‹ Agrippa d'AubignéChapitre 28 sur 47 · I.I-; p(»i;ti: dks k tkaciqi'F.s m · texte numérisé non relu

I.I-; p(»i;ti: dks k tkaciqi'F.s m

im traducUnir iini(|iied(' la liihle et de ses ellrayantes l)('aiil('s. Seul pai-iiii tous les (MTivains religieux, il n'allaililil poiul son mkkIMc; il y ajoulcrait plutôt, dans le niènie sens, avec un redouldeiiient de lerveur, de lurie. de trrriùilitii : point luaguilique couiuie lîossuet. poiiil (Uicluriix connue liacine ou Fénelon, !iiais âpre, dominateur. " juif ». et plus <( mosaïste >ipie M(jïsc lui-uu^ine. eomme à certains moments il paraît plus calvini>^te (pic (lalvin. Il a des paraphrases ipii scmMent ctre de la BiMe continuée, des j)rosopopce^ dignes de la seule Apocalypse. Si l'on ajoute à cela un parlei- i-i'-alisle. une crudité savoureuse qui ne sai-rèle pas toujours à la limite du répugnant, et je ne sais <piel iVisson de chair mélt- aux choses de l'àine, on aura l'idée assez exacte, sinon conjplèle, de la nature exceptionnelle du génie poétique de dWuhigné. \ oici. par exemple. (]aïn. luyant avec son remords :

Il avait pour de tout: Imit avait pour do lui..,. Vif, il ne vécut point: mon, il ne mourut pas ; Il fuit, d'eflroi transi, troublé, tremblant et blême; Il fuit de tout le monde, et s'enfuit de soi-même... Il possédait le monde et non une assurance : Il était seul partout, hormis sa conscience, Et fut marqué au front, afin qu'en s'enfuyant .\ucun n'osàl tuer ses maux on le tuant I

Voici maintenant la mort du ciel, au dernier jour du monde, l^e soleil va séieindre :

Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux; Le bel «oil de ce monde est privé de ses yeux. L'âme do tant de llours n'est plus épanouie; Il n'y a plus de vie au principe de vie;

ICK A(;iîll'l'A I) AUBICM-:.

Et, comme un corps hiiiuiiin est tout mort terrassé Dès que du inoindre coup au cœur il est blessé. Ainsi faut que le monde et meure et se confonde Dès la moindre blessure au Soleil, cœur du monde!...

A cette majesté, à celle ampleur, (juand lextase vient ajouter sa sainteté divine, le poème s'épanouit en vision d'une ineffable pureté, et se couronne vraiment de fleurs célestes. Telle est la fin :

Saint, saint, saint le seij.'nf'ur. 6 grand Dieu des armées! De ces beaux deux nouveaux les voûtes enflammres. Kt la nouvelle terre; et la neuve cité, Jérusalem la sainte, annoncent ta bonté... Là nous n'avons besoin df parure nouvelle. Car nous sommes vêtus de s[)lendcur éternelle; ÎS'ul de nous ne craint plus ni la soif ni la faim : Nous avons l'eau de grâce et des anges le pain

El ainsi plusieurs pages, jusqu'au moment où, ravi, hors de lui-même, le poète s'arrête, ne trouvant plus de mots humains dignes d'exprimer le divin, au sein duquel il sahîme.

Mes sens n ont plus de sens, l'esprit de moi s'envole Le cœur ravi se tait, ma bouclie est sans parole

Sans parole aussi, en un sens, est le lecteur qui, parvenu à ce point de la Divine (Comédie française, manque de termes pour exprimer son admiration, et résume son jugement en répétant le cri célèbre : Onoratc l'allissinio porta !

De celle hanleui'. le |)oète est pourtant tombé, le jour où il a t'ii-il cet aulrc poème biblique, tjui s"in-

LE POKTK DES « rHACWOrES )) . 107

tiliile lu Crcfttion. I/antitht'se est singiilirre. (Jest sur son propre terrain que d'Aul)itçné est tout ù lait inférieur à d'Auhigné. Mais qu'est-ce que la Crcam^H? quelle place tient-elle dans son œuvre?

l.a Création est un long, sinon un grand poème : il a (juinze chants, et compte environ (juaire mille vers. Mais ce nest nullement un ])endant aux 7'/v/- ^'if/iirs; et nous dirions volontiers (|ue sa place dans TtL-uvrc du porte e-;| nulle. .\u-;si iiieii t*tait-il inconnu jusqu'au dernier éditeur des manuscrits conservés à Bessinge, M. Ht'aume. On y voit un d'Auljigné adaptateur très sage de la Oenèse, faisant des vers j)ieux comme d'autres font des thèmes, débitant avec une sorte de componction monotone les travaux de la (^ri'alion, bref, fabriquant une longue homélie. (|ui ressemble à une gageure, ou à une niortilicatioii. D'Aubigné plat, cela paraît un peu bien extraordinaire. Gela est pourtant. La Création se charge de cette démonstration, qui est d'une longueur terrible. On trouve là les éléments et les bètes, les minéraux et les poissons, les os, les membres et les muscles. Tout cela gris, terne, comme un catéchisme versifié. La coupe est d'ailleurs celle du quatrain, monotone s'il en fut. Le tout dégage, avec un ronron de patenôtres, un incommensurable ennui.

Qu'est-ce à dire ? Nous ne savons trop. Ces défauts sont si opposés à la nature du poète, que, si ses papiers corrigés par lui-même n'attestaient sa main, on se refuserait à les lui attribuer. Mais alors, quand, dans quelle intention cette œuvre fut-elle écrite? Les lauriers de du Bartas empèchaient-ils

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d'Aubigné de dormir? C'est peu probable. La Création fut-elle composée avec une intention de publicité? C'est moins probable encore. Faut-il n'y voir qu'un passelemps pieux de la vieillesse de d'Aubigné. pendant ses longs loisirs à Clenève? Il a pu, croyonsnous s'imposer celle tâche par dévotion, par humilité, comme (il (Corneille lorsqu'il traduisit Vlniitntion. Kl c'est le cas de rappeler que, si d'Aubigné lui un chn'-lien (jui pratiqua peu l'amour de ses ennemis cl le pardon des injures, sa fervente piélé est indéniable; les pratiques protestantes tinrent toujours une large place dans sa vie. Témoin les Méditations, écrites dans le secret de son cabinet et pour lui-même. Témoin encore ces sentences chrélicnnes, ces vers édifiants que l'on voit partout jetés sur les marges de ses cahiers, de ses brouillons. La foi élail chez lui élroitement mêlée à sa vie quotidienne. Si donc il si-lail imposé la tâche de reproduire en vers les merveilles du Oéaleur. simplement, humblemonl. non par gloriole liltéraire. mais pour s'obliger de penser à Dieu el pour repousser l'ennui et les mauvaises colères, la médiocrité de la Création s'explitjuerait. et aurait même son prix de documenl. Sans compter que ce poème, c'est sans doule le père ou le grand-père qui l'a écril. plutôt que le poète. On devine, à divers indices '.

1. Sur la feuille de garde d"nn des manuscrits de Bessiiige (vol. IX) on lit ces mots, tracés par une main enfantine : l'ATEK, TV ES FCELtx QiDNiAM DEiM COLIS. \ gauclie. la signature M\KIE d'aliugné. — Sur un brouillon d'anecdotes concernant sa vie (vol. III 1 on lit : » Il fit faire soixante lieues à ses iilles pour chanter des j)sauuics sur un lieu où il fnt di-livré d'un grand péril ». (Voir plus haut, p. 37.)

LE POÈTE DES « THA(;iQUES ». 109

«luelle place rinstruction chrétienne tint à Maillezais. ou à Mursay, dans Téducation des enfanls. et non moins au foyer du Crest, avec Renée Buriaiiiachi, ou avec les petits-enfants que ses lilles amenaient quelquefois k l'aïeul. Quoi qu'il en soit, jamais Agrippa ne fait nulle part allusion à ce poème. Lui (jui, par testament, recommande spécialement certains manuscrits à Tronchin son légataire, et va jusqu'à souhaiter une nouvelle édition de ses Tragiques, est muet sur la Crcation. (]e silence est pour nous un jugement. Soit qu'il estimât l'œuvre lailde. soit qu'il n'y vit <|n un exercice de dévotion, ou un manuel d'éducation. d'Auhigné la traite comme si elle n'était pas. lui qui, à plusieurs reprises, mentionne avec faveur ses « épigrammes latins ». Il n'attend donc rien de cette chose didactique; et il n'y a en ell'et rien à en tirer. Le vrai titre de gloire de d'Auhigné poète, ce sont hien les Tragiques. A ce poème seul il proiucllail riuimortalilt'-. dans sa J* ré face en vers :

Tu es né légitimement.

Dieu morne a fourni l'argument :

Je ne te donne qu'à l'Eglise.

Tu as pour support l'équité, La vérité pour entreprise, Pour lover, l'immortalité.

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