SÉPABATION DES DEUX EMPIBES A LA MOBT DE THÉODOSE LE GRAND
— Après la mort de Théodose, au contraire, il y eut désormais deux empires bien distincts, conservant, il est vrai, une organisation similaire, mais non plus commune. Cest le tableau de cette organisation qui nous est donné, pour chacun des deux empires, par la Notice des Dignités, où nous allons relever les indications spéciales qui concernent la Libye.
L'empire d'Orient était divisé en deux préfectures du prétoire, celle d'Orient et celle d'Illyrie. La première comprenait cinq diocèses, savoir , l'Égypte , l'Orient , l'Asie , le Pont et la Thrace, dont les quatre derniers étaient gouvernés par des vice-préfets, tandis que le gouverneur du diocèse d'Égypte avait le titre particulier de préfet augustal : six provinces se trouvaient dans sa circonscription, savoir , la Libye supérieure répondant à l'ancienne Cyrénaïque, la Libye inférieure répondant à la Marmarique, l'Egypte propre, la Thébaïde, PArcadie,et l'Auêustamnique ; sauf PÉgypte propre, directement régie avec le titre de province consulaire par le préfet augustal lui-même, toutes ces provinces avaient chacune un commandant titré de prxsesy ayant, pour l'expédition des affaires administratives et judiciaires, des bureaux dirigés par un premier commis.
Le commandement militaire, qui
L'UNIVERS
depuis Constantin le Grand demeurait tout à fait séparé du gouvernement politique, appartenait, en chef, sous les ordres immédiats de l'empereur, à des grands-maîtres ou colonels-généraux, deux pour la garde impériale, toujours présents à la couis et trois pour le reste de l'armée , exerçant chacun son autorité dans une grande division militaire, comme l'Orient, la Thrace ou Flllyrie. Parallèlement à eux, un grand-maître des offices ou intendant-général avait dans ses attributions les services administratifs de l'armée et la juridiction militaire supérieure. Chaque grande division se partageait en plusieurs subdivisions, attribuées à des généraux de divers rangs, les plus élevés en grade ayant le titre- de comte, les autres celui de duc; trois de ces généraux étaient affectés au diocèse d'Égypte, savoir , un comte d'Égypte, un duc de Thébaïde, et un duc de Libye.
Cbéation d'un duc de Libye.
— Dans le principe, il n'y avait, pour la défense de tout le diocèse d'Égypte, qu'un seul duc, dont l'institution, sous ce titre ou sous un autre, paraît remonter au règne même d'Auguste;
()uis on voit, au temps de Gallien, en 'année 265, figurer dans l'histoire du tyran Celsus par Trébellius Pollio, un duc de Libye, Fabius Pompeïanus, qui s'était prononcé pour cet empereur éphémère : mais quelque doute peut s élever sur l'exactitude de cette désignation ; il est plus sûr de ne rapporter qu'au règne de Valens la création des ducs de Thébaïde et de Libye, aux dépens des attributions du duc d'Égypte, qtfe l'on consola de ce démembrement en l'élevant au rang de comte.
Le duc de Libye, qui avait son quartier-général àParétonion, paraît avoir été, dans l'origine, charge de la défense de toute la Libye, c'est-à-dire de la Cyrénaïque et de la Marmarique ensemble ; mais il y eut, à cet égard , quelque changement notable, qu'une lacune dans le seul exemplaire qui nous soit parvenu de la Notice des Dignités, et l'insuffisance ou l'équivo-
que des autres documents que nous possédons, laissent fort obscur pour nous; et grande est la divergence des critiques qui ont voulu l'expliquer, les uns supposant le retrait] absolu des troupes régulières de toute la Libye, ou au moins de la Cyrénaïque, les autres la coexistence d'un gouverneur civil et d'un commandant militaire dans la Pentapole, d'autres encore la réunion des pouvoirs civils et militaires en une seule main(*). Quoi qu'il en soit à cet égard, des modifications avaient eu lieu, qui excitaient le déplaisir de Synésios, et lui avaient fait réclamer, quoique en vain, le retour à l'organisation ancienne.
Cinquième période , règnes (TArcadius et de Théodose le Jeune :
Époque de Synésios,
Commencements de Synésios.
— Nous venons de prononcer un nom qui tient une place d'honneur dans rhistoire de la Cyrénaïque à cette époque : Synésios nous présente, au milieu des calamités qui désolèrent sa patrie, une de ces belles figures que grandit encore la petitesse des personnages qui occupent la scène autour de lui. Il nous faut consacrer ici à ce nom célèbre une page spéciale.
Issu de la race royale des Eurysthé-
(*) La première de ces opinions est exposée par Marcus « dans ses additions à la Géographie de Mannert ; elle n'est que spécieuse, et accompagnée de notables erreurs. La seconde est professée par le savant Tillemont, qui cependant n'a pas été suivi sur ce point par Lebeau , son paraphraste ordinaire ; mais Lebeau a certainement confondu des indications très-distinctes, et l'on peut s'étonner que Saint-Martin , son dernier éditeur critique, n'ait pas relevé cette confusion. Tillemont nous semble donc ici le meilleur guide à suivre, et c'est en nous aidant de son jugement à la fois perspicace, consciencieux et sûr, que nous avons pu cheminer dans le labyrinthe des données historiques éparpillées dans le recueil désordonné des écrits de Synésios. Notre confiance n'a cependant point été aveugle, et nous avons osé, sur quelques points, avoir une opinion différente de la sienne.
nides de Spacte, Synésios avait vu le jour à Cyrène vers le milieu du quatrième siècle de notre ère, et se trouvait l'aîné de trois enfants : Evoptios était le nom de son frère, Stratonice celui de sa sœur. Il fut élevé dans sa ville natale, où il étudia les belles-lettres, mais surtout les mathématiques et la philosophie, et il alla perfectionner son instruction à l'école d'Alexandrie, où il suivit les leçons de la célèbre Hypathie fille de Théon , aussi savante qu'aimable, aussi chaste que belle, pour laquelle H conserva toute sa vie une vive et respectueuse affection, soumettant à sa critique et à son goût exquis les œuvres sorties de sa plume, acceptant ses décisions comme des oracles. Un riche patrimoine lui permettait de suivre son inclination pour la culture de la philosophie : il s'éloigna des affaires et embrassa une vie douce et tranquille, conforme à ses mœurs. L'étude lit ses délices, la chasse et l'agriculture son amusement. Fuyant la barbarie de son temps , il se transportait dans les siècles les plus polis de la Grèce : c'était là qu'il vivait ; il semblait en être un reste précieux ; il en prit le goût et le langage; écrivain pur, élégant, ingénieux , mais un peu trop chargé de métaphores, il ne put, même dans les fonctions austères du sacerdoce dont il fut revêtu dans la maturité de l'âge, se défaire de ce tour de pensées et d'expressions qui lui était devenu familier pendant sa jeunesse, et dans le langage chrétien il conserva, pour ainsi parler, l'accent du paganisme.
Sa position sociale, les charges municipales auxquelles il ne chercha point à se soustraire, plus tard Pépiscopat dont il fut honoré, lui assurèrent dans sa patrie une influence qu'il Ot servir à rendre de nombreux services , mais ui lui suscitèrent aussi des rivaux et es ennemis qui contrariaient ses desseins ou se vengeaient de sa supériorité par des invectives et des calomnies. Parmi les hommes qui s'élevèrent contre lui dans les luttes du sénat, il nous désigne un certain Julius, qu'il trouva toujours opposé aux rae-
sures qui lui paraissaient au contraire d'urgente nécessité. Ce fut d'abord à propos de l'abandon qui était fait de la garde militaire et de l'administration de la cité à des mercenaires , abandon que Synésios combattait , mais qu'il ne put empêcher. Puis ce fut au sujet d'une mission que le noble Cyrénéen alla remplir, au nom de son pays, auprès de l'empereur Arcadius, en l'année 397; mission que Julius ambitionnait sans doute, et pour laquelle il ne pardonna peut-être point à son rival de lui avoir été préféré.
Mission db Synésios auprès d' Arcadius. — Synésios était chargé d'offrir à l'empereur une cou ronne d'or, et de demander une remise d'impositions.Le discours d'apparat qu'il prononça à son audience d'introduction nous est parvenu; il y indique seulement en quelques mots l'objet de sa venue au nom de la grecque Cyrène, antique et vénérable cité que les poètes célébrèrent jadis par des milliers de vers, maintenant pauvre et humiliée, ruines vastes et désertes qui ont besoin de la munificence souveraine pour être en mesure de soutenir la dignité de leur vieille origine. Puis il entreprend de faire entendre au jeune empereur quels sont les devoirs du monarque à 1 égard du pays ; il fronde cette pompe extérieure dont la splendeur affecte de s'accroître à mesure que le mérite décroît et s'anéantit. Quoiqu'il vît alors tant de barbares promus aux premières dignités de l'État, il s'élève librement contre cette coutume de prodiguer les honneurs aux ennemis naturels de l'empire; il conseille d'éloigner ces étrangers, qui ne sont nés, dit-il, que pour être esclaves des Romains. Il trace d'un pinceau ferme et hardi les défauts du gouvernement, l'affaiblissement des troupes romaines, l'ascendant que- prennent les barbares dans les armées, les maux que leur insolence va infailliblement produire, la préférence que des hommes sans mérite et même vicieux obtiennent à la cour sur des officiers vertueux et dévoués à la patrie. Il exhorte l'empereur à se choisir des amis sincères et éclai-
rés, à se faite aimer des troupes, à ne nommer pour gouverneur» et pour magistrats que des hommes désintéressés et qui aiment les peuples, parce que ceux-là seuls aiment le prince, et a veiller par lui-même sur la conduite de ceux qu'il emploie. Puissé-je, dît-il en terminant, trouver un empereur tel que je viens de le dépeindre* quand je reviendrai l'entretenir des demandes que lui adressent les cités de ma patrie.
Il suivit opiniâtrément pendant trois ans l'objet de sa mission, couchant quelquefois sous le portique du palais, dans un grand tapis égyptien dont il paya plus tard les bons offices de l'un des tachygraphes de la cour ; il se concilia les Donnes grâces d'un autre personnage en lui faisant cadeau d'un globe céleste d'argent ; mais le protecteur qui lui fut le plus utile, c'est le sophiste Troïle, qui jouissait d'une grande considération et d'un crédit réel. Synésios atteignit le but de ses efforts, et revint àCyrène satisfait du succès qu'avaient enfin obtenu ses démarches.