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LE CHAMP DE BATAILLE ET LES BLESSURES DE GUERRE

Pirogoff appelait les guerres des épidémies traumatiques, voulant marquer ainsi leur caractère de fléaux inéluctables, — indépendants de la volonté humaine.

Après avoir étudié les traumatismes professionnels du temps de paix (1), accidents évitables pour la grande majorité des cas, nous nous occuperons ici des traumatismes du champ de bataille — les blessures de guerre, — conséquences inévitables du choc de deux armées ennemies. Les trois grandes divisions du livre précédent se présenteront encore naturellement :

(i) Coustan, Aide-mémoire de chirurgie militaire (maladies externes et traumatismes professionnels, 1897).

facteurs vulnérants, genres de lésions, régions blessées (blessures des régions).

Dans l'antiquité, on se battait à l'arme blanche : îa massue, la lance, la fronde ou le javelot, comme aujourd'hui la flèche ou la sagaie chez les indigènes <le FOcéanie ou de l'Afrique orientale, n'avaient d'effet qu'à une distance rapprochée. La mêlée, le corps-à-corps, étaient donc toujours fatals. L'une des deux armées disparaissait parfois, le plus souvent le total des pertes n'était pas inférieur à o0 p. 100.

Chauvelfait remarquer, toutefois, qu'on ne saurait trop se méfier des chiffres des chroniqueurs, souvent fantaisistes, et grossis avec le temps. Que penser, dit-il, de la proportion de 92 p. 100 de tués ou blessés, donnée comme pertes de la bataille de Cannes?

Avec l'invention des armes de trait et surtout de la poudre, ce pourcentage diminua sensiblement, si bien que dans la première moitié de ce siècle, la proportion des pertes au feu tomba à 25 ou 30 p. 100, et dans la seconde moitié à 15 ou 18 p. 100 (1).

Les tableaux ci-dessous donneront une idée générale de ces pertes; les chiffres varient d'ailleurs, quelquefois, et, suivant les sources où on les puise, ils se ressentent de la nationalité de l'auteur, toujours tenté de diminuer les pertes de ses compatriotes pour augmenter celles de l'armée ennemie.

La mention disparus appelle aussi bien des réserves, car beaucoup de ces disparus se retrouvent plus tard; un certain nombre, dans le chaos des retraites ou des défaites partielles de simples unités tactiques, qui n'empêchent pas la victoire finale, vont

(1) De Santi, La question des secours sur le champ de bataille et le paquet de pansement (Sem. méd., 1895).

grossir d'autres unités, et n'ont disparu que pour un temps.

Parmi les chiffres qui suivent (1), les plus sujets à variations sont ceux de Leipsig.

Las Cases nous dit que Napoléon y aurait perdu 50000 hommes; d'après ses adversaires, il aurait eu 60 000 tués et 22 000 blessés, les alliés ne perdant que 45 000 morts.

D'autre part, d'après Cari Meltzger, les Français auraient eu 28 000 morts ou blessés et 20 000 prisonniers, et pendant les premiers jours de la retraite 10 000 éclopés et malades. Quant aux alliés, ils perdirent 45 000 hommes et 9 000 officiers tués, blessés ou prisonniers (2).

Les proportions des pertes signalées dans ces tableaux ont d'ailleurs été souvent dépassées, attestant la sauvagerie ou la ténacité des combattants. On les a vues, pendant la guerre de la Sécession américaine, s'élever, àChickamanga et Gettysburg, à 34 et 4-0 p. 100 pour les Sudistes; à Sedan, à 30 p. 100 pour les Français ; au second assaut dePlewna, à 34 p. 100, pour les Russes, — leurs blessés, médecins et infirmiers ayant été massacrés.

(1) Les chiffres depuis Aima, ainsi que ceux d'Austerlitz, Borodino, Leipsig, sont extraits de Fischer Krieg's Chiru?*gie (Chauvel etNimicr). Les chiffres relatifs à 1813 et 1814 sont de l'historien allemand Beitzke. La Bévue du Cercle militaire fait remarquer qu'ils ne sont pas d'accord avec ceux de Thiers (Histoire du Consulat et de l'Empire). Le dernier (armée serbe), est emprunté à la Revue militaire de l'étranger, 1886. Quant aux chiffres des combats depuis Sedan, ils sont très approximatifs pour notre armée; certains corps perdirent jusqu'à 3 fois leurs pièces de comptabilité; souvent ils ignoraient le chiffre exact de leurs effectifs.

(2) H. Frolich, Le service sanitaire après la bataille de Leipsig {Munchen. med. Woch., 1886, p. 764

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