiennes. Les kystes médians occupent la langue, les régions sus-hyoïdienne et thyro-hyoïdienne, et enfin la ligne médiane du cou depuis le larynx jusqu'au sternum.

Cette énumération des kystes dermoïdes de la tète et du cou fait ressortir un fait qui domine toute leur pathogénie, à savoir que les kystes ontpour origine un foyer placé dans une dépression, fissure ou fente embryonnaire. Nous espérons démontrer que les kystes de la première classe, c'est-à-dire de l'extérieur et de l'intérieur du crâne, ainsi que ceux du nez, ont pour origine la gouttière dorsale de l'embryon, de même que les kystes de la deuxième classe prennent naissance dans les fentes embryonnaires de la face et du cou.

Il ne saurait être question en ce moment de reprendre une discussion épuisée, croyons-nous, sur les théories anciennes des kystes dermoïdes ; nous renvoyons à cet égard à ce que

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nous avons longuement exposé dans notre Traité des hjstes congénitaux {^^tho^éiàe des kystes dermoïdes, p. 83, etc.). Rappelons seulement que c'est à VerneuiP que revient le mérite d'avoir émis le premier l'opinion que les kystes dermoïdes des sourcils, de l'orbite et de son pourtour se développent aux dépens du revêtement cutané qui tapisse la fente frontomaxillaire. Plus tard, Verneuil étendit cette explication aux kystes dermoïdes du plancher buccal (thèse de Landetta, 1863), de la joue (thèse de Cusset, 1877). On voit, d'après cela, que Verneuil avait édifié une véritable théorie, dite de l'inclusion, invoquant un mécanisme propre ; mais comme un certain nombre de faits ne lui paraissait pas favorable, Yerneuil admit, en 18S5, la formation des kystes dermoïdes en divers points du corps aux dépens de plicatures accidentelles de la peau chez le fœtus. Nous espérons a Voir donné à cette opinion un caractère beaucoup plus général encore en montrant, avec preuves à l'appui, qu'il est facile de trouver un mécanisme toujours semblable partout, à l'extérieur comme à l'intérieur des cavités, à la surface ou dans la profondeur des tissus et des organes, et qu'il n'est pas besoin d'invoquer les plicatures du tégument externe. Le mot inclusion, prêtant à confusion à cause du groupe morbide des inclusions dites fœtales, nous avons désigné la théorie précédente sous le nom de théorie de X enclavement , et nous avons créé l'espèce des kystes miicoïdes à côté des kystes dits dermoïdes. Nous avons considéré, en effet, qu'une portion du tégument externe ou d'une muqueuse, et quelquefois des deux à la fois, a été enclavée au sein des autres tissus et reste en arrière pour ainsi dire pendant le développement fœtal, tandis que plus tard son accroissement formera un kyste dermoide ou mucoïde. La partie enclavée, devenue un sac complet, ou incomplet, ce qui est plus rare, se compose non seulement d'éléments épithé-

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