L. FADIO. L. F. QVIR
ROGATO.
DEC. AED. IIVIR. IIVIR.
QQ. RVSG. ET. RVSG.
C0NS1STENTES. OB.
MERITA. QVOD. FRV
MENTVM. I1STVLERIT v
ET. ANNONAM. PAS
SVS. NON. SIT. INCRESGERE.
AERE. GOLLATO.
«A Lucius Fadius Rogatus, fils de Lu- « cius, de la tribu Quirina , décurion , édile, « duumvir ; les duumvirs quinquennaux « de Rusgunia et autres présents à Rusgu- « nia, pour les services qu'il a rendus en fai-
(*) Le texte de cette inscription offre beaucoup d'incertitude de lecture à la première ligne, ainsi qu'à la fui de la cinquième ; mais tout le reste ne donne prise à aucun doute. Le nom quelque peu étrange de Plocamianus paraît tiré du grec uXôy.a^oç (chevelure bouclée).
12e Livraison. (Afrique ancienne.)
L'UNIVERS
« sant venir des blés , et en ne souffrant pas « que l'approvisionnement renchérît ; par « souscription. »
A la suite paraît Rusubbicari dont le nom , écrit aussi Rousikibar par Ptolémée, est quelquefois accompagné de celui de Matidie, en l'honneur sans doute de la princesse Matidie, nièce deTrajan etbelle-mère d'Adrien. Cisse, qui suit, avait le titre de municipe, et Rusuccurum celui de colonie, qui lui avait été donné par l'empereur Claude; Iomnium encore était un municipe; Rusazus , jadis colonie d'Auguste , était pareillement devenu un municipe au quatrième siècle; et dans l'intervalle compris entre Iomnium et Rusazus la Table Peutingérienne indique un autre municipe encore, celui de Rusippisir.
— De Saldes à Rusiccade. — Prenant maintenant la route de Saldes à Rusiccade, on trouve pour première étape Muslubium, où la Table Peutingérienne nous avertit qu'il existait des Horrea ou greniers. A l'étape suivante était le municipe de Coba , qui occupait l'endroit appelé aujourd'hui Manssouryah. La moderne Gygel a succédé à" la colonie d'Igilgilis, qui devait sa fondation à Auguste. La station qui vient ensuite nous montre encore une fois le nom de la princesse Matidie ; puis on traversait le fleuve Ampsagas , qui vient de Constantine, et à l'embouchure duquel le bourg de Tucca marquait la limite commune de deux provinces, et l'on arrivait au municipe de Chullu, dont le nom s'est conservé sur place jusqu'à, nos jours, dans celui d'EI-Qoll.
Enfin la route aboutissait à Rusiccade, qui est décorée du titre de colonie dans la Table Peutingérienne.
Route depuis Rusiccade jusqu'à Carthage. —Le sixième segment de la grande voie littorale que nous suivons nous conduit jusqu'à Hippone Royale, ancien établissement carthaginois, qui fut probablement conquis et choisi pour capitale par le roi des Numides Gala, père de Massinissa, érigé ensuite en colonie après la conquête des Romains, illustré par l'épiscopat de
saint Augustin, détruit par les Vandales, et dont les ruines gisent à quelque distance au sud de Boue, bâtie d? ses débris par les Arabes , et dont le nom rappelle encore celui de la ville antique. Aucune des stations intermédiaires ne se recommande particulièrement à notre attention.
Le septième segment arrive à Carthage; sur cette route se montre d'abord Thabraca . dont le nom s'est conservé sur place presque sans altération f et qui fut une colonie de citoyens romains à l'embouchure du fleuve Tusca , limite alors entre la Numidie et l'Afrique proconsulaire, comme il l'est encore aujourd'hui, sous le nom de Ouéd-el-Berber, entre l'Algérie et la régence de Tunis ; puis vient Hippone - Diarrhyte , ancienne ville punique comme l'autre Hippone, et royale aussi comme elle, au dire de Str^tbon , que l'on a taxé d'erreur à cet égard, sans prendre garde au voisinage immédiat de Thimida qui fut la résidence du roi Hiemsal, fils de Gulussa : Pline le jeune lui attribue le titre de colonie, peut-être par inadvertance ou par suite d'une méprise, car elle se dit libre sur ses monnaies; le surnom grec de Diarrhyte qu'elle devait aux eaux du lac à l'entrée duquel elle était bâtie, se corrompit par la prononciation africaine en celui de Zaryte, et d'HipponeZarite les Arabes ont' fait Ben-Zert, que nous prononçons et écrivons aujourd'hui Bizerte.
Bientôt après se rencontre Utique, le plus ancien des établissements fondés sur les plages africaines par les Phéniciens, et la première des possessions romaines sur le territoire punique, puis capitale de la province conquise, dotée par Auguste du droit de cité romaine , et s'intitulant sur ses monnaies municipium Julium Uticense, réduite déjà sous Adrien au titre plus modeste de colonie , qu'elle conserve encore sur la Table Peutingérienne, mais qui ne paraît plus dans l'Itinéraire, rangée parmi les villes latines par Septime-Sévère et Caracalla ; on croit que ses ruines sont celles qu'on aperçoit aujourd'hui sous le nom
AFRIQUE ANCIENNE
d'Abou-Schâter, à trois lieues au sudouest de Porto-Farina. Entre ces deux points un village, appelé El-Ouqah par les Arabes , conserve sous cette forme Je nom de l'ancienne ville de Lokha , prise par Scipion au commencement de la deuxième guerre punique. Nous arrivons eniin à Carthage, dont il vaut mieux , suivant l'expression de Salluste, ne rien dire que dire trop peu.
Route depuis Carthage jusqu'aux AUTELS DES PHILÈNES. — De Carthage à Thènes. — Poursuivons à l'est de Carthage cette longue route dont nous avons déjà parcouru la plus grande moitié : ainsi que nous l'avons dit, cette seconde partie était divisée en trois segments par les deux points d'arrêt qu'offraient Thènes et* Leptis la Grande.
Au sortir de Carthage on rencontrait successivement deux villes du nom de Maxula, l'une surnommée Prates , dont il semble que le village actuel de Rades ait gardé à la fois la place et le nom, l'autre distinguée par le titre de cité, et dont la position paraît répondre à Hhammâm-el-Enf ; l'une d'elles avait au temps de Pline la qualité de colonie; la première reçoit de Ptolémée l'épithète de Paléa ou ancienne. La route coupait l'isthme au delà duquel est la presqu'île du cap Bon , pour arriver directement à Putput, représenté par la ville moderne de Hhammâmet; les Horrea Cœiia qui venaient ensuite, ont laissé leur nom à Ehraqlyah ; Adrumète , chef-lieu de la Byzacène, ville libre d'abord , puis décorée par Trajan du titre de colonie et du surnom de Concordia (*), voit aujourd'hui la ville
(*) Cela résulte d'une inscription bien connue, de l'an 32 1, où on lit :
COLONI. COLONIAE. CONCORDIAE.
VLPIAE. TRAIANAE
AVGVSTAE. FRVGIFERAE. HADRVMETINAE
Q. ARADIVM. VALERIVM. PROCVLVM. V. C.
PRAESIDEM PROVINCIAE. BYZACENAE.
LIBEROS. POSTEROSQVE. EIVS
SIB1. LIBERIS. POSTERISQVE. SVIS. PATRONVM.
COOPTAVERVNT etC.
« Les colons de la colonie Concordia d'Ulpius « Trajan. Auguste, la féconde Adrumète, ont choisi
arabe de Sousah élevée au milieu de ses ruines ; celles de la cité de Leptiminus ou Leptis la Petite gisent au bourg de Lamthah , et celles de Tusdrum , dont le .titre colonial datait sans doute du règne de Gordien, qui y fut proclamé empereur, montrent encore de beaux restes à Legem. La cité ou le municipe d'Usula , ancien établissement de Locriens-Ozoles si l'on en croit les scholies de Servius, a laissé quelques traces de son nom à la moderne Inshilla : et le nom actuel de Têny indique la place de l'ancienne ville libre de Thènes, qui reçut de l'empereur Adrien le titre de colonie avec le surnom de Mercurialis (*). On voit que cette route abandonnait la côte à Leptis pour venir plus directement à Thènes ; elle laissait ainsi sur la gauche, le long de la mer, Thapsus devenue fameuse par la victoire de César, dont l'emplacement est marqué au cap Dymas, et la tour d'Annibal , où le héros carthaginois fit son dernier adieu à la terre d'Afrique.
— De Thènes aux Autels des Philènes. — De Thènes à Leptis la Grande, la première étape se faisait au municipe des Petites Macomades, qui tirait son nom des marécages salés du voisinage, ce mot de Macomades désignant en effet toujours, ainsi qu'il est facile de le vérifier par une étude attentive, ce que nous appelons aujourd'hui, avec les Arabes, une sebkhah; plus loin on atteignait la colonie de Tacape ,
« le clarissime Quintus Aradius Valerius Proculus , « gouverneur de la province Byzacène , ses enfants « et descendants , comme patron pour eux , leurs « enfants et descendants , etc. »
(*) Une inscription non moins connue que la précédente , et de la même date , porte :
DECVRIONES. ET. COLONI. COLONIAE. AELIAE AVGUSTAE. MERCVRIALIS.THAENIT. CVM. QVIN- TO. ARADIO. VALERIO. PROCVLO. V. C. PRAESIDI PROVINC. VAL. BYZAC. HOSPITIVM. CLIENTE LAMQVE. FECISSENT etC.
« Les décurions et les colons de la colonie d'É- « lius (Adrien) Auguste, la Mercuriale Thènes , au- « raient fait contrat d'hospitalité et de clientèle « avec le clarissime Quintus Aradius Valerius Pro- « culus , gouverneur de la province Valérie Bvia- « cène etc. »
L'UNIVERS
dont la moderne Qâbes conserve le nom, dépouillé de l'article berber qui le précède dans sa forme antique. On traversait les municipes de Gittis et de Zita et plusieurs villas, pour atteindre la colonie de Sabrata, que les Arabes appelaient encore Santhbartha et Sabart avant que les mariniers européens en eussent fait Tripoli vecchio ou le vieux Tripoli; après une autre villa, on atteignait l'ancienne cité d'Ééa ou Ea, revêtue désormais du titre de colonie, et représentée de nos jours par la grande ville de Tripoli de Barbarie; et après deux villas encore, on arrivait à Leptis la Grande, patrie de Septime-Sévère , et qui dut sans doute à cet empereur son érection en colonie ; son nom ne s'est point entièrement effacé dans celui de Lebedah qu'elle porte aujourd'hui.
De Leptis aux AutelsdesPhilènes(*), nulle station n'est digne d'être mentionnée, si ce n'est peut-être celle des Grandes Macomades , pour rappeler qu'elles désignent en effet une sebkhah très-considérable. Quelques traverses pouvaient, entre certaines mutations, abréger le chemin, ou remédier à l'interruption accidentelle de la grande voie : c'est là tout ce que nous avons à en dire, et nous le disons ici pour n'y plus revenir.
A l'ouest de Leptis , au contraire , les traverses et les routes de l'intérieur méritent une attention particulière, surtout en se rapprochant de Carthage, où est le véritable point central de toutes ces lignes de communication.
Routes de Vlntêrieur.
A l'extrême occident, une route intérieure, dont il ne nous est parvenu qu'une indication tronquée , partait probablement de quelque point de la côte pour revenir à Tingis en passant
(*) Nous" avons fait remarquer ailleurs que les Autels des Philènes sont marqués dans l'Itinéraire par la dénomination de Jiomi,id est arœ , défiguré par les copistes en Banadedarï. — Voyez le volume consacré aux lies de F Afrique, ire partie, p. 3o.
par Volubilis, décorée du titre de colonie postérieurement au temps de Ptolémée ; un embranchement qui était tracé sur la feuille perdue de la Table Peutingérienne, dont quelques vestiges défigurés se retrouvent dans la compilation du cosmographe anonyme de Ravenne, passait par Babba, érigée en colonie par Auguste, qui lui donna le nom de Julia Campestris.
Deux grandes voies, l'une de Calama à Rusuccurum, et de là à Saldes, puis à Igilgilis, l'autre de Carthage à Césarée par Cirta et Sitifis, se croisant toutes deux à Sufazar, formaient une grande ligne continue, par l'intérieur, entre Carthage et l'extrémité occidentale de la Mauritanie Césarienne.
Grande boute de Calama a Igilgilis par Rusuccurum et Saldes.
— Le première, celle de Calama à Rusuccurum, traversant un pays sur lequel nous n'avons encore aujourd'hui, malgré les intelligentes reconnaissances de nos officiers d'état-major, que des notions imparfaites, il est à peu près impossible de déterminer l'emplacement actuel d'une bonne partie des lieux par où elle passait. Le point de départ est lui-même un problème non encore résolu d'une manière satisfaisante, puisque les uns l'identifient à Nedromah , d'autres à un fort voisin du Malouyah, les uns et les autres le mettant ainsi à quelques lieues dans les terres, d'accord en ceci avec la position qu'offrent les cartes de Ptolémée ; tandis que l'itinéraire maritime des Romains semble en faire une ville de la cote, en énonçant la distance qui le sépare de quelques îles voisines. Ce n'est ici le lieu ni d'examiner ni de résoudre ces difficultés. A la quatrième étape on trouvait une station appelée Regix; c'était sans doute une résidence royale, des anciens princes indigènes ; d'Anville supposait qu'elle répondait à Telemsên. Plus loin se rencontraient consécutivement Castra nova ou le nouveau camp , le Praesidium, poste ou fort de Ballene, Mina, et le camp de Gadaum; pour cette partie de ia route , des analogies de
AFRIQUE ANCIENNE
dénomination , jointes aux conditions de distances, et à la certitude acquise qu'au passage de la rivière Mynah existent les ruines d'une ville romaine qui représentent très -bien celle de Mina de l'Itinéraire: ces circonstances rendent très-probables les synonymies géographiques d'après lesquelles on placerait Castra nova à Ma'skarah , dont la signification arabe est analogue à celle de Castra , un camp militaire ; Praesidium Ballene àQala'h, dont la signification arabe est pareillement analogue à celle de Praesidium, un poste fortifié, un fort; puis, au delà de Mina, Gadaum castra à Têqdemt, dont l'homonymie est frappante. Plusieurs étapes venaient ensuite, dont les correspondances modernes ne sont point déterminées; on y peut remarquer, échelonnés de proche en proche, le château de Tingitium (ou Tingitanum), le municipe de Tigauda, la colonie d'Oppidum novum et le camp deTigava au passage du Schélif ; après quoi on rencontrait Malliana , dont le nom s'est conservé dans celui de Melyânah.
La route se poursuivait à l'est "par diverses stations dont la position est encore incertaine , mais parmi lesquelles on peut remarquer le camp de Tarana-Musa, le poste du Tamaricetum ou de la plantation de Tamariscs, et le camp de Rapida, sans doute au passage de quelque rivière , à l'un de ces endroits appelés aujourd'hui Schillêlah ou Gjendel; et l'on atteignait enfin, sur la côte, la colonie de Rusuccurum, identifiée avec ïedlès par quelques géographes.
De Rusuccurum à Saldes, la traverse de l'intérieur passait par le municipe de Bida ou Bidil, et par celui de ïubusuptus , qui avait précédemment été une colonie, fondée par Auguste , ainsi que l'indique Pline.
De Saldes à Igilgilis, la route faisait un coude assez prononcé, vers la colonie de Sitifis, dont le nom est resté à la moderne Séthyf , et qui fut la capitale de la Mauritanie Sitifienne; nous y remarquons encore un municipe , celui de Sa va, entre cette colonie et celle de Saldes.
Grande route de Carthage a
CÉSARÉE PAR ClRTA ET SlTIFIS. —
De Carthage à Théveste. — La seconde grande voie intérieure, de Carthage à Césarée, était distribuée aussi en trois fractions, par les stations principales de Cirta et de Sitifis ; et la première fraction elle-même , de Carthage à Cirta, se partageait naturellement, bien que l'Itinéraire n'en fasse pas mention , en deux subdivisions à peu près égales, ayant leur point de réunion à Théveste, colonie romaine dont le nom est resté avec peu d'altération à la moderne Tébesah. La première subdivision fut restaurée sous Adrien, en l'année 119 de notre ère, ainsi que le constate l'inscription bien connue que voici :