‹ Aide-mémoire de chirurgie de guerre; traumatismes professionnels du temps de guerreChapitre 71 sur 84 · A l'hôpital de campagne · texte numérisé non relu

A l'hôpital de campagne

Ici, la chirurgie de guerre émotive ou fébrile de la zone de feu doit faire place à la chirurgie de sangfroid ou de repos, de nos grandes cliniques hospitalières, dont les succès n'ont plus de limites. Et si quelqu'un, parmi les médecins militaires actuels, s'offusque de nos qualificatifs, nous reconnaîtrons qu'il est ceint de la triple cuirasse, celui qui, n'ayant pas comme Larrey, Percy et ceux de l'épopée impériale, assisté à cinquante batailles, peut supporter sans émotion le spectacle, heureusement fort rare aujourd'hui, de ces jonchées immenses de vies humaines en pleine floraison, qu'est la guerre moderne.

Même dispositif général que pour l'ambulance, quant à l'organisation de l'antisepsie : assurer les feux, l'eau, disposer les tables, installer le matériel, répartir les groupes.

Fonctionnement chirurgical. — Renouveler les appareils traversés par le sang, ceux qui sont douloureux, dérangés, trop étroits, à occlusion imparfaite. Lavage -antiseptique à fond de la blessure; contact avec chlorure de zinc au huitième ou à la liqueur cuprophéniquée au dixième ; ébarber les lambeaux de tissus gravement meurtris et voués au sphacèle; débrider

largement les clapiers et décollements ; cautériser, s'il y a lieu, au fer rouge ; drain pour achever la vidange du foyer.

Bain chaud antiseptique prolongé dans les traumatismes infectés du membre supérieur. Spray continu pour désinfecter les foyers anfractueux mais superficiels (périnée, cou, tête). Reviser les appareils d'immobilisation, les remplacer s'il y a dérangement; appliquer, le cas échéant, des gouttières plâtrées.

Esquillotomies secondaires, résections partielles, désinfection opiniâtre des fractures diaphysaires et articulaires.

« Ce que pourra être, à l'hôpital de campagne, la chirurgie crânienne et viscérale, on ne peut le fixer : cela dépendra des circonstances et des hommes. » (Forgue.)

C'est en employant l'antisepsie la plus absolue, en n'intervenant dans les plaies d'armes à feu que lorsque la nécessité l'exigeait, que les médecins autrichiens n'ont perdu à Belgrade et autres lieux que 2 p. 100 de leurs blessés (Fraenkel), sans pourriture d'hôpital, ni hémorragies secondaires, etc. A Sofia, sur 138 blessés, dont 20 fractures compliquées ou plaies articulaires, aucun décès, aucune amputation, aucune complication. Les exemples des récentes guerres, que nous pourrions multiplier encore, doivent servir de guide pour l'avenir. L'antisepsie ne pourra donc qu'accentuer de jour en jour les succès jusqu'alors inespérés de la conservation.

« Science conservatrice, la chirurgie s'occupe aujourd'hui très spécialement à éviter les opérations sanglantes qui, trop souvent, entraînaient après elles de grandes mutilations », écrivait déjà Lis franc il y a plus d'un demi-siècle ; et encore : « Si la chirurgie est brillante quand elle opère, elle l'est encore bien davantage, lorsque, sans faire couler le sang et sans

Page 1