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PREMIERS TRAITÉS DE GENSÉRIC

avec l'empire; LE ROI DES VAN- DALES SEMRLE HÉSITER, PERDANT HUIT ANS, A POURSUIVRE SES CON- QUETES. — Après la défaite de Boniface et la reddition d'Hippone, il y eut sans doute, entre les vainqueurs et l'Empire, un premier traité (431 ou 432). La cour de Ravenne, alarmée des progrès de Genséric, essaya de l'arrêter, dans ses conquêtes, en paraissant accorder de son plein gré les portions de territoire qui lui avaient été arrachées par la force des armes. Il est probable qu'aux termes de ce traité, les Vandales se trouvèrent non -seulement en possession des trois Mauritanies, qu'ils avaient épuisées et ruinées dans leurs courses, et où ils ne dési-

L'UNIVERS

raient point se fixer, mais encore de la partie la plus occidentale de la Numidie. Procope nous apprend que G ensérie, après sa double victoire et la prise d'Hippone , montra une grande modération dans ses négociations avec l'Empire; qu'il s'engagea à payer à Valentinien un tribut annuel pour les terres qu'il avait acquises, et qu'il livra même en otage son (ils Hunéric , en témoignage de ses intentions pacifiques et de sa bonne foi. L'historien byzantin ajoute que l'empereur , rassuré par ces protestations, renvoya Hunéric à son père.

Cependant , on est tenté de croire que les Vandales, se trouvant à l'étroit dans le pays où ils avaient concentré leurs forces, firent plus d'une fois des incursions dans la province qui les avoisinait à l'est, et qui les attirait par ses richesses et sa fertilité. La paix qui fut conclue entre les Vandales et les Romains, à Hippone, le 11 février 435, doit avoir eu pour but de mettre fin aux entreprises des barbares. Valentinien et Genséricconfirmèrent alors les clauses du premier traité. Nous connaissons la cause de l'empressement que l'empereur d'Occident mettait , à cette époque, à lier son ennemi par des engagements de toute espèce et par des serments ; « il craignait , dit Isidore de Séville, que Genséric ne poussât plus loin ses conquêtes (*). »

(*) M. Papencordt ne parle, dans son Histoire, que du traité de 435. Nous partageons l'opinion de M. Marcusqui établit, par de bonnes preuves , que l'Empire négocia deux fois avec les Vandales. M. Papencordt faisant allusion au passage de Procope que nous avons cité, et qu'il rapporte à l'année 435, se refuse à croire que Genséric ail livré comme otage à Valentinien, son fils Hunéric. Suivant lui, le fait rapporté par l'historien byzantin ne peut s'accorder avec les succès des Vandales. Ce n'est pas , dit-il, le vainqueur qui donne des otages. On peut cependant expliquer ce fait d une manière plausible, en disant que Genséric livra son fils nom- les raisons qui, de 43 1 à 439 , l'empêchèrent de poursuivre ses conquêtes en Afrique. Voy. Geschichte tler vandal'uchen Herrschaft in Africa , p. 7 1 et suiv.

Gensériç, en effet, s'arrêta au milieu de ses succès; et son inaction apparente, pendant huit années, frappa les hommes de son temps, comme, de nos jours encore, elle étonne les historiens. Comment expliquer cette modération ? Pourquoi ces longs ménagements avec l'Empire? C'est que Genséric n'avait point oublié que, pour prendre une seule vil/e, Hippone , il avait fallu quatorze mois et deux batailles. Il avait parcouru , il est vrai , dans une course rapide , les côtes de la Mauritanie; mais, là, les villes n'apparaissaient que de loin en loin , et alors la coopération de Boniface faisait disparaître à l'avance toutes les résistances. Quand il eut franchi Y Ampsaga , quand l'auxiliaire sur lequel il comptait devint son ennemi , tout changea de face. La contrée sur laquelle il portait ses règards était couverte d'une population nombreuse et dévouée à l'Empire; et, d'ailleurs, elle était protégée par des villes bien approvisionnées et environnées de fortes murailles. Entreprendre le siège de chacune de ces villes, c'était commencer une lutte (jui aurait eu pour unique résultat l'épuisement de ses forces et sa ruine. Puis, il avait encore à redouter que l'Orient et l'Occident, qui déjà s'étaient alliés pour sa perte, ne voulussent frapper sur lui de nouveaux coups. Il ne craignait pas d'être vaincu; mais il comprenait que, dans la position où son audace l'avait jeté , des victoires multipliées, en le privant de l'élite de ses guerriers, eussent été pour lui , à la fin , aussi nuisibles que des défaites. Il ajourna donc sa conquête après le siège d'Hippone, et il traita avec Valentinien.

Ajoutons qu'à cette époque , Genséric avait aussi à lutter contre des ennemis bien plus terribles pour lui que les derniers défenseurs de l'Empire.

Dans son camp, auprès de sa personne, parmi ses compagnons d'armes , il y avait des hommes qui n'avaient point encore oublié la mort de Gundéric. Ils haïssaient le meurtrier; et les historiens anciens nous apprennent que, plus d'une fois, ils conspirèrent contre

lui. Genséric étouffa dans le sanç pbisb de carthage. — En 439, toutes les révoltes. Il avait entraîné a l'Empire était attaqué, envahi de toutes sa suite, depuis la sortie d'Espagne , parts. La présence d'Aétius dans les la veuve de Gundéric et ses fils. La Gaules ne pouvait contenir les barbaprésence de ces infortunés , au milieu res. Les Wisigoths avaient été plus des Vandales, était en quelque sorte d'une fois victorieux dans leurs luttes une perpétuelle protestation contre avec les Romains. En Espagne, les son attentat et son usurpation. Pour Suèves faisaient chaque jour , et sans s'affranchir de cette présence qui lui rencontrer d'obstacles , de nouvelles était odieuse , et, aussi, pour enlever conquêtes. L'empire d'Orient n'était aux siens tout prétexte de rébellion , pas moins exposé que celui d'Occident il compléta son crime , et fit périr la au danger des invasions. Les Huns mère avec ses dix enfants. étaient campés à ses frontières, et la La paix était peut-être plus néces- cour de Constantinople tremblait au saire a Genséric qu'à l'Empire. Il la moindre mouvement d'Attila. Gensémit à profit pour préparer, par des rie profita de l'instant où les deux emmoyens lents, mais sûrs, la conquête pires se trouvaient jetés dans de si qu'il rêvait, mais qu'il ne pouvait alors graves embarras ; il marcha en avant, accomplir par la seule force de ses ar- et se dirigea vers Carthage. mes. Il étudia, à loisir, l'état des pro- Sur les ruines de la ville détruite par vinces qu'il voulait envahir. Il vit Scipion , une ville nouvelle s'était élequ'elles renfermaient bien des hommes vée;la faible colonie de Caïus Gracqui souhaitaient ardemment son arri- chus n'avait pas tardé à devenir une vée. C'étaient les donatistes et les au- grande cité. César et Auguste avaient très hérésiarques qui étaient soumis, favorisé son développement. Sous Tien vertu des édits impériaux , à d'in- bère, déjà, elle n'avait pas d'égale en justes persécutions. Genséric se fit Afrique. Dès lors elle ne cessa plus de

Pour leur donner en quelque sorte Pomponius Mêla, Apulée , Hérodien,

des gages de sa sympathie, il persécuta Solin , Ausone et Salvien ont vanté

les catholiques qui vivaient sur les tour à tour cette ville riche par son

terres que Valentinien lui avait aban- commerceet son industrie, somptueuse

données (437); il chassa les évêques de par ses édifices, renommée par ses

leurs sièges, et même il condamna à écoles, qui avait effacé Alexandrie, et

mort les- fonctionnaires publics qui qui, dans les premières années du cin-

n'avaient pas voulu embrasser l'aria- quième siècle , n'avait plus au-dessus

nisme (*). Enfin, quand il compta un d'elle que Rome et Constantinople (*).

nombre suffisant d'alliés dans le pays Les invasions des barbares avaient

qui avoisinait Carthage , et à Carthage même augmenté sa prospérité et sa

même; d'autre part, quand il eut af- population; tous ceux qui, craignant

fermi son autorité sur ses propres sol- pour leur vie et pour leurs biens ,

dats par des actes rigoureux et des avaient quitté l'Italie à l'approche d'A-

suppiiees, il se tint prêt à frapper sur laric, s'étaient précipités dans son en-

l'Empire un, coup décisif. Les événe- ceinte, comme dans le plus assuré et

ments qui s'accomplissaient alors en le plus inviolable des asiles. Telle était

Europe devaient bientôt lui offrir l'oc- la grande cité que Genséric convoitait

casion d'exécuter ses projets. moins pour ses richesses que pour sa

position , et où il avait résolu d'établir

(*) Parmi les évêques persécutés, on le centre de sa domination,

compte celui de Sitifi. De là , on peut tirer (*) Nous avons cité ailleurs les passages

cette conclusion , que , par ses traités , Va- de ces divers auteurs. Voyez , dans ce vo-

lentinien avait laissé aux Vandales les Mau- lume, pour les détails, f Histoire de Car»

litanies, ou au moins la Mauritanie siti- thage , deuxième partie, p. 149 et siûv. ,

fienne, et principalement les pages i54 et i65.

s'accroître et de s'embellir. Strabon ,

L'UNIVERS

« Au moment où Aétius, dit Prosper, était livré tout entier aux affaires de la Gaule, Genséric, sur l'alliance duquel on comptait , et qui n'inspirait nulle défiance , se jeta a l'improviste sur Carthage, en temps de paix, et s'en empara (19 octobre 439). »

Le roi des Vandales , au témoignage de Victor de Cartenne, traita avec rigueur la ville qu'il avait surprise.

«Les vases sacrés de l'église de Carthage , dit-il , et les objets précieux qui se trouvaient dans les autres édifices publics furent portés par les Vandales, lorsqu'ils entrèrent dans la ville, au palais dTu roi. Celui-ci fit déclarer aux habitants de la capitale de l'Afrique romaine qu'ils eussent à lui livrer leur or, leurs argent, leur bijoux, leurs vêtements de prix et leurs armes. On rendit une partie de ces choses à ceux qui se dépouillèrent sans hésitation et avec bonne foi. Ceux qui furent soupçonnés d'avoir conservé une partie de leurs richesses furent battus de verges et mis à la torture. On voulait , par ces moyens, leur arracher un aveu et l'indication des lieux où ils avaient caché ce qu'ils avaient de précieux. A ces derniers on ne fit point de restitution. Les richesses ainsi amassées servirent à prendre les mesures nécessaires pour repousser les Romains des provinces où les Vandales avaient fixé leurs demeures.»

PREMIERS RÉSULTATS DE LA PRISE DE CARTHAGE ; PROJETS DE GENSÉ- RIC ; IL SE PRÉPARE A ATTAQUER

l'empire. — Après la prise de Carthage, Genséric pouvait, sans crainte, poursuivre et achever la conquête des plus riches provinces de 1 Afrique.

Aussi , il ne tarda pas à s'emparer de toute la Proconsulaire et de la Byzacène. Bientôt , sur cette vaste côte qui s'étend du détroit de Gadès à la Cyrénaïquc , il ne resta plus à Valentinien que la Tripolitaine.

Quand Genséric se mit en possession d'un établissement définitif, quand il eut pris avant tout les mesures qui pouvaient le protéger contre les attaques soudaines des deux empires , il sougea , si l'on peut se servir de cette

expression, à organiser sa conquête.

Il partagea avec ses compagnons d'armes, Vandales , Alains et autres barbares qui l'avaient suivi, les terres conquises, et il régularisa ses rapports avec la population, mêlée d'Africains et de Romains, que la force et sa bonne fortune avaient placée sous sa domination. Ce furent là, on peut le supposer, ses premiers soins. Nous parlerons ailleurs , et d'une manière spéciale , de l'organisation politique des Vandales établis en Afrique. Nous ne voulons ici que signaler en passant les graves préoccupations qui durent empêcher Genséric, de 439 à 441 , de se porter au dehors, et qui, pendant ces deux années , le maintinrent dans un repos complet à l'égard de l'Empire.

Il a été dans la destinée de tous les États indépendants qui ont existé en Afrique , sur la côte de la Méditerranée, de se tourner vers la mer, et d'agir, par le commerce ou par la guerre , sur la partie méridionale de l'Europe. Les Carthaginois , les Vandales, les maîtres de Tunis, au moyen âge, les fondateurs de la puissance d'Alger, au seizième siècle , et leurs successeurs, ont tous obéi à la même impulsion , ou , plutôt, à la même nécessité. C'est par force, en quelque sorte, qu'ils ont construit des vaisseaux, et qu'ils ont été pirates. Comme il n'y avait pour eux ni occasions m motifs de déployer leur activité dans l'intérieur des terres, ils se sont livres tout entiers aux courses maritimes.

L'activité sur mer et la piraterie n'ont cessé d'exister, sur les côtes septentrionales de l'Afrique , qu'à deux reprises : au temps des Romains, et, de nos jours, quand les peuples et les villes de ces côtes ont été rattachés violemment , à la suite d'une conquête , au système politique de l'Europe méridionale. La prise de Carthage, en 439, eut précisément pour résultat d'opérer une séparation entre l'Afrique et l'Europe, qui , pendant six cents ans, environ, avaient eu même gouvernement et mêmes intérêts. Le rôle de Genséric était donc marqué à l'avance ; il devait nécessairementporter,

vers la Méditerranée ses regards et son activité.

En effet , il avait à peine affermi , dans les terres conquises , la domination de son peuple et sa propre autorité v qu'il songea à se mettre en mer. En apprenant alors les projets du maître de l'Afrique , les deux empires ne s'abusèrent point sur la grandeur du danger qui les menaçait. A Constantinople comme à Rome, la frayeur fut extrême. Tandis que Valentinien rappelait Aétius de la Gaule, Théodose, qui comprenait sans doute que les coups portés à l'empereur d'Occident ne tarderaient pas à l'atteindre, se

général de Valentinien , qui s'appelait Jean , et qui était Vandale d'origine ; d'autre part , en se déclarant le défenseur des ariens contre les catholiques, il s'était ménagé, dans les provinces qu'il voulait envahir, en Sicile surtout, de nombreux auxiliaires.

L'empereur d'Orient qui se croyait, et non sans cause, intéressé à repousser les attaques de Genséric, avait envoyé contre lui une flotte considérable.

Onze cents vaisseaux, commandés par Aréobind , Innobind , Asyla , Arinthée et Germain, se dirigèrent vers la Sicile. A la nouvelle de ce formidable armement, le roi des Vandales réso-

hâta d'envoyer Cyrus, un de ses meil- lut d'employer non la force , mais la leurs généraux, pour défendre l'Italie, ruse pour écarter le danger qui le menaçait. Il feignit de désirer sincèrement la paix; et, pour prévenir une attaque , il annonça aux commandants de la flotte impériale qu'il avait envoyé des ambassadeurs à Constantinople.'ll négocia , il est vrai , mais seulement pour arrêter l'ennemi , et pour donner le temps aux émissaires secrets qu'il avait envoyés au camp des Huns de pousser Attila sur l'empire d'Orient.

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