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ROCHES ESSENTIELLES

,^ ^i .. { Calcaire compact.

Etage portlandien . ] ^ , . ,

° ^ . f Calcaire a astartes.

— kimmeridgien.} . .. ^ à gryphées virgules.

— corallien | Calcaire à polypier.

— oxfordien..,. | Argiles de Dives.

.,,,., ( Cornbrash.

— de l'oohthe. ] ^ . . ....

( Calcaire oolithique.

( Calcaires sombres à gryphées arquées.

— du lias < Marnes.

( Sables infraliasiques.

Burat mentionne dix-sept roches jurassiques; M. Velaîn les réduit à huit. Ces divisions géologiques sont paléontologiques, c'est-à-dire basées sur la nature des fossiles plutôt que sur la composition minéralogique des roches. Considérées au point de vue pétrologique, elles se réduisent à quatre, savoir : les calcaires, les argiles, les marnes, les sables siliceux.

Quand elles apparaissent à la surface, et après qu'elles ont été attaquées, désagrégées et ameublies par l'action des agents atmosphériques, des végétaux spontanés et des façons aratoires, elles donnent naissance à des terres

Calcaires.

Argileuses.

Marneuses.

Silceuses sablonneuses ou rocheuses.

Parmi ces terres diverses, les unes sont composées de

particules ténues qu'on peut diviser et ameublir : ce sont les argileuses, les marneuses et les siliceuses-sablonneuses. Elles sont cultivables, avec des propriétés physiques fort différentes; les unes sont tenaces et imperméables, les autres sont légères, perméables et faciles à travailler.

Quant aux terres calcaires, elles affectent , sous le rapport de leur état fragmentaire, des caractères très variés; les unes sont meubles et composées de parties impalpables, ce sont les moins répandues ; la plupart sont sablonneuses, graveleuses, pierreuses ou rocheuses. A ces différents états caractérisés par la grosseur variable des fragments calcaires, elles constituent toujours de mauvaises terres; elles sont perméables, sèches, pauvres en acide phosphorique et en azote et rarement riches en potasse; de plus, elles ont Tinconvénient de dissiper promptement, dans Pair et dans le sol, les engrais qu'on est obligé de leur confier pour les besoins des cultures. Quant aux calcaires rocheux et résistants à l'action des agents atmosphériques, ils doivent à jamais rester à l'état de surfaces incultes et improductives. On en tire un parti excellent comme matériaux de route ou de construction. On y établit, dans la Haute-Marne, aux environs de Chaumont, et dans la Meuse, à Lerouville, des •carrières très importantes dont on extrait de magnifiques pierres de taille, fort employées dans tout l'est de la France. C'est une règle qui ne souffre aucune exception : la roche offre d'autant moins de qualités sous le rapport agrologique qu'elle est plus appréciée pour l'entretien des routes ou pour les constructions. Les plantes aiment les roches tendres, peu résistantes et laissant un passage facile aux racines, à l'air et à l'eau; ces exigences seraient au contraire de graves défauts pour des matériaux de route et de construction. Ceci est vrai

pour les calcaires jurassiques, c'est encore vrai pour les roches primitives et éruptives. Peut-on rien voir de plus aride que les coulées volcaniques de Volvic (Puy-de- Dôme) et les coulées mélaphyriques de Biot (Alpes- Maritimes)?

Revenons aux terres jurassiques*

Elles figurent sur le territoire français un 8 ouvert à la boucle supérieure.

La boucle supérieure occupe une large bande, à l'est, entre les terrains crétacés et les terrains triasiques du climat vosgien ; au sud et à l'ouest, elle contourne les terrains du bassin parisien. La boucle inférieure entoure à peu près complètement les terrains anciens du plateau centraL En y ajoutant les terres jurassiques montagneuses de la Franche-Comté, et quelques lambeaux, en Provence, dans les Pyrénées et dans l'Artois, on atteint, pour cette série de terres, environ onze millions d'hectares : c'est plus du cinquième de la France continentale. Ces terres apparaissent, en plus ou moins grande étendue, dans 34 départements français. Quelques départements sont presque exclusivement jurassiques ; tels sont ceux de la Meuse, de la Haute-Marne, de la Côted'Or, de la Haute-Saône, du Doubs et de TAin. Les départements des Ardennes, de Meurthe-et-Moselle, de la Nièvre, de l'Yonne, du Cher, de l'Indre, du Lot, des Deux-Sèvres, de la Vienne et du Calvados, sont également jurassiques en très grande partie.

On retrouve encore ces terrains, mais moins étendus, dans les départements de Saône-et-Loire, de l'Isère, des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes, des Alpes-Maritimes, de l'Ardèche, du Gard, de l'Hérault, de la Lozère, de l'Aveyron, de la Dordogne, de la Charente, de la Charente-Inférieure, de la Sarthe, de l'Orne, de la Manche et du Pas-de-Calais. Toute la chaînedu Jura, en France

et en Suisse, est complètement jurassique. Les Alpes et les Cévennes offrent aussi de très grandes étendues de la même formation.

C'est une circonstance très heureuse pour la Suisse d'être en grande partie Jurassique : Les pâturages calcaires sont riches en légumineuses et en bonnes graminées; ils ont produit, dans l'espèce bovine, les plus belles races de l'Europe. Si ces montagnes étaient granitiques ou protoginiques, comme le Mont-Blanc , elles ne nourriraient que des animaux de petite taille, semblables aux vaches bretonnes ou vosgiennes.-

Les terrains jurassiques ont été soulevés et sont très mouvementés dans l'est de la France. Ils constituent les montagnes de la Franche-Comté et les collines qui délimitent les vallées de la Meuse, du Doubs, de la Saône, du Rhône, de Tlsère, du Lot et de quelques autres rivières moins importantes.

Ils forment de grandes plaines dans les départements de la Nièvre, du Cher et de l'Indre; des plateaux élevés, connus sous le nom de causses, dans les départements de TAveyron, du Lot et de la Lozère; des vallées d'une grande richesse, dans le Charollais et le pays d'Auge.

Sous le rapport de la division de la roche, ils offrent des inégalités qui varient dans d'énormes proportions. La roche dominante est le calcaire, très altérable dans certaines localités, et indécomposable et rocheux dans d'autres. A côté d'une vallée fertile, constituée par de fines alluvions jurassiques, on trouve des coteaux dénudés, des plateaux rocheux, dépourvus de terre végétale, véritable désert où le mouton seul rencontre un pâturage peu touffu, mais très nutritif, de légumineuses et de graminées.

La roche calcaire offre de nombreuses fissures où se

perdent rapidement, sans profit pour les plantes, les eaux de pluies et d'orages. Les sources sont très rares sur les causses élevés du Lot, de TAveyron et de la Lozère ; elles sont, au contraire, abondantes au fond des vallées. On montre, à Cahors, un moulin établi à Torigine d'une source , dans la vallée du Lot. On en trouve d'autres exemples dans les départements du Doubs et du Jura. Ce sont des lacs intérieurs qui alimentent régulièrement ces sources abondantes et si différentes, sous ce rapport, de celles qu'on observe dans les régions granitiques. Les fermes, privées d'eau de source et de rivière, sont réduites à recueillir les eaux pluviales dans des réservoirs étanches. L'eau est d'autant plus nécessaire pour les jardins, en été, que le sol est calcaire, pierreux et très perméable. A la ferme-école du Montât (Lot), on a consacré une somme de 5,ooo fr. à la construction de vastes réservoirs étanches qui se remplissent, en hiver, par les pluies, et, en été, par les orages.

Les calcaires jurassiques, à l'état de pureté, ne sont pas aptesàdonnerdebonnes terres arables. Suivant leur degré d'altérabilitéetdedésagrégation, ils fournissent des terres tantôt meubles, sablonneuses ou graveleuses, tantôt pierreuses etrocheuses. Toutes pèchent par un excès de perméabilité et de légèreté ; les cultures y souffrent souvent de la sécheresse, par les étés chauds et non pluvieux; les engrais s'y décomposent etdisparaissent, avec une prodigieuse facilité, par filtra tion dans le sous-sol ou par volatilisation dans l'atmosphère. La pire de toutes les conditions, c'est d'avoir affaire à un calcaire rocheux, résistant et faiblement recouvert de parties meubles. Le sol constitué de cette façon reste généralement inculte , à l'état de friche, produisant de rares graminées et de faibles légumineuses parfois dominées par quelques pieds de genévrier, de buis et d'euphorbe. Ces champs rocheux,

incultes et improductifs occupent des espaces considérables dans les départements de la Haute-Marne, de TAveyron et du Lot. Dans le i®' département, on parvient quelquefois à les garnir de pins sylvestres et de mélèzes. Cette amélioration a été réalisée, avec beaucoup d'intelligence et de succès, sur les surfaces rocheuses, aux environs de la ville de Chaumont. Ailleurs, on se contente d'en faire des pâturages à moutons. Cest ainsi qu'on en tire parti dans les causses du Larzac, où se nourrissent les moutons producteurs du lait dont on fait le fromage de Roquefort.

Ces surfaces rocheuses, d'un niveau généralement élevé, sont coupées de vallées étroites, pleines d'alluvions jurassiques éminemment fertiles, telles, par exemple, la vallée de la Marne, dans le département de la Haute- Marne; la vallée de Grésivaudan, dans le Dauphiné; celle de la Saône, depuis Gray jusqu'à Lyon ; et la vallée du Lot, dans le département du même nom. Il n'est pas de contraste plus frappant que ces plateaux rocheux et incultes, dominant des vallées fraîches et fertiles, aptes à produire les plus riches cultures. Parmi ces roches calcaires, il en est qui sont tellement indécomposables à l'air, qu'on s'en sert, à la place des tuiles, pour la couverture des habitations; ce sont des pierres plates, tégulaires, que les paysans désignent sous le nom de laves.

Les géologues les rapportent au cornbrash. Malheur à l'agriculteur dont le sol est encombré de laves; il aura beau les remuer et les retourner avec ses instruments aratoires, il ne parviendra jamais à les ameublir et à en faire [un sol cultivable. On trouve, dans la Haute-Marne, des surfaces couvertes de ces calcaires tégulaires dont on ne peut rien tirer comme culture et même comme pâturage. La seule production

qu'on doive y tenter, c'est un boisement de pin sylvestre. On le repique, en apportant d'ailleurs la terre meuble nécessaire pour couvrir les racines du jeune plant. Toute la difficulté réside dans la reprise de cette essence résineuse. Si cette première phase de sa végétation réussit, grâce à un été humide et pluvieux, le problème est résolu ; et le pin, émettant des racines à travers les fissures de la roche calcaire, parvient à se développer et à donner des produits ligneux sur un sol qui semblait voué à une éternelle stérilité.

D'autres fois, au lieu de pierres tégulaires, ce sont des pierres anguleuses de toutes les grosseurs, dérivant du calcaire à astartes , du calcaire àentroques ou du calcaire lithographique ; elles encombrent les surfaces et donnent un mauvais aspect à la terre arable. Ces terres pierreuses se manifestent au loin par des tas de pierres, dont le cultivateur débarrasse ses champs en les déposant çà et là sur les limites de ses propriétés. On en trouve de fréquents exemples dans la plaine de Langres, au camp d'Avor non loin de Bourges, et sur maints endroits des départements du Cher, de l'Indre, du Lot et de beaucoup. d'autres départements. Diins le Berry, ces mauvais terrains conviennent encore assez bien au noyer et à la vigne. On tire de ces plantes du vin de bonne qualité et de l'huile de noix très appréciée par les gens du pays. L'orge d'hiver et le sainfoin sont les cultures qui viennent le mieux sur ces sols pierreux et avides d'eau.

Les terres jurassiques des environs de Châteauroux sont encombrées de calcaire lithographique qui correspond au calcaire à astartes. Elles sont composées de parties meubles, argilo-ferrugineuses, associées à des pierres lithographiques de différentes grosseurs. On ramasse les plus grosses qu'on met en tas au milieu des champs. Les champs les plus pierreux restent à l'état de friche ;

AGRICULTURE GÉNÉRALE. l5

d'autres moins pauvres en parties ténues sont emblavés en blé, avoine, sainfoin, luzerne, pommes de terre et haricots. Parmi ces champs, on voit des parcelles de vignes et des plantations de noyers.

Les cultures de céréales et de légumineuses sont envahies par une multitude de plantes adventices. Les plus communes sont les suivantes :

Moutarde sauvage S inapis arvensis CGC.

Luzerne sauvage Medicago falcata G G.

Minette Medicago lupulina G.

Gesse tubéreuse Lathyrus tuberosa G.

Gesse sans feuille — aphaca G.

Ononis jaune Ononis natrix CC.

Trèfle fraise Trifolium fragiferum G.

— blanc — repens CC.

— tombant — procumbens G.

Goronille variée Coronilla varia CC.

Lotier corniculé Lotus corniculatus C.

Liseron des champs Convolvulus arvensis GG.

Panicaut. Eryngium campestre G.

Ghardon Cirsium arvense GGG.

Grépide Crépis setosa GGG.

Buplèvre Buplevrum rotundifolium C .

Scabieuse Scabiosa arvensis G.

Notons l'abondance des légumineuses spontanées; c'est toujours ce que l'on observe sur les terres calcaires, sèches et perméables.

Le calcaire lithographique se laisse difficilement attaquer par les agents atmosphériques. Quand la partie meuble clu sol n'est pas calcaire, mais argilo-ferrugineuse, il arrive parfois que les pierres lithographiques qui y sont associées ne donnent pas aux plantes toute la chaux dont elles ont besoin. On a constaté par l'expérience que ces sortes de terres gagnent quelquefois à être chaulées.

Par hectare.

kil.

Une terre de cette nature, analysée par M. Guinon, directeur de la station agronomique de Châteauroux, a donné les résultats suivants.

Le poids total d'un hectare sur o"™,2o de profondeur est de 2,554,000 kilogrammes.

Un kilogramme de terre contient 61 gr. i. de pierres, 92 gr. 4 de gravier et 846 gr. 5 de terre fine,

La terre fine renferme :

gr.

Acide phosphorique 0.843 0/00

Carbonate de chaux ; 9 . 626 —

Azote 1 . 1 3o —

Potasse o . 265 —

Magnésie 1.398 --

La terre est riche en chaux, mais pauvre en acide phosphorique et en potasse.

Dans le Lot et la Dordogne, les terres jurassiques les plus rocheuses portent assez souvent de chétifs taillis de chêne sous lesquels se développent des truffes d'excellente qualité. Jamais on n'en récolte d'aussi fines sur les terres non calcaires.

A des altitudes plus élevées, rebelles à toute culture, on rencontre, dans cette même région, les causses, àl'état de friches utilisables seulement par la dépaissance des moutons du Larzac. En Provence, aux îles de Lerins, les roches jurassiques, rougies par le sesquioxyde de fer, se sont couvertes spontanément de pin d'Alep. Cette essence y forme une forêt d'assez belle apparence, malgré les tempêtes qui y viennent fréquemment troubler la végétation de ces arbres résineux. La vigne et les céréales, abritées par les pins, ne viennent pas trop mal à l'île de Saint-Honorat, sur les points où les calcaires fer-

rugineux contiennent assez de parties meubles pour bien englober les pierres.

Ces terrains sont fumés fréquemment avec des engraiscomposésde déjections animalesassociéesaux feuilles . rubannéesde la Posidoniacaulini, recueillies sur la plage et employées comme litière. Ces engrais se décomposent rapidemeru et facilitent singulièrement la végétation des plantes culturales et potagères. Au milieu des pins d'Alep, croit, çà et là, un arbuste spontané, qu'on prendrait volontiers pour une bruyère,et qui n*est autre chose que la passérine hérissée {passerina hirsuta)^ daphnéacée ligneuse qui n'existe, en France, que sur les bords de la Méditerranée. Dans le département du Lot, les surfaces rocheuses incukes occupent au moins le quart de la superficie totale ; on peut admettre la même proportion pour le département de la Haute-Marne.

A mesure que les parties meubles et friables augmentent et que la proportion des pierres diminue, le sol acquiert plus de qualités et devient propre à toutes sortes de culture. Les grands crus de Bourgogne occupent les coteaux jurassiques de laCôte-d'Or, à Texposition del'est, se tenant à mi-côte, sans jamais s'élever au sommet des collines ni descendre au niveau de la plaine. C'est ainsi que sont étages et orientés le clos Vougeot, les vignes de Pomart, du Montrachet etc: La plaine élevée où se trouve la ville de Beaune produit encore du vin, mais on n'y met généralement que des cépages communs, ceux des vins fins ne donnant pas de bons résultats dans une telle situation. En descendant au-dessous de cette plaine, les vignes disparaissent , à cause des dangers des gelées printanières, redoutables surtout dans les vallées et au voisinage des cours d'eau.

La zone des grands crus se trouve ainsi délimitée, d'une part par l'altitude des collines, et d'autre part par

la limite de la plaine. Les meilleurs crus de Bourgogne, ceux qui donnent des vins inimitables et appréciés du monde entier à l'égal des grands crus de Bordeaux, doivent les qualités exceptionnelles de leurs produits à un ensemble de circonstances dont les principales sont : la nature du cépage, Taltitude et l'orientation des vignobles, le climat de la Côte-d'Oret l'origine jurassique du sol. Ajoutons que le traitement des vignes et la discrétion qu'on observe dans l'administration des fumures y sont aussi pour quelque chose avec les soins minutieux dont les vins sont l'objet dans les caves. Des parties meubles fortement calcaires, avec une certaine proportion de pierres de même nature, le tout constituant une terre chaude et profonde, perméable à l'air, à l'eau et aux racines de la vigne, tel est le terrain que j'ai eu l'occasion d'étudier sur place, dans le célèbre vignoble de Montrachet. Le clos de l'école de viticulture de Beaune présente les mêmes conditions agrologiques, sansdonner les mêmes vins, les autres circonstances n'étant plus les mêmes que sur le versant oriental de la Côte-d'Or.

Quand le sol est rocheux et très pierreux, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de défendre la vigne contre les atteintes du phylloxéra. Les meilleurs crus de Cahors occupaient des terrains jurassiques de cette nature. Le sulfure de carbone s'y diffusant immédiatement entre les pierres- et dans les fissures de la roche, n'a eu aucune action sur le terrible insecte. Quant au sulfocarbonate de potasse, il a été impossible de l'employer par suite du manque d'eau. Dans une telle situation, la vigne française greffée sur la vigne américaine est le seul moyen à pratiquer pour la reconstitution des vignobles aptes à produire les mêmes vins que par le passé. On voit encore d'importants vignobles sur les terres jurassiques de la Meuse, de Meurthe-et-Moselle, de l'Yonne,

23o AGRICULTURE GÉNÉRALE.

du Cher, de l'Indre, et des deux Charentes, donnant des vins de qualités différentes, suivant le climat et la nature des cépages.

Si les terrains Jurassiques avaient conservé leur situation primitive, ils n'offriraient partout que des plaines horizontales, sans relief apparent, sans collines et sans montagnes. Mais des soulèvements ultérieurs sont venus les déranger de leur position naturelle. Il en est résulté, ici des montagnes élevées comme celles de la chaîne du Jura; ailleurs des collines, des plateaux ou des plaines basses entrecoupées de vallées d'érosion. Quand le sol est de bonne nature, ses productions sont en rapport avec la topographie des surfaces. On fait des pâturages et des bois sur les plus hautes montagnes, des vignes sur les coteaux bien exposés; des cultures, des pâturages et des prairies naturelles sur les plaines , les vallées et les plateaux. Plus les terres sont meubles, exemptes de pierre et de rochers, plus elles sont productives et faciles à cultiver. Bien conduites, à l'exemple de ce qui se pratique sur les meilleures terres des Merchines (Meuse) et du Montât (Lot), les cultures de céréales, de fourrages et de racines y atteignent les rendements les plus satisfaisants.

Ces terrains sont abondamment pourvus de chaux et d'acide phosphorique. Un calcaire corallien analysé par Braconnot, contenait 526 p. looo de chaux et 3 p. looo d'acide phosphorique. Une terre jurassique des environs de Bourges a donné, à l'analyse, 2 1 6 de calcaire, i,5od'acide phosphorique, 0,6p. 1000 dépotasse. Qu'on y introduise, par les fumiers et les engrais complémentaires, l'azote et la potasse nécessaires aux plantes cultivées, on a alors dans le sol tout ce qui est essentiel pour assurer, avec une température favorable , le succès de nos cultures les plus exigeantes.

AGRICULTURE GENERALE. 23i

Les terres jurassiques sèches et pierreuses donnent toujours de petits rendements en céréales et en fourrage; les plantes y souffrent généralement de la sécheresse par suite de l'extrême perméabilité du sol. Les cultures, moins robustes que les plantes adventices, y sont envahies par une foule de mauvaises herbes. Voici celles qu'on y trouve le plus fréquemmenf dans les céréales d'hiver, sous le climat de la Haute-Marne :

Le muscari Muscari comosum CGC.

La vesce à bouquet Vicia cracca G.

La gesse sans feuille Lathyrus aphaca G.

La châtaigne de terre Carum bulbocastanum CC

Le mélampyre Melampyrum arvense G.

Le chardon . . . , Cirsium arvense G.

Le bleuet Centaurea cyanus G .

Le pas d*âne Tussilago farfara GGG.

La nielle Agrosiemma gythago G .

L'avoine à chapelet Avena precatoria.

Un observation importante à signaler, c'est que les terres calcaires jurassiques qui restent incultes et à l'état de friches, à cause delà nature pierreuse et rocheuse des terrains, ne se couvrent jamais des végétaux qui constituent la lande sur les sols granitiques, schisteux, et autres dépourvus de carbonate de chaux. La friche jurassique produit spontanément le genévrier, le buis et un chétif pâturage de graminées et de légumineuses.

Dans le Dauphiné, aux environs d'Uriage, sur un sol fortement incliné et composé de calcaire schisteux, une friche très pierreuse et très perméable, offrait la végétation suivante :

Le genévrier en assez grande

abondance Juniperus communis.

L'agrostis Agrostis vulgaris.

Le leontodon Leontodon crispum.

Le thym Thymus serpillum.

L'ononis jaune Ononis natrix.

La scabieJLise Scabiosa arvensis.

Le même calcaire schisteux, associé à des parties meubles, dans une vallée arrosée par les eaux de quelques fontaines, porte uhe prairie de moyenne production, dont l'herbe comprend un quart de légumineuses, un quart de graminées et la moitié de plantes diverses. Il en résulte un foin de bonne qualité, complètement exempt de joncs et de carex.

Aux abords du village de Villeneuve, on trouve des terres de qualités bien différentes.

Les schistes calcaires suffisamment pourvus de parties meubles produisent, suivant Pétat de fraîcheur du Sol et suivant sa profondeur, des récoltes de blé, de mais, de trèfle et de sainfoin. A cette dernière légumineuse, on associe souvent, à titre de prairie temporaire, le dactyle, le fromental et le ray-grass. Quand les schistes calcaires sont recouverts d'une forte couche de diluvium alpin, on y voit des vignes hautes, d'une riche production, des luzernes vigoureuses , des chanvres de toute beauté, des châtaigniers et des noyers magnifiques. Non loin de ce jsol fertile, apparaissent des moraines glaciaires , arides pour les cultures, mais précieuses comme carrières de sables, de graviers et de galets.

Au milieu de ces montagnes jurassiques, on rencontre des calcaires schisteux, métamorphiques, composés de carbonate de chaux et d'argile. C'est un calcaire bleu, parfois veiné de chaux carbonatée cristallisée d'un blanc laiteux, qui sert, à Uriage, à fabriquer le ciment Vicat dont on fait un si large usage pour les maçonneries hydrauliques. Cette même roche affleurant à la surface, donne des terres de bonne nature.

A Saint-Martin d'Uriage, la roche jurassique se mélange aux minéraux du diluvium alpin. Au calcaire s'ajoutent, parce fait, des fragments de granité, de gneiss et de diorite. Ces matériaux divers ont produit un sol d'une grande richesse, où Ton admire de belles prairies naturelles et d'abondantes récoltes de blé, d'avoine, de maïs et de chanvre. Le noyer et le châtaignier s'y plaisent et s'y montrent très productifs.

Si de là nous descendons dans la vallée de la Romanche, sur le territoire de Vizille, nous constatons avec étonnement que ce terrain, dominé par des coteaux fortement calcaires, n'offr-e pas les caractères des alluvions jurassiques.

La rivière, prenant sa source dans des montagnes de formation ancienne (granité et protogine), roule des alluvions siliceuses et perméables qui, bien arrosées, produisent, sous forme de prairies naturelles, des herbes de bonne qualité parmi lesquelles les graminées dominent. Les légumineuses et les espèces diverses, sont peu abondantes; et, parmi ces dernières, la sauge des prés {salvia pratensis) très envahissante sur certaines places, et le panais (pastinaca sativa) ombellifère grossière, sont seules mauvaises.

Les alluvions jurassiques produisent les meilleurs prés d'embouche de la France. Nulle part les bœufs n'engraissent mieux et plus vite que dans les vallées argilocalcaires du Charolais, du Nivernais et du Cher. Les vallées les plus renommées sous ce rapport sont celles de la Clayette en Saône-et- Loire, de Germigny dans le Cher et du pays d'Auge' dans le Calvados.

II est vrai que les régions jurassiques se distinguent principalement à l'importance et à l'étendue des roches calcaires. Néanmoins, ce serait une erreur de penser qu'il n'y a pas d^autres terres que des calcaires. L'étage

Kimmeridgien et celui du lias comprennent des argiles et des marnes, qui constituent des terres arables toutes différentes des terres calcaires. L'infralias est composé de sables siliceux ferrugineux, semblables aux sables de Fontainebleau, et contenant dans leur masse des grès à l'état rocheux.

Les marnes du lias, celles que j'ai étudiées dans le département de la Haute-Saône, non loin de l'école de Saint-Rémy, forment des terres fortes, souvent remplies de gryphées arquées et de moellons calcaires durs et bleuâtres. On les extrait des champs pour en faire du macadam où des moellons à bâtir. Les terres marneuses du lias sont difficiles à travailler, mais fertiles et aptes à donner de bonnes récoltes de céréales et de prairies artificielles. Une terre du lias, analysée par M. Grandeau, contenait : chaux 0,09 % , potasse i , 1 3 %^ acide phosphorique 0,21 %, En vallée, on peut y établir d'excellentes prairies naturelles.

On doit en conclure qu'elles possèdent naturellement de bonnes doses de chaux, de potasse et d'acide phosphorique. Il suffit d'y incorporer du fumier bien confectionné, pour y maintenir et y développer les principaux éléments de la fertilité. Les argiles kimniéridgiennes sont intraitables par la pluie et par la sécheresse ; il en est de même des argiles de Dives. Il faut les ranger parmi les terres incultivables, tant elles sont difficiles à façonner. Il est plus rationnel de les consacrer à la production du bois ou de l'herbe.

Les sables infraliasiques donneraient des terres sablonneuses siliceuses , légères et faciles à cultiver ; mais elles ont l'inconvénient d'imposer de fortes dépenses en engrais. On préfère généralement les mettre en bois. Le hêtre, le charme et le chêne viennent bien dans ce terrain, sous le climat frais et humide de la Franche-Comté.

Les marnes, les argiles et les sables des terrains jurassiques valent mieux, comme terres arables, que la roche calcaire compacte qui stérilise tant de surfaces. Quoi de plus aride que le territoire où apparaissent à nu, à Tétat de rochers compacts ou de pierres inaltérables, les assises du calcaire oolithique, du cornbrash, et des calcaires à polypiers. Cette dernière roche constitue, aux environs de Trouville, des collines sèches et stériles, qui forment un contraste frappant avec les riches herbages de la vallée d'Auge, situés au pied même de ces monticules jurassiques.

Dans l'étude des terrains jurassiques, nous avons constaté plusieurs fois que les matériaux calcaires, associés à des éboulis de roches anciennes, (les environs d'Evian) ou mélangés aux produits du diluvium alpin, constituaient toujours des terres d'une grande fertilité. La même observation s'applique aux riches terres de la plaine de Caen. Là, la roche calcaire, précieuse comme pierre de taille, telle qu'on l'extrait des carrières d'Allemagne, près Caen, n'eût formé que des surfaces rocheuses et incultes, si dans la plupart des cas elle n'avait été recouverte d'une forte épaisseur d'un limon silicéoargileux, connu en géologie sous le nom de limon des plateaux. Le calcaire du sous- sol a rempli un double rôle : il a donné au sol la chaux dont il avait besoin ; et, par ses fissures et sa perméabilité, il forme un drainage qui enlève constamment l'excès d'humidité qui serait nuisible aux cultures.

Cette association du limon avec un sous-sol calcaire a produit des terres fraîches , faciles à cultiver, et éminemment propres aux céréales, au colza, aux prairies artificielles et aux fourrages-racines ; mais moins favorables à rherbage par suite de leur extrême perméabilité. Sur un sol si fertile, on ne doit pas s'étonner de trouver dans

les exploitations une forte proportion de bétail, notamment de beaux chevaux anglo-normands et de magnifiques vaches cotentines. Rien n'indique mieux la prospérité de ces fermes que les beaux animaux qui sont attachés au piquet, et forment de longues files dans les prairies artificielles où ils paissent, jour et nuit, pendant toute la durée de la belle saison.

La plaine de Caen ne montre pas partout le même degré de fertilité. Il arrive parfois que la roche calcaire apparaît à la surface, toute nue et privée du limon des plateaux. Dans ce cas, elle devient incultivable et propre seulement à donner des bois de pins sylvestres ou de bouleaux. La constitution agrologique de la plaine de Caen rappelle assez bien celle de la Beauce, c'est le même limon qui se montre à la surface ; seulement les calcaires sous-jacents appartiennent à des périodes géologiques différentes.

Donnons une esquisse des races les plus remarquables des régions jurassiques.

Nous trouvons d'abord, en Normandie, l'une de. nos races les plus remarquables pour la production du lait et du beurre. Les terres jurassiques de Saône-et- Loire et de la Nièvre nourrissent la race charolaise qui, parmi les races françaises, est considérée comme la mieux conformée et la plus apte à l'engraissement. Les bœufs parthenais, nourris et élevés sur les terrains jurassiques, se recommandent comme bétes de trait et de boucherie.

La belle race de Montbéliard, celles de Schwitz et de Simmenthal, en Suisse, vivent partout des produits nutritifs et substantiels des terrains jurassiques. Les chevaux normands, une partie des percherons, et presque tous les boulonnais sont élevés sur des terres jurassiques, et doivent une partie de leur qualité au sol sur lequel ils naissent et sont alimentés. Les moutons du Berry, si estimés

pour la finesse de leur chair, et ceux du Larzac si précieux pour la fabrication du fromage de Roquefort, vivent exclusivement d'herbes pâturées sur les terres jurassiques. L'influence du terrain est bien visible en Normandie et en Nivernais, quand on compare les animaux des terrains jurassiques avec ceux qui vivent sur les granités du Morvan ou du bocage normand.

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