‹ Affections congénitalesChapitre 31 sur 226 · Jarjavay, Bull, de la Soc. de chir., 1839, t. X, p · texte numérisé non relu

Jarjavay, Bull, de la Soc. de chir., 1839, t. X, p

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Rizet\ médecin militaire à Arras, enleva à un sapeur âgé de vingt-six ans un kyste situé sur le milieu du sourcil, subdivisé en deux poches à peu près égales. Le contenu de ce kyste était un carbonate de chaux extrêmement dur ; il n'est, du reste, question ni d'analyse chimique ni d'examen histologique dans cette observation. Peu de temps après, J. et A. Siebel^ publièrent un fait analogue. Une femme de vingt ans portait depuis son enfance un kyste situé au niveau du tiers externe du sourcil droit. Après extirpation, on trouva dans la poche une pierre longue de seize millimètres, large de douze, épaisse de trois, et composée de carbonate de chaux et de magnésie. Trélat^ a aussi trouvé dans un kyste de la queue du sourcil, chez une femme de vingt-sept ans, un noyau dur de quinze millimètres de longueur sur douze de largeur. L'examen histologique démontra que ceMe masse était formée par du tissu osseux.

ÉTUDE CLINIQUE

Les kystes dermoïdes de la région sus-orbitaire externe sont des tumeurs ordinairement petites, du volume d'un pois, d'une noisette, d'une noix, indolentes, sans altération de la peau, qui glisse librement à leur surface. La tumeur, dans son ensemble, est mobile, et on ne peut alors démontrer par l'exploration extérieure la présence des adhérences profondes. Quelquefois cependant, surtout lorsque la tumeur a acquis un certain volume, la mobilité est limitée, et il y a une fixité assez grande.

La consistance en est variable. Un petit kyste du volume d'uii haricot offre souvent une dureté considérable et comparable à celle du cartilage : à peine distingue-t-on au doigt une

1. Rizet, Kyste osseux de la paupière supérieure gauche : Annales cl'oculistique, 1867, t. LVII, p. 184.

2. J. et A. Sichel, Considérations sur les kystes piei^reux ou calcaires des sourcils: Annales d'ocuUstique, 1867, t. LVII, p. 211.

3. Trélat, Bull, de la Soc. anatom., 1874, 2e série, t. XVII, p. 556.

certaine élasticité ; les kystes osseux ou pierreux font exception, cela va de soi.

On peut presque toujours faire remonter l'origine de l'affection jusqu'à Fenfance. Un certain nombre de kystes, quatre sur quinze de notre relevé, sont congénitaux; on les a vus au

FiG. 6. — Kyste dermoïde de la queue du sourcil.

moment de la naissance. En pareil cas, la tumeur observée chez le nouveau-né est petite; elle a le volume d'un grain de chènevis, d'une lentille. Elle peut s'accroître assez rapidement pendant les premiers mois, de manière à prendre les dimensions d'une noisette ou un peu plus au bout d'un ou deux ans; mais souvent aussi elle reste stationnaire. En général, on n'aperçoit pas de tumeur à la naissance. Le kyste est à l'état de germe tout à fait insaisissable. On le découvre d'habitude

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quelques mois ou quelques années plus tard : il n'est pas rare, en effet, de le voir paraître seulement dans la seconde enfance ou dans l'adolescence. Les kystes étudiés chez l'adulte ont presque toujours présenté une origine infantile.

Un traumatisme est souvent incriminé comme cause de l'affection, et, en effet, un traumatisme peut intervenir d'une manière efficace pour provoquer l'accroissement rapide d'un kyste inaperçu jusque-là ou très petit et stationnaire. Ces poussées se produisent chez les enfants, les adolescents, les jeunes adultes. Plus tard le développement s'arrête ou devient extrê- • înement lent.

La tumeur n'occasionne en général aucun autre inconvénient qu'une difformité plus ou moins disgracieuse ; tout au plus gêne-t-elle les mouvements d'élévation de la paupière supérieure, lorsqu'elle descend notablement au-dessous du rebord orbitaire.

Les kystes de la paupière supérieure, et particulièrement ceux qui se prolongent dans l'orbite, donnent lieu à des symptômes particuliers, en rapport avec leur situation et leur volume. Interposés entre l'angle supérieur et externe de la voûte orbitaire et le globe oculaire, ils repoussent celui-ci en bas eten dedans à mesure qu'ils s'accroissent. De là des troubles fonctionnels spéciaux : diplopie, diminution de l'acuité visuelle et même neuro-rétinite (Lopez). On procédera plus loin à l'étude des kystes dermoïdes qui remplissent une grande partie de l'orbite et qui chassent l'œil en avant, en produisant à la fin sa destruction par suite de complications inflammatoires ; mais leur place n'est pas ici, car ils n'appartiennent pas à la région supérieure et externe.

La seule complication qui vienne modifier la marche des kystes dermoïdes du sourcil est l'inflammation; elle est assez rare et peut survenir soit spontanément soit à la suite d'un traumatisme. Le kyste se distend et devient douloureux ; la peau, œdémateuse d'abord, finit par rougir si la suppuration

arrive, et alors la collection s'ouvre à l'extérieur. Les phénomènes inflammatoires ayant disparu, il reste une fistule indéfiniment persistante.

L'état fistuleux est aussi le résultat auquel aboutit une intervention incomplète, comme la ponction, l'incision simple, le drainage, l'extirpation partielle. Lawrence savait déjà, en 1838, que si on laisse la moindre portion de paroi dans la plaie opératoire, on n'obtient pas une guérison complète. Ou bien la plaie ne se cicatrise pas, et une fistule persiste ; ou bien la peau se réunit, mais le kyste ne tarde pas à se reproduire.

Diagnostic. — Il est rare que les kystes dermoïdes de la queue du sourcil, si peu connus avant ces vingt dernières années, offrent de sérieuses difficultés de diagnostic. Un kyste sébacé, un lipome, un fibro-lipome, peuvent affecter une certaine ressemblance avec le kyste dermoïde. Cependant le kyste sébacé tient à la peau, caractère à lui seul distinctif et suffisant pour établir le diagnostic, qui est d'ailleurs en général confirmé par la recherche du début précoce et de la marche du kyste dermoïde. Le lipome, affection de l'âge adulte, a une consistance et une surface qui ne sont pas celles du kyste. De plus, il est mou et peu élastique; sa surface est lobulée ou au moins quelque peu inégale. Le kyste est résistant; sa surface est parfaitement lisse, et, comme il est tendu, il se laisse plus difficilement aplatir qu'une tumeur molle comme le lipome. On ne peut nier d'ailleurs que, dans certains cas, il ne soit malaisé d'appuyer un diagnostic sur des arguments absolument décisifs. Le fait est, au surplus, sans grande importance pratique.

En ce qui concerne les tumeurs de la paupière qui pénètrent dans l'orbite, les difficultés sont quelquefois grandes. Il n'est pas toujours facile de reconnaître la nature, l'étendue et les connexions de la tumeur. Cependant on peut, en général, éliminer toute idée de tumeur maligne, à cause de la lenteur et de l'origine lointaine de l'affection. Si la production a été

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constatée dans l'enfance, ou si le sujet est jeune, on pense tout de suite à une affection d'origine congénitale, et il n'y a guère que le kyste dermoïde qui puisse être en cause. On établit sans peine que la tumeur n'affecte aucune connexion avec le globe oculaire, dont les mouvements sont indépendants. Une tumeur molle ou kystique de la région supérieure de l'orbite, de la glande lacrymale par exemple, pourrait occasionner une erreur.

Traitement. — L'extirpation, seul moyen efficace de traitement, est indiquée dès que la tumeur produit une difformité apparente ; elle est nécessaire pour les kystes occupant la paupière et déplaçant le globe de l'œil. On ne rencontre pas de difficultés particulières. L'incision de la peau doit être horizontalement dirigée de dedans en dehors, parallèlement au sourcil ou aux plis de la paupière ; elle ne laissera qu'une cicatrice à peine visible plus tard. Pour satisfaire au précepte de faire une ablation complète, on aura soin de poursuivre le pédicule jusqu'au fond de sa cavité de réception dans l'épaisseur du frontal; et si on a quelques doutes sur l'extirpation entière, on devra gratter ou cautériser le point d'insertion.

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