‹ AïdaChapitre 8 sur 39 · ACTE PREMIER îl · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER îl

Un trône, et le grand nom qu'ici je dois cacher!

Quoi ! vainqueur de mes frères !...

Le verrai-je, les mains teintes d'un sang chéri, Triomphant, acclamé par nos fiers adversaires, Traînant après son char mon père... un roi!... flétri. Du poids des fers meurtri !

Que cette parole Loin de moi s'envole.

Qu'Aïda console Un père adoré !

Périsse la race D'un peuple abhorré !

Ah dieux ! Est-ce moi qui menace !...

Et mon amour !... Oh ! non I...

Puis-je oublier cette vive tendresse, Qui de l'esclave, ainsi qu'un gai rayon,

Charmait la détresse !..

Moi ! demander la mort de Radamès !... De celui que j'adore !.,. Ah ! fut-il donc jamais Tourment semblable au feu qui me dévore? Ces noms sacrés et d'époux et de père, Né puis-je donc, hélas ! les murmurer ? Pour l'un, pour l'autre, en ma douleur amère, Je ne voudrais que prier et pleurer.

Mais la prière est, hélas ! un blasphème, - Mais les soupirs, les pleurs sont criminels, Et je n'ai plus qu'un refuge suprême, La froide mort et ses dons éternels !

Grâce ' grands dieux ! c'est trop souffrir ! Dans ma douleur plus d'espérance, 7atal amour, triste démence !...

Brise mon cœur, fais-moi mourir.

Elle s'éloigne.

DEUXIÈME TABLEAU

L'intérieur du temple de Vulcain à Memphis. Une lumière mystérieuse vient d'en haut: Une longue file de colonnes se perd dans les ténèbres. Au milieu de la scène s'élève l'autel, surmonté des emblèmes sacrés. Dans les trépieds d'or brûlent des parfums.

Prêtres, et Prêtresses, RAMPHIS, puis RADAMÈS.

îlamphis est au pied de l'autel. On entend, dans l'intérieur du temple, le chant des prêtresses accompagné par les harpes.

CHOEUR DES PRÊTRESSES, au dehors.

Suprême Phta! du monde,

Toi, l'esprit créateur, Ma vo-ix t'implore ! — Immense Phta, du monde,

Toi, l'esprit protecteur, Ma voix t'implore ! — 0 toi, source féconde

Du feu pur et brillant Nous t'implorons ! — Toi qui tiras la terre,

L'eau, le ciel, du néant, Nous t'implorons ! — Toi le fils et le père

De ton être divin, Nous t'implorons, de la nature entière,

Toi la vie et la fin

Radamès est introduit sans armes. Pendant qu'il se dirige vers l'autel, les prêtresses exécutent la danse sacrée. On tend un voile d'argent sur la tête de Radamès.

Page 1