UN QUASI-DUEL
A six heures du matin, M. de Marny fut réveillé par Melchior Bonnasseau.
— Tu te bats ce matin, dit celui-ci en entrant.
— Moi?... reprit Lionel en ouvrant les yeux.
— J'ai reçu un mot de toi hier, qui me parle d'une affaire. Je ne suis rentré que fort tard ; voilà pourquoi je ne suis pas venu plus tôt... mais avec qui te bats-tu?
— Avec M. Dulac.
— Ferdinand? ton ami?... Quelle idée!... Allons...
230 MONSIEUR l£ MAUQUI^
allons... c'est absurde... Je n'en suis pas. Qu'estril donc survenu entre vous?
— J'ai à me plaindre de sa conduite.
— Il est railleur, il est malin, je le sai$; mais, que diable! vous êtes ami§, et Ton ne se coupe pas la gorge avec un ami pour rien.
Lionel était singulièrement embarrassé; il n'avait plus du tout de colère, et ne trouvait pas un seul mot à dire contre l'homme avec lequel il allait ferrailler. Ce qu'il y avait de plaisant, c'est l'effort de H. Bonnasseau pour apaiser la colère que Lionel n'avait pas.
— Calme-toi, mon cher, calme-toi... Attends quelques jours... que tu sois de sang- froid... Songe que s'il arrivait un malheur, tu serais au désespoir. C'est ton ami... Depuis trois mois vous ne vous quittez pas... Je vais l'aller trouver... De grâce, attends ici que je revienne; juremoi sur ton honneur de ne faire aucune démarche sans moi... attends, je reviens à l'heure même... Lionel, sois raisonnable; calme-toi... fais cela pour moi, mon cher... Mais dis-moi quel sujet?
— C'est mon seeret, reprit Lionel en feignant un air courroucé.
— Soit, reprit Melchior; mais attends-moi... Laissemoi arranger cette affaire... c'est tout ce que je te demande.
M. Bonnasseau sortit... et Lionel, voyant qu'il "était six heures un quart, se rendormit.
DE PONTANG£S £31