TERRES BASALTIQUES
Le basalte offre une composition chimique analogue à celle des trachytes et des mélaphyres; il est riche en chaux^ en potasse et en acide phosphorique. Il se distingue par ses caractères physiques; il est généralement plus dur et plus résistant, il affecte une forme prismatique qui lui est particulière. Les terres basaltiques n'occupent pas moins de i , 5oo,ooo hectares, répartis dans les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal, de la Corrèze, de la Haute-Loire, de TArdèche et de THérault.
Le basalte est composé de labrador (CaNa^) AP Si^O*® qjçii contient 6 à 1 3 ^ de chaux, et de piroxène (Ca Mg Fe) Si O^ qui renferme de i8 à 19 ^ de chaux. Il s'y mêle souvent des cristaux d'apatite, Ca^ P^ O*^ (FI Cl). Cette roche contient conséquemment, en bonnes proportions, la chaux, la potasse et Tacide phosphorique, trois substances très utiles pour l'alimentation des végétaux. Cette heureuse association explique la fertilité naturelle des terres basaltiques.
La roche basaltique, naturellement dure et résistante, s'altère plus ou moins vite à l'air, suivant les proportions relatives des minéraux dont elle est composée. Suivant M. Risler, la décomposition commence par Toxydation du fer et la formation de silicates d'alumine
hydratés. Le silicate de chaux se décompose plus vite que celui de magnésie.
Ebelmen a comparé le basalte altéré avec celui qui ne s'était pas décomposé. Voici les résultats de ces deux analyses :
Silice
Alumine
Chaux
Magnésie
Peroxyde de fer .
Potasse et soude .
Eau
Totaux 99,4
Basalte aU<:-ré.
16,6 (protoxyde).
D'après ces analyses, le silicate de magnésie se décomposerait plus vite que le silicate de chaux. D'autres analyses de M. Hanaman prouvent au contraire que le silicate de magnésie est plus résistant que celui de chaux.
Voici l'analyse physique, d'une terre basaltique française, faite par M. Paul de Gasparin; elle s'applique à un sol qui occupe de grands espaces dans l'Auvergne.
Analyse physique.
Pierres. 16,00 %
Sable 69,70 —
Argile.. i4,3o —
/ Acide phosphorique 0,416
/ Potasse 0,280
l Soude »
Analyse chimique! Chaux 3,853
du sable et de / Magnésie 0,762
Targile soit 84 \ ■ Sesquioxyde de fer 1 2,290
parties du sol. j Alumine 3,040
Eau combinée 3,214
Acide carbonique 3,027
\ Matières organiques.
i88 AGRICULTURE GÉNÉRALE.
Cette composition dénote un soi d'une g»-ande fertilité; il est léger, moyennement perméable, il contient 4 fois plus d'acide phosphorique et 2 fois plus de potasse qu'il n'en faut pour une bonne terre ; la chaux y est aussi dans une très bonne proportion. La somme des matières organiques accuse une dose plus que suffisante d'azote. On ne doit donc pas s'étonner qu'on obtienne, d'un tel terrain , de riches productions de céréales, de betteraves, de fourrages et de vin.
Aux environs de Clermont, sur les coteaux qui dominent la plaine de la Limagne, les terres basaltiques se confondent avec les terres trachytiques. On y observe, comme sur ces dernières, une superbe végétation d'arbres fruitiers, de noyers, de céréales, de fourrages et de légumes. A des niveaux plus élevés de 5oo, 600 et 1,000™, les cultures font place à des pâturages d'excellente qualité, composés des meilleures espèces de graminées et de légumineuses. C'est sur les montagnes basaltiques qu'on entretient les belles races de Salers et d'Aubrac, dont les animaux se recommandent comme bétes de travail et de boucherie, et comme producteurs de lait pour le fromage.
A l'ancienne école régionale de Saint- Angeau, située à Riom-ès-Montagne, à une altitude moyenne de 1000™, on cultivait principalement le seigle, le sarrasin et la vesce; le froment ne venait pas sous un climat oti la neige ne durait jamais moins de six mois. Les pâturages de Saint-Ahgeau nourrissaient les troupeaux de Salers. peadant la bonne saison, de mai à septembre, sans autre abri qu'une palissade verticale placée perpendiculairement à la direction des plus fortes bourrasques. Les ariirhaux y étaient à moitié protégés contre la pluie et la violence des tempêtes.
Les fétuques, les avoines, la cretelle, la flouve, la
brize mélangée à quelques pieds de canche {Air a cœspitosa, flexuosà) composent les pâturages, avec une bonne proportion de trèfle blanc et de trèfle des Alpes. On y trouve d'autres plantes moins estimables, telles que le %Qnét{Genista sagittalis)^ la grande gentiane, la plus belle plante des pâturages alpestres, admirée des botanistes, mais délaissée par le bétail»
Sur le plomb du Cantal qui est le point culminant du département du Puy-de-Dôme, le pâturage n'offre pas une composition aussi riche; les rigueursdu climat donnent ici, comme aux vallons des Vosges, la prédominance à une graminée assez mal classée parmi les plantes fourragères : je veux parler du nard raide, Nardus stricta; il forme un gazon court et épais, à Fexclusion des autres graminées. A cette plante s'associent, en grande abondance, le trèfle des Alpes, ralchémille (.4 /cAemfZ/a v m /garis) et la grande gentiane. Ces herbes sont inférieures, en quantité et en qualité, à celles des pâturages moins élevés et moins battus par les tempêtes.
On désigne sous le nom de Planèze, un vaste plateau basaltique, à l'altitude moyenne de i ,000 mètres, composé de terres fortes, d'une bonne fertilité. Au temps où l'Auvergne manquait de voies de communication, on surnommait la Planèze le grenier de la haute Auvergne. Ce plateau est situé entre les villes de Saint-Flour et de Murât. On y obtient, sans beaucoup de frais de fumure, de belles récoltes de seigle, grâce à la composition chimiquede la roche basaltique. Mais les rigueurs du climat s'opposent à la culture du froment. La Planèze est dominée par le plomb du Cantal, les monts d'Aubrac et de laMargeride. Il vient de ces montagnes des courants d'air glacé et des tempêtes qui compromettent le succès des cultures plus sensibles et moins rustiques que le seigle. C'est ce qui adonné lieu à ce dicton auvergnat :
iQo AGRICULTURE GÉNÉRALE.
« Sans le Cantal et le mont d'Or, le bouvier de la Planèze « dirigerait son attelage avec un aiguillon d'or. » On s'est attaché, dans ces derniers temps, à boiser les parties rocheuses et impropres au pâturage. On se trouve très bien du peuplement de pin sylvestre, essence appropriée au climat, et facile à écouler quand elle atteint les dimensions des étais de mine. D'autres boisements, plus anciens, se composent de hêtres dont on voit des échantillons d'une grosseur et d'une hauteur très remarquables.
J'ai visité, un )Our^ un pointement basaltique formant une sorte d'oasis au milieu d'un plateau granitique, sur le territoire de Neuvic (Corrèze). Cette colline présente une étendue de quelques centaines d'hectares. On la désigne sous le nom de puy de Manzagol. Les terres granitiques qui entourent ce Puy sont ou de la lande, ou des terres à seigle d'une médiocre fertilité; le sol de Manzagol, qualifié de terre fromentale, produit, au contraire, de belles récoltes de blé et de trèfle interdites aux terres granitiques privées de chaux. On y trouve des châtaigniers et des hêtres bien supérieurs à ceux des terrains granitiques. La stérilité du sol granitique comparée à la fertilité du sol basaltique, forme, dans cette localité, un contraste qui attire l'attention des exploitants au moins autant que celle des géologues et des touristes. Tout accuse l'influence de la roche basaltique; les maisons du hameau, les murs de clôture; les végétaux et les animaux offrent des différences frappantes avec les mêmes objets observés sur le sol granitique du chef-lieu de la commune.
Aux environs de Privas et sur d'autres points de l'Ardèche, la roche basaltique s'est épanchée au milieu des calcaires jurassiques. La chaîne du Coiron se compose de collines basaltiques alternant avec des collines jurassiques. Ces basaltes se désagrègent à la manière des mé-
AGRICULTURE GÉNÉRALE. igi
Japhyres d'Antibes, ils sont sphéroïdaux ; leur couleur noire et leur forme sphérique les font distinguer f^^cilement dans la construction des murs et dans la confection des routes où Ton associe fréquemment le basalte avec le calcaire dont la couleur est blanche et toute différente de celle de la roche volcanique.
Sur la chaîne du Coiron, les versants calcaires se montrent incultes et improductifs; ils forment un contraste frappant avec les versants basaltiques où s'étagent de beaux mûriers et de belles luzernières cultivés à la place dès vignes détruites par le phylloxéra.
Sur les versants du mont Toulon, près de Privas, on remarque, sur le sol basaltique, des cultures de blé, d'avoine, de sainfoin et de luzerne. Le mûrier, l'amandier, le cerisier, le pêcher et l'abricotier y donnent d'excellents produits à toutes les expositions, excepté à celle du nord.
La dolérite n'est autre chose qu'un basalte dont les éléments sont plus apparents. Cette roche occupe peu d'espace. Les terres doléri tiques sont sans importance dans Tagrologie française ; l'Auvergne seule en possède quelques lambeaux.
Les laves sont des roches compactes, plus ou moins celluleuses, de même composition que les basaltes, mais de formation plus récente. Les laves trachytiques, qui existent en coulées aux environs de Clermont, fournissent de bonnes pierres à bâtir, mais elles sont d'une décomposition très lente; elles forment des surfaces rocheuses, impropres à toute végétation. C'est dans ces laves qu'on a ouvert les belles carrières de Volvic , d'où sont sortis tous les matériaux des maisons et des monuments de la ville de Clermont. La pouzzolane et les cendres volcaniques forment, au contraire, des terres légères et faciles à cultiver. Les cendres volcaniques cons-
tituent, dans la campagne de Naples, des terres d'une grande fertilité. Elles occupent de grandes étendues autour du Vésuve. Ce sont ces cendres qui ont détruit et enseveli la ville de Pompéï. Sur les parties ilon encore déblayées, j'ai vu de magnifiques topinambours. Au I e' avril, les blés étaient épiés sur ce sol volcanique ; ils étaient de toute beauté. Le maïs, Torge, le lupin, les fèves et le trèfle incarnat, y réussissent admirablement. On fait, sur le même terrain, dans le voisinage de Naples, une très riche horticulture comprenant l'artichaut, la pomme déterre, les choux, les carottes, etc. Les orangers de Sorente passent pour être les plus beaux et les plus productifs de l'Italie. La vigne y donne aussi des vins d'une grande réputation. M. Paul de Gasparin a analysé le sol volcanique de la vigne qui produit le vin de Lacryma-Christi, à la descente de Régina, près du Vésuve. Voici les résultats de cette analyse :
Pierres 34.00
Analyse physique, j Sable 59.00
Argile 7 . 00
Acide phosphorique o . 3 58
Potasse 3 .470
Soude 0.625
Analyse chimique \ Chaux 2. 106
du sable et deTar- / Magnésie 0.779
gile. J Sesquioxyde de fer 7.620
Alumine 9 . 1 90