THAPSUS *, DÉFAITE DE JUBA ET DES
pompéiens ( 46 avant notre ère ). — Vers le même temps, César reçut le reste de ses légions , entre autres la dixième , sur laquelle il comptait le plus; en sorte que les deux partis ayant réuni toutes leurs forces, la querelle dut bientôt se décider. César profita du temps qui lui fut encore laissé pour châtier quelques désordres restés impunis, resserrer la discipline, et exercer ses soldats à combattre contre les éléphants et les Numides. Plusieurs rencontres eurent lieu avant la bataille de Thapsus, et sa présence décida toujours de la victoire. Une fois entre autres, il vainquit Varus en
f)leinemer, le poursuivit jusque dans a rade d'Adrumète, où il lui offrit un nouveau combat que l'ennemi n'osa pas accepter. Une autre fois , César étant sorti pour piller les souterrains où les habitants du pays gardaient leurs grains, Labiénus "le rencontra et en vint aux mains avec lui. Mais ses Numides prirent la fuite à l'instant. Le lendemain, Juba fit saisir tous ces fuyards , et les fit mettre en croix. Toutes les actions de Juba sont empreintes du même caractère de cruauté et d'orgueil. Les habitants de Vacca avaient fait demander à César des secours, en promettant de se donner à lui et de lui fournir des munitions de guerre : Juba , informé de leur démarche , prévint le secours de César ; il courut lui-même sur Vacca, s'en empara, et, après en avoir exterminé les habitants, il fit détruire la ville de fond en comble. Cependant, rendus plus circonspects par les défai-
tes continuelles qu'ils avaient éprouvées dans ces rencontres, Juba et Scipion reculaient maintenant devant une action générale. Ils s'étaient postés d'une manière avantageuse dans un camp fortement retranché , où César ne pouvait les contraindre à combattre. Il résolut de les tirer de là en allant faire le siège de Thapsus , ville importante , située au sud de Leptis- Minor, que les ennemis ne pouvaient sans honte se dispenser de secourir.
Ce qu'il avait prévu arriva ; Scipion et Juba le suivirent pour défendre la
f)lace, etVirgilius qui en commandait a garnison ; ils vinrent se poster dans deux camps différents, à huit mille pas de Thapsus. Cette ville était sur le bord de la mer, et couverte, du côté de la terre, par un marais salant , entre lequel et la mer restait un espace de quinze cents pas. Scipion avait compté sur ce passage pour jeter du secours dans la place ; mais César , qui s'en doutait, avait posté en cet endroit un bon corps de troupes ; Scipion , trouvant la voie interceptée , renonça à son premier projet , et commença à fortifier son camp. De son côté , 'César préparait tout pour engager l'action ; il laissait deux légions à la garde de son camp devant Thapsus , faisait approcher ses vaisseaux le plus près possible du rivage , et marchait luimême avec le reste de ses forces contre les retranchements ennemis. Scipion s'était préparé à soutenir l'attaque; son armée, rangée en bataille, couvrait les travailleurs qui continuaient l'ouvrage commencé , et les éléphants étaient distribues à droite et à gauche sur les ailes. Ici les relations des historiens anciens nous présentent des circonstances singulières, et difficiles à concilier. L'auteur des mémoires sur la guerre d'Afrique assure que César voulut retenir l'ardeur de ses soldats au momem) où l'action allait s'engager, mais que ceux-ci, entraînés par une impétuosité irrésistible , continuèrent leur course après avoir fait sonner la charge, sans que leur général en eût donné Tordre , et qu'alors César, ne pouvant arrêter le torrent, donna enfin le signal , et pour mot la
L'UNIVERS
félicité. On peut conjecturer que César n'opposa ce dernier retard que pour donner encore plus d'élan et de vigueur au courage de ses soldats; maisHirtius ne parait pas soupçonner cette intention dans l'esprit du général, et présente la résistance de César comme le résultat d'une hésitation sérieuse. D'un autre côté , que penser de cette circonstance dont Plutarque fait mention, et qui ne se trouve dans aucun autre auteur, à savoir, qu'au commencement du combat César fut surpris d'un accès d'épilepsie, mal auquel il était sujet , et qu à l'approche des premières convulsions, avant que d'y succomber entièrement, il se fit porter dans une tour voisine, où il demeura pendant toute la durée de la bataille ? Comprend • on qu'Hirtius n'ait rien dit de ce fait étrange? Comprend-on que la victoire de Thapsus ait pu être remportée, César absent?
Nous nous contenterons d'indiquer ces difficultés , sans grossir notre récit des interprétations oue nous pourrions en faire ; ce qui est certain, c'est que les soldats de César combattirent en cette journée comme ils l'avaient toujours fait sous les yeux d'un tel chef. La déroute des ennemis commença par les éléphants; ces animaux, effarouchés par les traits et les flèches dont on les accabla , se retournèrent vers les rangs de leur propre armée, et, dans leur fuite précipitée et furieuse, ils écrasèrent tout sur leur passage. Ils renversèrent même les portes du camp, qui n'étaient point encore consolidées. La cavalerie de Juba, déconcertée par ce désordre, se débanda sans résistance, et les soldats de César entrèrent dans le premier camp en même temps que les fuyards : Scipion, Pétréius, Labiénus, Atranius , tous les chefs avaient pris la fuite. Les débris de l'armée vaincue ne pouvant se rallier ni se défendre, quittèrent le camp de Scipion pour chercher un asile dans celui de Juba ; mais les césariens l'avaient déjà occupé, et tous ces malheureux, tombant au milieu des vainqueurs , que le feu du combat avait animes , furent massacrés impitoyablement, malgré les ef-
forts de César pour les sauver. Dix mille restèrent sur la place, les camps furent pris ; il ne restait plus rien de cette formidable coalition. César laissa trois légions pour réduire Thapsus, fit investir Tysdrus, et marcha pour emporter Utique , où l'intrépide Caton pouvait encore l'arrêter longtemps.