VENGEANCE
Le lendemain , tout le monde était réuni à table pour déjeuner; on n'attendait plus que Lionel.
— Voyez si M. de Marny est chez lui, dit madame Ermangard; peut-être n'a-t-il pas entendu sonner la cloche du déjeuner.
Un domestique revint en disant que M. de Marny était parti à cinq heures.
— Voici une lettre qu'il a laissée pour madame la marquise.
— Sans doute il vous explique ce brusque départ, dit madame Ermangard.
Madame de Pontanges ouvrit la lettre d'une main trem- . blante. Elle contenait ces mots :
« Vous ne m'aimez pas. Adieu ! »
Laurence resta longtemps immobile, les yeux fixés sur cette ligne.
— Quelle longue lettre ! dit tout bas le sous-préfet. Enfin, revenant à elle, madame de Pontanges plia le
billet et le passa dans sa ceinture.
— Ma nièce, quelle raison donne4-il? demanda madame Ermangard.
— Une lettre de son père qui l'oblige d'être à Paris ce matin. M. de Marny me charge de vous exprimer tous
ses regrets, monsieur le sous-préfet ; il ne peut se consoler de manquer la partie de chasse de demain.
Elle inventa ce mensonge avec une présence d'esprit, merveilleuse; elle parlait vite, mais avec beaucoup d'assurance; elle était si indignée!... ce Je neFaime pas, ditil; eh bien ! qu'il le croie; ce sera ma vengeance! »
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