‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 27 sur 246 · TRADITIONS FABULEUSES , HYPO- THESES CONJECTURALES · texte numérisé non relu

TRADITIONS FABULEUSES , HYPO- THESES CONJECTURALES

Est-il une histoire générale de ces contrées, et des peuples qui y sont ré-

Sandus? Où la trouver? La faut-il emander à de vagues et menteuses traditions, ou bien à de conjecturales hypothèses ?

Les mythes grecs nous parlent d'Atlas , ce poétique géant des vieux âges, qui de ses épaules rocheuses soutenait la voûte vers laquelle l'entassement de Péiion et d'Ossa n'avait offert aux Titans qu'un insuffisant marchepied ; il était Gis de Neptune et père de sept Atlantides , dont l'aînée fut mère ae Mercure : n'est-ce pas simplement une tradition des temps primitifs dont nos langues prosaïques offriront une version fidèle en traduisant qu'Atlas avait émergé des eaux, qu'il dominait sept lies plus petites formées des culminances de ses rameaux, et qu'en la principale d'elles prit naissance un riche commerce? Platon a mis dans la bouche d'un prêtre égyptien de Sais l'histoire d'une grande terre atlantide, où Neptune procréa Atlas , et son jumeau Gadiron ou Cadiz, et bien d'autres enfants, dont la puissance s'étendit graduellement jusqu'auprès de l'Égypte avant qu'un grand cataclysme vint engloutir leur empire; c'est une de ces lueurs vacillantes qui percent à grand'ueine l'épaisse nuit des siècles oublies pour arriver jusqu'à nos jours d'orgueilleux scepticisme , de capricieuse incrédulité. Kt pourtant, soigneux à rassembler dans

les auteurs anciens tous les vestiges des vieilles traditions sur les premiers âges des terres d'occident , dociles surtout à écouter les enseignements écrits sur le sol par les révolutions physiques qui l'ont tourmenté, nous pourrions tenter de reconstruire l'histoire de ces temps effacés où l'Espagne tenait à l'Afrique pendant que la Méditerranée communiquait a l'Océan par une autre route , encore reconnaissais au nord des Pyrénées, dans les landes et les lagunes de la Gascogne et du Languedoc; la mer Atlantique alors couvrait le Ssahhrâ , et de ses flots directs allait battre les rivages méridionaux de la péninsule arabique, où Strabon et Diodorelui conservent le nom d'Mlanti kon pelagos (* ), en même temps qu'Hérodote affirme son identité avec la mer Érythrée (**), imbus qu'ils étaient d'antiques souvenirs. A cette époque sans ooute l'Afrique donnait à l'Espagne ses premiers habitants, qu'Hérooote avait entendu appeler Kvnètes, et dont Ptolémée aussi bien que Tacite connurent plus tard la souche africaine, demeurée avec le même nom au voisinage de la petite Syrte; et quand cette dénomination eut disparu de part et d'autre , Ammien et Corippe nous montrèrent en-

(*) 'H 'Ev&tttuav é<rciv.r jj^cpi toû

*At).«vtixov iteXaYwç.

Strabov, XVI (Cemp. Diodou», III, 38).

(**) Kocl i\ !Ç»> <roi).éwv Oâ).a<x<ra ^ 'AtXav- Tt'; xa)xw(x^rTi , xat ^ 'Epvôpr) , {u« wy/avet

HcZODOTI, I» *Oi.

L'UNIVERS

tore des Càntavriens sur le territoire dépendant d'Aller, et des Austures vers la Tripolitaine, comme PHispanie nvait ses Cantabres et ses Astures non loin du fleuve Magrada , homonyme lui-même du Megerdah tunisien.

D'autres, rêveurs érudits, ou physiologistes ingénieux , au lieu de redemander l'histoire primitive des Africains à des traditions presque perdues, ont mieux aimé la chercher dans d'aventureuses hypothèses, et leurs conjecturales narrations nous montrent dans le nègre l'aîné de la création, fils de la terre et dm hasard , prenant naissance aux neigeuses montagnes de la Lune , où trouva plus tard aussi son berceau l'homme qui depuis, descendu dans le Sennâr, engendra l'Égyptien et l'Arabe et l'Atlante : la race nègre, longtemps plus nombreuse, soumit et domina d'abord la race blanche ; mais celle-ci , graduellement multipliée, secouant le joug de ses maîtres, et d'esclave devenant maîtresse à son tour, les condamna à porter désormais ces tyranniques fers qu'elle venait de briser; des siècles ont passé, et sa vieille colère n'est point encore apaisée.

INDICES HISTORIQUES SUR L'OBIGP NE, LES MIGRATIONS ET LES RÉ- VOLUTIONS POLITIQUES DES PEU- PLES NÈGRES.

Ne nous arrêtons pas davantage à de tels récits, arbitraires imaginations que l'histoire ne saurait adopter :

c'est dans les traditions nationales, dans l'archéologie des langues et des monuments, qu'il faut chercher les vestiges des origines et des révolutions africaines; et quand l'étude de fa généalogie des nations est impuissante à nous révéler leur berceau, force nous est de les considérer comme aborigènes et autochthones , en dépit de cette curiosité qui nous entraîne à remonter sans cesse l'échelle des siècles pour découvrir le commencement des choses. Il faut bien reconnaître que nul indice subsistant ne rappelle la venue en Afrique d'aucun des peuples oulotriques répandus sur la majeure partie de ce continent ; et leur enfance.

qui persiste encore, n'a point recueilli de souvenirs du passé.

Les races australes , pour lesquelles n'a point déjà lui l'aurore de la civilisation, n'ont à raconter que leur propre naissance : encore est-ce de leurs tribus les moins sauvages que Kolbe apprit la tradition de Non et de sa femme Hingnoh , premier couple générateur, que Dieu introduisit au monde par un soupirail; mais elles ne savent rien des déplacements territoriaux qu'elles ont subis , et la nomenclature géographique du pays que les Kafres leur ont enlevé vient seule nous instruire des anciennes limites de la terre des Hottentots.

Les races centrales , beaucoup plus avancées, sont néanmoins trop jeunes encore pour avoir de vieux souvenirs:

leur histoire se borne à la mémoire de quelques migrations peu anciennes; migrations qui affectent en général un mouvement vers l'ouest ou vers le sud , comme s'il existait au nord-est une puissance impulsive toujours la même. Sans parler des prétendus peuples Jagas , que Bruce a voulu identifier aux Aga'zyan de l'Abyssinie, nous voyons à l'ouest les peuples du Congo, que leurs traditions aussi bien que leur langue rattachent aux Molouas du nord-est, tandis qu'à l'orient, derrière les Arabes de la côte, incontestablement venus du nord, nous sont indiqués des peuples maravis, dont le nom, ainsi que déjà nous l'avons annoté, offre la plus intime liaison avec celui de l'antique Méroé ; et que ce rapprochement onomastique ne semble point une de ces coïncidences fortuites et sans portée, auxquelles un esprit sage ne peut raisonnablement s'arrêter : car à une distance pareille du point de départ, mais cette fois dans la direction de l'ouest, la même coïncidence se reproduit, sous des formes que l'orthographe anglaise a écrites Mallowa et Marroa , faciles à rétablir en Méraoueh ; et ici le nom est accompagné de traditions , que le sultan Mohnammed-b-Ellah nous a transmises dans ses annales de Takrour, curieuse esquisse historique d'une

HISTOIRE DE L'AFRIQUE

partie de l'Afrique centrale, où il assure que le Ghouber et le iMêly ont été peuplés par des Coptes. Ce livre nous montre également, d'un côté le Bornou recevant par l'est des Berbers expulsés du Yémen, et par le nord-est des Touâreq d'Aougélah ; et d'un autre côté le Yaoury et le Ya'rbah tirant leur population de tribus kana'néennes chassées de l'Arabie.

Sans examiner si les Aschantys sont venus de l'Abyssinie, ainsi que le pensait Bowdich, toujours est-il qu'ils sont arrivés de l'intérieur à la côte, comme ont fait aussi leurs voisins les Daoumans et les Yébous. Enfin , dans la Sénégambie , les Mandings se disent issus des Bambarras de l'est, les Peuls des Fellâtahs; et les Ouolofs euxmêmes, moins nouveaux dans leurs demeures actuelles, en ont jadis refoulé vers l'ouest et le sud les anciens possesseurs sérères. Mais à Fopposite une race conquérante effectue sa marche du sud au nord , et les farouches Gailas viennent ainsi déborder sur l'Abyssinie.

A côté de ces vagues indices des migrations des peuples nègres, l'histoire doit enregistrer quelques notions éparses, acéphales et mutilées, des révolutions politiques de leurs empires :

il fut chez eux, en effet, quelques grandes monarchies , comme celles de Motapa, de Congo , de Gjolof, de Ten- Boktoue, aujourd'hui écroulées; il en est encore dont la puissance séculaire a persisté, comme celles de Bornou, de Ya'rbah, et autres moins connues; enfin il en est aussi de nouvelles, comme Aschanty, que Say-Toutou- Kouamynah a, de nos jours, rendue redoutable même à des troupes européennes , et Uaousâ , fondée par O'tsinan-Dzou-el-Nafadhyah, et portée à un haut degré de splendeur par son fils Mohhainmed-b-Ellah, l'hôte de Clapperton.

OBIGIIfE BT HTSTOIBB ANCIENNE DES ÉGYPTIENS.

Les races africaines du nord ont seules une histoire suivie, et l'Égypte étale sur ses monuments des fastes

qui remontent aux siècles les plus reculés. Avant les merveilleuses listes que Manéthon déroula aux veux des souverains grecs investis de l'héritage de trente et une dynasties antérieures, une chronique plus ancienne , que le

f>rétre de Sebennyte comptait parmi es sources historiques dont il fit usage , montrait le pays soumis d'abord a la domination des divins Aurites , auxquels succédèrent les héros mestréens, remplacés à leur tour par des rois de race égyptienne(*). Quels purent être ces Aurites divins ? Les Berbers d'Aouryah ou de liaouârah les doiventils revendiquer ? Les vieux Hhorytes de la Genèse, qui régnaient aux montagnes de Scha'vr, se trouvent-ils ici en cause? Ou bien s'agit -il de ces éants enfants d'E'naq, race probalement japétique , établie, à une épo-

Î|ue perdue dans la nuit des âges, sur e territoire palestin , d'où la vinrent expulser les tribus kana'néennes , et qui , chassée encore d'Egypte et de Libye, alla peupler la Grèce de ces Inuchides devenus ensuite si fameux sous le nom de Pélasges? Les questions se pressent et se compliquent, les conjectures s'entre-choquent à l'égard de ces premiers temps du premier de tous les empires, et l'esprit demeure en suspens au milieu de ce monde d'hypothèses.

Les Mestréens nous sont moins inconnus : la géographie mosaïque nous les représente sous l'appellation de Messrym , compris avec les Kouschytes et les Kana'neens parmi les descendants de liham ; et Sankhoniaton , d'accord avec ces généalogies, fait naître sur le sol phénicien leur ancêtre Messr, dont le nom s'est perpétué dans la bouche des Arabes. C'est donc l'Asie qui débordait sur l'Afrique. Un mouvement plus ou moins sensible du nord-est au sud-ouest faisait refluer Messr devant Kousch, et Kousch devant Yeqthan , poussé lui-même par Ismaël ; mais tandis que les Messrvtes arrivèrent naturellement par l'isthme

(*) DpÛTOV |1ÀV TÛV AvptTÛV , ÔévTSf OV ô»

tô>v Meorpatav, tpCtov & 'Ai^uxruav.

L'UNIVERS

de Souéys , la route des Kouschytes dut être par le détroit de Mandeb ; et leur cantonnement dans les hautes ▼allées du Nil refoula sans doute vers le nord la race égyptienne ou copte, dont les ruines de Méroé , aussi bien que les récits de Diodore, attestent I antique civilisation , descendue plus tard et si admirablement développée sous le beau ciel de Thèbes et de Mempbis.

Quelle était cette race méroétique apparaissant alors au sein de l'Égypte ? C'est un problème encore non résolu , insoluble peut-être. Et pourtant si, d'une part, les traits physiques des rejetons qui ont persisté jusqu'à nous sur le sol trahissent en eux des affinités mongoles, ne peut-on, d'autre part, soupçonner une souche berbère ou syrienne , quand plus tard , à Syouah , colonie de Thèbes , Hérodote nous signale une population samienne, où nous ne saurions reconnaître des Grecs de Samos, alorssurtout qu'il nous est permis d'y voir des Berbers ou des Syriens de Schâm ?

Des invasions de nomades étrangers et de conquérants éthiopiens avaient déjà interrompu plus d'une fois la succession des monarques indigènes quand les victoires de Cambyse annexèrent l'Égypte à l'empire persan ; Alexandre, vainqueur des Perses , fut à son tour maître de l'Egypte et de la colonie que les Grecs avaient fondée à Cyrène.

Dans la répartition de son héritage, l'Égypte échut aux Ptolémées, Cyrene eut encore quelques rois particuliers ; puis tout fut englouti dans le inonde romain.

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