‹ Aide-memoire du carabinier volontiare, comprenant une compilation des termes de commandement usites dan l'armee anglaise,... aussi Le manuel su sergentChapitre 1 sur 29 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

L'enthousiaime avec lequel une grande partie de la population canadienne s'est livrée à l'exercice militaire et au maniement des armes, et l'importance que chaque volontaire attache à cet art qu'il sera appelé, peut-être avant longtemps, à mettre en pratique sur le champ de bataille, a fait sentir un besoin urgent, celui d'un ouvrage dans lequel il put puiser les renseignements propres à faciliter son avancement, et qu'il pût consulter pour ne pas perdre les fruits déjà acquis dans les exercices qu'il a suivis jusqu'à ce jour.

M'étant dévoué, depuis déjà plusieurs années, à l'Instruction Militaire de mes compatriotes, et plus particulièrement depuis que la guerre, qui a été prête d'éclater entre la Métropole et les Etats-Unis, est venue jeter l'alarme parmi notre paisible population, j'ai compris tous les avantages qui résulteraient pour nos volontaires canadiens, de la publication d'un ouvrage où seraient compilés tous les termes de commandement usités dans la drill de l'armée anglaise et adoptés par les volontaires.

Ce n'est pas sans beaucoup d'hésitation que j'ai acquiescé à la demande d'un grand nombre de personnes à qui j'ai l'honneur de donner l'instruction militaire, et que je livre aujourd'hui à la publicité quelques notes que, dans des moments de loisir, j'avais faites pour mon utilité et pour mon avancement personnel.

Je demande d'avance, pour ce petit travail, toute l'indulgence de mes concitoyens.

J'ai cru devoir mettre dans ce volume un historique des armes, que j'ai puisé dans différents auteurs, et que je me suis efforcé de rendre aussi intéressant que possible.

Le lecteur sera assez équitable pour ne pas penser que j'aie voulu donner dans un cadre aussi étroit tout les principes de la science militaire ; je n'aurais pas voulu entreprendre cette tâche que je crois, d'ailleurs, audessus de mes forces. Mon intention, en publiant cet ouvrage, n'a été que de donner une compilation des termes de commandement, avec quelques notes explicatives, et, en ce faisant, je n'ai agi avec d'autres motifs que celui d'être utile à mon pays. Je dois dire, aussi, qu'en agissant ainsi, je n'ai été guidé par aucun esprit de spéculation, et dans ce but, ne tenant aucun compte de mon travail, j'ai voulu en limiter le prix au coût de l'impression afin de le mettre à la portée de toutes les classes.

Si cet aide-mémoire peut être de quelqu'utilité à mes compatriotes et les engager à continuer l'œuvre qu'ils ont si noblement commencé, j'aurai atteint mon but.

Québec, 29 Mars, 1862.

Avant d'être agriculteur, l'homme fut guerrier et chasseur, car la nature ne lui a donné, pour attaquer ou pour se défendre, qu'une intelligence étendue, et une main faible mais apte à devenir habile. Elle a donné aux animaux des armes offensives et défensives plus ou moins sûres, plus ou moins redoutables. Mais l'homme, elle l'a recouvert d'une peau mince très-facile à lacérer, sujette à toutes les impressions du froid ou de la chaleur, elle lui a refusé les dents longues et tranchantes, les ongles robustes ; sa course n'est point rapide, sa force musculaire est bornée ; elle l'a placé dans des circonstances telles que la conservation de son espèce est toute entière attachée à l'emploi de moyens étrangers à sa conformation, et c'est pour qu'il pût faire cet emploi qu'elle lui a donné l'intelligence qui le rend incessamment perfectible, tandis que la brute, plus favorisée à l'extérieur, est restée et restera sans cesse dotée des seules facultés qu'elle eût dès le principe.

L'historique des armes de l'homme, c'est l'histoire de l'homme lui-même ; la nuit des temps recouvre ses premiers commencements.

Nous ne ferons donc que jeter un coup d'oeil rapide sur les phases diverses de ce premier des arts.

Les premières armes furent de lourdes massues pour frapper, de longs bâtons pointus pour percer, mais les pointes de ces derniers s'émoussant, on les arma d'os plus durs, de cailloux tranchants et pointus : telles furent les premières piques, telles elles sont encore chez les peuples sauvages privés, par la sépation des mers, de la communication avec leurs semblables qui est la source de tout perfectionnement.

Ces armes durent précéder la découverte de l'emploi des métaux qui se perd elle-même dans la nuit des temps.

Mais bientôt le besoin de projectiles se fit sentir, les animaux plus rapides, les oiseaux habitants d'un autre élément, échappaient aux attaques ; le jet d'un caillou exigeait trop de précision, trop de force ; la peau d'un animal tué fournit la fronde qui quintupla les forces. La fronde fut faite d'un morceau de cuir et de deux courroies. Les premiers frondeurs lançaient des cailloux. Plus tard lorsqu'on eût formé des compagnies qui prirent rang dans les batailles on leur donna des balles de plomb pour projectiles.

L'arc vint ensuite, informe d'abord, puis perfectionné ; l'arc fut chargé de porter au loin le coup de la pique qui, plus légère, devint la flèche.

Les Grecs, les Romains, mais surtout les Parthes, s'en servaient fort avantageusement. Avant l'usage des armes la majeure partie des troupes était armée d'arcs, et l'on nommait archers ceux qui s'en servaient. Les habitants des villes étaient forcés de s'exercer au tir de l'arc ; c'est l'origine des compagnies de l'arc qui subsistaient encore en France en 1789. L'usage de l'arc dura jusqu'en 1481. Louis XI l'abolit pour ses troupes et lui substitua la hallebarde, ou la pique et le sabre. En Angleterre on faisait grand usage de l'arc, et il y a eu des lois et des règlements pour encourager les peuples à se perfectionner dans l'art de s'en servir. Sous le règne de Henri VIII le Parlement se plaignit de ce que les peuples négligeaient cet exercice qui avait rendu les troupes Anglaises si redoutables à leurs ennemis, et en effet elles durent en partie à leurs archers le gain des batailles de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. On trouve encore des archers chez quelques montagnards de l'Ecosse et des Orcades.

L'arbalète était un arc muni d'un conducteur qui rendait l'atteinte de la flèche beaucoup plus sûre.

Le javelot était dans le principe un bâton pointu, on l'arma dans la suite d'une pointe de fer ; les plus gros étaient nommés Javelines. Telles furent les premières armes offensives.

La peau écailleuse d'un serpent, le cuir d'un taureau furent les premières cuirasses.

Après un long temps les armés devinrent plus parfaites, à mesure que les peuplades et les nations se formèrent par l'agglomération des familles et des tribus ; les camps entourés de fossés et de palissades devinrent des villes ; les arcs de bois furent remplacés par des arcs d'acier, la flèche eut aussi un fer pointu ; on forgea des casques, des cuirasses, etc., etc., on recouvrit le bras gauche d'un bouclier ; c'est dans cet état que nous voyons les hommes des temps héroïques. Les frondes, les flèches et les javelots furent les principales armes des Grecs d'Homère ; ils combattaient aussi avec la lance et l'épée.

Chez les Romains les boucliers étaient généralement recouverts de toile peinte, et l'on prétend que c'est de cette coutume de peindre diversement les boucliers que sont venues les armoiries.

Les armes reçurent ensuite d'autres perfectionnements, et l'industrie meurtrière des hommes paraît avoir atteint sa plus vt ste étendue vers le temps des premiers Empereurs Romains ; le bélier, la baliste, les tours roulantes compliquèrent l'art de la guerre. C'est vers ces temps qu'elle fut la plus opiniâtre,, la plus terrible et la plus meurtrière.

Les fabrication des armes se tint à un haut point de perfection pendant la longue nuit du moyen âge, et les chevaliers peuvent, dans leur armement complet, servir de type original offrant un exemple de cette perfection.

Plus tard une révolution complète s'opère, la poudre est inventée ou apportée d'Asie; toutes les armes vont changer, tout va se plier à l'emploi de cette nouvelle découverte ; la force physique cessera d'occuper le premier rang, les batailles ne seront plus si meurtrières, elles se décideront plus encore par les grandes manœuvres que par le courage individuel des combattants ; les armes perdront la diversité qui les approprie à la force de chaque individu.

Pour devenir uniforme le sabre ne se brisera plus sur le casque ou sur la massue, il se croisera avec le sabre ; on ne lancera plus une pierre en retour d'une flèche, mais on donnera une balle pour une balle ; le faible pourra abattre le fort s'il frappe le premier, parce que la mort viendra aussi sûrement d'un côté que de l'autre.

Le premier fusil inventé, après. l'a découverte de la poudre, fut fait d'un tube de fer, de qualité un peu meilleure que celle d'un tuyau à gaz, bouché par un bout. On adopta pour le fusil la balle dont en se servait avec la fronde. On fit la balle plus petite que le calibre de l'arme exclusivement par rapport à la crasse qui provenait de la combustion successive des charges de poudre. Comme le projectile était d'un diamètre plus petit que le calibre de l'arme, il avait du jeu dans le canon et n'adhérait pas à tout le paroi de l'arme. Lors de l'inflammation de la poudre les gaz qui en résultaient et qui tendaient à s'échapper pressaient fortement la balle ; cette pression déterminait sur le projectile des battements d'autant plus considérables qu'il y avait plus de tolérance dans le calibre, et plus les battements avaient de l'importance plus les déviations des projectiles étaient considérables.

Ce fut à peu près vers le milieu du quinzième siècle que l'on adopta en Angleterre le fusil (hand-gun) ; mais comme arme militaire ce ne fut proprement qu'en 1794 que l'on s'en servit en bataille rangée. Les armes que l'on adopta successivement donnèrent leurs noms aux troupes qui en furent pourvues — c'est ainsi que la grenade, inventée entre 1594 à 1600 donna son nom aux Grenadiers ; le dragon aux Dragons ; le fusil, inventé en France entre 1630 à 1640, aux fusiliers ; le mousquet, inventé environ un demi siècle plus tard, aux Mousquetaires, et enfin la carabine aux Carabiniers.

La carabine, qui est aujourd'hui la plus en vogue de toutes les armes courtes, n'a été employée pour la première fois en bataille rangée qu'il y a environ deux siècles.

En 1631 le Landgrave de Hesse arma de carabines trois compagnies de chasseurs.

En 1645 l'électeur Maximilien de Bavière pourvut de carabines trois régiments de l'infanterie légère.

Frederick Guillaume de Prusse, lors de sa campagne sur le Rhin en 1674, distribua quelques carabiniers dans chaque compagnie de son infanterie.

Quelques années plus tard, Frederick le Grand, pour se mesurer sur un pied d'égalité avec les troupes de l'infanterie légère Autrichienne, fut contraint, durant la guerre des sept ans, d'ajouter à chaque bataillon d'infanterie une compagnie de tirailleurs.

En France la cavalerie fut pourvue de mousquets avant même que l'infanterie eut des carabines.

Vers 1674 Louis XIV autorisa la formation de quelques escadrons de cavalerie armés de ce que l'on appela alors carabines rayées.

En 1680 les gardes de Charles II se servirent de carabines rayées. En 1691 les officiers subalternes des Dragons Suédois furent pourvus de la même arme, ainsi que la cavalerie Prussienne en 1700.

En 1793, à Versailles, on régla le modèle des carabines que devaient porter l'infanterie et la cavalerie françaises.

En 1800 on donna des carabines au 95e régiment anglais qui prit dès lors le nom de " Rifle Brigade."

La balle de ces carabines était sphérique et était chassée dans le canon au moyen d'un maillet. Plus tard on changea ce mode et on y substitua des balles d'un diamètre plus petit que le canon du fusil.

C'est de la France que nous sont venues toutes les améliorations modernes des armes à feu. Au musée d'artillerie, à Paris, il y a une très-grande et très-curieuse collection d'anciens mousquets de toutes les grandeurs et de toutes les factures, c'est la plus précieuse collection d'armes que l'on puisse trouver dans l'univers entier.

En 1807 le Révd. Mr. Forsyth inventa une composition fulminante qui ne devait opérer la décharge de l'arme que dans son contact avec le chien du fusil, mais le défaut de cette composition, qui s'enflammait au moindre contact, ne rencontra pas les vues de son inventeur. Cette composition eut son

mérite néanmoins, car elle a conduit à la découverte de la capsule dont on fait usage aujourd'hui et qui subit sa première expérience appliquée à la carabine en 1834. Un des avantages de cette découverte, à part sa commodité et la promptitude de la décharge du fusil, fut une réduction dans la charge de la poudre et conséquemment une diminution du recul de Parme.

En 1836 on introduisit dans l'armée anglaise la carabine de Brunswick.

En 1842 on introduisit une nouvelle arme à répercussion. Cette arme, avec la carabine de Brunswick, furent les seules dont se servit l'infanterie anglaise jusqu'en 1851, date de l'invention de la carabine Minié — cette dernière arme, dont on reconnut bientôt la supériorité sur toutes celles découvertes jusqu'alors, fut introduite dans l'armée anglaise par le Marquis de Anglescea avec l'assentiment cordial du Duc de Wellington en 1852. Le soldat anglais s'en servit le premier dans la guerre des Cafres, et plus tard à Aima et à Inkerman.

Peu longtemps après on inventa une autre espèce de carabine que l'on désigna du nom d'Enfield.

En 1853, à une compétition à laquelle les carabines Minié, Enfield et la carabine elliptique de Lancaster furent essayées successivement, à Hythe, on déclara la carabine Enfield la meilleure et la plus juste.

Subséquemment encore à l'invention de la carabine Enfield la science lui a donné pour rivales les carabines de Jacob et de Whitworth auxquels, pour la précision, la carabine Enfield n'est pas comparable surtout pour les grandes distances.

Une nouvelle compétition eut lieu à Hythe en 1857, à laquelle les carabines Enfield et Whitworth furent essayées ; après les expériences faites, les autorités déclarèrent que la carabine Whitworth était infiniment supérieure à l'autre.

Ainsi l'on a apporté dans l'invention des armes à feu une telle perfection qu'il est presqu'impossible de croire qu'elle puisse être surpassée. En effet à quoi servirait une arme qui surpassât la carabine Whitworth, qui peut tuer un homme à une distance de 2000 verges, c'est-à-dire, aussi loin que l'œil peut le voir sûrement à moins de pourvoir cette nouvelle arme d'un télescope.

DU

CARABINIEE VOLONTAIRE.

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