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TERRES GRANITIQUES ET GRANITOIDES

Le granité, la pegmatite, la leptinite, le gneiss, le micaschiste , la syénite , la protogine présentent de grandes analogies au point de vue de la texture et de la composition minéralogique. Leurs débris constituent des sols analogues, dont les propriétés diverses dérivent de la proportion des minéraux constituants. Ces minéraux sont le quartz, le feldspath, le mica, l'amphibole et le talc.

Parmi les roches granitoïdes, c'est le granité proprement dit qui est le plus important, à cause de l'étendue qu'il occupe à la surface du globe terrestre. Les terres granitiques comprennent en France dix millions d'hectares, c'est le cinquième de la superficie totale du pays.

Elles occupent les régions suivantes :

La Bretagne, les Vosges, le plateau central (Cévennes, Montagnes d'Auvergne, Morvan, le Forezj les Alpes, les Pyrénées, les Maures, l'Esterel, la Corse et quelques points très restreints en Algérie. Voilà pour la France.

A l'étranger l'Ecosse, l'Irlande, l'Angleterre, la Scan-

dinavie, laSîlésie, la Saxe, la Bohême, la Bavière, l'Espagne, rAmérique du Nord, la Chine et la Guyane possèdent d'immenses étendues en terres granitiques.

Les granités et les gneiss, formés d'espèces minérales d'une composition bien déterminée, les contiennent dans les proportions les plus diverses. Dans certaines roches, le quartz devient tellement dominant que le caractère granitique finit par disparaître complètement ; d'autres fois c'est le feldspath ou le mica qui prend le rôle dominant. Ce défaut d'homogénéité se remarque sur des roches très voisines les unes des autres. J'ai vu, en Corse, du granité inaltérable et d'une dureté excessive, à côté d'un granité se transformant en kaolin attaquable à la bêche et à la pioche. Ce dernier formait le sol , et l'autre donnait d'excellentes pierres à bâtir.

Les propriétés physiques et chimiques des terres granitiques dépendent des minéraux constitutifs de la roche. Le granité fortement quartzeux produira, par sa désagrégation, un sol sablonneux siliceux pauvre en argile et en potasse, tandis qu'un granité très feldspathique donnera naissance à un sol argileux bien pourvu de potasse. Le granité à oligoclase contient 4. à S % de carbonate de chaux.

Voici la composition moyenne du granité d'après MM. Nivoit et de Lapparent.

Silice

Alumine

Potasse

Soude \

Chaux /

Magnésie )

Oxyde de fer

Totaux 100

Nivoit.

De Lapparent

IOI.5

AGRICULTURE GENERALE. i65

On sait que les sols les plus fertiles contiennent, suivant M. Paul de Gasparin ;

I millième 1/2 de potasse,

I à 2 millièmes d'acide phosphorique,

plus une bonne proportion de chaux.

La perméabilité des terres granitiques tient à plusieurs causes; elle est due tantôt à la composition minéralogique du sol, tantôt aux fissures de la roche granitique du sous-sol.

Le sol siliceux sablonneux se laisse traverser par Teau, tandis que le sol argileux provenant d'un granité fortement feldspathique arrête les eaux pluviales et montre tous les caractères de Timperméabilité. Examinons la composition chimique des terres granitiques.

Le quartz , le mica, le feldspath n'abandonnent au sol que de la silice, de Targile, de la potasse, de la magnésie, du fer et du fluor; la potasse seule sert utilement à l'alimentation des plantes. Les autres substances ont peu d'importance, les plantes en trouvant toujours en quantité suffisante dans le sol.

Le soubassement de l'obélisque de Luqsor, les bordures et les dalles des trottoirs de Paris, sont en granité d'une extrême dureté qui met un temps infini à se désagréger et à prendre le caractère terreux. Le granité bleu de Saint-Brieuc, recherché pour les constructions et les dallages, finit cependant par s'altérer à la surface du sol. Ses détritus donnent du sable à bâtir, ce qui indique qu'il est abondamment siliceux : le sol dérivé de ce granité est léger, sablonneux , perméable et très facile à cultiver. Les terres des environs de Saint-Brieuc , de la colonie de Saint-Plan, proviennent de cette roche. Fumées et enrichies de calcaire par le sable de mer, elles sont d'une grande fertilité pour les céréales, la betterave.

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les légumineuses et les crucifères (choux et navets).

Il faut bien convenir que le granité finit toujours par s'altérer à l'air. Les monuments granitiques de la Bretagne et de la Normandie accusent partout des traces de cette altération. Les clochers à jour, blancs à l'origine, noircissent par le temps malgré le soin qu'on apporte à les construire avec le granité le plus dur et le plus inaltérable. Le granité syénitique du Cotentin est encore plus décomposable que le granité proprement dit ; cet effet est dû sans doute à la présence de l'amphibole dans cette roche. Il suffit de voir le mauvais état de$^ murs de la ville de Coutances, et de la maçonnerie de ses monuments, pour comprendre avec quelle facilité cette pierre se désagrège sous l'influence des agents atmosphériques.

Les routes de la Corse sont entretenues avec du macadam granitique. Ces matériaux sont réputés de mauvaise qualité ; ils se convertissent promptement en boue ou en poussière, et sont bien inférieurs au macadam calcaire des autres pays , bien que ce calcaire soit loin de valoir pour cet usage les roches porphyriques.

La composition chimique du granité varie dans le même sens que ses éléments minéralogiques. Il y a donc à faire grande attention aux minéraux dont il est formé et aux proportions relatives de ces minéraux. Cette composition assez complexe fournit des indications . précieuses sur les propriétés chimiques et physiques des terres granitiques ; les granités contiennent presque tous une faible quantité d'apatite ou de phosphate de chaux, jamais assez pour les besoins des plantes. Le feldspath qui entre dans leur composition est généralement de l'orthose, dont la potasse est utile aux végétaux. A l'orthose se joint parfois l'oligoclase, feldspath qui contient de I à 6 ^ de chaux. Le mica blanc est potassique,

tandis que le noir est sodique. Les terres granitiques a oligoclase sont aptes à porter du froment, tandis que d'autres privées de minéraux calcaires ne peuvent produire que du seigle. Sur le sol granitique de la Corrèze, le froment ne vient pas ; on en obtient au contraire de bonne qualité sur les terres granitiques de la Corse. On en a fait Texpérience au Pénitencier agricole de Chiavari. La vesce est magnifique à Chiavari. Ce fourrage, qui exige de la chaux dans le sol, ne viendrait pas sur des granités qui ne lui donneraient que de la potasse. Quoi qu'il en soit, la chaux n'est jamais abondante dans les terres granitiques. On est toujours obligé de les chauler ou de les marner, quand on veut y atteindre de forts rendements de céréales et de fourrages; le trèfle et le froment exigent dans le sol i à 5 ^ de chaux.

Le granité syénitique diffère du granité proprement dit parla substitution de l'amphibole au mica. L'amphibole hornblende est un silicate de chaux et de magnésie renfermant i3 à 23 ^ de chaux. La syénite devrait mieux valoir que le granité pour la constitution de terres arables. J'ai examiné avec beaucoup d'attention les terres syénitiques des ballons d'Alsace et des herbages du Çotentin. Je n'ai pas trouvé de différence sensible avec les terres granitiques. La végétation est la même , les légumineuses n'y sont pas plus abondantes, et les races d'animaux n'accusent ai^cun effet de la roche syénitique. Cela tient sans doute à la faible proportion de l'amphibole dans ces roches et peut-être aussi à la lente décomposition du silicate de chaux et de magnésie.

Les gneiss sont composés des mêmes éléments que le granité, mais avec une répartition différente; ils ont une texture schistoïde : les minéraux forment des strates et ne sont pas mélangés régulièrement comme on l'observe dans le granité. Ils m'ont paru plus altérables que

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les granités. On les rejette pour l'entretien des routes. On les emploie moins pour la construction des murs. En Provence, à Cannes et à Nice, on préfère le calcaire jurassique au gneiss pour la construction des habitations. Les micaschistes occupent moins d'espace que les granités, les syénites et les gneiss. Ils apparaissent assez rarement à la surface; composés de mica et de quartz, ils ne peuvent donner par. leur désagrégation que des terres pauvres , dépourvues de chaux et d'acide phosphorique. La seule substance utile qu'on puisse en espérer, c'est une petite quantité de potasse provenant de la décomposition plus ou moins lente du mica.

Les terres granitiques, syénitiques, gneissiques et micaschisteuses, ont ensemble un air de parenté, qui se manifeste principalement par leurs propriétés chimiques et physiques. Toutes sont riches en quartz à l'état de petits cristaux, toutes présentent des paillettes de mica, à l'exception de la syénite où le mica est remplacé par l'amphibole. Toutes possèdent du feldspath; le micaschiste seul n'en contient qu'une très faible quantité.

La protogine de la Savoie produit un sol analogue aux terres précédentes par le quartz et le feldspath ; il n'y a de différence que par le mica, qui y est remplacé par le talc, lequel est un silicate de magnésie et de fer hydraté. On peut donc la ranger encore parmi les roches granitoïdes; elle est bien caractérisée par le quartz et le feldspath. Les terres qui résultent des roches granitoïdes ont, comme caractères communs, leur richesse en potasse et leur pauvreté en chaux et en acide phosphorique.

Les régions granitiques présentent de nombreux accidents de terrains. Les formations plutoniennes, s'étant soulevées de bas en haut, ont dû naturellement donner naissance à de hautes montagnes, à des collines, à des surfaces plus ou moins mouvementées. On n'y observe

jamais les immenses plaines des formations sédimentaires. On y rencontre parfois, çà et là, des plateaux élevés, d'une certaine étendue; mais ces surfaces sont, en général, fortement inclinées, et conviennent mieux au boisement et à Fengazonnement qu'aux cultures proprement dites.

Dans le midi , on peut y cultiver la vigne , Tolivier, Tamandier et le mûrier, à la condition de disposer le sol en terrasses horizontales quand l'inclinaison dépasse la pente de 5 centimètres par mètre. Au reste, le ravinement par les eaux pluviales se produit principalement sur les terres imperméables. La pluie ne pénétrant pas le sol, coule à la surface avec d'autant plus de vitesse que la pente est plus considérable. Les terrasses facilitent l'imbibition de l'eau dans le sol et, la partie non absorbée, se dirige lentement dans la vallée, sous forme de suintement à travers les murs de soutènement. Dans le midi, où les plantes ont à souffrir de la chaleur, il importe d'utiliser le mieux possible les eaux d'orage pendant l'été; l'usage des terrasses horizontales est le seul moyen d'atteindre sûrement ce résultat.

Les eaux pluviales s'infiltrent plus ou moins lentement à travers les fissures des roches granitoïdes et elles donnent lieu à une infinité de petites sources, qui naissent à flanc de coteaux ou au fond des vallées. Ces suintements produisent des surfaces marécageuses, difficiles à cultiver et à engazonner. Le mieux est de capter ces petites sources et de les emmagasiner dans des réservoirs pour l'usage des irrigations. C'est ainsi qu'on les utilise en Corse, en Bretagne et dans le Limousin.

La plupart des terres granitiques sont légères, perméables et faciles à cultiver. On en trouve quelquefois qui sont argileuses et fortes, mais elles sont des exceptions dans les régions granitiques.

Les terres granitiques du Limousin sont pour la plupart à Tétat de prairies naturelles irriguées. Les surfaces cultivables produisent principalement du seigle , de Tavoine, des raves ou navets et des topinambours. Les betteraves, le trèfle et le froment n'y réussissent qu'après que le sol a été enrichi de la chaux dont il est naturellement dépourvu.

Les voies ferrées, en réduisant les frais de transport, ont permis de chauler, avec les chaux du Berry, les domaines du Limousin les plus rapprochés des stations. Ces terres granitiques, chaulées et bien fumées, produisent immédiatement de belles récoltes de froment, de trèfle et de betteraves. Les terres granitiques de la Bretagne et de la Normandie ont été portées à un haut degré de fertilité dans les localités voisines de TOcéan.

Les sables calcaires , les sables coquilliers , la tangue et les goémons ont permis de compléter la composition chimique du sol , en lui donnant des engrais naturels riches en chaux et en acide phosphorique. Si, à la potasse des roches granitoïdes, on vient ajouter, en Bretagne et en Normandie, des matières azotées par du goémon et du fumier, de la chaux et de l'acide phosphorique par de la tangue , des sables calcaires et coquilliers , le sol possède alors tous les éléments qui assurent le succès des cultures. Les herbages, l'avoine, le seigle, le froment, le sarrasin, la pomme de terre, les choux donnent des produits abondants sur les granités améliorés par les engrais de mer. Le pommier à cidre y est aussi d'un excellent rapport. Les granités non améliorés ne produisent guère que du seigle, du sarrasin, du bois et des landes comme pacages.

Les landes de la Bretagne contiennent, comme plante dominante, l'ajonc {Ulex Europœus) dont les jeunes pousses, hachées et pilées, constituent, pendant l'hiver,

une bonne nourriture pour les chevaux et les bœufs.

A l'ajonc, se joignent les bruyères, quelques pieds de genêt, de la fougère, de la molinîe bleue [Molinia cœruled)ti quelques autres graminées. Ces végétaux, récoltés périodiquement, fournissent la litière qu'on met sous les animaux dans les étables.

Les landes granitiques de la Provence, et celles de la Corse connues sous le nom de Maquis, se composent de végétaux tout différents, sous l'influence d'un climat plus chaud et moins humide que celui de la Bretagne.

Voici les principaux végétaux qu'on y rencontre.

L'arbousier, Arbutus unedo,

La bruyère arborescente, Enea arborea.

Les petites bruyères de la Bretagne.

Le lentisque, Pistacia lentiscus.

Le myrthe , Myrtus commums.

Le chêne vert, Quercus ilex.

Plusieurs cistes.

Le phyllirea angustifolia.

Le calycotome épineux.

La végétation forestière, sous le climat armoricain, en sol granitique, comprend principalement le chêne, Quercus robur; le châtaignier, Castanea vulgaris; le bouleau, Betula alba; le hêtre, Fagus sylvatica; le charme, Carpinus betulus.

Sous le climat provençal et en Corse, les essences principales sont :

Le pin d'Alep, Pinus halepensis.

Le pin maritime, Pinus maritimus.

Le pin pignon, Pinus strobus.

Le pinlaricio, Pinus /ar/c/o (Corse).

Le chêne liège, Quercus suber.

Le chêne vert, Quercus ilex.

L'eucalyptus globulus.

Les mimosas, la cassieet le caroubier (à Cannes, Nice et Menton).

Le sol purement granitique, non amélioré, ne nourrit que de petites races d'animaux. Telles sont : les vaches bretonnes, les bœufs morvandiaux, les chevaux du Limousin, de la Corse et de la Sardaigne, les moutons de la Creuse, les petits sangliers corses. Cela tient aux herbes qui sont peu nutritives, et au manque d'acide phosphorique dans le sol. Les animaux des régions calcaires, transportés sur les terres granitiques, dégénèrent promptement et perdent leurs qualités originaires. La race charolaise se soutient mal, quand elle passe des bons herbages du Nivernais dans les maigres pâturages du Morvan. Il en est de même de la race de Salers quittant les montagnes basaltiques pour vivre dans les pauvres pâturages de la Corrèze. Par des améliorations bien comprises, on peut obtenir de très bons produits des terres granitiques. Les terres nouvellement défrichées, traitées par le phosphate fossile, produisent à peu de frais de belles récoltes de seigle, de sarrasin, de pommes de terre, de choux et de navets.

A l'École pratique du Lézardeau (Morbihan), les terres granitiques défoncées, enrichies de calcaire par les sables de mer, et fortement fumées avec des boues de ville et des engrais de ferme, ont été portées à un haut degré de fertilité. Les betteraves rendent, par hectare, 80,000 kilogrammes de racines, les avoines 60 hectolitres de grains, la pomme de terre 18,000 kilogrammes de tubercules, le topinambour 3 5, 000 kilogrammes, les prairies naturelles arrosées 5ooo kilogrammes de foin

sec, le trèfle 40,000 kilogrammes de fourrage vert. Sur cette ferme granitique on entretient 66j kilogrammes de bétail vivant par hectare.

A quelques pas du domaine du Lézardeau, la lande reprend son empire sur des surfaces ondulées et granitiques, et cela parce que le propriétaire de ces terrains n'a pas le moyen de les assainir, de les irriguer et d'y apporter le calcaire et les autres éléments qui y font défaut. A l'état naturel le sol granitique n'est pas fertile ; il ne produit que du bois et de la lande quand il n'est l'objet d'aucune amélioration. Le bois et la lande le transforment à la longue en terre de bruyère plus ou moins acide. Si on le défriche, il faut y apporter immédiatement du phosphate fossile à la dose de 5oo à i ,000 kilogrammes par hectare. Cet engrais désacidifie le sol et lui donne la chaux et l'acide phosphorique qui, unis à la potasse et à l'azote qu'il renferme déjà , le rendent apte à donner d'abondantes récoltes de céréales et de fourrages.

Le climat et l'altitude modifient profondément les propriétés physiologiques des terrains granitiques. Aux fortes altitudes de l'Auvergne, le pin maritime prospère; sur les gneiss de l'Esterel, il est remplacé par le pin sylvestre, plus robuste et plus résistant aux basses températures des montagnes. En Corse, les régions granitiques, à des altitudes de o à 3oo et 400 mètres, conviennent à la vigne, à l'olivier, à l'amandier et même à l'oranger, dans les endroits abrités et riches en eaux. Aux altitudes de 1,000 mètres et au-dessus, se développent des forêts où le pin laricio acquiert une grosseur et une hauteur vraiment prodigieuses.

En Savoie, sur le territoire d'Evian, la protogine descendue du mont Blanc produit un sol sejnblable à peu de chose près aux terres granitiques. Ce sol remanié par

les eaux et mélangé aux éboulis calcaires des collines jurassiques du voisinage, atteste une prodigieuse fertilité par les produits qu'on en obtient. La vigne, le châtaignier y atteignent des dimensions colossales. La vigne connue sous le nom de crosse , atteint , en hauteur et en largeur, des dimensions telles, qu'il faut un tronc de grand châtaignier muni de ses branches principales pour la soutenir et la palisser. Cette vigne séculaire est disposée en lignes espacées, de manière à permettre entre les lignes toute espèce de cultures. Les crosses n'occupant que peu d'espace, rapportent autant de vin que si le champ était complètement couvert de ceps. Grâce à la fertilité du sous-sol , Tarbuste y trouve toute sa nourriture ; et les plantes herbacées, intercalées (blé, pommes de terre avoine, trèfle, légumes, etc. ), profitent au contraire des substances fertilisantes du sol. Cest une manière ingénieuse d'exploiter le sous-sol par la vigne et le sol par les cultures herbacées. Les crosses n'auraient pas de raison d'être sur un terrain dont le sous-sol serait de mauvaise qualité.

Le paysan tient grand compte de ces conditions agrologiques. Sur une terre sans profondeur, où dominent les débris de la roche protoginique, il se garde de mettre des crosses ; il y pratique la vigne en plein , formée de ceps rapprochés, sans aucune culture intercalaire. Les terres protoginiques profondes et enrichies de calcaire par les éboulis, dénotent une fertilité qu'on constate toujours quand le sol résulte du mélange des roches ignées avec les roches sédimentaires. Ces roches se complètent les unes par les autres ; elles fournissent aux plantes tous les éléments dont elles ont besoin pour donner des produits variés et abondants. Les vergers de cette partie de la Savoie produisent en abondance des foins de bonne qualité, bien qu'ils soient garnis de noyers,

AGRICULTURE GENERALE. lyS

de cerisiers, de pommiers, de pruniers et de figuiers, d'un excellent rapport. Le climat et le sol sont à ce qu'il paraît, très favorables à ces diverses productions, faciles à écouler dans les cités populeuses des deux rives du lac de Genève. Les cultivateurs de cette région privilégiée affirment ne pas souffrir de la crise agricole qui pèse si lourdement sur les autres régions de la France. On a une idée de la fécondité de ce terrain, en voyant la magnifique châtaigneraie de Neuvecelle, à l'altitude de SyS mètres. Parmi ces châtaigniers on en montre un véritablement monumental; il a 25 mètres de hauteur et 14 mètres de circonférence. Les guides ne manquent pas de le signaler à Tattention des voyageurs.

Dès qu'on dépasse les formations jurassiques, en gagnant les fortes altitudes dans la direction du mont Blanc, les roches deviennent purement granitoïdes, sous forme de granité, de protogine et de micaschiste. La nature du sol et les fortes altitudes ne permettent plus les riches productions des terres basses. La vallée de Chamounix se trouve à l'altitude de i,o5omètres. Laprai^. rie naturelle occupe la plus forte partie de cette vallée. On y voit, çà et là, de petites parcelles de blé, de seigle, de luzerne, de pommes de terre et de légumes divers. Les surfaces inclinées qui dominent cette jolie vallée sont totalement consacrées à des pâturages et à des forêts d'épicéas et de mélèzes. A Técole pratique d'agriculture d'Ecully, près Lyon, on voit un autre exemple de sol gneissique associé au diluvium alpin silicéo-argileux.Ce sol de deux origines différentes, où la roche plutonienne s'associe à la roche sédimentaire, se prête à de riches cultures de céréales, de fourrages et de vignes.

On ne se trompe guère sur les qualités et les défauts du sol granitique, quand on a examiné attentivement les

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minéraux dont il est composé, les cultures qu'on y pratique, les végétaux herbacés et ligneux dont se composent les landes et les bois de ce terrain. Par le fait de la culture ou de la végétation spontanée, la composition chimique du sol éprouve des modifications qu'il est quelquefois utile de constater par l'analyse chimique.

C'est le moyen de savoir quels sont les éléments que l'eau et la culture ont enlevés à la roche primitive. Le sous-sol rocheux, non soumis aux influences qui ont modifié le sol,. peut contenir des éléments utiles qu'on aurait avantage à ramener à la surface. M. Paul de Gasparin a analysé une terre gneissique et la roche qui lui avait donné naissance.

Voici le résultat de ces deux analyses faites sur la partie attaquable par l'eau régale :

Acide phoaphoriqae.

Potavse.

Chmux.

Magnéiie.

Roche de gneiss. . . .

Terre gneissique...

On voit que la roche transformée en terre arable a éprouvé de fortes déperditions sur les éléments dont elle était composée. La potasse seule est restée en proportion suffisante pour les besoins des plantes. Le sol est au contraire très pauvre en chaux et en acide phosphorique. On pourrait lui en donner davantage par la roche sous-jacente, mais il sera vraisemblablement plus économique de l'enrichir de ces éléments par les amendements calcaires et les engrais chimiques.

Par les amendements et les fumures, la terre peut être plus riche que les roches en substances fertilisantes.

C'est ce que démontrent les analyses suivantes de M. Truchot :

Chaux. Ac. phosphoriqne. Potasse.

Gneiss du Chery (Puy-de-Dô- — — —

me) traces. o.ii5 traces.

Terre du Chery (Puy-de- Dôme) traces. 0,108 à 0.405 0.021 à 0.040

Il y a dans le sol plus de potasse et d'acide phosphorique que dans la roche gneissique, mais la chaux et l'acide phosphorique y font défaut. Le sol ne deviendra fertile qu'en augmentant beaucoup les proportions de ces deux substances.

Les eaux provenant des formations granitiques sont de bonne qualité. Bien employées pour l'arrosage des prairies, elles produisent des herbes et du foin de bonne nature. Cest surtout en Limousin qu'on peut apprécier les excellents effets des arrosages d'hiver avec des eaux provenant des roches . granitiques. L'analyse dévoile, dans ces eaux, de la chaux, de la potasse, de la magnésie, de l'acide phosphorique et d'autres substances qui servent à la nutrition des plantes.

Parmi les roches primitives, on estime particulièrement celles qui contiennent une certaine proportion de chaux. La diorite n'occupe jamais de grands espaces. Ses éléments principaux sont l'amphibole et le feldspath. Ce feldspath est de l'orthose, du labrador ou de l'oligoclase. On y trouve en outre de la magnésie et de l'acide phosphorique; la proportion de chaux varie de 1,78 à 9,32 p. 1000, d'après les analyses citées par M. Risler. Les terres dioritiques sont riches en chaux ; elles sont très fertiles dans le comté de Cornouailles. En Bretagne, les diorites calciques servent, sous le nom de marne, à améliorer les terres pauvres en chaux.

Nous avons dit précédemment que les terres mica-

schisteuses offrent, au point de vue physique, beaucoup d'analogie avec les terres granitiques. Sous le rapport chimique, la différence est plus marquée; les premières se composent de quartz et de mica, mais elles manquent du feldspath qui est l'élément le plus important des terres granitiques.

Les terres micaschisteuses n'occupent pas de grandes surfaces en France. On en trouve des lambeaux dans la Vendée aux environs des Sables-d'Olonne, dans les montagnes des Alpes, des Pyrénées, des Maures, de TEsterel, de l'Ardèche, du Limousin et des Vosges. Cette roche se rencontre encore, en quantité notable , dans la Saxe, la Scandinavie et les États-Unis.

Le mica et le quartz désagrégés, produisent un sol sablonneux, perméable, plus ou moins mélangé de fragments schisteux dont la présence indique nettement son origine géologique.-

On reproche aux terres micaschisteuses des environs d'Hyères d'être sèches , perméables, pauvres en chaux, en argile et en potasse. Les cultures arbustives sont les seules qui puissent y réussir. Elles conviennent aux ficoïdes, aux mimosas, à l'eucalyptus, à l'amandier et à l'olivier. L'oranger même y vient bien, quand on est en mesure de lui donner beaucoup d'eau et d'abondantes fumures.

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