ORGANISATION JUDICIAIRE DES
(*) Voy. sur la noblesse vandale : Marcus; Histoire des Vandales , etc., p. 191 , 198, et, dans les notes, p. 37. — Papencordt; Geschkhte der vandalischen Herrschaft in Afrika, p. aao , 217 et suiv.
6e livraison. (Hist. des Vandales.)
L'UNIVERS
vandales. — Genséric, et ses successeurs , comme nous le dirons , laissèrent par nécessité aux vaincus leurs lois et leur organisation judiciaire ; mais pour cela ils n'essayèrent point d'imposer à leurs compagnons d'armes les usages des Romains. Quelle était donc l'organisation judiciaire des Vandales ? MM. L. Marcus et Papencordt ont tranché cette question avec raison, suivant nous, en disant que les Vandales trouvaient au besoin des juges civils dans leurs chefs militaires.
Ainsi, il y avait des tribunaux présidés par les taihunhundafath ou millenarii, d'autres par les hundafath ou centenaru, d'autres enfin par les taihunfatk ou decani. Au-dessus de ces juges se trouvait établi, sans doute
Ï>our statuer en dernier ressort, dans es cas les plus graves, le fonctionnaire supérieur (prxpositus regni) dont nous avons déjà parlé (*).
PARTAGE DES TEBRES. — Ce î\l\
seulement après la prise de Carthagè que la nation vandale s'organisa et s'établit en Afrique d'une manière définitive. Genséric distribua à ses guerriers les terres de la province proconsulaire ou Zeugitane. Il se réserva, pour employer les dénominations géographiques de Victor de Vita , la Byzacène , \ Abaritane, la Gétulie et une portion de la Numidie. Toutes les acquisitions faites par les Vandales, postérieurement au traité de 442, entrèrent dans le lot du roi. Nous avons énuméré plus haut les biens , domaines , revenus, etc., que Genséric garda pour lui et pour ses successeurs après la conquête (**). Nous devons dire maintenant quelle fut la part de ses compagnons d'armes. On leur distribua donc les terres de la Zeugitane. » Genséric, dit Procope , donna les plus nobles et les plus riches Africains , eux , leurs propriétés foncières et ce qui en dépendait, à ses fils Hunéric et Genzon. Il dépouilla les autres Africains de près-
(*) Marcus; p. 190. — Papencordt ; p. 249. — Yoy. aussi Griram ; Deutsche Rechtsaltcrl/iùmer, 755.
(**) Voyez eucore sur ce point : Papencordt; p. 181 et suiv.
ue toutes les bonnes terres, et les
istribua entre les Vandales. Aussi on appelle encore aujourd'hui ces terres , lots (xXripoi) des Vandales. Quant aux anciens propriétaires, ils devinrent tous très-pauvres ; mais ils restèrent libres et purent aller où bon leur semblait. Les terres que Genséric abandonna à ses fils et aux Vandales étaient exemptes d'impôts ; mais les terres qu'on laissa aux anciens propriétaires, arce qu'on ne les trouva pas assez onnes, furent chargées de tant de redevances, que, tout en restant possesseurs de leurs immeubles, les Africains n'en retirèrent rien pour eux-mêmes . »
Chaque barbare eut , dans la distribution des terres , une part proportionnée , si nous pouvons nous servir de cette expression, à sa bravoure et à la considération dont il jouissait dans la nation. Cette part lui était concédée, à lui et à ses héritiers , en toute propriété. C'était valode germanique. Les rois vandales, par prudence, n'essayèrent jamais d'enlever à leurs compagnons d'armes les terres ou le bu tu, gagnés par le fait de la conquête ou par les pirateries. Genséric dit un jour a un ambassadeur byzantin : « Tous les prisonniers que nous avons obtenus par le sort, mon fils et moi, Jeté les abandonne ; quant à ceux qui sont tombés en partage à mes soldats, je te permets de les racheter comme tu pourras de leurs maîtres , s'ils veulent les vendre. Je n'ai pas le pouvoir de les contraindre (*). »
Nous croirions volontiers que tous les guerriers qui suivirent Genséric ne reçurent point des terres dans la Zeugitane. Il y en eut parmi eux un grand nombre qui , préférant au repos la vie agitée du guerrier et les courses sur mer, s'enrôlèrent, moyennant une forte solde, dans le corps permanent qui servait à Carthageou sur les vaisseaux du roi qui parcouraient sans cesse la Méditerranée, et portaient le ravage sur toutes les côtes de l'empire.
Ajoutons encore que les Vandales
(*) Malchus; In excerptis e legationibus, p. 87. — Voy. aussi Marcus ; p.
se concentrèrent aux environs de Cartilage, dans une seule province. Ainsi places , ils pouvaient se réunir facilement en temps de guerre, et porter rapidement secours a leur roi, quand les ennemis du dehors essayaient de lui disputer sa conquête.
ORGANISATION MILTTAIBB ; L'AK-
méb ; ses chefs. — C'était le roi qui, depuis les temps les plus anciens , dirigeait les guerriers dans toutes les expéditions et dans les combats. Il conduisait la tribu dans son ensemble; mais la tribu armée était subdivisée en une foule de bandes. Chacune d'elles, à son tour, avait un chef qui, comme nous l'avons dit , ne devait son autorité et son influence sur ses compagnons qu'à son illustration personnelle, c'est-à-dire, à la bravoure, qui, dans les commencements d'une société , est Tunique source de l'illustration. Cette organisation naturelle et simple des nations barbares ne subsista point toujours chez les Vandales. Quand Genséric eut touché le sol de l'Afrique , quand il se vit entouré , non point seulement des hommes de sa race, mais encore d'Alains en grand nombre , de Suèves , de Goths, de Maures, et même de Romains, il crut avec raison qu'une masse aussi considérable, et qui se composait de tant d'éléments divers, ne pouvait être gouvernée et se mouvoir comme* une tribu errante dans les forêts de la Germanie. Il essaya donc d'organiser son armée sur un plan nouveau qui pût convenir en quelque sorte au temps et aux circonstances au milieu desquelles il se trouvait placé.
Il divisa la foule qui le suivait en quatre-vingts cohortes. Chaque cohorte se composait de mille hommes , et avait un chef qui , suivant Victor de Cartenne , était appelé , dans l'idiome germanique , taihunhundafath (M.
C'est ce chef qui reçoit de Victor de Vita le nom de millenarius, et de Procope celui de xtXCapxa;- Au-dessous du commandant de la cohorte, se trouvaient les officiers inférieurs qui con-
(*) Taihun, dix ; hu/ida, cent ;fath , chef. Ou retrouve ce mot dans Ulphilas (Marcus).
duisaient cent hommes {centuriones , centenarti), et ceux qui conduisaient dix hommes seulement (decuriones, decani). Dans la langue des Vandales, les premiers étaient appelés h*wda~ fath, et les seconds taihuitfath. Audessus de tous les chefs se trouvait d'abord le roi, puis les membres de la famille du roi, fils ou autres , qui dirigeaient plusieurs cohortes, ou, comme nous dirions aujourd'hui , des divisions. Ainsi , à la bataille de Tricaraara, Gélimer surveirlePensembledes mouvements, etTzazon,frèredu roi, commande le centre. Si, dans cette journée, les ailes furent confiées à des toihunhundafath , c'est que dans les combats qui avaient précédé, Ammatas, l'autre frère du roi, et son neveu Gibamund , placés tous deux à la tête de corps importants, avaient été tués par les Grecs. Quand le roi n'allait pas à la guerre , l'armée était confiée aux princes de sa famille.
C'est en vertu de leur naissance que PAchille des Vandales , Oamer , et avant son avènement au trône , Gélimer, furent successivement investis du commandement en chef dans les expéditions contre les Maures. Plus tard, Tzazon rut désigné, parce qu'il était frère du roi, pour conduire la flotte et l'armée qui devaient réduire en Sardaigne le rebelle Godas.
Quand les guerriers vandales eurent partngé entre eux les terres de la Zeugitane, ils ne cessèrent point d'être divisés et organisés militairement, comme au temps où ils erraient en Afrique au gré des événements , et où ils n'avaient d'autres demeures que les tentes de leur camp. Les cadres tracés par Genséric, si nous pouvons employer cette locution moderne , ne furent pas détruits. Ajoutons encore que dans sa capitale, et près de lui, le roi des Vandales entretenait , même pendant la paix , un corps de troupes nombreux , et qui ne quittait pas les armes. D'autres corps permanents étaient placés sur plusieurs points des frontières , pour protéger les terres conquises contre les courses et les invasions subites des Maures.
L'UNIVERS
Les Vandales ne servaient pas à pied; ils combattaient tous à cheval, et ne faisaient usage, pour l'attaque et la défense, que de la lance et de l'épée (*> Les archers qui paraissaient oans leurs rangs et sur leurs vaisseaux étaient des mercenaires. Ils étaient choisis parmi les Maures.
Si Ton excepte Carthage et les lieux où Genséric avait placé des garnisons, on ne trouvait pas en Afrique, sous les Vandales, de points fortifiés. Les barbares , à leur arrivée (et ce fait se re-
{>roduisit dans plusieurs contrées de 'Europe envahies par les populations
Germaniques) , renversèrent les murs e toutes les villes (**). Ils craignaient que les Romains, en s'emparant d'une place, ne les missent dans la nécessité de recommencer un siège aussi long et aussi désastreux que celui d'Hippone. Après la mort de Genséric , les murailles de Carthage , mal entretenues, croulèrent en plusieurs endroits, et les postes des frontières furent abandonnés. Gélimer, amené comme prisonnier dans la capitale de son ancien royaume , gémit, mais trop tard, de l'erreur de ses aïeux et de. sa propre négligence.
MARINE , ARSENAUX . — NOUS aVOnS
dit ailleurs (pag. 16) que par nécessité les Vandales durent se livrer aux expéditions maritimes. Ils eurent en effet de nombreux vaisseaux avec lesquels ils purent résister aux flottes combinées des deux empires , et porter , de 439 à 476, la dévastation sur les côtes de l'Espagne, de la Gaule, de l'Italie, de la Grèce et de l'Asie Mineure.
Après la mort de Genséric, l'ardeur des Vandales pour les expéditions maritimes se ralentit, mais elle ne s'éteignit pas. Les courses, sans se faire pourtant , comme autrefois , avec des flottes entières, continuèrent. Au reste, pour prouver que les Vandales , même à l'époque de leur décadence, n'avaient pas renoncé à dominer sur la Médi-
(*) Voyez notre récit de l'expédition de BélUaire , l'ouvrage de Marcus , passim, et relui de Papencordt; p. a33.
(**) Marcus ; p. aoo et suiv. — Papencordt ; p. *34.
diterranée, il nous suffira de rappeler que Gélimer trouva sans peine , pour envoyer des troupes en Sardaigne, cent vingt vaisseaux. Le roi, ou, en son absence, les membres de sa famille, exerçaient sur l'armée navale comme sur 1 armée de terre le commandement suprême. Genséric dirigea en personne
Îjlus d'une expédition ; Genzon , son ils, parut dans la bataille où Basiliscus perdit tant de vaisseaux ; et la dernière flotte mise en mer par les Vandates eut pour chef un frère de Gélimer, Tzazon.
Il y avait à Carthage, pour l'équipement de l'armée de terre et pour l'entretien des flottes, de vastes arsenaux.
Là , se trouvaient déposés en nombre considérable des armes et tous les agrès des vaisseaux. C'étaient ces arsenaux que Genséric, suivant la tradition, avait montrés avec tant d'orgueil au plus redoutable de ses ennemis, l'empereur Majorien.
religion. — Nous avons admis sans hésiter, comme on l'a vu plus haut (note de la pag. 7), que dès leur passage dans les provinces qui a voisinaient le Danube , les Vandales se trouvant en contact, soit avec les Goths, soit avec les habitants de l'empire, avaient abandonné les croyances de leurs aïeux de la Germanie pour embrasser le christianisme. Nous avons dit aussi que ce fut vraisemblablement dans la Pan no nie qu'une partie de la nation avait adopté la doctrine d'Arius. Toutefois, en Germanie, parmi les Vandales et les barbares qui les suivaient dans leurs courses, beaucoup ne renoncèrent point au paganisme. Mais après le passage du Rhin, et après avoir séjourné, soit dans la Gaule, soit dans l'Espagne, pendant vingt années , la masse des guerriers (et ici nous comprenons parmi eux les Alains et les Suèves) se trouva chrétienne. Les ariens étaientils plus nombreux que les catholiques parmi ceux qui, en 429, franchirent le détroit de Gadès pour conquérir l'Afrique? Nous l'ignorons. Cependant, s'il est vrai, comme le dit une .vieille tradition rapportée par Idace, que Geuséric cessa détre catholique pour em-
brasser l'hérésie d'Arius , il faut admettre qu'avant la sortie d'Espagne, les ariens étaient en majorité parmi les Vandales. Ce ne fut sans doute qu'au prix d'une abjuration , que Genséric put se faire accepter comme chef et régner.
En Afrique, la totalité des conquérants, plutôt par le fait des circonstances et par nécessité que par conviction, adopta l'arianisme. Les donatistes et tous les hérésiarques que les empereurs orthodoxes d'Occident avaient persécutés, se précipitèrent au-devant de Genséric et des siens , et lui prêtèrent assistance. Ils assurèrent les succès et la conquête des Vandales. Ceuxci durent nécessairement , nous le répétons , pour prendre racine sur la terre d' Afrique, devenir tous hérésiarques et se déclarer ennemis des catholiques. Ce furent donc moins des considérations religieuses que des vues
{tolitiques qui jetèrent , en définitive , es Vandales dans l'arianisme.
Nous ne montrerons point ici (parce que nous l'avons fuit) le véritable caractère des persécutions qui signalèrent le règne de Genséric. On sait, et nous l'avons dit plus haut, que ce roi se montra plus ou moins tolérant suivant que les attaques dirigées contre lui par l'empire furent plus ou moins vives. Seulement nous voulons constater que, dans les deux plus récentes publications sur la domination des Vandales en Afrique, MM. L. Marcus et Papencordt ont parfaitement saisi les raisons politiques qui ont amené la plupart des mesures adoptées , dans les affaires religieuses, par Genséric et ses successeurs (*). Il faut encore ajouter que les conquérants germains devenus ariens montrèrent parfois, dans leurs actes , un fanatisme qui devait être le résultat d'une profonde conviction. Les persécutions dirigées par le roi Hunéric contre les catholiques sont empreintes souvent d'une
(*) Papencordt; p. iq3. Voyez tout le cbap. 6 duliv. III, p. 270 et suiv. et principalement p. 279 et suiv, — Marcus; liv. III, ch. 5 , p. 238 et suiv., et ch. 10 du même livre, p. 307, 3iq et suiv.
haine, d'une animosité, d'une cruauté qui appartiennent moins , si nous pouvons nous servir de cette expression, aux exigences de la raison d'Etat et aux querelles politiques qu'aux passions religieuses.